Lorenzo Mattotti : « Je crois qu'on a peur des couleurs aujourd'hui »

Film d'animation | Connu pour ses bandes dessinées, mais aussi pour son travail d’illustrateur (unes du New Yorker, affiche du Festival de Cannes 2000, etc.), l’artiste italien a sorti son premier film d’animation en tant que réalisateur en 2019 : "La Fameuse Invasion des Ours en Sicile", adapté de Dino Buzzati. Ce qui lui vaut d’être le parrain de la neuvième édition du festival Voir Ensemble au Méliès, où il présentera notamment ce premier long-métrage très remarqué, ainsi qu’une adaptation de "Pinocchio" et un film de Fellini. L’occasion de discuter couleurs, nature et improvisation.

Hugo Verit | Mardi 19 octobre 2021

Photo : (c) Selbymay, CC BY-SA 4.0(c) Lorenzo Mattotti


Pourquoi avoir choisi d'adapter ce conte de Dino Buzzati ?
C'est arrivé d'une façon très naturelle. Dino Buzzati est l'une de mes grandes inspirations, j'ai l'impression de bien le connaître alors ça ne me paraissait pas trop compliqué. La Fameuse Invasion des Ours en Sicile est un livre que j'ai toujours aimé et qui m'offrait de nombreuses possibilités graphiques et scénaristiques. L'histoire est si riche, tellement épique ! C'était le projet idéal pour répondre à mon envie de réaliser un grand film pour les enfants. Et puis, Buzzati avait refusé les droits à plusieurs réalisateurs, dont Disney au début des années 50, c'était donc un beau pari d'arriver à le faire.

Difficile d'interpréter avec précision le contenu de ce film, tant il regorge de sujets, sans forcément donner de clés…
Quand Dino Buzzati a écrit cette histoire, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'était une sorte de métaphore du communisme et du capitalisme. A présent, 70 ans plus tard, elle évoque en effet de nombreux thèmes très contemporains : la relation père-fils, la perte des racines, les mélanges d'ethnies, de réalités complètement différentes, la défense de la nature qui a toujours été un sujet pour Buzzati, la défense des origines. Mais aussi la complexité de l'exercice du pouvoir.


Ce qui caractérise votre travail, ce sont les couleurs. Vous utilisez des couleurs très vives, très présentes, très différentes aussi. Et si on le remarque à chaque fois, c'est que ce n'est peut-être pas si fréquent à notre époque. Comment expliquez-vous ce sentiment ?
On me dit parfois que mes images sont inquiétantes. Je crois qu'on a peur des couleurs aujourd'hui, même si ça me paraît incroyable de dire ça. Les couleurs offrent des émotions directes, franches, elles font passer beaucoup d'énergie, ça interpelle les gens. Alors, plusieurs artistes ont la volonté de ne pas déranger le spectateur en évitant de trop en utiliser. Moi, je n'applique pas des couleurs pour bousculer les gens, plutôt pour transmettre ma vision de la vie et, en l'occurrence, ma joie de faire un film. Au cinéma, il y a des règles précises sur ce point : pas de couleurs contrastantes, toujours rester dans de grandes tonalités, travailler la lumière par petites taches. Avec les équipes du film, on a fait presque tout le contraire. J'aimais beaucoup l'idée que, dans l'image, il y ait plusieurs centres d'attention, que les yeux puissent se perdre derrière les décors.

Vous semblez en effet porter une attention particulière à la profondeur de champ…
Oui, je trouvais que ce n'était jamais suffisamment profond, je disais tout le temps à mes équipes : « Encore plus de profondeur ! » C'est normal, le cinéma me permet de faire tout ce que je ne peux pas réaliser dans mes livres. J'éprouve souvent de la frustration quand je dessine, j'ai envie de transpercer le papier pour créer cette profondeur. Pour accentuer cela, on a décidé de se passer des effets de brouillard, que l'on observe toujours lorsqu'on contemple l'horizon, afin d'obtenir une image très nette. Comme si l'on se trouvait au sommet d'une montagne d'où l'on pouvait regarder le plus loin possible. Ce parti pris est aussi un hommage aux illustrations de Buzzati qui dessinait d'énormes paysages avec des personnages minuscules.


Quelles sont vos grandes influences picturales, notamment dans ce travail sur la couleur ?
L'un des maîtres avec lequel je me sens le plus lié, c'est Pierre Bonnard, mais je suis aussi très impressionné par les recherches de Monet, sans parler de Van Gogh ! Je peux imaginer la révolution que représentait leur peinture dans cette période où, finalement, on utilisait essentiellement du marron, du noir, du vert. Il y a aussi les couleurs de Francis Bacon, très personnelles, d'une grande violence et d'une grande délicatesse à la fois. Et puis les peintres italiens de la Renaissance, comme Giotto ou Piero della Francesca, avec leurs couleurs extraordinaires, très gaies (leur utilisation du rose et du bleu par exemple) ou l'expressionnisme allemand dont je me suis inspiré pour Docteur Jekyll & Mister Hyde. J'apprécie aussi des artistes contemporains comme David Hockney et Wayne Thiebaud, deux très grands coloristes.



L'un de vos derniers ouvrages publiés en France s'intéresse aux personnages de Roméo et Juliette et, plus particulièrement, à leurs premiers émois amoureux. Un sujet charmant, langoureux, brûlant même, que vous traitez, curieusement, au crayon brut, sans couleurs…
Tout cela est un peu un hasard. Une grande entreprise m'a passé une commande autour de Roméo et Juliette et j'ai commencé à les dessiner, dans un petit cahier de croquis, en train de s'embrasser, de se toucher, habillés de costumes très anciens comme dans le film de Zeffirelli. Finalement, l'entreprise voulait quelque chose de plus contemporain mais j'ai tout de même continué ce carnet en pleine liberté. Je me suis éloigné de la tragédie de Shakespeare où Roméo et Juliette ne font même pas l'amour, ils ont peur de s'embrasser ! Je voulais montrer un garçon et une fille qui s'explorent l'un l'autre dans une sorte de rencontre idéale qui précède la tragédie, montrer l'amour mais aussi la recherche de l'amour. C'est une explosion d'émotions et de douceur, très érotique, que j'ai réalisée en pleine improvisation. J'ai souhaité conserver cette spontanéité. Je ne voulais pas colorer ou retravailler ces dessins car je risquais de perdre la magie d'un trait, d'une petite expression, l'inclinaison d'un visage. Ce travail de l'immédiat m'a permis d'attraper l'inattrapable, de capter les gestes de l'amour. C'était un dialogue permanent entre les lignes et ma mémoire.

Dans un autre livre presque aussi récent intitulé Rites, Rivières, Montagnes et Châteaux, vous représentez (en couleurs) une nature sublimée, préservée, fantasmée. Est-ce une façon de s'inscrire dans le combat écologique contemporain ?
Je n'aime pas donner des mots de passe, je trouve ça trop facile, et j'évite d'aborder des sujets très précis dans ce que je dessine afin de laisser la possibilité au public de réinterpréter les choses par lui-même. Je crois que le contenu doit être transposé par l'image, filtré par les figures et les expressions. Mais forcément, ma pensée passe à travers mes dessins. Dans mes histoires, je parle souvent de la relation entre l'homme et la nature, ou de l'impossibilité de cette relation. J'adore le silence, la solitude, la contemplation et donc me perdre dans la nature. Ça me permet d'entrer dans la profondeur de mes émotions.

Pour votre carte blanche, vous avez choisi un film de Fellini, Amarcord
Difficile de condenser tout mon amour du cinéma en un seul film. Mais c'est un film très important pour moi, très lié à la réalité de mon père, qui avait presque l'âge de Fellini et y reconnaissait toute sa jeunesse italienne. Le cinéaste réussit à rendre totalement universel un petit endroit de l'Italie et ça, c'est un miracle !

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Voir Ensemble, c'est mieux !

Festival | Qu’elle aura été attendue, cette 9e édition de Voir Ensemble ! Habituellement calée sur les vacances de printemps, elle se maintient in extremis en visant (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 octobre 2021

Voir Ensemble, c'est mieux !

Qu’elle aura été attendue, cette 9e édition de Voir Ensemble ! Habituellement calée sur les vacances de printemps, elle se maintient in extremis en visant l’automne et en conservant ce qui était sa grande promesse annoncée dès le dévoilement de son affiche : la venue de Lorenzo Mattotti pour une journée spéciale le samedi 23 octobre avec les projections à 10h30 du Pinocchio d’Enzo d’Alò (2012, inspiré de Mattotti) et surtout à 14h de La Fameuse Invasion des Ours en Sicile (2019) que le grand Lorenzo a lui-même réalisé. Notons qu’il poursuivra sa journée avec une carte blanche à la Cinémathèque autour d’Amarcord de Fellini. Le reste du programme n’est pas moins appétissant, avec une vingtaine de films pour tous les âges, visibles à partir de 3 ans (le très réussi Zébulon et les Médecins volants) jusqu’aux plus de 12 (Le Sommet des dieux) ; des avant-premières de prestige (comme le nouveau Mamoru Hosoda,

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"La Fameuse invasion des ours en Sicile" : conte à pâte de velours

ECRANS | De Lorenzo Mattotti (It.-Fr., 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces… Depuis le temps que l’univers de l'illustrateur et auteur de bande dessinée italien Lorenzo Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela donc aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzzati. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail "d’enluminure" du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits – lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Jean-Luc Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran (l’homme appartie

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Un Atelier Méliès pour « une éducation populaire au cinéma »

ACTUS | Le Méliès et la Ville de Grenoble se lancent dans la réhabilitation du Pavillon sud de la Caserne de Bonne pour en faire « un laboratoire de l’éducation à l’image ». Ouverture prévue en 2020.

Alice Colmart | Lundi 10 juin 2019

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« L’Atelier Méliès fera le lien entre la Caserne de Bonne et le quartier Hoche » expliquait lundi 3 juin Maud Tavel, adjointe en charge du patrimoine municipal grenoblois, à l’occasion de la signature du "protocole partenarial" liant la Ville de Grenoble et le Méliès. Une officialisation publique après la sélection du cinéma associatif en décembre 2018 dans le cadre des "Gren’ de projets", dispositifs de la Ville visant à confier la gestion de certains bâtiments municipaux à différents acteurs locaux. Édifié en 1883, libéré par l’armée en 1994 et réaménagé en 2008, le Pavillon sud (à l’entrée de la Caserne de Bonne, au 54, boulevard Gambetta) mis à disposition aura pour mission « de participer à une éducation populaire au cinéma et de renforcer les actions du Méliès, cinéma de la Ligue de l’enseignement de l'Isère » précisait alors Marco Gentil, directeur adjoint du cinéma art et essai, lors de la conférence de presse. Trois en un Le pavillon de 140m2, accessible à tous, se découpera en trois espaces, dont une "fabrique", « espace consacré aux nouve

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Voir Ensemble : le cinéma à hauteur d'enfant au Méliès

Festival | Le cinéma grenoblois propose du mercredi 14 au dimanche 25 février la sixième édition de son incontournable festival dédié au jeune public. On détaille le programme.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

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C’est peu dire que le cinéma le Méliès fait ce qu’il faut pour mériter son label "jeune public". Par exemple, tout au long de l’année, il accueille dans ses salles les enfants (et leurs parents) pour des séances suivies d’un débat. Et, surtout, lorsqu’arrivent les vacances de février, il organise Voir Ensemble, festival avec une trentaine de films pour jeunes spectateurs et spectatrices. Lors de cette sixième édition, où onze films tenteront de décrocher le Prix du public, neuf avant-premières seront projetées. Parmi elles, le célèbre classique américain Croc-Blanc (photo) de Jack London pour la première fois dans une adaptation animée, en présence de son réalisateur Alexandre Espigares (le film sortira fin mars). Certaines séances seront suivies d’ateliers, d’autres accompagnées par des cinéastes – comme Jean-Michel Bertrand, auteur du documentaire en compétition La Vallée des loups sorti il y a un an. Un hommage sera également rendu à la société de distribution jeune public Les Films du préau, qui

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Deux anniversaires pour le prix d’un au Méliès

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Il y a cinquante ans, le cinéma le Méliès ouvrait à Grenoble, rue de Strasbourg. Une petite salle de 96 places à la programmation exigeante. Il y a cinq ans, le cinéma le Méliès déménageait à la Caserne de Bonne et s’installait dans des locaux flambant neufs de trois salles qui lui donnent aujourd’hui un petit côté multiplexe art et essai. D’où l’idée de fêter ça sur cinq jours, avec notamment un documentaire sur les deux Méliès (Le Nouveau monde, jeudi 29 juin à 20h30) ou encore une conférence intitulée « la ligue de l’enseignement et le cinéma : une histoire de l’éducation par et au cinéma » (vendredi 30 juin à 18h). Car le Méliès est un cinéma qui fait partie de cette association d’éducation populaire et qui, à ce titre, défend « des valeurs de citoyenneté, d’engagement, de laïcité, de pluralité » comme nous l’assure son directeur Bruno Thivillier. Un anniversaire « pour ne pas oublier le passé » donc, même s’il sera surtout tourné vers l’avenir « pour faire un point d’étape après cinq ans d’activité ». Plusieurs avant-premières de films très attendus seront proposées comme le documentair

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Le Méliès baisse certains prix

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Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

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Voilà une initiative louable méritant d’être soulignée : Le Méliès concède une réduction tarifaire aux adultes "captifs" – c’est-à-dire à ceux qui accompagnent les enfants pour les films jeune public de moins d’une heure (ces programmes sont fréquents pour les spectateurs dès 3 ans). Désormais, les grands paieront 5 euros au lieu de 7. Autant d’économies qui pourront être investies dans le goûter ou, pourquoi pas, une prochaine place de cinéma…

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ECRANS | C'est parti pour une nouvelle saison de cours de cinéma à destination des adultes. Première étape avec "Docteur Jerry et Mister Love" de Jerry Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 21 septembre 2015

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Si Le Méliès effectue une rentrée décalée (et tardive), il la fait sous la houlette d’un sacré professeur : Jerry Lewis. C’est en effet avec Docteur Jerry et Mister Love (1963), variation burlesque et bariolée sur le roman de Stevenson avec Jekyll et Hyde, que débutent (le 23 septembre) les cours de cinéma du matin à destination des adultes. Un mercredi par mois à 9h, une œuvre est projetée puis « disséquée » par un spécialiste avant qu’un échange avec la salle ait lieu. Dix films variés composent la saison 2015-2016, formant un cycle titré Les temps changent (1963-1983), dans lequel la fantaisie fantastique de Jerry Lewis a toute sa place ! Car au-delà de la métamorphose de son personnage de Julius Kelp (savant contrefait et inventeur d’une potion le transformant en séducteur), le cinéaste adresse une mise en garde très lucide à ses contemporains, alors au plus chaud de la Guerre froide. Derrière son maquillage, ses irrésistibles pitreries et sa mise en scène impeccable empruntant ses cadrages à l’expressionnisme, Lewis réactualise

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Voir (et revoir) ensemble

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Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

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Pour ceux qui pensent que le cinéma jeune public se résume à des grosses productions animées mais sans âme venues des studios hollywoodiens ou à des recueils de courts-métrages inégaux regroupés selon l’âge des enfants auxquels ils se destinent, le festival Voir ensemble remet les pendules à l’heure. Oui, les plus jeunes spectateurs ont aussi droit de succomber à la beauté filmique d’un Ozu, à l’humour slapstick de Jerry Lewis, au réalisme sentimental d’un Comencini et aux documentaires délicats de Nicolas Philibert. C’est tout le pari de Voir ensemble, festival qui prolonge l’action menée tout au long de l’année par le Méliès dans son programme d’éducation à l’image. Pas d’ornières donc dans la programmation, mais au contraire une ouverture maximale sur tous les âges du cinéma, pour tous les âges des spectateurs. Visions nipponnes Niveau contemporain, on ne peut que conseiller à nouveau quelques œuvres marquantes de ces derniers mois, Ernest et Célestine et

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Awards 2012 cinéma

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Aurélien Martinez | Mercredi 19 décembre 2012

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L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement décevant. La surprise a donc été de taille lorsqu’on a découvert ce rêve éveillé qu’est Holy Motors, où Denis Lavant se promène à l’intérieur d’un monde qui ressemble à un film (de Carax), incarnant une dizaine de personnages devant des caméras invisibles, passant de l’un à l’autre grâce à une limousine blanche qui, elle-même, finira au garage comme une antiquité d’un autre siècle. Mélancolique et désenchanté dans son projet, Holy Motors est joyeux et gourmand dans son appétit de filmer, sa manière de réinvestir tous les genres pour en livrer des visions uniques, sa façon de réfléchir les grands sujets du moment par la poésie pure et l’évocation inspirée. Une œuvre unique qui a trouvé des défenseurs inattendus (de Jan Kounen à Richard Kelly, et jusqu’aux critiques de Los Angeles qui l’ont élu meilleur film étranger de l’année).   L’award du flop de l’année :

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Sorties pour tout le monde

ACTUS | Se cultiver lorsque l’on est en fauteuil n’est pas toujours évident. Pourtant, la ville la plus plate de France tire son épingle du jeu. Reportage. Martin Bartoletti

Aurélien Martinez | Mercredi 10 octobre 2012

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Grenoble est deuxième ! Pas pour la qualité de son air, ni pour ses facilités de circulation. Mais elle est douée dans l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. L’Association des paralysés de France l’a classée juste derrière Nantes, où l’on respire mieux d’ailleurs. Beaucoup d’efforts ont été réalisés sur les lieux culturels. Pour Hervé Buissier, responsable du service Déplacement-Accessibilité de la Ville, le point fort reste la MC2 : « En 2003, les travaux entrepris à la Maison de la culture ont permis de rendre plus accessible le site. » Ces aménagements ont même valu à la capitale de l’Isère le prix "vivons ensemble la cité". Au "paquebot", on sort donc vraiment ensemble. L’ambiance "chacun de son coté" a disparu, mettant fin à la frustration que pouvaient ressentir deux amis séparés lors d’un spectacle, par le simple fait que l’un marche et l’autre non. Du côté des concerts et des bibliothèques Que les mélomanes qui préfèrent bières et décors moins feutrés se rassurent, les salles de concerts de la Ville sont aussi très bien équipées. La Bobine dispose d’un accès à 100%. Toilettes comprises. Même un de leur studio d’enregistrement est acc

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ECRANS | C’est ce week-end l’inauguration officielle du nouveau Méliès, après une ouverture remarquée avec l’avant-première d’Holy Motors (film étendard de sa (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

Le Méliès à flot

C’est ce week-end l’inauguration officielle du nouveau Méliès, après une ouverture remarquée avec l’avant-première d’Holy Motors (film étendard de sa programmation, toujours à l’affiche en cette rentrée !). D’ailleurs, le programme de ces trois jours (21, 22 et 23 septembre) se veut le reflet de sa politique axée sur l’art et essai, le cinéma de recherche, le cinéma de patrimoine et les films jeune public. Ainsi, dès vendredi, ce sont les troisièmes aventures de Kirikou (Kirikou et les hommes et les femmes) qui seront projetées en avant-première et en présence de Michel Ocelot. Suivront, toujours à destination des plus jeunes spectateurs, l’avant-première du Jour des corneilles, film d’animation français sous influence Miyazaki et qui est aussi la dernière prestation (vocale) de l’irremplaçable Claude Chabrol, et 10, 11, 12 Pougne, recueil de courts-métrages présentés au Méliès par son co-réalisateur Antoine Lanciaux. Le dimanche matin, le Méliès proposera un cours de cinéma autour du chef-d’œuvre "indien" de Jean Renoir, Le Fleuve

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Le changement dans la continuité

ACTUS | « Depuis les débuts du Méliès en 67/68, les films à destination des enfants étaient déjà là. Il y a depuis toujours cet ancrage du côté de l’éducation au cinéma, de l’éveil à (...)

Aurélien Martinez | Lundi 18 juin 2012

Le changement dans la continuité

« Depuis les débuts du Méliès en 67/68, les films à destination des enfants étaient déjà là. Il y a depuis toujours cet ancrage du côté de l’éducation au cinéma, de l’éveil à un cinéma différent... Au fil du temps, il a pris des formes variées, le côté patrimonial est devenu aussi très important. Et c’est au milieu des années 80 qu’il a pris appui sur un cinéma plus directement dans le champ commercial, du côté du cinéma art et essai. » Voilà comment Bruno Thivillier évoque la ligne éditoriale de son cinéma. Un cinéma doté de trois labels de qualité : recherche et découverte, jeune public, et patrimoine et répertoire. Des labels qui concordent avec l’esprit de la Ligue française de l’enseignement, qui porte le projet du Méliès (tous les employés du cinéma – même le directeur – sont salariés de l’association). La Ligue a ainsi vu le jour en 1866, avec le but de lutter pour une école gratuite, laïque et obligatoire. En 1925, le projet est redéfini, autour de l’idée de l’éducation des individus tout au long de leur vie. La Ligue française de l’enseignement crée alors des sections spécialisées dans tous les domaines des loisirs : le sport, les vacances, et donc la culture.

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Le Méliès, un cinéma « du voir et du faire »

ACTUS | Lorsque nous avons visité le chantier la semaine dernière, une dizaine de jours avant l’ouverture, tout n’était pas prêt (les fauteuils devaient ainsi être (...)

Aurélien Martinez | Lundi 18 juin 2012

Le Méliès, un cinéma « du voir et du faire »

Lorsque nous avons visité le chantier la semaine dernière, une dizaine de jours avant l’ouverture, tout n’était pas prêt (les fauteuils devaient ainsi être rapidement livrés), mais l’ambiance était bel et bien posée : le nouveau Méliès est spacieux et classieux, avec un hall gigantesque, un espace bar cosy, un kiosque-librairie, et de nombreuses baies vitrées donnant sur l’extérieur. De quoi changer diamétralement des anciens locaux rue de Strasbourg, et même des autres cinémas grenoblois à taille humaine, plus labyrinthiques et usés (des travaux de rénovations sont ainsi prévus au Club). Ce nouveau Méliès est doté de trois salles de cinéma. Une de 133 places, baptisée En attendant le bonheur (film d’ Abderrahmane Sissako). Une de 150 places, s’autoproclamant fièrement Le Nouveau monde, à l’image du long-métrage de Terrence Malick. Et enfin, une plus grande de 241 places, logiquement prénommée Le Voyage dans la Lune, œuvre phare de Méliès. Des salles pour deux d’entre elles doublement équipées en 35 mm et en numérique, pour pouvoir diffuser tout type de film – notamment ceux du répertoire qui n’ont pas de copie numérique. À noter au

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Le Méliès rebat les cartes

ACTUS | Le samedi 23 juin, veille de la fête du cinéma, ouvrira le nouveau Méliès, qui abandonnera ainsi son unique écran rue de Strasbourg pour trois salles spacieuses en pleine Caserne de Bonne. Un déménagement et un agrandissement attendus de longue date, qui vont quelque peu redéfinir le paysage du cinéma d’art et d’essai à Grenoble.

Aurélien Martinez | Lundi 18 juin 2012

Le Méliès rebat les cartes

Quartier de Bonne, entre Championnet et les Grands boulevards. Ce qui n’était encore il y a dix ans qu’une caserne à l’abandon est aujourd’hui une mini-ville un peu Playmobil, avec ses immeubles flambant neufs, son centre commercial lounge, son parc design... Et maintenant son cinéma art et essai doté de trois salles ; soit le Méliès, cinéma associatif situé auparavant rue de Strasbourg. Un projet de déménagement et d’agrandissement dans les cartons depuis un petit bout de temps, comme l’explique Bruno Thivillier, directeur des lieux. « On avait besoin de grandir, nous qui avions un outil un peu obsolète, datant de 1967, avec une seule salle de 96 fauteuils... L’idée est née en 2002. La première venue sur le site, c’est 2003. À l’époque, c’était encore vraiment la Caserne de Bonne, avec des bâtisses militaires, des écuries... C’était sauvage, il y avait un terrain de foot, plein d’herbes folles. J’ai alors rédigé un projet d’agrandissement, que l’on a présenté aux élus de Grenoble, et au directeur de l’entreprise qui avait la maîtrise du site. La Ville a alors pris du temps pour le valider et le lancer [la première pierre a été posée à l’été 2010 – NDLR],

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Un ciné-concert pour l'ouverture du nouveau Mélies

ECRANS | Mi-juin (la date sera précisée plus tard), le cinéma Le Méliès de Grenoble, labellisé art & essai, déménagera de la rue de Strasbourg pour passer d’une salle (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 25 avril 2012

Un ciné-concert pour l'ouverture du nouveau Mélies

Mi-juin (la date sera précisée plus tard), le cinéma Le Méliès de Grenoble, labellisé art & essai, déménagera de la rue de Strasbourg pour passer d’une salle unique à trois salles, quartier de Bonne. Et l'on connaît déjà l'un des évènements d'inauguration du nouveau bâtiment: le 20 juin, on pourra assister à un ciné-concert exceptionnel avec le groupe H-Burns, sur le film BadLands de Terrence Malick. Ça donne envie!  

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