La Machinerie fabrique du lien social

Inauguration | La Machinerie, c’est le couteau suisse du lien social et du service aux habitants. Entre high-tech, bidouille et frigo solidaire, les Grenoblois trouvent ici, au cœur du quartier Villeneuve, des réponses concrètes à leurs besoins ou à leurs tracas quotidiens.

Jérémy Tronc | Mardi 21 septembre 2021

Photo : (c) Jeremy Tronc


« C'est un lieu unique ». L'expression a été entendu plusieurs fois lors des allocutions inaugurales de la Machinerie, le mardi 7 septembre. L'emplacement peut l'expliquer : la Machinerie occupe une surface réhabilitée de 400 m², au rez-de-chaussée de l'étonnant parking-silo arlequin, dans le quartier Villeneuve. Autre particularité du lieu : la variété et l'originalité des services proposés, répartis en trois pièces.

À droite en rentrant, il y a la recyclerie le Pêle-mêle, temple de la récupération, de la seconde main et de la débrouille. Aziz Sall, l'animateur, transforme et customise tout ce que vous lui apportez, vieux tissus et vêtements principalement. Des ateliers de couture et d'upcycling sont aussi organisés chaque semaine.

À gauche, autre salle, autre ambiance avec le Fablab. Des machines high-tech sont mises au service des adhérents : brodeuse numérique, imprimante 3D, découpeuse vinyle et laser, postes informatiques, presse à chauffer… « Nous voulons permettre à tout un chacun de fabriquer ses objets du quotidien et de répondre à ses besoins. L'idée n'est pas de faire à la place des habitants mais de faire avec eux, pour qu'ils apprennent et transmettent leur savoir », explique Guillaume Bourdon, directeur de la Régie de quartier Villeneuve-Village Olympique qui a porté le projet.

Outilthèque

Entre ces deux salles, l'espace de convivialité et d'accueil, organisé autour d'un café associatif, rend de multiples services aux habitants. L'outilthèque par exemple permet d'emprunter des outils moyennant un abonnent annuel de 20 euros. Et la conciergerie porte bien son nom : elle propose des prestations de livraison de course et de colis, de dépannage, de travaux et de bricolage, en lien, s'il le faut, avec des artisans professionnels.

Le lieu, co-construit avec les habitants pendant quatre ans, se veut « un espace de rencontres et d'échanges permettant de répondre aux besoins des habitants et d'améliorer leur cadre de vie », selon Marine Poder, responsable de la Machinerie, rejointe par Renzo Sulli, vice-président de la Métropole chargé des grands projets d'aménagement, pour qui ce lieu « est au cœur de la démarche que l'on a voulu pour le renouvellement urbain de la Villeneuve. C'est-à-dire ne pas faire que du béton, mais aussi rendre mieux vivable ces quartiers en permettant le développement de la citoyenneté et des initiatives habitantes. » Et de conclure : « Sinon, les discours sur la mixité sociale, c'est du vent. »

http://​www.regiegrenoble.org

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Jérôme Villeneuve est le nouveau directeur de l'Hexagone

Nomination | La scène nationale de Meylan connaît officiellement le nom de son nouveau directeur : il s'agit de Jérôme Villeneuve, 34 ans (...)

Valentine Autruffe | Lundi 11 octobre 2021

Jérôme Villeneuve est le nouveau directeur de l'Hexagone

La scène nationale de Meylan connaît officiellement le nom de son nouveau directeur : il s'agit de Jérôme Villeneuve, 34 ans et président de l'association Arcan (Association ressource pour la création artistique numérique), qui organise plusieurs événements autour des arts, de la science et du numérique, comme Negotium ou DN[A]. Titulaire d'un doctorat en "Ingénierie de la Cognition, de l’Interaction, de l’Apprentissage et de la Création", il est également chercheur au sein de la cellule "Arts Numériques et Immersions Sensorielles", construite avec le Ministère de la Culture, le CNRS, l’Université Grenoble Alpes et installée au laboratoire GIPSA. Le profil de Jérôme Villeneuve, très orienté art et sciences, a logiquement été retenu pour l'Hexagone, dont un pan important de la programmation est tourné vers cette dualité : le théâtre organise notamment la biennale Experimenta, et travail

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Dix ans de cinéma à la Villeneuve

ACTUS | A l’occasion de la première édition de leur Cinéma de quartier, ce samedi 16 octobre au Théâtre Prémol, retour, en compagnie de leur cofondateur Naïm Aït-Sidhoum, sur le parcours atypique entamé il y a maintenant plus de dix ans par l’équipe des Films de la Villeneuve.

Damien Grimbert | Mardi 5 octobre 2021

Dix ans de cinéma à la Villeneuve

Pour les Films de la Villeneuve, tout commence en 2010, lorsque la Ville de Grenoble lance un appel à projets dans le cadre du renouvellement urbain du quartier. L’objectif : mener un projet artistique in situ pendant deux ans qui fasse participer les habitants. « C’est à ce moment-là que j’ai constitué une équipe », explique Naïm Aït-Sidhoum. « Faire des films était déjà dans notre pratique, et j’avais en tête une expérience de télévision communautaire qui avait été menée de 1972 à 1976, la Vidéogazette, dont les contenus étaient fabriqués avec et par les habitants. L’idée c’était donc de se demander la forme que pourrait prendre un tel projet en 2010 avec les moyens techniques d’aujourd’hui ». Naît ainsi la volonté de filmer des œuvres de fiction en compagnie des habitants, mais qui s’adresseraient à tout le monde. Un pas de côté conséquent par rapport aux projets concurrents, plus orientés sur la création d’un événement dans l’espace public, et qui aurait pu jouer en défaveur de la jeune équipe. Mais pendant l’été 2010, à la suite du braquage du casino d’Uriage, l’un des fug

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Avec "Negotium", le numérique se donne en spectacle

Événement | Après une première édition réussie en 2020, la soirée "Negotium", consacrée à l’art numérique dans le spectacle vivant, investit à nouveau le Marché d’intérêt national ce samedi 28 août avec, notamment, une tête d’affiche européenne de la discipline : Robert Henke.

Hugo Verit | Mardi 24 août 2021

Avec

Une nuit entière (huit heures de programmation !) dédiée à la création numérique dans le spectacle vivant, sous les voûtes alvéolées du gigantesque Marché d’intérêt national (MIN)… On ne va pas tergiverser : la soirée Negotium, organisée par l’insatiable collectif ARCAN (Association ressource pour la création artistique numérique) s’annonce comme l’un des événements les plus excitants de cette fin d’été. Mêlant le plus souvent musique et image – et quelques incursions théâtrales et chorégraphiques dans une moindre mesure –, cette seconde édition voit plus grand, plus fort, plus vertigineux que la première avec, notamment, la venue d’une star allemande de l’art numérique : un certain Robert Henke que l’équipe d’ARCAN n’a pas eu trop de mal à convaincre. « Dès qu’il a vu le lieu, son architecture, il l’a tout de suite intégré comme un terrain de jeu et a décidé d’adapter sa création. En fait, la programmation de Negotium, c’est aussi une grande part d’improvisation », se réjouit Jérôme Villeneuve, président de l’association. Pour tous les publics

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DN[A], un festival pour « décloisonner l’art numérique » (et le présenter dans l’espace public)

CONNAITRE | Après l’annulation de la dernière édition pour cause de Covid, le festival d’art numérique DN[A] revient fin mai et s’installe dans le quartier Saint-Laurent pendant deux jours.

Hugo Verit | Mercredi 19 mai 2021

DN[A], un festival pour « décloisonner l’art numérique » (et le présenter dans l’espace public)

« Il y a quelques semaines encore, on pensait organiser un événement réservé aux professionnels et mettre l’accent sur de la captation vidéo. » Jérôme Villeneuve, président de l’Association ressource pour la création artistique numérique (ARCAN), a le sourire – et la pêche ! La troisième édition du festival DN[A], dédié aux arts numériques et plus spécifiquement « aux arts visuels, petites formes et jeunes œuvres », pourra finalement accueillir du public. Grâce à une énergie débordante et une rare force de persuasion, l’équipe est parvenue à établir une programmation plutôt riche en un temps record. Un festival court et efficace : deux jours, une dizaine de lieux et une quinzaine d’œuvres à voir sur quelques centaines de mètres le long de la rue Saint-Laurent (Grenoble), très fréquentée par temps printanier. « Notre objectif est de décloisonner l’art numérique qui est souvent enfermé dans des boîtes, plus rarement présenté dans l’espace public et patrimonial. On fait le choix d’exposer des propositions plus plastiques, sensibles, interactives qui permettent

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"Daniel Darc, Pieces of My Life" : je me souviens, je me rappelle

ECRANS | de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve (Fr, 1h45) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 22 juillet 2019

Entre la fin de Taxi Girl (groupe iconique et phare de la scène post-punk et new wave française) et sa renaissance via le succès de l’album Crèvecœur, Daniel Darc aura connu 15 années de désert marquées notamment par la drogue et la foi. Et richement documentées par un ami proche… En peu de temps, nous sommes passés d’un extrême à l’autre en termes d’images d’archives : de l’absence ou de la rareté au trop-plein, l’époque actuelle débordant (pour ne pas dire dégueulant) de prises de vue le plus souvent contrôlées, fabriquées, car considérées comme faisant partie intégrante de la promotion globale. Même lorsque le sujet n’est pas une personnalité médiatique, il se met en scène pour ses réseaux sociaux. Il y a à peine vingt ans, un artiste dans le trou demeurait totalement hors des radars : qui avait intérêt à documenter la galère d’un has been ? Personne, à moins de tomber sur un fan, un ami suffisamment opiniâtre et proche pour effectuer un suivi régulier et avoir accès à l’intimité la moins glamour. Dans une carrière (et une vie) marquées par les fractures, Daniel Darc aura au moins eu cette chance d’être suivi par

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Digital N[Art]atives, un nouveau festival pour « soutenir les arts numériques »

Festival | Du jeudi 24 au samedi 26 mai, on a rendez-vous dans plusieurs lieux grenoblois pour découvrir la première édition de ce festival consacré aux arts numériques qui « vise à promouvoir les jeunes créateurs auprès des publics de la métropole ».

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2018

Digital N[Art]atives, un nouveau festival pour « soutenir les arts numériques »

Oh, un nouveau festival à Grenoble, centré lui sur les arts numériques. Son petit nom ? DN[A], pour Digital N[Art]atives. Aux commandes, une équipe de passionnés (« jeunes artistes, ingénieur.e.s, bricoleur.se.s, chercheur.se.s » comme écrit dans le dossier de présentation) qui s’est réunie pour « soutenir la création et les créateurs en arts numériques en leur proposant une belle vitrine » dixit le coordinateur Jérôme Villeneuve. « Vous souhaitez créer ou développer un événement à caractère innovant et fédérateur, sur le territoire de Grenoble-Alpes Métropole, en rapport avec le thème "art et sciences" ? La Métropole vous accompagne pendant 3 ans. » Voilà l’annonce à laquelle tout ce petit monde a répondu l’an passé. Avec succès donc, et 10 000 euros à la clé pour cette première édition – la subvention sera dégressive sur les trois ans. Concrètement, pendant trois jours, le public pourra découvrir diverses performances et installations en accès libre proposées par 35 créateurs et créatrices (principalement du coin) dans plusieurs lieux – des places du centre-ville, à la Belle électrique, la Bifurk,

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Avec "Polytechnique" et "C.R.A.Z.Y.", le Canada s'invite à la Cinémathèque

ECRANS | Deux films à (re)découvrir jeudi 26 et vendredi 27 avril dans le cadre du Mois du Canada du Centre d’études canadiennes de Grenoble.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Avec

Voilà, on sait désormais que le cinéaste Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Prisoners, Incendies...) quittera début mai la fraîcheur du Québec pour venir prendre sa place au sein du jury de la 71e édition du Festival de Cannes. Mais avant ça, la Cinémathèque de Grenoble, pour son mini cycle de projections dans le cadre du Mois du Canada, nous offre l’occasion de (re)découvrir une de ses anciennes réalisations. Soit le film Polytechnique (2009), inspiré de faits réels. Ou, plus précisément, inspiré du vide. C’est en tout cas le mot qui fut employé pour décrire les yeux de Marc Lépine quand, le 6 décembre 1989, il ouvrit le feu sur les femmes de l’École polytechnique de Montréal. Avec Maxim Gaudette dans le rôle-titre et des images en noi

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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Après "Guy Môquet", Villeneuve la série est de retour avec "Africa"

Initiative | Après le succès de son précédent "Guy Môquet", présenté au Festival de Cannes et nommé aux César, le collectif Villeneuve la série revient sur le devant de la scène avec "Africa", projeté mardi 11 avril à l’Espace 600 dans le cadre d’un double-programme.

Damien Grimbert | Mardi 4 avril 2017

Après

Installé dans le quartier de la Villeneuve depuis la fin de l’année 2010, le collectif Villeneuve la série a pour objectif de « mettre en place des projets qui investissent les habitants du quartier dans la création de films » comme nous le résume Naïm Aït-Sidhoum. « Au début, on avait un projet de série télé – d’où le nom du collectif – qui s’est ensuite transformé en projet de production de courts-métrages pour le cinéma. Notre première réalisation vraiment aboutie, c’est Guy Môquet, qu’on a tourné durant l’été 2013 et qui est sorti l’année suivante. » Comédie romantique moderne et malicieuse, le film de 30 minutes connaît l’honneur d’une projection à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, d’une nomination aux César en 2016 et d’une diffusion sur France 2. Mais le collectif ne s'arrête pas là... « Coupler Africa à un film qui n’a rien à voir avec la Villeneuve » C’est en 2015 que commence le tournage d’Africa, nouv

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Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 août 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoïevski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie « locale » où un homme lui ressemblant trait

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners – figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration – est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles – stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles – se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et taciturne – Jake Gyllenhaal, empâté et tatoué, un peu au

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Incendies

ECRANS | De Denis Villeneuve (Canada, 2h10), avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin…

François Cau | Vendredi 7 janvier 2011

Incendies

Le travelling est-il encore affaire de morale ? Oui, et quand le québécois Denis Villeneuve tourne Incendies d’après la pièce du libanais Wajdi Mouawad, cette question le hante. Sauf que Villeneuve n’est pas un bon lecteur de Rivette. Dans cette longue odyssée retraçant les destins entrecroisés d’une femme et ses enfants, l’une au passé, comme héroïne traversant et subissant les tourments de la guerre du Liban, les autres au présent, sur les pas de leur mère et d’un frère caché, le cinéaste cumule les fautes d’intention. Fidèle à son matériau originel, Incendies se veut une tragédie. Mais à force de chichi (cartons pompeusement stylisés, musique hors sujet) et d’une mise en scène réussissant à rendre la distance impudique, le film vire à l’épreuve. Pour son personnage principal, accablé du premier au dernier plan, et nous, forcés d’assister à cet acharnement sadique et obscène qui, recourant à un suspens ignoble, se drape évidemment du plus grand sérieux. Un calvaire pour tout le monde. Jérôme Dittmar

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Dans le vif

CONNAITRE | Portrait / Regard intelligent, Marjolaine parle, et fort bien de la Villeneuve. Pour autant, elle n’est pas sûre qu’elle n’en partirait pas si elle en (...)

| Mercredi 10 janvier 2007

Dans le vif

Portrait / Regard intelligent, Marjolaine parle, et fort bien de la Villeneuve. Pour autant, elle n’est pas sûre qu’elle n’en partirait pas si elle en avait les moyens, pour se raviser presque aussitôt : «en fait, il y a tout ici. Et surtout, j’y connais beaucoup de monde». Le sentiment d’ambivalence domine d’ailleurs en permanence lorsqu’elle s’exprime sur ce quartier «où il y a du négatif et du positif», et qui l’a vu naître en 74, puis revenir depuis 8 ans pour raisons économiques. Pour resocialiser, elle s’est impliquée progressivement dans les activités du Centre Social de l’Arlequin. Se crée le groupe de femmes auquel elle s’associe. Atelier cuisines. Préparation de repas de quartier. Participation à l’élaboration des costumes pour Quartiers Libres !. «Loin des réunions de bonnes femmes, ces moments m’ont permis de vraiment échanger avec beaucoup de monde très différent». Notamment de rencontrer Christine, plasticienne qui en 2005, fait travailler le groupe sur la fabrication des coiffes, pantalons et débardeurs pour la Batucada de Quartiers Libres !. L’année suivante, elles confectionnent les costumes de la Fanfare pour la même manifestation, épaulée par Monica, une costumiè

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«Une image falsifiée lui est collée à la peau»

CONNAITRE | Interview / Fabrice Neyret, chercheur, habite la Villeneuve depuis 2 ans. Avec le collectif Info Habitants, il a créé un portail web sur les activités culturelles, sociales et citoyennes de son quartier, territoire qu’il regrette de voir si mal jugé. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 10 janvier 2007

«Une image falsifiée lui est collée à la peau»

Pourquoi avoir créé ce site ? Fabrice Neyret : À la fois pour faire mieux circuler l’information dans le quartier sur les nombreuses activités et actualités culturelles, sociales et citoyennes, et au passage, donner à voir une autre image à l’extérieur. Au-delà de l’agenda, il y a un aspect inventaire (qui fait quoi où), et un aspect recensement de toute l’information possible et imaginable sur la Villeneuve. On donne pignon sur web aux associations, et aussi à quelques trésors documentaires. Deux points importants, sont de booster la visibilité et l’accessibilité – car à La Villeneuve la signalétique n’est pas terrible. La dynamique du quartier, comment l’expliquez-vous ? L’écho des origines porte encore: ce quartier s’est fait dans les utopies de 68. Il est un des rares projets à avoir vraiment été suivi par les pouvoirs publics. Nombre d’erreurs qui ont été faites dans les banlieues parisiennes ont été évitées ici. Les habitants ont créé un bouillonnement culturel. Godard a été au Centre Audio-Visuel dans les années 70, le premier réseau câblé est né ici, avec studio TV. Forcément, il reste des traces de ce Big-Bang. Il y a maintenant un mélange entre des gens qui sont ici d

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La Villeneuve-les-Arts

CONNAITRE | Panorama / Quartier de Grenoble aux difficultés sociales importantes, La Villeneuve jouit par ailleurs d’une vitalité de l’activité culturelle, associative et sociale apaisant le malaise existentiel. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 10 janvier 2007

La Villeneuve-les-Arts

Dans les années 70, La Villeneuve est conçue pour expérimenter un nouveau mode de vie urbain : souvent venus d’ailleurs, les habitants y cherchaient une vie harmonieuse et riche à travers des équipement porteurs de projets innovants et sources de lien social. Différents types d’habitats, d’équipements socio-culturels, d’écoles poussent simultanément sur 14 hectares autour d’un magnifique parc. Mais, malgré la cohérence du projet, les crises économiques qui sévissent, appauvrissent considérablement les populations. La Villeneuve devient ce que l’on nomme trop vite et mal un “ghetto”. Aujourd’hui, le quartier compte 14000 habitants, c’est une véritable ville dans la ville avec les problématiques inhérentes à n’importe quelle autre ville. Mais, du fait de sa forte concentration sur un espace restreint, les problèmes deviennent plus visibles. En effet, plus de 30 nationalités soumises à d’écrasants problèmes sociaux, (34% de chômage) s’y côtoient. Cette population, majoritairement familiale circule principalement à l’intérieur même du quartier ; ce dernier ne reçoit par ailleurs que trop peu de visiteurs extérieurs, tant il souffre régulièrement d’une mauvaise presse. Isolement social,

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