Chanson pour une conversation

MUSIQUES | Pour sa huitième livraison, Christophe Miossec s’est enfermé avec les musiciens de Dominique A dans une ferme de Rennes. Un disque rock, brut, presque live et qui emballe. Rencontre avec le breton avant son passage à la Source. Propos recueillis par Régis Le Ruyet

François Cau | Dimanche 11 mars 2012

Dans quel état d'esprit avez vous abordé l'enregistrement de Chanson ordinaire ?
Miossec : Quand il y a un disque à faire, le problème, c'est le radotage. De tourner en rond, et après de vraiment devenir emmerdant. Par le passé, j'ai essayé quelques changements un peu radicaux. Mais je n'avais pas réussi, et là je trouve que c'est mieux que d'habitude. L'idée était de réfléchir le moins possible. Prendre juste trois jours de répétitions, et attaquer le disque rapidement, sans faire de maquette, sans passer par plein de truc un peu chiant. J'ai tenté la formule, après à savoir si ça marche ou pas, c'est une autre paire de manche. 

Comment s'est faite la rencontre avec les musiciens ?
Je me suis retrouvé avec la bande de Dominique A en studio mais comme dans les conditions d'un local de répétition. A la roots, nous vivions les uns sur les autres. A n'importe quelle heure nous pouvions jouer, enregistrer ou nous marrer. Et je me suis retrouvé comme si je passais l'audition pour le groupe. C'était plutôt drôle, parce personne ne savait où nous allions. Chacun est juste venu avec ses idées personnelles et moi avec de quoi allumer le feu de camp. Grâce à cette bande, j'ai eu l'impression de trouver quelques choses d'un peu plus abdominale. Et c'est évident que quand Thomas Poli commence à faire rugir sa guitare, tu n'as pas envie de lui dire de se calmer. Se retrouver à quarante sept ans à faire le con dans une ferme à 4 heures du matin, ce n'est pas les mêmes conditions que d'aller tous les jours en studio.

Pourquoi avoir commencé chacun des titres de votre album par le mot chanson ?
Le groupe était dans le processus, le disque était lancé, et à l'évidence pour faire du rock. J'ai donc voulu mettre chanson à chaque fois, pour justement souligner que je suis un chansonnier. Je n'ai pas le charisme d'un véritable rocker. Et il n'y a que mes textes qui justifient que je puisse en faire mon métier et ma raison d'exister. C'était un peu ramener cela à l'état de chanson, tout simplement. Je pense qu'il y a une tolérance du public quand la personne a des trucs à raconter. Que les gens autorisent à ce que l'on ne soit pas dans le chant pur. Mais j'essaye de faire des progrès. En concert, je me casse le cul pour essayer de sortir vraiment ce que j'ai dans le bide, pas de se cantonner, et de se dire je chante pas terrible et je m'en fous. 

Ca vous fait quoi de monter sur scène ?
J'ai toujours eu un drôle de rapport. Nous jouons un peu plus d'une heure et demie. Et c'est devenu super important. Alors qu'à une époque, je pouvais vraiment mal traiter les concerts. Je ne voyais pas, j'avais des problèmes avec cette vie de musicien en général. Et j'ai mis quinze ans à piger que ça peut être fabuleux. De sortir de scène en ayant l'impression d'être au taquet. De ne plus pouvoir donner plus. De prendre des baffes, mais pour avoir ces moments de plaisir, il faut vraiment mettre la tête dedans. C'est assez particulier, je ne connaissais pas. Passer à l'attaque, et vraiment arriver à se vider le corps et la tête.

C'est les mêmes musiciens qui vous accompagnent sur la tournée ?
Dominique a récupéré son équipe pour les concerts de La fossette, et Thomas joue avec Yann Thiersen. C'est une sorte de grosse communauté du grand Ouest. Un peu comme les Petits lapins à Nantes avec Katerine et Jeanne Cheral. Je fais la tournée avec les musiciens du groupe rennais Santa Cruz. J'en connais certains depuis que je suis gamin. Et ça a été pareil, dès les premières répétitions, un, deux, trois, quatre c'était lancé. Je me suis rendu compte que c'est plutôt intéressant de travailler avec quatre personnes qui sont amis depuis quinze ans voir vingt ans. Avec eux, au moins je me frotte à une bande. L'idée de mon prochain disque serait de partir avec Santa Cruz en studio. Nous avons déjà commencé à bricoler de nouvelles chansons. J'aimerai partir, contrebasse et guitare acoustique. Mais pas pour faire des ballades, c'est ce qu'il y a de plus facile à composer. J'ai quand même envie de conserver cet énervement, cette hargne, un truc qui fait que l'on ne passe pas facilement à la radio.

 

Repères

 

Naissance le 24 décembre 1964 à Brest (Finistère)

1994 Rencontre les guitaristes Guillaume Jouan et Bruno Leroux

1995 Boire, fondateur de la nouvelle vague de la chanson française avec Dominique A

1997 Baiser, avec Guillaume Jouan

1998 A prendre, avec Guillaume Jouan

2001 Brûle, « Madame » est un hommage à Juliette Greco

2004 1964, l'album des 40 ans

2006 L'étreinte, « La Facture d'électricité » passe en boucle sur les radios

2007 Brest of

2009 Finistériens, avec Yann Tiersen

2011 Chansons Ordinaires, Sébastien Buffet, batterie, David Euverte, clavier, Thomas Poli, guitare

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"Les Rescapés" : Miossec 2.0

Concert | Avec son dernier album, c'est une facette inédite du chanteur brestois que l'on a découverte fin 2018. Une facette qu'il dévoilera vendredi 12 avril sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 avril 2019

Tout admirateur de Miossec que l'on soit, on a pu, depuis le temps qu'on le suit (presque 25 ans – pfiou), depuis la claque assénée par Boire (1995) à la chanson française, reprocher au Brestois une petite tendance à se répéter, à avoir parfois du mal à renouveler ses motifs. C'est aussi ça, concèdera-t-on, le style ; mais le style, n'est-ce pas l'homme ? Et le style Miossec, son écriture, sont quelque chose de l'ordre de l'indélébile, marquant la fabrique comme la blessure marque la peau et pouvant parfois agir en trompe-l'oeil, tant il prend le dessus. Voilà d'où vient cette impression : d'une sorte de constance dans l'expression et de sa manière. Car au vrai, depuis plusieurs années, Miossec varie beaucoup les contours et l'apprêt qu'il donne à ses chansons. Il n'y a, pour s'en persuader, qu'à écouter les trois disques (Chansons ordinaires ; Ici-bas, ici-même et Mammifères) qui précédent son récent Les Rescapés pour constater combien sont riches, même si pas toujours heureux, les choix d'orchrestration de Miossec. Puis d'écouter Les Resc

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MUSIQUES | Étincelle de la nouvelle chanson française il y a 20 ans, Miossec aurait pu n'être qu'un feu de paille. Mais même si moins dévastatrice, la flamme qui l'anime brûle toujours. Et continue de nous réchauffer. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Moissec : Brestois et nous

Il y a de cela plus de 20 ans, Miossec voulait Boire, tout en prétendant qu'il n'était plus saoul. Il le clamait avec une sorte de rage, quelque chose touchant à la mélancol-ivre et à la tristesse infinie que venait agacer, au sens propre du terme, des guitares dont les cordes semblaient taillées dans des tendons. Une vie brinquebalante, aux bifurcations improbables (il écrivit des bandes-annonces publicitaires pour TF1) avait poussé le Brestois à rentrer dans son Finistère – là où l'on finit, là où l'on se terre. Histoire de tenter le coup de poker de la chanson, avec une mise de poche percée. Chansons (pas si) ordinaires Tout ou rien, quitte ou double, ce devait être le résultat. Ce fut aussi une manière de faire. Mais surtout, avec son organe si particulier, pas vraiment formaté, guère travaillé, branlé de travers, il voulait chanter. Ses textes le firent à sa place : des Chansons ordinaires, comme il titra l'un de ses albums, mais qui ne l'étaient pas vraiment. Qu'un pingouin ou un Johnny Hallyday chante du Miossec (car, à force, on est beaucoup venu chercher ce type qui mit si longtemps à se trouver), on le renifle à trois k

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Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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Miossec aime les années en 4. En 1994, il poussa son premier Non, non, non, non à la suite d'une rencontre déterminante avec le guitariste Guillaume Jouan, qui accouchera un an plus tard de Boire. Miossec a alors 30 ans : il est donc né en 1964, année qui donnera son titre en 2004 à 1964, un album très souvent considéré comme celui d'une consécration pourtant plus à faire – on peut débattre de cela. Et nous voilà en 2014 où le Brestois fête à la fois ses 20 ans ET ses 50 ans.   Or, pour lui comme pour nous, c'est un peu comme si tout cela datait d'hier : « La vie, elle a passé / Et on l'a comme pas vécue / Ou peut-être pas assez / Pas comme on l'aurait dû  (…) La vie elle a passé / Et on l'a comme pas bien vue / Les années ont filé beaucoup plus vite que prévu » chante-t-il sur On vient à peine de commencer en ouverture d'Ici-bas, ici-même, paru cette année, belle collaboration avec Albin de la Simone. Miossec s'y livre à un bilan qui aurait parfois comme des airs de redite aux accents de fait

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Aurélien Martinez | Lundi 9 juillet 2012

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On a tendance à l'oublier mais il y a plus de 15 ans de cela, avec l'album Boire, le Breton Miossec a quelque peu révolutionné la chanson française en la débarrassant de ses oripeaux variétés, en en désossant les codes et en y ajoutant ce qu'il faut de poigne rock. Comme la poupée de Polnareff mais un verre à la main, Miossec à tout répondait Non, non, non, (je ne suis plus saoul). Est-ce parce qu'il trouvait que son œuvre s'était quelque peu mise à ronronner ces dernières années que Miossec a écrit Chansons ordinaires, comme une prise de conscience qui vaudrait thérapie ? Un album dont tous les titres commencent par «chanson» (Chanson pour les Amis, Chanson protestataire, Chanson que personne n'écoute, etc.), un album de chansons donc mais sur lequel Miossec a plaqué le paradoxe d'une production plus rock'n'roll que jamais. Car jusque-là, même dans ses périodes les plus énervées, le Brestois n'avait jamais sonné aussi lourd, tonné aussi fort, façon whisky sec, s'offrant à 47 ans, une période grunge. Un objet

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