Il vient de là, il vient du blues

MUSIQUES | C'est l'événement de cette fin d'année : Jon Spencer, mythe vivant du rock'n'roll contemporain (sans lui, pas de White Stripes ou de Strokes), fait escale à Lyon avec son Blues Explosion pour fêter six rééditions discographiques. Benjamin Mialot

Dorotée Aznar | Lundi 6 décembre 2010

N'y allons pas par quatre chemins (pratique d'autant plus inutile qu'ils mènent tous à Rome) : Jon Spencer incarne le rock'n'roll dans ce qu'il a de plus excitant. Tant et si bien que, si le genre venait à s'éteindre et si quelque scientifique se mettait en tête de le ressusciter comme d'autres s'y sont essayés à leurs dépens, c'est à partir de l'ADN de cet Américain aux rouflaquettes couleur pétrole qu'il faudrait mener les recherches. Chez lui, pas de reflux gastriques mortels à la mode Jimi Hendrix, ni de penchant pour le grand écart entre déballage de quéquette et publicité télévisée à la Iggy Pop. La mesquinerie narcissique de Keith Richards, la cyclothymie contre-productive d'Anton Newcombe, la fragilité claviculaire de Kurt Cobain ? On n'en trouve pas trace dans la carrière exemplaire qu'a menée Jon Spencer depuis ses débuts noisy à la tête de Shithaus jusqu'à sa récente apparition au festival événement organisé par le label Matador. Du style, de la sauvagerie, du respect et de l'ouverture d'esprit en revanche, le bonhomme en a à revendre.

On dirait le sud

Des six indispensables rééditions du trio qu'il mène depuis bientôt vingt ans, le Jon Spencer Blues Explosion, on en choisira quatre, une par qualité mise en exergue à la fin du paragraphe précédent. D'abord Extra Width (1993), l'album par lequel tout a commencé : dans le rôle de l'ovule, un blues marécageux et intègre, dans celui du spermatozoïde, un punk urbain et furibard, pour des ébats d'une classe et d'une sensualité folles. Ensuite, Now I Got Worry (1996), brûlot garage d'une intensité à faire passer l'ouragan Katrina pour une petite brise printanière. Puis Controversial Negro, captation live d'où transpire l'admiration du groupe, alors accusé de pervertir les musiques noires, pour le blues de Memphis et la soul de Detroit. Et enfin Acme (1998), dont les incursions hip-hop et électro laissent entrevoir la curiosité de Jon Spencer. Pour en saisir la pleine mesure, il suffit de se plonger, au risque de s'y noyer, dans une petite partie de la liste des personnes avec lesquelles le bonhomme a collaboré : Solomon Burke, Alec Empire, Dj Shadow, Elliott Smith, Beck, Einstürzende Neubauten, Steve Albini... L'événement de cette fin d'année, qu'on vous dit !

THE JON SPENCER BLUES EXPLOSION + THE MAGNETIX
Au Ninkasi Kao, mercredi 8 décembre
«Year One» / «Exra Width» / «Orange» / «Now I Got Worry» /
«Controversial Negro» / «Acme», Shout! Factory

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la Freedom Tower, le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins (un Américain du siècle dernier très rhythm and blues) efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant mais néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire. La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser pour deux la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon. Car s'il s'agit de rendre hommage (« Come on fellas, we gotta to pay respect », commande Spencer sur l'inaugural Funeral) ou du moins de tro

Continuer à lire

Les dix concerts immanquables de l'automne

MUSIQUES | Il y aura du monde les prochains mois dans les différentes salles de l'agglo grenobloise, dont beaucoup de très bons musiciens. Comme Jay Jay Johanson, Kraftwerk, Christophe, The Jon Spencer Blues Explosion, Socalled...

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 septembre 2015

Les dix concerts immanquables de l'automne

Jay Jay Johanson « Hey ! Content de te voir, ça va Jay Jay ?! » Toujours bof apparemment à en croire la pochette d'Opium et son contenu. Jay Jay, ça va tellement que lors d'une interview sur France Culture, à la journaliste qui fait le bilan de sa carrière « Alors, vous avez 45 ans... », il répond sans rire « non j'en ai 50 » – alors qu’en fait, il en a 45. Bon. Mais Jay Jay, ça va tellement qu'il a sorti cette année – à 50 ans bientôt 68, donc, ne le contredisons pas – son dixième album studio en un peu moins de 20 ans. Sur la période, le Suédois aura à peu près tout fait, y compris s'afficher en Bowie capillairement attenté sur un disque qui flirtait parfois avec la grande époque de Steph de Monac' (Comme un ouragan, donc). Mais Jay Jay, ça va tellement, donc, qu'il nous revient avec un truc bien opiacé qui semble regarder directement dans le verre de Whiskey qu'il nous avait servi en 1996 et nous l'avait révélé en Chet Baker efflanqué aux cheveux blonds et à l'âme bleue faisant le sexe avec Portishead : une sorte de trip-hop jazz comme on aurait même plus l'idée d'en écouter en 2015, n'était

Continuer à lire