«Tout simplement éclectique»

MUSIQUES | À l’occasion de son DJ-set de samedi au Bar MC2 pour l’anniversaire d’Interface Electronics, on a fait le point avec Miss Kittin sur l’évolution de la scène club. Propos recueillis par Damien Grimbert

François Cau | Vendredi 25 février 2011

Petit Bulletin : Vous suivez toujours d'aussi près les sorties musicales, ce que passent les autres DJs, ou vous avez pris un peu de recul par rapport à ça ?
Miss Kittin : Heureusement que je me tiens encore informée, sinon il serait temps de changer de métier ! J'essaie de changer ma sélection à chaque set, mais avec du recul, ce n'est pas la course à la nouveauté non plus, le monde musical ne change pas de semaine en semaine.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus marquée ces derniers temps ?
Ces derniers mois, le DJ qui m'a vraiment surprise par sa personnalité, en dehors de ses sets d'ailleurs, c'est Seth Troxler. À mes yeux, c'est un peu le Jean-Michel Basquiat de l'électronique, c'est un vrai original.

La scène club est un peu tranchée depuis quelques années, certains DJs privilégient l'efficacité, d'autres le côté « cérébral »… Quelle est votre vision des choses ?
Je suis tout simplement éclectique, j'essaie de mélanger tout ce que j'aime, le cérébral, et le côté plus festif. Je trouve d'ailleurs qu'il y a tout de même un retour à ce style de deejaying "classique", avec des gens comme Ivan Smagghe, Damian Lazarus…

La surmultiplication des labels, des artistes, des sorties… Vous en pensez quoi ?
Ça m'enthousiasme bien sûr, ce serait triste de ne pas se réjouir de toute cette créativité. Même si évidemment, il y a beaucoup de médiocre et très peu d'excellence. Mais au moins, il y en a pour tous les goûts…

Les DJs se plaignent de plus en plus de l'uniformisation des différents clubs à travers le globe. Vous rejoignez ce constat ?
Je ne crois pas. C'est sûr qu'on ne peut plus prétendre à l'excitation des premiers jours, mais on a gagné en confort, et sans cette évolution, je ne serais sans doute plus là à parcourir le monde et pouvoir vivre de ma passion. Je vois surtout une multitude de DJs pourris gâtés qui jouent beaucoup trop, au point de ne plus savoir dans quelle ville ils sont, et qui ont oublié que leur rôle est aussi de donner une personnalité au club. Je pense qu'on peut s'estimer heureux d'avoir autant de clubs dans le monde où se produire.

Vous êtes toujours en quête de la fusion parfaite entre pop et musique électronique, ou vous avez l'impression d'avoir atteint votre but ?
Je m'en approche en tout cas. C'est le travail d'une vie, j'ai l'impression. Il y a encore beaucoup à faire pour que le public adhère à cette pop-là, vu la soupe qu'on lui sert à longueur de journée sur les ondes et à la télé. Mais mon but est plus humble, j'essaie juste d'exprimer le plus fidèlement possible ce que je ressens.

Vos projets en cours pour 2011 ?
Je travaille sur un nouvel album solo…

Miss Kittin, Kosme et Juliano
Samedi 5 mars, au Bar MC2.

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Kittin : rupture et renouveau

Soirée | Un nom de scène raccourci (aux oubliettes le "Miss"), un nouvel album ("Cosmos") franchement emballant qui tranche radicalement avec ses précédentes sorties discographiques... Autant de raisons de se (re)pencher sur Kittin, de passage ce samedi 16 février à la Belle électrique pour un set longue durée de 4h.

Damien Grimbert | Mardi 12 février 2019

Kittin : rupture et renouveau

Le parcours artistique de Kittin est, aujourd’hui, largement connu – surtout à Grenoble, ville qui l'a vue naître en 1973. La découverte des premières raves à l’orée des années 1990 et le choc émotionnel qui l’accompagne, les premiers pas dans le deejaying alors qu’elle est encore étudiante aux Beaux-Arts, sa collaboration prolongée avec The Hacker (un autre Grenoblois de renom) et leur amour partagé pour les sonorités synthétiques sombres des années 1980… Surtout, en 1998, le duo sort deux morceaux emblématiques, 1982 et Frank Sinatra, qui, aux côtés du classique Space Invaders are Smoking Grass du Hollandais I-F, vont amorcer le phénomène électroclash et assurer aux deux artistes un succès international. Trois ans plus tard, c’est la sortie de leur bien intitulé First Album, et le départ de Kittin pour Berlin. Une période faste pendant laquelle la DJ enchaîne les dates à n’en plus finir, sort un mix-CD hautement acclamé (Radio Caroline Volume 1, en 2002), suivi d’un premier album solo très réussi,

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20 ans du Vertigo : trois souvenirs de sa jeunesse

MUSIQUES | Zoom sur la programmation des trois soirs de fête qu'organise le club du centre-ville à l'occasion de ses 20 ans.

Damien Grimbert | Mardi 6 juin 2017

20 ans du Vertigo : trois souvenirs de sa jeunesse

Histoire de fêter avec l’emphase qu’il se doit l’anniversaire de ses vingt ans d’existence, le Vertigo a concocté une programmation sur trois soirs qui devrait laisser les noctambules sur les rotules mais avec de beaux sourires sur les lèvres. Le jeudi, c’est la nouvelle génération d’activistes de la scène électronique grenobloise qui sera mise en avant avec pas moins de huit DJs différents au line-up. Tous issus de différents collectifs bien connus des afficionados du clubbing grenoblois (Mouvement Perpétuel, The Dare Night, Groove Jam, La Maiz, Icône, Eddy Rumas et on en passe), mais tous réunis par le même amour du groove et de la house, Amen, Mazigh, Cosmic Clap, Limon, StinkyB, Nikizi, Nemoz et Mendez viendront ainsi faire souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur ce premier soir, le tout en entrée libre s’il vous plaît ! Les deux soirs suivants mettront quant à eux à l’honneur plusieurs figures historiques de la scène grenobloise et habitués de longue date du club du centre-ville avec lequel ils entretiennent une histoire

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La nuit et le jour nous appartiennent

MUSIQUES | L’exigeant et excitant festival Jour & Nuit en est à sa quatrième édition. Et à sa dernière totalement hors les murs, l’asso aux commandes (MixLab) étant celle qui va s’occuper de la Belle électrique une fois que la salle sera ouverte – en décembre. Mais parlons du présent, et de la programmation découpée en plusieurs morceaux, avec un volet concert et un autre clubbing, notamment au Boulodrome de Grenoble. Classe. Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 23 septembre 2014

La nuit et le jour nous appartiennent

Côté concerts En ouverture du festival, on opère d'emblée un saut quantique vers la Bobine entre l'Angleterre et l'Amérique du Sud, avec l'Anglais de Colombie Will Holland alias euh... Quantic donc, DJ producteur et multi-instrumentiste mélangeant électro et musiques d'Afrique, des Caraïbes et de chez lui aussi pour une sorte de trip en totale flottaison – à l'image de son album Magnetica farci de collaborations venues de partout. Le lendemain au Ciel, on ne pouvait rêver mieux qu'Isaac Delusion pour continuer dans cet esprit, avec ce qu'on pourrait appeler un groupe de décollage – ou qui, au moins, nous empêchera de réaterrir. Le duo parisien nous fait renouer avec un style qui avait pu paraître désuet, ici de nouveau au goût du jour : la dream pop, cette manière de faire flotter les mélodies sur des nappes de claviers, d'y poser à peine le voile d'une voix – qui plus est si singulière – et de réussir à faire tenir tout cela à mille coudées au-dessus du sol. Sorti en juin, le premier album

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Success story

MUSIQUES | À l’occasion de son passage par le festival Jour & Nuit, on a rencontré le Grenoblois The Hacker, histoire de faire avec lui un retour sur vingt ans de musiques électroniques. Propos recueillis par Régis Le Ruyet

Aurélien Martinez | Lundi 16 septembre 2013

Success story

Do it yourself « 1993, c’est l’année où après la new wave, je flashe sur la techno. Avec mes potes, je découvre les raves party, et c’est la vraie révélation. ». Nîmes, Montpellier... : le groupe organise ses week-ends en fonction des rassemblements. Et comme rien ne bouge à Grenoble, il va prendre les choses en main dans un climat plutôt répressif. « La techno avait mauvaise image, faisait peur. Nous n’avons pas eu à attendre les free party et les technival pour que nos soirées soient interdites. C’était complètement disproportionné, nous ne demandions rien à personne, et nous avions les CRS, les flics pour une fête dans un bar. » Good Life et Miss Kittin Arrivé de Valence, Kiko ouvre en 1995 sur les quais Ozone Record, un shop exclusivement techno. Après le label Ozone monté par Kiko et Oxia, The Hacker va créer avec Oxia en 1998 Good Life. En parallèle, il travaille avec Caroline, alias Miss Kittin, sur un style complètement différent mélangeant la musique de son passé new wave à l’expérience de la techno. Dj Hell, le boss du label Gigolo, va craquer tout de suite dessus alors qu’en France, personne n’en veut. « Tout se passe

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Made in Grenoble

MUSIQUES | 25 ans pour le Summum… et bientôt entre 15 et 20 ans d’activité pour les parrains historiques de la scène électronique grenobloise, qui reviennent avec une (...)

Damien Grimbert | Lundi 18 février 2013

Made in Grenoble

25 ans pour le Summum… et bientôt entre 15 et 20 ans d’activité pour les parrains historiques de la scène électronique grenobloise, qui reviennent avec une régularité métronomique sur les devants de la scène à l’occasion de grands raouts techno qui font désormais figure de tradition bien intégrée (et appréciée) dans le paysage local. À l’intention des nouveaux arrivants, récemment convertis aux musiques électroniques, distraits incurables et autres jeunes enfants en bas âge, présentons quand même ces grands anciens qui ont réussi à inscrire le nom de Grenoble sur l’atlas mondial de l’électro. D'abord Miss Kittin, sans doute la plus éclectique du lot, égérie électro-techno réputée dans le monde entier pour ses sélections irréprochables et ses vocalises glaciales au micro, auteur de deux albums solo, d’une bonne demi-douzaine de mix-CDs, et de deux autres albums encore aux côtés de The Hacker, dont l’inoubliable

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Les soirées du mois de février

MUSIQUES | Lazy Flow Figure montante de la nouvelle scène électronique parisienne, Lazy Flow, 23 ans tout juste, fait partie de cette génération de DJ/producteurs (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 31 janvier 2013

Les soirées du mois de février

Lazy Flow Figure montante de la nouvelle scène électronique parisienne, Lazy Flow, 23 ans tout juste, fait partie de cette génération de DJ/producteurs grandie en pleine euphorie french touch 2.0, mais qui a eu l’intelligence de privilégier les chemins de traverse aux autoroutes encombrées de la grosse électro saturée. Puisant leurs influences dans les sonorités house, UK funky, tropical, footwork ou jersey club, ses divers EPs et remixes pour des labels comme Young Gunz, Moveltraxx, Southern Fried, San City High, Mental Groove ou encore Record Makers ont réussi à l’imposer comme un artiste à suivre, ce que son set du vendredi 8 février dans le cadre de la soirée Night In the Hood 2 ne devrait que confirmer. Organisée par Oscar et sa bande, cette dernière, qui le verra accompagné aux platines par Futurless et Arte William, sera également l’occasion de découvrir en live son dernier EP en date, Jet Lag, sorti en décembre dernier et préambule à un très attendu premier album prévu courant 2013 sur Sony Music et Moveltraxx. Night in the Hood 2, vendredi 8 février au

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Rivières de beats

MUSIQUES | Grenoble, capitale européenne de l’électro ? Hey, pour une fois, grâce à la soirée Made In Grenoble 2 organisée ce samedi à la MC2 par Interface Electronics, on pourra presque le prétendre sans rougir… FC

François Cau | Lundi 2 novembre 2009

Rivières de beats

L’anecdote est éloquente : quelques années en arrière, Jérôme Safar, alors Adjoint à la Culture, se rend à Berlin, l’une des grandes plaques tectoniques de la culture électro. Sur place, il apprend, non sans stupéfaction, que la ville de Grenoble est considérée comme un lieu emblématique des sonorités techno, en grande partie grâce au succès désormais international d’artistes brillants (en tête desquelles se trouve le duo Miss Kittin & The Hacker) et à l’activisme forcené des organisateurs de soirées locales. Et la municipalité de prendre le train électronique en marche, tentant vaille que vaille de faire sortir ses militants des bois. En attendant, de pied ferme, la nouvelle salle de musiques actuelles grenobloise, dont l’un des axes sera la mise en valeur de ce nouveau patrimoine, l’un des projets les plus symboliques de cette reconnaissance locale pour le moins tardive fut l’organisation à la MC2, en octobre 2006, de la première soirée Made in Grenoble, avec le concours précieux de l’association Interface Electronics. Trois ans plus tard, les maîtres d’œuvre de cette célébration mémorable remettent donc le couvert, et ne font pas les choses à moitié. Casc

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Ensemble c’est two

MUSIQUES | Leur "First Album" avait durablement traumatisé son monde, assis leur réputation à l’international, et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash. Huit ans plus tard, "Two", le second album de Miss Kittin et The Hacker, surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. Décryptage. François Cau

François Cau | Lundi 30 mars 2009

Ensemble c’est two

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu'on a appelé, dans un élan d'inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d'une ironie létale impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d'autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu'à ce que mort artistique s'ensuive, le tandem a alors d'autres aspirations, comme l'explique rétrospectivement Michel "The Hacker" Amato. « On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l'arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalistes anglais

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Contre courant

MUSIQUES | Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals (...)

François Cau | Vendredi 27 mars 2009

Contre courant

Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals de la planète et sorti un nombre conséquent de productions en solo, le duo The Hacker / Miss Kittin nous revient plus conquérant que jamais avec son second opus. Celui-ci, à l'opposé de la tendance “minimale” actuelle, met en avant les influences et courants musicaux chers à nos deux compatriotes, tels que l'Italo-Disco, la New Wave, la Techno ou encore le Rock. Aux commandes, The Hacker étale tout son savoir-faire et son sens inné de la mélodie pour perpétuellement créer l'émotion – sa maîtrise des synthétiseurs n'est désormais plus à prouver. Entre les nappes atmosphériques et les puissantes basses, la Miss parvient à imposer son timbre de voix si charismatique, son flow se déverse de manière lancinante et mélancolique sur les onze titres de l'album. Dès lors l'alchimie opère parfaitement, créant une débauche d'énergie considérable qui devrait engendrer de belles suées sur des dancefloors enflammés. On peut citer les “tubesques” 1000 Dreams, Party in my head, Ray Ban, Suspicious minds

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