Increvable Veloso

MUSIQUES | Musique / À 65 ans, Caetano Veloso, un des pères fondateurs du tropicalisme brésilien, mais aussi un des héritiers les plus fidèles de Joao Gilberto, prolonge sa tournée sans fin et sa discographie pléthorique. Proximo acordão : l'Auditorium. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 octobre 2007

Photo : (c) Miguel Rio Branco


Écrire sur Caetano Veloso donne le tournis. Écouter sa musique aussi, mais pour d'autres raisons. La longévité (65 ans, dont 40 à ne faire que de la musique) et la productivité (une cinquantaine d'albums, dont la majorité sont des compositions originales) de Veloso laissent rêveur ; mais son enthousiasme et sa capacité à bousculer sans arrêt l'image que le public peut se faire de lui sont encore plus impressionnantes. Il n'y a qu'à se souvenir de cette interview accordée au début de l'année à Libération où il exprimait sa ferveur face à sa (re)découverte des Pixies, chez qui il retrouvait le goût de la concision et l'urgence de son maître Joao Gilberto. Du rock à la bossa nova, de l'Amérique au Brésil, Caetano Veloso est un globe-trotter au sens le plus premier du terme, tout en étant aussi un véritable pionnier. Veloso, c'est pour beaucoup le père du Tropicalisme, ce mouvement musical, culturel et révolutionnaire qui, en 1968, fit trembler le Brésil au point d'envoyer ses principaux activistes dans les geôles de la dictature militaire. Veloso, Gilberto Gil, Tom Zé, Gal Costa et Os Mutantes ont eu l'audace de mêler à leur culture (samba et bossa nova) tout ce que le monde comptait de sonorités nouvelles, et en premier lieu la pop luxuriante et sophistiquée des Beatles. Le résultat, toujours aussi incroyablement moderne 40 ans plus tard, marque aussi l'avènement d'une world music qui ne dit pas encore son nom, mais qui connaîtra de belles heures par la suite.Qui l'aime le suive !C'est d'ailleurs aussi comme empereur de cette musique brésilienne traditionnelle que Veloso va s'imposer au fil du temps. Ses compères d'hier définitivement relégués au rang d'amis de longue date (Gil de plus en plus politisé, Zé de plus en plus barré), Veloso retourne à ses sources originelles, une bossa nova mélancolique et très arrangée qui lui vaudra, entre autres consécrations, le droit de jouer son propre rôle le temps d'une chanson dans le beau Parle avec elle d'Almodovar. Mais attention ! Un Veloso peut en cacher un autre : celui qui reprend, à sa sauce et en anglais, ses morceaux de rock préférés (A foreign sound ou une partie de son prochain album, Lingua, à sortir le 24 octobre) ou qui, le temps d'un disque (Cé, sorti en 2006), fait semblant de restaurer son image en revenant à la chanson, mais dans une formation délibérément rock et minimaliste. Sur ledit album, il s'essaye même au rap ! De quoi sera faite sa prestation à l'Auditorium ? Comptons sur l'imprévisible Caetano pour nous réserver des surprises !Caetano VelosoÀ l'AuditoriumDimanche 7 octobre

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Caetano & Gil : amicalement vôtre

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Stéphane Duchêne | Mardi 30 juin 2015

Caetano & Gil : amicalement vôtre

« Deux amis, un siècle de musique », c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec chacun une guitare et un répertoire immense. Caetano & Gil se sont un peu les Brett Butler et Danny Wilde de la musique brésilienne, aux trajectoires individuelles marquées mais dont le destin restera irrémédiablement lié pour l'Histoire, l'esprit indissociable malgré les désaccords et les différences. Nés la même année, en 1942, et tous deux grandis à Salvador de Bahia, l'un est blanc issu d'un milieu modeste, l'autre noir et fils de médecin, les deux sont très engagés politiquement mais quand Gil est nommé ministre de Lula (premier président de gauche depuis leurs propres tribulations tropicalistes), Veloso est dubitatif avant de se raviser. Leurs caractères aussi sont rigoureusement opposés – Veloso est un hyperactif et bon vivant, Gil un gros dormeur (et c'est lui qui sera ministre) et quasiment maître zen – mais ils se complètent comme se complétaient Lennon et Macca et se sont trouvés comme on trouve l'amour, chacun vouant à l'autre une admiration sans bornes et jamais envieuse.

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Caetano Veloso et Gilberto Gil : tropicales mélodies

MUSIQUES | Réunis pour une tournée commune très attendue qui passe par Jazz à Vienne, Caetano Veloso et Gilberto Gil ont initié, à la fin des années 1960 et en amont de leurs immenses carrières internationales, l'une des grandes révolutions musicales et culturelles du Brésil : le tropicalisme. Un mouvement contestataire contesté qui a durablement marqué les esprits en libérant, parfois contre leur gré, les consciences brésiliennes. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 30 juin 2015

Caetano Veloso et Gilberto Gil : tropicales mélodies

Trop radicales ou trop avant-gardistes, il est des épiphanies dont on ne mesure pas immédiatement la portée. On connaît par cœur l'histoire de l'électrification de Bob Dylan qui, un soir de 1965 au festival de Newport, en dépit de l'incrédulité qu'elle suscita, changea à jamais la face du rock. C'est à peu près au même phénomène qu'ont assisté les Brésiliens en 1967, lorsque sur la scène de TV Record, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Os Mutantes ont fait exploser ce qui était alors le canon de la musique brésilienne, à savoir la bossa nova, laissant l'acoustique et les costumes bien mis au placard au profit d'une pop à tête chercheuse arborant cheveux longs et idées pas plus courtes. Vite conspués pour cette rupture radicale avec l'ordre culturel établi, Veloso et Gil, hippies poussés dans le chaudron culturel bahianais, ne font pourtant rien d'autre qu'actualiser les principes édictés par le concept de «cannibalisme culturel» d'Oswaldo Andrade qui, en 1928, prônait la nécessité pour le Brésil d'absorber la culture internationale.

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MUSIQUES | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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