Cinémas : chronique d'un été

ACTUS | Bousculées durant l’été par de nouvelles mesures, les salles de cinéma se sont adaptées et ont fait mieux que résister dans un contexte difficile. Au bilan, une fréquentation en hausse, des gagnants et un moral retrouvé notamment à Lyon et Grenoble.

Vincent Raymond | Mardi 24 août 2021

Photo : ©Vincent Raymond


Revenus du diable Vauvert et de sept mois (!) de fermeture, malgré l'arsenal de mesures déployées pour préserver la sécurité de ses clients-spectateurs, et surtout l'absence de foyer de contamination avéré constaté sur leurs sites, les exploitants cinématographiques ont vécu un ascenseur émotionnel depuis leur réouverture progressive le 19 mai dernier. Soumises à des jauges variables, au couvre-feu en vigueur dans leur territoire respectif jusqu'au 20 juin, à l'inexistence d'entente et de régulation entre distributeurs (et surtout, d'arbitrage par les tutelles) quant aux sorties, les salles ont ensuite vu avec effroi resurgir la concurrence de l'été — cette envie de sortir qui supplante celle de retrouver le grand écran.

Et, pis que tout, la résurgence de la pandémie assortie du variant Delta avec un cortège de nouvelles restrictions. Au programme, un énième abaissement des jauges à 50 personnes et l'instauration du pass sanitaire pour la clientèle âgée de plus de 18 ans à compter du mercredi 21 juillet. « On est passé sous de nouvelles fourches caudines, soupire Bernard Wolmer, directeur d'exploitation des 6 Rex à Grenoble, il a bien fallu s'adapter. »

Un choix cornélien s'est posé pour certains : soit limiter la jauge à 49 spectateurs par écran (et se priver d'entrées sur des films porteurs), soit réclamer le pass (et se priver d'entrées en refusant les spectateurs ne disposant pas encore du schéma vaccinal idoine ou d'un test négatif). Choix temporaire puisqu'au 9 août, le pass ou le test devenait obligatoire. « Le public a été pris de court par les annonces et on a atteint le creux de la vague le week-end suivant le 21 juillet, se souvient Alexis Guillaume, directeur de Pathé Grand Lyon. Et puis, avec l'offre disponible (Kaamelott, suivi par OSS 117, Jungle Cruise, Suicide Squad…) c'est remonté rapidement. »

« Rien n'est pire que la fermeture »

L'examen des entrées à mi-août n'a, à première vue, rien de catastrophique. Sur les agglomérations de Lyon et Grenoble, les deux premières semaines de cette période estivale traditionnellement calme montrent par comparaison aux semaines équivalentes de 2020 une progression encourageante : +83%* et +101%* pour Lyon ; +115%* et même +143%* pour Grenoble. Actant que les nouvelles contraintes ont été "digérées" par le public et que la proposition surtout, a été suffisamment intéressante (et abondante) pour le convaincre de franchir le pas. « Les festivals de Cannes, de Fourvière à Lyon et un certain nombre de magnifiques manifestations ont pu exister grâce au pass sanitaire, rappelle Alexis Guillaume. C'est un "mal" pour un bien s'il nous permet de ne plus fermer. Rien n'est pire que la fermeture et, au-delà de l'économie, que la perte de vie culturelle, de sociabilisation. »

Si l'été 2020 avait été atypique, convalescent (les cinémas se relevant d'une fermeture de trois mois), le doublement de la fréquentation en 2021 rend compte d'une dynamique globale de relance. Bien sûr, il faut sans doute nuancer cette "globalité" côté box-office. Des distributeurs et producteurs ont ainsi déploré que leurs films n'aient pu avoir la carrière escomptée. C'est le cas notamment de Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, film fleuve magistral d'une puissance épique égale à sa radicalité épurée signé Arthur Harari, qui comptabilisait au 10 août 32 975 entrées* en 3e semaine sur 107 copies, ou dans un autre registre le Titane de Julia Ducournau, plafonnant à 225 542 entrées* en 4e semaine sur 323 copies à la même date, cela malgré une Palme d'Or on ne peut plus prescriptrice ! On comprend d'autant mieux le désarroi des financeurs de films qui auraient pu, "en temps ordinaire", profiter à la rentrée de l'appoint des salles indépendantes et d'agglomération. Seulement, l'afflux de films sera tellement important dès septembre que ces dernières auront aussi à absorber une partie des exclusivités. Il reste à Onoda et Titane une ultime cartouche : la période avant et après les César. Sans être grand clerc, on peut gager qu'ils en seront les triomphateurs — au moins en nominations…

Astier sur un trône

Espérons toutefois qu'ils laisseront des places à celui qui règne en maître sur les entrées de cet été, Kaamelott, comptant 2 121 858** spectateurs en quatre semaines (OSS 177 en affiche 982 356** en deux, Fast & Furious 9 et Black Widow, respectivement 1 891 361** et 1 640 376** en cinq), et va sous peu dépasser Tenet, champion 2020. Même si l'on peut chipoter sur son score en valeur absolue, ce résultat est à la fois un triomphe personnel pour Alexandre Astier validant son obstination, mais aussi un formidable euphorisant pour le 7e Art hexagonal ainsi qu'une locomotive pour le public.

Tous les signaux sont au vert : « les préventes pour le festival Hallucinations collectives et pour la venue de Mathieu Amalric dès l'envoi de notre newsletter montrent qu'il y a une attente », confirme Frédérique Duperret, directrice du Comœdia (Lyon). « Et le James Bond en octobre va bien aider », ajoute Bernard Wolmer. Ultime preuve de la confiance des salles ? Pathé lance à Lyon Bellecour un équipement unique au monde combinant écran Onyx LED et son Dolby Atmos, « parce que c'est à nous de faire préférer le cinéma sur grand écran aux plateformes ». La salle n'a donc pas livré sa dernière image…

Sources : *Le Film Français, **CBO-Box Office

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cinémas : chronique d’une reprise espérée

ECRANS | Comme si de rien n’était, ou presque… La 93e cérémonie des Oscar s’est tenue le 25 avril, avec deux mois de retard par rapport aux années précédentes. Pendant ce temps, la planète cinéma demeure encore et toujours suspendue à l’évolution favorable d’une cohorte d’indicateurs, espérant une réouverture pérenne des salles. Résumé des épisodes précédents et état des lieux avant un retour (incertain) mi-mai.

Vincent Raymond | Mercredi 28 avril 2021

Cinémas : chronique d’une reprise espérée

La fermeture des salles de cinéma s’est désormais installée dans le paysage culturel et économique : à la différence de la période mars-juin 2020, elle constitue depuis fin octobre une parenthèse qui n’en finit plus de se refermer. Et les rebondissements incessants de la crise sanitaire, dignes d’un film catastrophe à l’issue incertaine, comme sa gestion internationale cacophonique, rendent le futur immédiat illisible. Partout dans le monde. Ainsi, si l’on jette un coup d’œil aux pays limitrophes de la France, seule l’absence d’harmonisation fait figure de cohérence : si la Belgique n’envisage pas de réouverture avant début juin (avec une jauge limitée à 200 personnes), l’Allemagne la retarde encore en envisageant d’exiger la présentation d’un test Covid négatif de moins de 24h. Les salles sont en revanche ouvertes au Luxembourg (depuis janvier avec distanciation et couvre-feu à 23h), en Espagne (suivant les restrictions locales des régions), en Suisse (depuis le 19 avril avec masque, distanciation et jauge), en Italie (depuis le 26 avril, avec couvre-feu à 22h)… Et la France ?

Continuer à lire