Un autre regard sur les migrations

Festival | Avec le festival Migrant’Scène, l’association la Cimade souhaite déconstruire le regard parcellaire et biaisé que porte une partie des Français sur les populations exilées. Un travail d’information et de sensibilisation qui semble nécessaire en ces temps où les débatteurs politiques multiplient les raccourcis et les effets de manche sur le sujet.

Hugo Verit | Mardi 16 novembre 2021

Doit-on encore s’en étonner ? Le débat médiatique en vue de la prochaine élection présidentielle tourne une fois de plus (en boucle) autour de l’immigration. Et il ne s’agit pas d’en parler avec sérieux, honnêteté, bienveillance, exigence intellectuelle ni altruisme. Non voyons, l’heure est encore à la mauvaise foi doublée d’un racisme de plus en plus assumé. C’est le triomphe des grandes phrases vides qui flattent l’instinct grégaire d’une certaine partie de la population, volontiers sujette à l’ignorance, et donc à la peur. Face aux fantasmes, brandis comme des étendards sur les plateaux de télévision et surtout les réseaux sociaux (ces nouveaux champs de bataille), l’action de la Cimade semble plus que jamais nécessaire.

Glissement idéologique

Fondée en 1939 dans le but de venir en aide aux habitants évacués d’Alsace et de Lorraine lorsque débute la Seconde Guerre mondiale, cette association ne cesse depuis des décennies de soutenir les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile, en les accompagnant notamment dans leurs démarches administratives pour obtenir un titre de séjour. Daniel Delpeuch, coresponsable du groupe local grenoblois, a pu constater le glissement idéologique sur le sujet au fil des années : « Jusqu’au choc pétrolier en 1973, la France accueillait facilement les exilés qui venaient d’au-delà du rideau de fer. Puis c’est devenu beaucoup plus difficile. Si nous disposions encore d’une certaine écoute dans les années 1980, cela s’est vraiment détérioré en 1990-2000 avec la montée du discours Front National. Dès lors, dans ce pays, tout va être fait pour diminuer le nombre d’étrangers sur le territoire avec des politiques totalement contreproductives et des conséquences catastrophiques pour les migrants. Aujourd’hui, beaucoup de personnes en situation irrégulière travaillent et paient des impôts ! Il faut cesser de vivre dans le déni de la réalité et procéder à leur régularisation. »

« Un travail de fourmi »

La Cimade mène également des actions de sensibilisation et d’information auprès du grand public : dans les écoles, les mairies ou – et c’est là où nous voulions en venir – grâce au festival Migrant’Scène. Organisé dans plusieurs villes françaises, dont Grenoble depuis 2011, cet événement regroupe des concerts, conférences, lectures, projections, expos et débats. « L’objectif est de déconstruire les préjugés, de donner des informations vérifiées, de changer la vision des gens sur ces migrations qui ont toujours existé et qui continueront d’exister. L’art permet de faire passer des émotions qui nous aident à convaincre de nouvelles personnes. Même s’il faut reconnaître que la plupart des spectateurs sont souvent déjà convaincus et qu’il s’agit d’un travail de fourmi », constate Blandine Dentella, bénévole à la Cimade depuis quatre ans.

Dans l’agglomération grenobloise jusqu’au 5 décembre, on pourra par exemple découvrir La Traversée à Mon Ciné, un film d’animation qui raconte le périple de deux enfants fuyant leur régime autoritaire, ou écouter la musique de la famille Ibrahimi qui a fui Kaboul en août dernier et donnera un concert au Théâtre Saint-Marie-d’en-Bas.

Festival Migrant’Scène jusqu’au 5 décembre à Grenoble, Gières, Vizille, Saint-Martin-d’Hères, Voreppe et Jarrie

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