Le monstre sacré

François Cau | Jeudi 11 septembre 2008

Attention, un monument de la chanson française posera ses valises un soir d'octobre au Summum de Grenoble, pour le concert d'ouverture du festival Rocktambule. Avec, comme justification de sa présence, Bleu pétrole, son dernier album en date. Une œuvre magistrale, façon montagnes russes : quelques titres sympatoches ; mais surtout des sommets vertigineux, envoûtants, à l'instar de Comme un Légo, 9 minutes de pur bonheur. Un disque où l'interprète de tubes comme Gaby, oh Gaby ou Vertige de l'amour, en recherche de nouveaux espaces, s'est adjoint les services des prolifiques Gaëtan Roussel (Louise Attaque) et Gérard Manset.

Aujourd'hui encore plus, on ne doute donc plus du génie du rockeur de 60 ans, qu'il soit, depuis une trentaine d'années, auteur-compositeur ou simple interprète. Une carrière monstrueuse, une œuvre prodigieuse, qui donnent envie de le (re)voir sur scène, interpréter les sublimes La nuit je mens ou Madame rêve.

Oui, Alain Bashung est un grand - un des plus grands même - du paysage musical français, qui peut se permettre de reprendre en français le Suzanne de Leonard Cohen sans altérer d'un poil l'esprit de l'original : chapeau bas. Récemment, à la télé ou en Une des magazines, on l'a vu diminué, la faute à un fichu cancer des poumons. Il vaincra, on en est certain. Les monstres sacrés sont éternels.
Aurélien Martinez

ALAIN BASHUNG
le 8 oct, au Summum

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"L'Homme à tête de chou" : la décadanse de Gallotta et Bashung

Danse | Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge (...)

Aurélien Martinez | Mardi 10 décembre 2019

Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge Gainsbourg sorti en 1976. Où l’on suit la lente dérive d’un homme, journaliste pour une feuille de chou, qui commet un Meurtre à l'extincteur sur Marilou, femme qu’il est censé aimer. Un féminicide, mais artistique, dans la tradition de ces œuvres qui glamourisent la mort des femmes coupables d’en faire voir de toutes les couleurs à ces pauvres hommes. Une histoire tragique, reflet de notre société et rentrée dans le Panthéon de la chanson française, que Jean-Claude Gallotta a pris comme un matériau haut de gamme – ce qu’elle est, tant niveau textes que musiques (on parle de Gainsbourg tout de même). Un matériau relu par Alain Bashung et le musicien Denis Clavaizolle, avec notamment une réorchestration (voire une amplification – congas, guitares, trompettes, violons…) grandiose. Un exemple : le morceau Marilou Reggae, devenu encore plus généreux, gro

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Jack et la mécanique du cœur

ECRANS | De Mathias Malzieu et Stéphane Berla (Fr, 1h34) animation

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Jack et la mécanique du cœur

La longue, laborieuse et coûteuse gestation de cette adaptation par Mathias Malzieu de son livre et de son concept-album n’explique pas intégralement l’indigence du résultat. Déjà fortement influencé par Tim Burton, l’imaginaire de Malzieu se confronte ici encore plus directement à son modèle, notamment dans un prologue enneigé qui évoque Edward aux mains d’argent ; la comparaison n’est guère flatteuse. C’est peu dire que le leader de Dionysos est un piètre narrateur, meublant les intervalles entre les moments chantés pour tenter de créer une introuvable continuité aux événements. Les chansons elles-mêmes paraissent déjà d’un autre âge – et leurs interprètes avec, Olivia Ruiz et Grand corps malade en tête – mais c’est surtout l’animation qui fait un bond de quinze ans en arrière. Froids pantins numériques lisses et inexpressifs, les personnages sont d’une rare laideur et évoluent dans des univers tout aussi impersonnels. Malzieu tente parfois d’inscrire son récit dans une évocation cinéphile qui relierait Méliès au western leonien, mais tout cela est aussi maladroit qu’inconséquent. Dans ce film fantomatique, on trouve toutefois un authentique spectre :

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"L’Homme à tête de chou" : vertiges de l’amour

Danse | Un Jean-Claude Gallotta inspiré donne forme aux mots de Gainsbourg interprétés par Bashung : rien que pour le plaisir intense qu’il procure, "L’Homme à tête de chou" s’impose déjà comme l’un des spectacles de l’année. François Cau

François Cau | Lundi 9 novembre 2009

Impossible de faire abstraction de l’émotion entourant la création. Avec la responsabilité monumentale de devoir faire honneur à l’œuvre posthume d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta est sous le coup d’une pression que bon nombre d’artistes doivent cela dit lui envier. Il s’en serait fallu de très peu pour que ce magnifique cadeau se transforme en héritage empoisonné – on en connaît qui auraient botté en touche, qui auraient opté pour une transposition littérale de la narration sans se poser plus de questions, s’effaçant derrière la puissance d’évocation sidérante de la bande sonore. Au fil des répétitions ayant suivi la disparition de l’icône, Gallotta a dû réviser de fond en comble ses partis pris de départ, pallier l’absence monstrueusement envahissante de son narrateur, ne pas donner à l’ineffable beauté de son enregistrement une tonalité trop sépulcrale. Gommer les aspérités, les facilités, interroger son propre style pour offrir la chorégraphie la plus harmonieuse possible. On savait le directeur du Centre Chorégraphique National de Grenoble en plein questionnement artistique, comme pouvaient en témoigner les détours t

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Derrière les larmes

SCENES | C’est l’un des événements de cette rentrée : le Centre chorégraphique national de Grenoble adapte le concept-album L’homme à tête de chou de Gainsbourg, sur une musique réarrangée par Alain Bashung avant sa disparition. Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta nous en dévoile quelques pans. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 11 septembre 2009

Derrière les larmes

Comment le projet est-il né ?Jean-Claude Gallotta : Quand Alain Bashung est venu pour l’inauguration de la MC2, il a demandé au directeur Michel Orier si je pouvais chorégraphier quelque chose pour leur concert avec Christophe. Ça m’avait interpellé, mais j’ai dû refuser, je faisais My Rock en même temps. J’étais emmerdé, je pensais qu’il abandonnerait l’idée, mais il est tout de même passé voir un petit bout de My Rock, ça a dû engendrer une petite étincelle qui allait se révéler par la suite. Arrive ensuite le producteur Jean-Marc Ghenassia, qui avait vu Les Sept péchés capitaux. Il voulait monter L’homme à la tête de chou en ballet, ça lui tenait à cœur. J’ai d’abord été distant, un peu effrayé du côté showbiz, puis enthousiasmé par l’idée de travailler autour de Gainsbourg. Quand il m’a demandé à qui je pensais pour retravailler la musique et lui donner un sens scénique, pour moi, il n’y avait que Bashung – sa façon d’être, sa tronche, le fait qu’il ait fait un album avec Gainsbourg… Le producteur a douté un peu, Bashung avait déjà à l’époque une aura d’intouchable, mais il a dit oui tout de suite. Il y avait sûrement de l’étincelle qu

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Couleur rock

MUSIQUES | La quatorzième édition du festival Rocktambule se dote cette année d’une programmation à même de ravir les amateurs de headbanging, leurs grands frères plus calmes et leurs petites sœurs qui n’aiment jamais rien. voici notre sélection de concerts immanquables sous peine de regrets amers dans quelques années. Patrice Coeytaux & Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 6 octobre 2008

Couleur rock

DIVINITÉS HELVÈTESDes Suisses qui font du rock, l’idée peut prêter à sourire pour ceux qui seraient restés sur certains stéréotypes (Stephan Eicher ?!). On n’est évidemment pas de ceux-là. Au cours de ces quelques modestes lignes, il sera ainsi question des Young Gods. Un nom presque prétentieux pour ce trio, formé il y a plus de 20 ans, à la carrière internationale. À les écouter, ça fleure bon du côté du blues et du folk, avec des sons indus par-ci par-là et du bon gros rock efficace sur certains titres plus anciens. Le concert dans le cadre de Rocktambule est prévu pour le samedi 18 octobre, à la Faïencerie. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, en première partie, ce sera les SZ : deux frères mélangeant habilement post-rock minimaliste et electronica. GREG GILG RELOADEDC’est un joli mélange que Greg Gilg. Produit made in Grenoble rangé dans la casse fourre-tout “chanson française”, il n’en est pas moins influencé par une masse considérable d’autres courants pour un résultat très original. Celui qui a coutume de s’accompagner seul au violoncelle sera sur la scène de l’Hexagone avec sept musiciens invit

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