Spleen et idéal

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

Photo : Cetrobo.com


Les deux passages de Matt Elliott à l'ancienne Bobine ont laissé d'intenses souvenirs à leur public, mais aussi aux darons des lieux, qui suivent chacune de ses livraisons discographiques avec un intérêt soutenu. Ce grand écorché vif avait ressuscité en 2010 son projet Third Eye Foundation avec l'album The Dark, puissants jeux avec le cadavre de la drum'n'bass, sublimes constructions mélodiques achevées par un titre révélateur à la fois des aspirations musicales de l'auteur et de ses convictions personnelles, l'incroyable If you treat us all like terrorists we will become terrorists. En ce début 2012, Matt Elliott retrouve son patronyme, dédié à ses saisissantes velléités de songwriter torturé à l'extrême. Pour qui doutait encore de ses fêlures, le titre de son nouvel album, The Broken Man (mixé par Yann Tiersen, déjà disponible en téléchargement sur le site du bal Ici d'Ailleurs pour la modique somme de deux euros), remet les pendules à l'heure. Tout comme le morceau de clôture, The Pain that's yet to come, ou le magnifique Dust flesh and bones, épopée folk d'une beauté sépulcrale encore inédite chez ce créateur pourtant toujours inspiré. Choc esthétique à prévoir à la Bobine, donc, le 17 février.

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Matt Elliott ou le triomphe de l'a-volonté

MUSIQUES | Chanson / Crépusculaire et lumineuse : voilà les qualificatifs valant célébration et malédiction quand il s'agit d'évoquer l'œuvre de Matt Elliott, qui sera à la Bobine samedi 17 octobre.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 octobre 2020

Matt Elliott ou le triomphe de l'a-volonté

Matt Elliott. Un Anglais venu chercher son paradis pas très blanc par chez nous, fuyant le mauvais temps et les vents mauvais de la perfide Albion. Pas de bol, il s'était installé à Nancy, où il fait aussi moche que n'importe où en Angleterre. Preuve qu'on ne se refait pas : on se défait, tout au plus. Et Farewell to all we know, sixième œuvre solo, le démontre en mode "Leonard Cohen fait l'Espagne" (cette douce voix d'outre-tombe, ces guitares hispanisantes et à l'âme slave). Où le Bristolien célèbre l'espérance déchue (What once was hope), les lendemains qui déchantent (The Day After), les au revoir éternels (Farewell..., Bye now) et l'aboulie comme aller simple vers la Camarde (Aboulia). Tout juste concède-t-il en sortie de disque, sur The Worst is over, que le pain noir est mangé (encore heureux !). Mais en nuançant l'affirmation d'un "perhaps" qui pèse son poids, et distillant l'intuition que cette promesse du mieux ne s'embrasserait que dans la mort : « When you finally learn to live / Then, it's already too late » feule-t-il sur Hating the player, hating

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L’effleure du mâle

MUSIQUES | Après un détour fulgurant par son projet électro Third Eye Foundation, c’est un Matt Elliott toujours écorché vif mais apaisé qui répond à une nouvelle invitation de la Bobine, pour défendre les couleurs sépulcrales de son dernier album, "The Broken Man". Propos recueillis par François Cau

François Cau | Dimanche 12 février 2012

L’effleure du mâle

Il est déjà venu par deux fois dans notre ville, dans l’ancienne salle de la Bobine, rue Clément. Le simili grenier y accueillait sa faune d’habitués, de curieux, et même de réels aficionados de l’univers sonore de Matt Elliott. Quand celui-ci arrivait sur scène armé de sa guitare, de sa console et ses pédales d’effets, à chaque fois, l’atmosphère virait au recueillement profane, à la plongée attentive dans l’aura intime, parfois même impudique dégagé par la performance de l’auteur / interprète. Y compris lorsqu’au beau milieu de son set, sa maîtrise des boucles d’accords superposées donnaient naissance à un saisissant break électro d’un quart d’heure proprement hypnotique, réminiscence cohérente de son activité musicale au sein de The Third Eye Foundation. Y compris quand il entonnait La Mort de la France, son unique morceau chanté en français, écrit avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel Président de la République – la violence des paroles, dont le refrain est une longue litanie des mots qui firent virer Didier Porte de France Inter, résonne de cette sincérité épidermique qui fait toute la valeur et la singularité d’un artiste qui sait être à l’écoute. « Je ne jou

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Côté obscur

MUSIQUES | Zoom sur la carrière de Matt Elliott. FC

François Cau | Vendredi 10 février 2012

Côté obscur

Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la réappropriation par Matt Elliott de cette esthétique pas forcément célébrée pour sa finesse. Montées languides, digressions mélodiques inattendues, climax abrasifs chargés en émotions, ses compositions et remixs tranchent nettement du tout venant de la production de l’époque, et assurent à l’artiste sa prime reconnaissance. Jusqu’à ce qu’il décide de faire carrière sous son propre nom en 2003, en de multiples jeux folk autour de la formule guitare / voix. Au sortir d’un stand-by d’une dizaine d’années, Matt Elliott répond à la suggestion de son label Ici d’Ailleurs et se lance dans l’élaboration d’un nouvel album sous le nom The Third Eye Foundation. Il s’entoure de deux musiciens touche-à-tout, Louis Warynski et Chris Cole, mieux connus sous les noms de Chapelier Fou et Manyfingers, et compose dans des conditions… particulières. « Je souffrais d’une infection au poumon, j’étais sous cortisone et ça faisait bouillonner mon cerveau. Je suppose que ça a facilité les choses ». Fiévreux, The Dark (sorti en nov

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L’art de la fugue

MUSIQUES | Auteur compositeur au spleen foudroyant, Matt Eliott revient à la Bobine cette semaine défendre les couleurs de son dernier opus, le terrassant "Howling Songs". François Cau

François Cau | Lundi 25 mai 2009

L’art de la fugue

D’abord, le choc de sa musique. Une voix dont le timbre blasé ne cède jamais à une quelconque tentation monocorde, des mélodies se voilant gracieusement dans moult influences et autres déflagrations impulsives, comme pour mieux faire exploser leur tristesse insondable, des textes amers, fatalistes, beuglant leur amour répulsif d’une humanité décatie, bouffée par ses insupportables contradictions. Ensuite, la découverte du bonhomme sur scène. Une gigantesque silhouette voûtée sur sa guitare, ses pédales d’effet et autres machines, créant des boucles sonores gardant l’auditoire sous leur emprise hypnotique. On commençait à peine à connaître le musicien et son univers qu’on se prend en pleine face une déclinaison live dépassant toutes nos espérances, à la faveur d’une mélancolie à fleur de peau, gouffre sans fond dans lequel on ose à peine regarder de peur d’y voir surgir nos propres terreurs enfouies. Un concert de Matt Elliott se vit avec les tripes, vous secoue physiquement, vous transporte dans des spectres d’émotions refoulées ne demandant qu’à s’épancher. Enfin, l’homme derrière l’artiste. En prenant le temps de discuter avec lui, on a la confirmation qu’on n’a pas affaire à

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L’amer à boire

MUSIQUES | Après avoir marqué la scène drum’n’bass anglaise de son indélébile marque mélancolique avec Third Eye Foundation, Matt Elliott dispense désormais ses compositions écorchées au travers d’albums tous plus excellents les uns que les autres. Interview à l’occasion de son passage à la Bobine. Propos recueillis par François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 9 mai 2007

L’amer à boire

Peux-tu évoquer tes premières expériences musicales, avec AMP, Movietone et Flying Saucer Attack ?Matt Elliott : On était tout simplement une bande à traîner chez les mêmes disquaires, à s’échanger des sons, puis tout naturellement, on s’est mis à faire de la musique ensemble peu de temps après. C’était très focalisé sur la guitare, dans la lignée de Slowdive. Par la suite avec Third Eye Foundation, tu t’es attaché à amener la drum’n’bass dans des territoires inédits…J’avais beau être dans plusieurs groupes, je restais frustré de ne jouer que les compositions des autres, je voulais explorer mes propres envies. Au même moment, il y avait ce nouveau son qui s’est répandu à une vitesse phénoménale, il suffisait de descendre dans la rue et on entendait de la drum’n’bass qui sortait des voitures, les gens se sont mis à jouer ça de partout. Je me suis demandé ce que c’était que ce bordel, je trouvais que c’était un aboutissement intéressant de la musique électronique. Et parallèlement, il y avait un renouvellement de la scène rock avec des groupes comme My Bloody Valentine. J’ai voulu mélanger ces deux sons qui éta

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