Un Voisin qui vous veut du bien

Association | Organiser des ateliers créatifs, informatique ou de réparation de vélos, accueillir des familles pour des temps de jeu ou de soutien psychologique… Dans deux des anciens immeubles ouvriers du quartier politique Abbaye, le collectif Voisin expérimente à petits pas un lieu de vie, pour et avec les habitants. Un “truc de bobos” ?

Jérémy Tronc | Mardi 2 novembre 2021

Photo : Jérémy Tronc


Un seul des quinze immeubles ouvriers du quartier Abbaye est tombé sous les coups de pelleteuse en 2017. Le projet immobilier avorté, tous les autres sont restés debout, notamment ceux de la place Charpin, partiellement en friche, encadrée par cinq barres d'immeubles à l'architecture et aux volets verts caractéristiques. La municipalité a décidé d'en affecter certains à des associations ou des porteurs de projets, dont le collectif Voisin, constitué en partie de l'équipe qui avait postulé pour la réhabilitation de l'Orangerie dans le cadre du dispositif municipal Gren' de projets. Arrivé second, le collectif s'est vu proposer par la mairie ce nouveau lieu pour mettre en œuvre son projet… et ainsi ne pas enfouir plus de cinq ans de travail bénévole.

C'est par l'entrée du 9 et du 11 de la place Charpin qu'on accède au collectif, pas très bien identifié pour l'instant. « Nous avons fait une demande de panneau à la mairie pour être plus visibles », assure Laurie Luneau, coordinatrice et seule salariée de la structure. Voisin s'est installé au début du mois d'octobre dans les appartements réhabilités. « Mais nous sommes actifs depuis 2 ans dans le quartier, en partenariat avec des structures telles que La Pirogue, la MDH ou la bibliothèque. Nous avons été super bien accueillis et les gens nous connaissent déjà bien », se réjouit la jeune femme.

Les habitants ont ainsi eu un aperçu de l'ensemble des activités désormais centralisées dans les deux immeubles, mais parfois organisées hors les murs « pour aller à la rencontre des gens » : ateliers vélos ou d'initiation aux outils numériques alternatifs, espace d'accueil et d'écoute familial assuré par des psychologues professionnels, espaces loisirs créatifs et bricolage, ateliers d'écriture... Tout ou presque à prix libre. « Sur le papier, nous avons conscience de nous adresser aux “bobos” grenoblois, parce que c'est la mouvance des tiers-lieux, analyse Laurie Luneau, mais notre envie est d'aller à la rencontre de gens qu'on ne côtoie pas d'habitude, de toucher nos voisins en difficulté ou des personnes éloignées des pratiques que l'on propose. »

Les idées pour les semaines et les mois à venir ne manquent pas : ateliers fabrication de cosmétiques et de produits d'entretien, projets sur la transition écologique pour 2022, low-tech… « C'est un lieu en expérimentation, qui aura la couleur de ce que les gens y apporteront. Demain il sera peut-être complètement différent de ce qu'il est aujourd'hui. On va vers des territoires inconnus, on peut se casser la figure, mais on a besoin de lieux comme ça ». Idéaliste, mais sage.

Voisin 9 et 11 place Charpin à Grenoble. www.collectifvoisin.org

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Hymne keupon

Danse | Pantins désarticulés, bouches béantes, gestes saccadés, rires grotesques, bousculades... Le nouveau spectacle du Collectif (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Hymne keupon

Pantins désarticulés, bouches béantes, gestes saccadés, rires grotesques, bousculades... Le nouveau spectacle du Collectif Ès, Fiasco, relève explicitement de l’âme punk. Danser en slip sur l’hymne britannique, avant de se disloquer, colliers de perles et chemisiers en soie, chignon ravagé, sur les riffs saturés des Sex Pistols (bien sûr). Les danseurs lâchent tout, jusqu’à se rouler par terre et se mordre, hurlent, s’éclatent finalement, à tel point que ça paraît improvisé – c’est compter sans la précision de la mise en scène. La libération du corps est totale, le physique exulte. En résidence à La Rampe, le Collectif Ès a travaillé sur le mouvement punk et est parvenu à la conclusion suivante : « Pour nous, c’est un corps en action, en lutte, intérieure et partagée. Un corps non éduqué, avec une dimension ludique et de jeu. Il y a une ambiguïté, une complexité entre des choses très sombre

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La bibli de A à Z

Visite | La Bibliothèque d’étude et du patrimoine (BEP), rouverte au public il y a moins d’un an après des travaux de réhabilitation, se dévoile lors d’une visite spéciale le 13 novembre. L’occasion d’en savoir plus sur son architecture et les trésors patrimoniaux qu’elle renferme.

Hugo Verit | Mardi 2 novembre 2021

La bibli de A à Z

Elle trône à l’entrée de la ville, comme un gros paquebot échoué. Inaugurée en 1960, la Bibliothèque d’étude et du patrimoine (BEP), toute en béton armé, ne fait pas forcément l’unanimité chez les Grenoblois, par son architecture un peu brutale. « C’est justement l’objet de la visite que nous organisons le 13 novembre : faire redécouvrir l’architecture XXe siècle peu connue et pas vraiment appréciée à sa juste mesure. Pourtant, ça vaut la peine de lever les yeux, surtout quand on a des explications », précise Isabelle Westeel, directrice de la Bibliothèque municipale de Grenoble. Pour les explications, comptez sur Pierre Voisin, chargé de l’action culturelle à la BEP, qui mène la visite et commence par rappeler les contraintes non négligeables auxquelles l’architecte Jean Benoit a dû faire face lorsqu’on lui confie le soin, en 1952, de construire une bibliothèque universitaire (qui deviendra municipale en 1970) sur un terrain compliqué de 1800 m² : « Une parcelle très étroite, comprimée entre la prison d’un côté, où se trouve l’actuel cinéma Chavant, et la caserne militaire Hoche de l’autre. Il est donc obligé de bâtir en hauteur et assume cette

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Le blues camerounais de Maya Kutsi

Scène locale | Sorti il y a déjà trois ans, l’album Den Ane Ve Den du groupe grenoblois Maya Kutsi renferme de merveilleuses ballades blues, aux arrangements délicats, à (...)

Hugo Verit | Mardi 2 novembre 2021

Le blues camerounais de Maya Kutsi

Sorti il y a déjà trois ans, l’album Den Ane Ve Den du groupe grenoblois Maya Kutsi renferme de merveilleuses ballades blues, aux arrangements délicats, à l’image de Bia Za’a que l’on écoute en boucle afin de calmer les colères inutiles. Mais aussi des incursions funk-rock plus surprenantes comme Yaah Ah Ah qu’on dirait sortie d’un album des Red Hot (en mieux) et des morceaux issus plus directement du Bikutsi, l’esthétique musicale camerounaise dont Benny Owono et Sébastien Comito, les deux fondateurs du groupe, s’inspirent largement. Écrits en Bulu (la langue d’origine du chanteur), les refrains de Maya Kutsi ont pu se dévoiler sur des scènes non négligeables de la Cuvette (Cabaret Frappé, Col des 1000, Merci Bonsoir !) ces dernières années. Et c’est une très bonne nouvelle. Maya Kutsi le 12 novembre à la bibliothèque Abbaye-les-Bains

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Art sylvestre

ARTS | À l’occasion de l’événement L’Appel de la forêt porté par le département de l’Isère (et dont nous reparlerons certainement à la rentrée), le Domaine de Vizille (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 13 juillet 2021

Art sylvestre

À l’occasion de l’événement L’Appel de la forêt porté par le département de l’Isère (et dont nous reparlerons certainement à la rentrée), le Domaine de Vizille accueille trois installations qui font résonner harmonieusement concept et matériau puisque, proposant différentes réflexions sur notre rapport aux arbres, elles sont faites de leur bois. À proximité du canal qui traverse le parc, l’ingénieur et architecte Olivier Delarozière imagine un cénotaphe en hommage à Nicolas Fourneau, auteur du premier traité de charpente moderne. Pénétrable, cette hypnotique structure autoportante ravira les fans de Kapla et vient naturellement s’implanter dans le site, évoquant la tradition des fabriques qui agrémentaient les parcs du XVIIIe siècle. Plus loin, le collectif Les Nouveaux Voisins nous invite à contempler le majestueux ramage d’un chêne grâce à un élégant dispositif en demi-lune qui enserre délicatement son tronc, rappelant la nécessité depuis toujours ressentie par les Hommes de faire communauté à proximité d’un élément naturel singulier. Enfin, intitulée Le Bois dormant, l’installation conçue par Atelier Byme joue d’un retournement amusant,

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Une résidence d’artistes au cœur du quartier de l’Abbaye

ACTUS | Alors que la municipalité grenobloise s’est engagée dans un vaste projet de rénovation du quartier de l’Abbaye, un collectif d’artistes y a posé ses valises, le temps de la transformation.

Sandy Plas | Jeudi 15 juillet 2021

Une résidence d’artistes au cœur du quartier de l’Abbaye

« On voulait investir un lieu et monter un projet à partir d’un territoire », explique Laure Nicoladzé, fondatrice de la compagnie Regards des Lieux et coordinatrice du Grand collectif. C’est désormais chose faite. Depuis quelques jours, les artistes réunis au sein de ce Grand Collectif, rassemblant cinq compagnies grenobloises (Regards des lieux, Images solidaires, Colectivo Terron, Lieu Dit et Le Grille-Pain) et mêlant le théâtre, l’image, la musique et l’architecture, ont investi leur toute nouvelle résidence, au 9, place André-Charpin, en plein cœur de l’Abbaye. « Au départ, nous n’avions pas de lieu prévu, juste la volonté de monter une résidence au sein d’un quartier, poursuit Laure Nicoladzé. Il y a trois ans, on a proposé à la mairie de s’installer ici, et notre demande a été acceptée. » Depuis, la municipalité a mis sur pied le projet "Les Volets Verts", dont le but est de proposer différentes initiatives culturelles, solidaires et conviviales au cœur du quartier pendant sa transition, dans lequel s’inscrit le Grand Collectif, qui collabore également avec le collectif Voisins, installé dans les mêmes locaux et qui cherche à créer du lien dans

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Eptagon, à la croisée des genres

MUSIQUES | Collectif artistique grenoblois aux frontières d’une vaste gamme d’influences musicales (métal extrême, ambient, drone, musiques électroniques…), Eptagon dévoilera ce vendredi un imposant double album, "a.va.lon", ainsi qu’une série de performances inédites en streaming. L’occasion rêvée de mettre leur travail en lumière.

Damien Grimbert | Mercredi 3 mars 2021

Eptagon, à la croisée des genres

Fondé en 2016, le collectif Eptagon se crée à ses débuts dans un cadre assez informel, autour d’une petite demi-douzaine de groupes et de quelques artistes individuels. Leur point commun : un amour partagé pour le métal extrême, mais également une volonté de ne pas hésiter à s’en détacher occasionnellement pour explorer d’autres horizons musicaux. Une singularité qui va s’accentuer encore lorsque fin 2018, le collectif accède à une résidence de longue durée au Ciel, qui lui permet de bénéficier d’un espace de création partagé au sein de la structure. Un véritable coup d’accélérateur pour Eptagon, qui voit ses rangs s’agrandir (ce sont désormais pas moins de 25 personnes et plus d’une douzaine de projets stables qui gravitent au sein du collectif) mais également se diversifier avec l’arrivée de vidéastes et d’artistes numériques. Aux côtés de formations musicales déjà bien établies (Maïeutiste, Epitaphe, Barus, Demenseed…) se greffent ainsi de nouveaux projets artistiques (Orcae, Jonas François, Nicolas Gaillardon…) qui vont permettre aux membres du collectif d’explorer d’autres gammes esthétiques, aussi différentes que complémentaires de leur style de prédilection : am

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Quand le travail de Yoann Bourgeois fait polémique

ACTUS | Début février, le circassien et chorégraphe Yoann Bourgeois, codirecteur depuis 2016 du centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2), a été mis en cause dans une vidéo anonyme laissant entendre qu’il aurait pu plagier d’autres artistes. On a cherché à en savoir plus en contactant les principaux intéressés, qui appellent pour la plupart à une remise en question profonde du milieu des arts de cirque. Quant à Yoann Bourgeois, après avoir longuement hésité, il a finalement décliné notre proposition d’interview.

Aurélien Martinez | Vendredi 26 février 2021

Quand le travail de Yoann Bourgeois fait polémique

Revenons dans le passé pour commencer. Depuis une dizaine d’années à Grenoble (c’est là qu’il a implanté sa compagnie en 2010), on suit avec délectation et fascination l’éclosion artistique de Yoann Bourgeois, homme de cirque (il est passé par le prestigieux Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne) et de danse (il a notamment collaboré plusieurs années avec la chorégraphe Maguy Marin) devenu, au fil des ans et des créations, l’une des figures phares du nouveau cirque français. On se souvient ainsi, une fin de journée de l’été 2010, être monté à la Bastille, fort militaire surplombant Grenoble, pour découvrir son impressionnant Cavale dans lequel, en compagnie de l’acrobate Lucien Reynès, il défiait magnifiquement la gravité avec un escalier, un trampoline et le panorama urbain en toile de fond (des extraits sont disponibles en ligne). « Dans le cirque, je suis intéressé par le fait de rendre perceptibles

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"Le cèdre et le papyrus" : Flandres désertiques

ARTS | Rassemblant une diversité d’œuvres étonnante, l’exposition du Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye propose une exploration des paysages de la Bible qui réjouira même le plus athée des esthètes.

Benjamin Bardinet | Mardi 20 octobre 2020

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de contempler de magnifiques manuscrits enluminés ou de subtiles peintures du XVe siècle. C’est pourquoi nous nous sommes risqués à nous aventurer hors de la cuvette, en zone rurale, pour vous dire deux mots sur l’exposition Le cèdre et le papyrus visible au Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye. Et s’il fallait prendre cette expression au pied de la lettre, nous nous contenterions d’écrire : « Allez-y ! » En choisissant comme sujet les paysages de la Bible, l’exposition pointe du doigt les tensions entre les réalités géographiques, les conventions culturelles et les fantasmes pétris d’exotisme qui transparaissent dans les représentations inspirées par l’Ancien et le Nouveau Testament. Ainsi il n’est pas rare que, dans plusieurs œuvres, les paysages de la Mésopotamie aient d’étranges allures flamandes, offrant une luxuriance par forcément très raccord avec l’aspect a priori désertique des espaces géographiques évoqués. Heureusement pour les artistes férus de botanique, les représentations du jardin d’Eden sont une belle occasion de témoigner de leur sens aigu de l’observation et d’as

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12 propositions pour une année de danse intense à Grenoble

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Avec des chorégraphes qu'on connaît (très) bien, des nouvelles têtes, des reprises... Il y aura de quoi faire cette saison dans l'agglomération grenobloise !

Aurélien Martinez | Lundi 19 octobre 2020

12 propositions pour une année de danse intense à Grenoble

Miracles Le très productif chorégraphe hip-hop (mais pas que) Bouba Landrille Tchouda, qu’au Petit Bulletin nous suivons avec plaisir depuis (presque) ses débuts (on en a écrit des lignes élogieuses sur ses spectacles !), dévoilera cet automne sa nouvelle création. Avec, comme souvent avec lui, une note d’intention pleine de beaux principes – extrait : « dans un dispositif scénique léger, trois interprètes exploreront, dans un va-et-vient entre l’intime et l’extérieur, la question de l’inter-dépendance, qui nous bouscule tout autant qu’elle nous enrichit ». D’accord ! AM Au Grand Angle (Voiron) mardi 10 novembre Au Théâtre municipal de Grenoble jeudi 12 et vendredi 13 novembre Loto3000

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"La Dernière Vie de Simon" : des débuts prometteurs

ECRANS | Les grands débuts de Léo Karmann réalisateur de long-métrage offre un film fantastique à la française tout à fait séduisant. Une histoire d'ados qui bascule également dans le drame ou le mélo. Vivement recommandée !

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que ce soit. Dix ans plus tard, Simon va "ressurgir"… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier, tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté, même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer a

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

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"Un vrai bonhomme" : je mets les pas dans les pas de mon frère

Cinema | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de "Mon Inconnue".

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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Danse : la Rampe s'est engagée avec le Collectif ÈS

ACTUS | L’accueil en résidence, pour trois ans, de ce trio de danseurs est une aubaine pour les artistes, fidèles à la salle échirolloise. C’en est une également pour le public, qui pourra profiter d’autres moments de rencontre avec eux. Explications.

Martin de Kerimel | Mardi 19 novembre 2019

Danse : la Rampe s'est engagée avec le Collectif ÈS

Plus que quelques jours d’attente. Le 10 décembre, le Collectif ÈS revient à La Rampe pour un spectacle inédit à Échirolles : 1ère Mondiale. Adeptes du travail collectif, Émilie Szikora, Jérémy Martinez et Sidonie Duret pourraient surprendre ceux qui les connaissent déjà, puisque, cette fois, ils s’expriment par la forme du solo. Comment évolueront-ils à l’avenir ? L’accueil en résidence qui leur est offert permettra de se faire une idée progressive de la réponse. « Ce partenariat s’inscrit pleinement dans nos missions d’aide à la création, souligne Joséfa Gallardo, directrice de La Rampe. Nous travaillons à susciter la curiosité du public à l’égard de la danse contemporaine. Les danseurs vont dès lors à la rencontre de nouveaux publics. » Ils bénéficient d’une aide à la diffusion de leur(s) spectacle(s) – ils sont notamment attendus au Théâtre de Grenoble en mars 2020 – et de financements, par le biais de la coproduction. Les installations de La Rampe sont à leur disposition pour faciliter leur travail créatif. Une ouverture sur la ville Émilie, Jérémy et Sidonie sont comme chez eux dans cet environnement sensible à le

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"Mes voisins les Yamada" d'Isao Takahata est à (re)voir mardi au Méliès

ECRANS | Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des (...)

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des lucioles (1988), n’a pourtant rien à envier à son confrère japonais. Comme le prouvera le Méliès en projetant mardi 4 juin à 18h15 Mes voisins les Yamada (1999), film entièrement réalisé par ordinateur : un avant-gardisme pour l’époque qui coûtera cher et se soldera par un échec commercial. Cette chronique sociale ne manque pourtant pas de charme avec son style crayonné et son caractère hybride. Elle prend ainsi la forme de plusieurs courts-métrages elliptiques entrecoupés d’haïkus où Nonoko Yamada, petite-fille au franc-parler, nous présente les membres, gentiment caricaturaux, de sa famille. Après avoir trinqué avec les Yamada, vous risquez de trouver la prochaine fête des voisins bien fade…

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"Dialogue collagiste" : entre ces deux-là (Jean-Luc Brosson et Vanber), ça colle

Exposition | Intitulée Dialogue collagiste, la nouvelle exposition de la Galerie Hébert a pour particularité de réunir deux artistes très différents qui ont pour point commun (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 12 février 2019

Intitulée Dialogue collagiste, la nouvelle exposition de la Galerie Hébert a pour particularité de réunir deux artistes très différents qui ont pour point commun d'avoir produit, à un moment de leur carrière, des séries de collages. Le premier d’entre eux, Jean-Luc Brosson (1955-2008), a ainsi réalisé des œuvres foisonnantes à partir d’images de tableaux classiques découpées dans des livres d’art. Dans ces compositions précautionneusement recouvertes d’un vernis craquelé qui leur donne un aspect vieillot, le visage des personnages principaux, souvent déchiré, apparaît comme une faille d’où le collage tout entier semble s’échapper comme une folle floraison émanant de ces esprits ébréchés. Dans la salle suivante, bien que plus anciens (années 1970), les collages abstraits d’Albert Voisin dit Vanber (1905-1994) frappent par la vitalité de leurs couleurs. Faites à partir de morceaux d’affiches arrachés, de bouts de ficelle et de peinture fluorescente, ces dynamiques compositions à la spontanéité vivifiante sont en fait savamment élaborées. Il suffit pour s’en assurer de les contempler à la lumière

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Collectif Résonance : « On veut être la vitrine des musiques électroniques grenobloises »

ACTUS | Samedi 13 octobre, le tout frais collectif Résonance, se présentant comme « l'union de près d'une quinzaine de structures grenobloises défendant les musiques électroniques », organise un double événement de lancement. On a rencontré trois de ses membres histoire d’en savoir plus sur cet ambitieux projet.

Aurélien Martinez | Mardi 9 octobre 2018

Collectif Résonance : « On veut être la vitrine des musiques électroniques grenobloises »

Comment est né le collectif ? Émilie Angénieux (association Hadra) : Le collectif est né en novembre 2017 quand il y a eu le deuxième appel à projets de la Ville de Grenoble concernant le bâtiment Clé de Sol [situé dans le parc Hoche – NDLR]. À ce moment, beaucoup d’associations se sont réunies pour parler des musiques électroniques et de leur place à Grenoble. Et on s’est une nouvelle fois dit que même si le vivier grenoblois était énorme, il n’y avait pas d’accompagnement des pratiques qui était fait, et pas de visibilité institutionnelle. D’où l’idée de faire quelque chose ensemble et de candidater à l’appel à projets. Après l’audition en janvier, la Ville nous a contactés pour nous dire que notre projet était intéressant, mais que MixLab [association pilotant la Belle électrique – NDLR] serait gestionnaire du bâtiment [avec un projet d’accompagnement de la scène musicale locale – NDLR]. Tout en nous précisa

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De Kirikou à Dilili : Michel Ocelot, géant animé

ECRANS | Le réalisateur, à qui l'on doit le fameux Kirikou, sera samedi 23 juin au Méliès pour dévoiler son nouveau film "Dilili à Paris". Et célébrer par la même occasion les 20 ans de son succès 'Kirikou et la Sorcière".

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

De Kirikou à Dilili : Michel Ocelot, géant animé

Après Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki qui fête ses trente ans (et est ressorti au Méliès), un autre personnage "exotique" pour le public hexagonal souffle un nombre rond de bougies cette année : Kirikou, vaillant héros des films de Michel Ocelot, qui a désormais 20 ans. Apparu dans Kirikou et la Sorcière (1998), conte africain ayant le bon sens et le bon goût de ne pas occidentaliser ni le cadre, ni les voix, l’enfant débrouillard qui demandait à sa mère de l’accoucher a aussi marqué la renaissance du cinéma animation en France. Une animation osant des esthétiques hors norme (laissant une place généreuse à l’abstraction et à la couleur vive), des techniques traditionnelles ou artisanales (ombres chinoises, papier découpé…), des musiques imprégnées de sonorités folkloriques authentiques et non aseptisées dans la marmite hollywoodienne de la world music. En vingt ans, Ocelot n’a cessé d’explorer le monde – les mondes – célébrant de fructueuses noces entre légendes et imaginaire. Présenté en avant-première au Festival international du film d'animation d'Annecy, son nouveau long-métrage raconte le destin d’une petite

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"Rumeur et petits jours" : avec le Raoul collectif, la parole est à l'adversaire

Théâtre | Fidèle à lui-même, le collectif belge questionne dans son deuxième spectacle les grands maux de l'époque – propriété, consommation, politique… S’il reste parfois à la surface de ses sujets dans un décor trop strict, il livre une salutaire envolée finale belle et absurde.

Nadja Pobel | Mardi 15 mai 2018

Ne pas s’attendre à un spectacle formaté, linéaire et récitatif : les Belges du Raoul collectif souhaitaient même ne pas parler dans cette création. Résultat, ils ne font que ça, eux qui n'ont pas le goût des choses simples mais une idée fixe : comprendre comment il est possible de grandir en ce monde mis sous cloche du capitalisme, du libéralisme assassin. Avec Le Signal du promeneur (2012), les cinq membres issus du Conservatoire de Liège proposaient une série de portraits de figures en marge (le faux médecin et vrai meurtrier Jean-Claude Romand, le navigateur Mike Horn, le héros d'Into the wild...) ayant dérapé, recrachant à la gueule de la société ce qui la rend indigeste – la compétition, la destruction de la nature… Ici, le même quintet s'est donné rendez-vous pour la 347e et dernière émission de radio avant que leur direction ne les vire : c’est alors l'heure des règlements de comptes et des batailles d'ego jusque-là étouffées. Mais le plateau de radio comme espace de jeu laisse peu de latitude à l'imagination : d'un point de vue formel, leur Rumeur et petits jours (en opposition aux éclats d

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"Jean-Yves, Patrick et Corinne" : aérobic pop par le collectif ÈS

Danse | Rendez-vous jeudi 15 mars à la Rampe d'Échirolles pour une pièce à l'énergie folle.

Aurélien Martinez | Lundi 12 mars 2018

Il y a des jeunes compagnies qui arrivent, grâce à une certaine inventivité, à susciter un intérêt fort de la part des "professionnels de la profession", ce qui leur offre d’emblée une belle visibilité. Comme le collectif ÈS, formé en 2011 par trois élèves (Sidonie Duret, Jérémy Martinez et Émilie Szikora) du conservatoire de danse de Lyon qui, cet automne à Villefontaine (Nord-Isère) lors de la première représentation de sa dernière création Jean-Yves, Patrick et Corinne, a réussi à compter dans sa salle une foule de programmateurs et programmatrices, dont une bonne partie du staff de la prestigieuse Maison de la danse de Lyon. De quoi fortement susciter la curiosité du critique en recherche de chair, et surtout d’expression artistique fraîches. Si tout cela était encore fortement bancal à l’époque (que voulaient dire les chorégraphes en convoquant autant de références pop sur le plateau, et en évoquant dans leur note d’intention la question du plagiat ?), il s’en dégageait une énergie folle qui reste longtemps en mémoire. Il faut ainsi voir comment les cinq danseurs (les trois membres du collectif, rejoints par deux interprè

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"Blockbuster" : lutte avec les stars

Spectacle | Le Collectif Mensuel, venu de Belgique, débarque à la MC2 du mardi 5 au samedi 9 décembre avec un ciné-concert théâtralisé à la fois drôle et politique. Un véritable régal.

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Le spectacle n'est pas tout à fait neuf (2015) mais il a cette force de ne pas se démoder. Surtout que l'enquête récente sur les "Paradise papers", révélant une nouvelle fois comment les plus grosses entreprises du monde contournent – légalement en plus – l'imposition, est un exemple de plus étayant ce que le Collectif Mensuel a brillamment mis en avant dans son ciné-concert théâtralisé Blockbuster. Alors que le patron des patrons s’oppose à un projet de taxe sur les très hauts revenus et qu’un magnat de presse muselle des investigations sur les dérives de la finance, voilà que le peuple prend la parole – et, surtout, les armes. Le Premier ministre, à court d'arguments, vote du coup un d'état d'urgence... Parfois, la fiction est rattrapée par le réel ! La virtuosité du montage est épatante. Les images défilent à pleine vitesse, doublées par les voix et les bruitages réalisés en direct sur le plateau par cinq comédiens faisant un sprint au long cours. Ils sont tour à tour Sylvester Stallone, Julia Roberts, Will Smith, Sean Penn ou Clint Eastwood, pour en fait transposer dans leur spectacle une lutte des classes d'une férocité folle. Mais les

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Le Collectif Mensuel : « L’humour est une forme de politesse »

Spectacle | Ils sont belges et sans concession. Avec 1400 séquences de films américains cultes mises en musique, en bruits et en paroles en direct sur le plateau, les comédiens du Collectif Mensuel inventent une toute autre histoire en doublant Sylvester Stallone, Julia Roberts, Sean Penn & co. Et scénarisent le récit d'un peuple qui prend les armes pour contrer de cupides puissants. Ça s’appelle "Blockbuster", c’est absolument génial, et on en parle avec l’un de ses concepteurs avant son passage par la MC2.

Aurélien Martinez | Mardi 28 novembre 2017

Le Collectif Mensuel : « L’humour est une forme de politesse »

Avec le Collectif Mensuel, êtes-vous venus au théâtre dans l’idée que ce serait un moyen de faire entendre les maux du monde – ici les inégalités abyssales entre les citoyens ? Renaud Riga : Il y a de ça, oui. On avait envie de mettre sur le plateau ce qui nous semble être l’un des problèmes du monde : la confiscation de richesses – économiques bien sûr, mais aussi politiques et démocratiques – par très peu de personnes au détriment de l’ensemble de la population. Mais de le faire avec second degré et amusement comme on n’avait pas tellement envie d’un spectacle à message premier degré – ce n’est pas tout à fait notre style ! Au théâtre, un message politique passe mieux avec humour ? Oui, j’en suis personnellement très convaincu – même si je n’ai rien contre les spectacles plus sérieux. L’humour, pour moi, est une forme de politesse : nous ne sommes que des comédiens, des gens de théâtre ; nous ne sommes pas des révolutionnaires, nous n’avons rien mis en place d’autre que des spectacles. On se doit de ne pas se prendre au sérieux, de ne pas donner des leçons. Vous ne vous prenez do

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Nikodem : « Mettre de la couleur dans les rues »

ACTUS | Depuis le mois de septembre, une grande fresque en trompe-l’œil orne l’un des murs des anciennes usines Cémoi, dans le quartier en refondation de Bouchayer-Viallet. On est allés à la rencontre du collectif qui se cache derrière cette création.

Alice Colmart | Mardi 21 novembre 2017

Nikodem : « Mettre de la couleur dans les rues »

À Grenoble, quartier Bouchayer-Viallet, une fresque attire le regard par ses éléments picturaux forts, ses couleurs vives mais aussi par son texte rendant hommage aux graffeurs grenoblois. C’est le collectif MursMurs, associé à la Maison des habitants Chorier-Berriat, aux Barbarins fourchus et au collectif d'associations culturelles et artistiques Mann’art(e), qui l'a réalisée sur les façades rouges et grises des anciennes usines Cémoi, au niveau de la petite rue qui les traverse. « En faisant apparaître une œuvre d’art dans ce quartier en plein renouveau, on souhaitait rendre visible une énergie artistique et pas seulement industrielle » explique Aurore Cyrille de MursMurs : un collectif grenoblois né en 2015 d’une envie commune d'obtenir de la Ville des murs d'expression libre pour promouvoir « l’art contemporain urbain » et encourager, via l’organisation d’événements et de rassemblements, la rencontre entre les passants et les artistes. « Étonner et émerveiller les spectateurs » À l'origine de la fresque, les artistes du voisinage Nikodem, Votour, Srek, Nesta et Juin, figures du graff

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"Laissez bronzer les cadavres" : le polar et la manière

ECRANS | Adaptation visuellement pétaradante du premier roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, ce pur manifeste cinématographique fascine par son inextinguible obstination à travailler la forme. Une expérience de polar à la fois vintage et contemporaine signée Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Après un braquage sanglant de 250kg d’or en barres, Rhino et sa bande se sont mis au vert dans la vaste ruine d’une artiste peu regardante. Mais des invités-surprises se joignent à la troupe : deux femmes, un enfant, ainsi qu’une paire de motards de la police. Ça, c’est plus gênant… La bonne grosse mandale qui claque sur l’oreille et assourdit jusqu’à faire voir des étoiles : voilà, en substance, l’effet de souffle produit par Laissez bronzer les cadavres. Haletant dès son ouverture immersive, le troisième long-métrage du duo Cattet & Forzani évoque par son foisonnement d’idées formelles et sa remise en question incessante le rejeton issu d'une union entre Pierrot le Fou de Godard, Ne nous fâchons pas de Lautner et Persona de Bergman. Jouer au Éros Peuplé de visages et de figures arrachés à tous les univers (ici un ex-boxeur, là le meneur de Trust, ailleurs une star du porno des années 1970 ; et partout des totems du cinéma d’auteur comme Elina Löwensohn ou Marc Barbé, le Roger Blin moderne, étrangement doux), ce shoot d’adrénaline à l’image ouvragée par Manuel Dacosse métamorphose peu à pe

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Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

Secteur associatif | Début novembre, c’était le clap de fin pour la Fédération rhônalpine des MJC (maisons des jeunes et de la culture). Les 95 emplois de cette tentaculaire organisation (200 associations affiliées, 145 000 adhérents) sont supprimés. Résultat : quatre directeurs grenoblois se sont fait virer, et les finances ne sont pas au beau fixe.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 6 décembre 2016

Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

« On n’a plus de directeur depuis octobre. » C’est le constat amer de la secrétaire de la MJC grenobloise Anatole France. Pourtant Karim Chamon, l’ex-patron, squatte toujours son bureau près du cours de la Libération (photo). « J’ai encore plus de travail depuis que je suis au chômage : je m’occupe des paies, de la compta… » égraine-t-il affairé dans des dossiers. En buvant son quatorzième café de la journée, il s’explique : « Je suis directeur bénévole à la MJC en attendant ma réembauche en janvier. » Son employeur, jusque-là la fédération régionale des MJC, était en redressement judiciaire depuis mai 2016. Sans repreneur, elle vient d’être liquidée, ce qui a des conséquences sur tous les territoires. À Grenoble par exemple, quatre des sept directeurs de MJC étaient employés par elle. Ils ont tous été réembauchés par leur MJC : Anatole France (pour bientôt), Lucie Aubrac, Parmentier et Abbaye. Aujourd’hui, le constat est sans appel :

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Cirque : nos cinq coups de cœur de l'année

Panorama 2016/2017 | Au Petit Bulletin, on adore les artistes qui s'envoient en l'air. La preuve avec cette sélection de spectacles riche en surprises et émotions fortes.

Aurélien Martinez | Lundi 24 octobre 2016

Cirque : nos cinq coups de cœur de l'année

Fenêtres Recréation d’un spectacle vieux de quinze ans, ce solo initialement interprété par le circassien Mathurin Bolze (qui l’a imaginé) a été transmis à Karim Messaoudi, passé comme lui par Centre national des arts du cirque. Un pur moment de grâce visuelle sur un homme enfermé dans un appartement et qui ne semble trouver d’échappatoire que par les airs, grâce à un sol trampoline. Grandiose. À l’Hexagone (Meylan) mardi 15 et mercredi 16 novembre _______ Patinoire Un solo entre cirque, théâtre et clown qui fonctionne parfaitement. Logique, il est l’œuvre d’un des fondateurs du collectif québécois de circassiens Les 7 doigts de la main. Patrick Léonard, seul en scène donc mais accompagné d’un fatras d’objets (qui auront une importance capitale pendant le spectacle), met en place une drôle de tension qui captive autant qu’elle surprend. Et quelle fin vertigineuse ! À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) mardi 29 novembre _______

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Julien Clément (Petit travers) : « Avoir un spectateur à l’affût »

Spectacles | Le collectif Petit travers, défenseur depuis treize ans d’un jonglage poétique fort en images, débarque à Grenoble avec deux spectacles – une grande forme pour sept interprètes et un trio avec piano. Deux véritables réussites qui nous ont donné envie de passer un coup de fil à Julien Clément, co-directeur artistique du collectif.

Aurélien Martinez | Mardi 3 mai 2016

Julien Clément (Petit travers) : « Avoir un spectateur à l’affût »

Avec le collectif, vous faites du jonglage, mais pas un jonglage simplement limité à la performance… Julien Clément : Oui. On utilise le jonglage comme un matériau, comme un outil de scène, comme une possibilité de langage. Et tout ça dans une visée poétique et musicale. On essaie de proposer un cadre assez simple pour jouer sur la surprise, pour avoir un spectateur à l’affût, pour l’étonner, le surprendre… Avec, en stars de chaque spectacle, les balles de jonglage. Même si, dans les deux créations que vous présentez à Grenoble, leur rôle est très différent… Pour chaque spectacle, on essaie de redéfinir cet objet, de savoir si c’est quelque chose d’abstrait ou si c’est un être animé d’une vie propre. Dans le tout début de Pan-Pot ou modérément chantant, il y a la mise en place de l’histoire de ces balles qui sont comme autonomes, qui ont leur trajectoire de vie : même si on comprend qu’elles sont jonglées, on ne voit pas les jongleurs, on ne voit pas leurs mains, ils sont vraiment dépersonnalisés. Pour Les Beaux Orages qui nous étaient promis, on a plus pris ces balles co

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Les lumières de la ville

SCENES | On aurait pu déposer cet article dans les pages expo, tant ce que l’on a découvert est à la croisée de l’art contemporain et du spectacle vivant. Mais la vie (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 février 2015

Les lumières de la ville

On aurait pu déposer cet article dans les pages expo, tant ce que l’on a découvert est à la croisée de l’art contemporain et du spectacle vivant. Mais la vie est faite de choix, et nous venons d’en faire un. Voici donc Extranea, nouvelle proposition du collectif K-LI-P, en activité à Grenoble depuis 2005 autour de la danseuse et chorégraphe Christel Brink Przygodda (notamment vue dans la compagnie de François Veyrunes) et du plasticien Philippe Veyrunes ("frère de" et surtout référence dans son domaine à Grenoble – il a bossé avec tout un tas de monde). Soit une « installation performance » au sein de laquelle les participants sont lâchés : libre au public de construire son parcours, de rester figé devant le corps de la danseuse, de s’échapper via les vidéos très urbaines projetées au mur, de déambuler près de la jungle de néons… Une expérience déroutante, assourdissante, hypnotique, bourrée de références souvent suggérées – beaucoup de texte défile par exemple, mais impossible de tout lire… De notre côté, on n’est pas arrivés à raccrocher tous les wagons (Extranea « confronte nos origines personnelles, culturelles, générationnelles et inte

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"Dynamita’s night" : funk me !

Soirée | Le vendredi 21 mars à l’Ampérage, ce sera explosion de funk et de soul ! Le collectif Soulgang revient avec la douzième édition de ses "Dynamita’s nights", véritable retour vers les années 1970. Zoom sur ces soirées qui animent les nuits grenobloises depuis quatre ans. Mathilde Ceilles et Hélène Rocco

La rédaction | Mardi 11 mars 2014

Une fois de plus, le collectif Soulgang met à l’honneur, le temps d’une soirée, la soul et la funk. Avec aux platines T-Groove et Galactico, les deux DJs de prédilection de ces Dynamita’s nights. « On a essayé tout un tas de DJs dans le passé » explique Daniel Dumon, cofondateur du collectif Soulgang et coorganisateur de l’événement. « On est unanimes, ce sont ces deux là que l’on préfère ! Ils sont passionnés par cette musique. À mon avis, ils respectent l’œuvre originale car ils la passent telle quelle. » Mais plus qu’une musique, c’est tout un esprit funk qui est ressuscité avec ces soirées. « On incite les gens à venir en tenue 70’s ! » À la clé ? Une bouteille de champagne pour celui ou celle qui sortira le plus beau costume de son grenier. Et puis il y a aussi la traditionnelle roue de l’entrée qui détermine le prix du billet (unique source de financement pour le collectif). « C’est une roue de la fortune ! Ceux qui ne sont pas joueurs paient 8 euros. Les autres peuvent risquer de payer entre 4 et 10 euros, avec sur certaines cases un cocktail offert. » Flashback À l’origi

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Insomniak / Quoi de neuf à Grenoble?

ACTUS | Avant l’effortAu Petit Bulletin, on n’est pas que des bourrins aficionados de gros sons. Nous sommes aussi des êtres raffinés et affables, qui aimons de (...)

Orlando Fernandes | Jeudi 27 septembre 2012

Insomniak / Quoi de neuf à Grenoble?

Avant l’effortAu Petit Bulletin, on n’est pas que des bourrins aficionados de gros sons. Nous sommes aussi des êtres raffinés et affables, qui aimons de temps en temps la douceur d’une charmante petite échoppe. Le restaurant la Voisine (rue des Bons enfants, près du cinéma Le Club), qui pour n’importe quel badaud pressé ressemble fortement à un établissement distingué pour vieilles personnes, est, contre toute attente, l’une de nos tables grenobloises préférées. Niveau budget, c’est on ne peut plus correct ; et surtout niveau assiette, c’est un régal (mention spéciale au tartare de bœuf et aux desserts). Que la patronne ait décidé d’ouvrir, en plus du midi, deux soirs par semaine (les jeudis et vendredis), nous ravit au plus haut point. Ou comment commencer la soirée en douceur avant de finir comme des sauvages. Genre, t’es macho ?La parité, c'est maintenant. Pourquoi alors ne pas commencer par mettre fin aux tarifs préférentiels pour la gent féminine à l’entrée des discothèques ? Quelle intrigante conception de l’égalité, vendue sous couvert de galanterie... La misogynie (oui, car la femme est ici utilisée comme obj

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Ricochets d’Italie

ARTS | Deux monstres de plastique ont creusé leur nid dans la crypte du Musée archéologique de Grenoble (MAG). Un cocon blanc éclairé par la lumière de l’entrée, un autre (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 14 septembre 2012

Ricochets d’Italie

Deux monstres de plastique ont creusé leur nid dans la crypte du Musée archéologique de Grenoble (MAG). Un cocon blanc éclairé par la lumière de l’entrée, un autre rouge dans l’obscurité de la chapelle, comme deux nouvelles sépultures revisitées et ressuscitées par Joël Negri à l’occasion de l’exposition Work2012 et du festival « mon voisin est un artiste italien ». Cet événement rassemble les travaux de plasticiens transalpins : c’est le cas du travail de Joël Négri, à voir jusqu’à la fin du mois de décembre au MAG, ou de Jean-Pierre Malandrino qui lui s’installe jusqu’au 23 septembre à la Casemate. A découvrir, une sculpture ludique au centre de l’exposition : un cube de verre aux faces translucides, colorées ou réfléchissantes dans lequel est posée une torsade de piques de glace. Niveau pictural, malheureusement moins de bonnes surprises sur le parcours du festival… LP

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Virtuel dans le réel

ARTS | Le collectif BSNP (autoproclamé « à dimension variable ») mène un projet ambitieux : interroger la matérialité des œuvres élaborées sur un support virtuel. Pour (...)

Laetitia Giry | Lundi 23 avril 2012

Virtuel dans le réel

Le collectif BSNP (autoproclamé « à dimension variable ») mène un projet ambitieux : interroger la matérialité des œuvres élaborées sur un support virtuel. Pour cette première exposition présentée au Centre d’Art Bastille (lieu élu pour en accueillir d’autres), douze artistes présentent chacun une œuvre mettant en évidence (étymologiquement : donnant à voir) un processus numérique habituellement invisible, ou à l’inverse, promulguant la surface internet comme lieu de création de « sculptures ». Ainsi de quelques travaux montrés sur ipad, où les symboles évoquant Youtube ou Facebook sont détournés pour voguer seuls au milieu d’une page blanche, dénués de toute utilité, transformés en message d’interrogation. L’exemple qui nous semble le plus probant en termes de traduction matérielle d’une action numérique est celui proposé par l’Américain Jacob Riddle : sur deux colonnes, deux piles de feuilles entièrement recouvertes de codes chiffrés montrent le contenu d’un simple clic d’appareil photo - explicite et radical. La dernière salle s’acquitte quant à elle du côté plus directement spectaculaire de l’entreprise, en plongeant le visiteur dans une expérience de déspatialisation sympat

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