Archives départementales : le passé recomposé

Histoire | Flambant neuf, le nouveau bâtiment des Archives départementales a été inauguré le 27 mai. On a hâte de le voir ouvrir au public – début juillet – pour voir comment les Iséroises et Isérois se l’approprient !

Martin de Kerimel | Vendredi 28 mai 2021

Photo : (c) Martin de Kerimel


Pousser les murs ? On peut toujours essayer. Trouver de la place ailleurs quand on est dans un espace saturé ? C'est un peu plus simple, a priori. L'équipe des Archives départementales de l'Isère, elle, était venue à manquer de place pour accueillir de nouveaux documents dans ses locaux grenoblois, rue Auguste Prudhomme, occupés depuis 1958. Autre souci pour sa mission : l'absence du moindre lieu dédié à la logistique et au traitement des documents (tri, classement et restauration).

Deux raisons pour lesquelles fut décidé un déménagement dans un tout nouveau bâtiment, spécialement construit à Saint-Martin-d'Hères, au 12, rue Georges-Pérec, et que d'aucuns présentent comme un trait d'union entre la ville et le domaine universitaire. Les 39 km d'archives du fonds actuel y trouveront leur place. 31 km supplémentaires seront également disponibles pour héberger les futurs versements : bien assez pour voir venir ! Après l'inauguration officielle du 27 mai, l'édifice devrait ouvrir vers le 5 juillet. Date approximative, encore à confirmer…

Un droit… révolutionnaire !

Seuls 30% du nouveau bâti sera en fait accessible au public, les réserves restant réservée aux agents. Cela devrait toutefois largement suffire, puisque les Archives intègrent notamment, outre des salles d'inventaire et de lecture, une salle de conférence de 126 places en gradin, deux salles pédagogiques et un espace d'exposition. C'est là, immédiatement après l'une des entrées, que nous avons découvert les clichés du photographe Bernard Ciancia, retraçant l'histoire du chantier, et que l'on nous a annoncé un futur accrochage sur le thème des forêts. En nous rappelant, au passage, qu'il n'est pas nécessaire d'être identifié comme chercheur, diplômé ou étudiant pour avoir accès aux documents des Archives.

Même si le « coffre-fort » est étroitement protégé, c'est depuis 1789 que le droit de consultation d'archives est ouvert à tout le monde. Dans les rayonnages, on croisera donc aussi bien des historiens patentés que de simples curieux passionnés d'histoire et/ou de généalogie. Tous peuvent s'appuyer sur l'expertise des archivistes pour les orienter dans leur recherche. Et on se dit avec plaisir que certains seront aussi ravis de découvrir La Tour des mémoires, tableau hautement symbolique et monumental (32 m2 !) de Philippe Cognée spécialement conçu pour le lieu, dans le cadre du concours du 1% artistique. L'objet de curiosité le plus visible d'un lieu qui en rassemble des milliers, pour une plongée dans le passé qui n'aura pas besoin d'une machine à remonter le temps.

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CONNAITRE | « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre » écrivait Marx. Mardi 9 juin, les Archives départementales de l’Isère ouvrent leurs portes aux marxistes et aux autres, le temps d’une soirée événement.

Nathan Chaudet | Mardi 2 juin 2015

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Vous faites quoi mardi 9 juin en fin de journée ? Un petit tour aux Archives de l’Isère, ça vous dit ? L’institution départementale ouvre ainsi ses portes à l’occasion de la neuvième journée internationale des archives pour lever le voile sur une profession – celle d’archiviste – encore méconnue. Car si certains peuvent voir les archives comme un amas de papier en décomposition, Nathalie Bonnet, une des conservatrices des lieux, perçoit elle « la chair et le sang [des auteurs] derrière tout ça ». Concrètement, les quelque 35 kilomètres linéaires d’archives en tout genre (parchemins, cartes, microfilms, photos…), datant pour certaines du dixième siècle et d’habitude fermées au public, pourront être arpentés. Une cinquantaine de « merveilles qui dorment » seront quant à elles exposées le long du parcours – ces pièces seulement seront consultables. Même si tout n’est pas défini, on sait déjà que l’Ordonnance de Villers-Cotterets qui a institutionnalisé la langue française sera présentée aux côtés d'un plan à l'aquarelle du jardin botanique de La Tronche datant de 1786 et d’autres pièces splendides qui transportent des siècles en arrière.

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L’award de la meilleure exposition : Philippe Cognée au Musée de Grenoble Le Musée de Grenoble est un joyau local (voire plus), dirigé par un Guy Tosatto qui sait concevoir des expositions intelligentes sur des figures passionnantes de l’histoire récente de l’art. La dernière en date, visible jusqu’au 3 février, met en avant l’œuvre singulière de Philippe Cognée, peintre français qui s’inscrit dans la lignée d’artistes comme Gerhard Richter, exposé quant à lui en 2009. Un travail précieux très habilement mis en espace. Étaient également en lice pour obtenir ce (prestigieux) prix : Marc Desgrandchamps au Vog, Kimura au Musée Hébert (jusqu’au 6 janvier 2013), et

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En 2001, en pleine crise de la vache folle, Philippe Cognée insiste tellement qu’il parvient à pousser les portes d’un abattoir. En 2003, l’impressionnante série Carcasses voit le jour : 36 tableaux, 36 plans issus d’un film réalisé dans l’antre de la mort (qui, soit dit en passant, appartiennent désormais au Musée de Grenoble). Disposés en frise, ces derniers embrassent le spectateur dans un tourbillon de chairs violentées, l’accablent jusqu’au vertige. Avec cette œuvre plus encore qu’avec d’autres, le peintre s’inscrit dans l’histoire de l’art, comme Rembrandt et Soutine, il se penche sur la bête morte, élève son égoïste sacrifice au rang d’événement à glacer sur la toile. « C’est magnifique et terrible en même temps de voir un bœuf coupé en deux. Cette architecture, la forme du bœuf écarté est à la fois effrayante et fascinante. » Sa fascination, il la mue en une formule obsessionnelle de plans qui se suivent et se ressemblent plus ou moins. Tuée, éviscérée, la bête pend sous nos yeux, baigne dans un rouge sanguinolent, au milieu d’arrachements de peinture noire, verte ou grise, qui soulignent le mouvement mécanique régissant la mise à mort quotidienne et sy

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L’acte de peindre recèle quelque chose de magique, la naissance d’un tableau garde toujours et avec bonheur sa part de mystère… Cependant, certaines techniques méritent d’être découvertes. Comme celle qu’utilise inlassablement Philippe Cognée depuis qu’il l’a mise au point il y a vingt ans : à partir d’agrandissements d’arrêts sur images vidéo ou de photographies (prises par ses soins), le peintre s’agite en peinture. Il violente l’image en la noyant, la déformant ; la rend trouble et la recouvre de cire d’abeille, pour enfin la repasser. Oui, il la repasse au fer à repasser, dernière outrance avant l’achèvement de la toile et ce qu’il nomme « sa révélation ». « C’est cette révélation qui m’excite terriblement, comme un enfant. Une émotion qui m’oblige à rester dans cette technique, car je suis toujours un peu fou de ce dernier instant. » (Em)porté par la passion du faire, de la création, l’artiste butine, travaille un sujet de manière obsessionnelle, fonctionne par séries. Des paysages aux portraits, des vues citadines aux supermarchés, des foules aux vanités, son œuvre se construit autour d’un équilibre délicat entre l’affirmation de la vie et la fra

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Philippe Cognée peint depuis le milieu des années 1980. Pourtant, seules ses œuvres créées depuis 1991 auront droit de cité dans la grande rétrospective organisée ici. 1991, date de son pensionnat à la Villa Médicis, date de sa métamorphose en tant qu’artiste : son entrée dans le présent et une profonde réflexion sur la peinture. « Je pars de photographies, d'images parfaites, lisses et froides pour m'en saisir, les déplacer, les mettre en danger », confiait Philippe Cognée au Petit Bulletin lyonnais il y a cinq ans… Exposées à l’époque dans une galerie et une bibliothèque, ses œuvres brilleront cet automne entre les murs du musée de Grenoble. Et ce n’est pas pour nous déplaire ! Si elle est réflexion sur le monde contemporain, la peinture de Philippe Cognée est d'abord et avant tout une confrontation, un affrontement toujours recommencé avec la matière, l'opacité informe et angoissante des choses... Il peint simultanément l'architecture moderne et ses propres ruines, l'ordre et l'entropie, la vie contemporaine et ses fantômes instantanés. On vous en reparle bientôt… Philippe Cognée Du 10 novembre au 3 février au musée de Grenoble

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