Pan, panache et panaché

MUSIQUES | Un peu électro, un peu rock et très poétique, le nouveau groupe grenoblois Pan brouille les pistes avec éclat. Après le Cabaret frappé cet été, il est au Prunier sauvage cette semaine. Rencontre avec Arash Sarkechik, le meneur. Propos recueillis par Léa Ducré

Aurélien Martinez | Mardi 11 février 2014

Photo : Léa Ducré


Arash Sarkechik. Son nom ne nous est pas complétement étranger. Emzel Café, Kalakuta orchestra, Shaady, Djemdi... : Arash Sarkechik n'est pas un nouveau venu sur la scène grenobloise. Son nouveau projet, baptisé Pan, s'inspire et se démarque de ses précédentes expériences.

Il y a deux ans, le groupe se forme sur l'impulsion du chanteur prolifique. « Je participais à des créations collectives depuis longtemps. Là, je voulais mener un projet plus personnel. Un projet avec tous mes langages. » Dessein ambitieux, le Grenoblois est un polyglotte musical : « Iranien d'origine », « flûtiste au départ », « de formation classique et jazz », « aux influences reggae, afro et groove ». Rien que ça.

Voix rocailleuse, musique râpeuse

Le tout est hétéroclite, voire disparate. Le premier EP du groupe est sorti en mai dernier. À chaque morceau, son genre. Accompagné de Didier Bouchet (Gnawa Diffusion) à la guitare et à la basse, et de Touma Guittet (Barbarins Fourchus) à la batterie, le chanteur compositeur prend la flûte, le clavier, et chante. Des tribulations entre rock, chanson française et électro qui prennent des détours orientaux. Un univers métissé, une ode au télescopage des influences. Quand on lui parle de « répertoire », il préfère évoquer le « cahier des charges »  qu'il s'est fixé : « De la poésie, du romantisme, des grandes envolées comme dans la musique classique. Quelque chose de râpeux aussi. » Charme de l'aigre doux porté par des arrangements percutants et une voix rocailleuse.

Pour l'heure, le groupe se concentre sur la préparation de son prochain concert au Prunier Sauvage.  L'occasion pour Pan de se mettre au monde une nouvelle  fois. Le groupe n'a donné pour l'instant qu'un seul concert, au Cabaret Frappé, l'été dernier. La prochaine date du 14 février a inspiré le chanteur compositeur. « J'ai envie de délirer. J'ai concocté un synopsis. Ce n'est pas juste une liste de chansons mais un spectacle en contre-pied à cette pseudo fête de l'amour. » Arash Sarkechic ne veut pas nous en dire plus. On mendie quelques pistes : « mystère », « noir total », « kitsch », « bordel ».

Pan, charme de l'ordre et du désordre

En deux mots, le chanteur résume ses objectifs : « Je veux y mettre de l'exigence et de la passion. » La « passion» : Arash Sarkechic répète le mot, insiste sur la première syllabe comme pour donner une idée de la puissance qui l'enrobe. Et sous ce trop plein passionnel, l'homme déborde. Feu d'artifice humain qui cause avec ses mains, Arash Sarkechic n'est pas toujours facile à suivre. Il l'admet volontiers dans un sourire qui brille comme une excuse.  « Quand je veux simplifier la donne, je fais écouter. C'est plus rapide, moins disparate. »

Pan ne s'effraie pas de son propre éclectisme. « Pourquoi faudrait-il à tout prix une cohérence ? » Le nom du groupe sonne comme une réponse. « Pan » : le dieu de l'ordre et du désordre dans la mythologie grecque. Roi du décousu qui cherche à s'amender, Arash Sarkechic se situe dans cet entre deux : il vise la cohérence mais cultive le chaos. Fascinant tumulte qui porte aux nues l'accalmie.

S'il a choisi Pan en référence au dieu grec, le musicien aurait pu ajouter à ce nom un Peter.  En honneur à son émerveillement, digne de Peter Pan. Dégaine rock-adolescente et sourire de gosse, le musicien averti garde l'enchantement perpétuel des enfants. Son rire sonne comme une grêle joyeuse. Son jeu préféré ? Celui de la création. «  La création, c'est la vie puissance 10 » s'exclame-t-il, le regard brillant. « Tu commences avec rien et à la fin de ton travail, tu as quelque chose : c'est magique ! » Du haut de ces trente-quatre ans, le flûtiste a percé le mystère de ce tour de passe-passe : « Dans toute création, il y a ce quelque chose d'impalpable : la poésie. »

Des textes à l'obsession

Le jeune créateur a hérité de son passé familial iranien et de ses peines de cœur, le goût des mots : « J'aime jouer avec eux, mettre l'un à côté de l'autre des termes qui n'ont rien à faire ensemble, leur donner du sens, provoquer des sensations. » Écrits ou « griffonnés » dans les camions, au fil des tournées, sur les routes, ses textes mêlent onirisme et précision. Chaque mot semble être le composant d'un alliage précieux, mystérieux. Les riffs aiguisant le tranchant des mots.

L'actualité, une pièce de Beckett ou le chant d'un rossignol : pour Arash Sarkechic tout est matière. Dispersé au premier abord, le chanteur compositeur fonctionne pourtant « à l'obsession ». « J'ai souvent une phrase ou un mot qui m'obsèdent. Je les triture. Je les prends sous toutes leurs formes. » Un exemple ? Il déclame dans l'instant « De l'amour et de la haine nous en avons vu la couleur. Nous en avons passé des heures l'un contre l'autre. L'un avec l'autre ».

Dans la mythologie grecque, Pan est aussi le dieu de la fertilité. Décidemment, le personnage artiste et monstre a des points communs avec le flûtiste grenoblois. Mister Pan est un boulimique de travail. Depuis des années, il cumule les projets. « Je ne me fixe aucune limite. J'ai la chance de faire plein de choses différentes. ». La création explose tout autour du chanteur volcanique. La pile électrique voudrait faire plier la confusion sous la profusion. L'éruption voltaïque mérite à elle seule le détour.

Pan, vendredi 14 février à 20h30, au Prunier sauvage


Pan

Rock poésie
Le Prunier sauvage 63 rue Albert Reynier Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Expérience | Jusqu'au 19 septembre, la MC2 invite les spectateurs, dès 14 ans, à découvrir la réalité virtuelle.

Valentine Autruffe | Jeudi 9 septembre 2021

Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Un rugissement rauque retentit au loin. Bom ! Bom ! Bom ! Soudain à gauche, surgit entre les hautes herbes un tyrannosaure pressé. Il passe juste sous notre nez, sans un regard (ouf). On regarde sa longue queue se balancer au rythme de son trot lourd, quand surgit la raison de sa fuite : un dinosaure encore plus gros et plus impressionnant. Petit bond de surprise dans la poitrine, mains crispées sur les rebords de la chaise. Comment s’appelle ce dinosaure, déjà ? Genesis, une vidéo de 13 minutes qui retrace la naissance de notre planète, jusqu’à nos jours. C'est l’une des nombreuses propositions de Venice VR Expanded, rendez-vous de la rentrée à la MC2, mis en place en lien avec la Biennale de Venise qui a créé l’événement. Plus que de simples films, c’est une véritable palette d'expériences mise à disposition du public, grâce à la réalité virtuelle. Le spectateur est invité à passer le masque/casque pour vivre toute une sélection de films et jouer à des jeux, manettes en main. De la visite de l’ISS à In The Mist, film réservé aux plus de 18 ans, chacun trouvera s

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Fabien Mauro : « La science-fiction japonaise est regardée avec distance »

Pop culture | Auteur d’un ouvrage somme consacré au cinéma de science-fiction japonais ("Kaiju, Envahisseurs & Apocalypse", aux Éditions Aardvark), Fabien Mauro sera l’un des invités de la première édition du Japan Alpes Festival, les 18 et 19 septembre à EVE. Rencontre.

Damien Grimbert | Mardi 7 septembre 2021

Fabien Mauro : « La science-fiction japonaise est regardée avec distance »

Quelles ont été tes premières portes d’entrée vers la pop culture japonaise ? Comme beaucoup de gens de ma génération, essentiellement via les jeux vidéo sur console et les séries d’animation japonaises qui passaient à la télévision. Mais également les séries de super sentai, ces équipes de super héros colorés. C’était ma première introduction à ce qu’on appelle le tokusatsu, c’est à dire des productions japonaises (films, séries…) à base d’effets spéciaux. Le tokusatsu rassemble toutes les techniques que l’on associe traditionnellement à l’imaginaire fictionnel japonais : le travail sur les effets optiques, les maquettes miniatures, les comédiens qui enfilent des costumes pour incarner des monstres ou des mecha.... Enfin, l’attente de la sortie du Godzilla de Roland Emmerich m’a amené à m’intéresser au Godzilla originel de 1954, qui venait de sortir en vidéo, ce qui m’a permis de découvrir tout l’univers du kaiju eiga, les films de monstres japonais. Je suis tombé littéralement amoureux de ce

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Panthère Première, le fond et la forme

CONNAITRE | Rencontre / Épatante revue indépendante d’une centaine de pages lancée en septembre 2017, Panthère Première investira la librairie Les Modernes du jeudi 1er au samedi 3 octobre, le temps de deux expositions, d’une discussion et d’un atelier de gravure à prix libre.

Damien Grimbert | Mardi 22 septembre 2020

Panthère Première, le fond et la forme

Épatante revue indépendante d’une centaine de pages lancée en septembre 2017, Panthère Première investira la librairie Les Modernes du jeudi 1er au samedi 3 octobre, le temps de deux expositions, d’une discussion et d’un atelier de gravure à prix libre. Forcément, un nom aussi éclatant, ça interpelle, mais ce n’est pas pour autant, loin s’en faut, sa seule singularité, comme nous l’explique Gaëlle Partouche, fondatrice de la librairie de la rue Lakanal : « Panthère Première, c’est une revue de critique sociale, qui interroge la porosité entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui relève de la sphère publique, et la manière dont nos vies privées sont traversées par le politique. » Proposant dans chaque numéro des thématiques à l’intersection de « ce qui est renvoyé à l’intime (famille, enfance, habitat, corps, maladie, sexualités…) et des phénomènes qui cherchent à faire système (État, industrie, travail, colonialisme, rapports de genre…) », la revue aborde une impressionnante diversité de sujets écrits et illustrés par des contributeurs et contributrices, mais sélectionnés par un collectif éditorial constitué exclusivement de femmes. Un choix d

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Trois soirées à ne pas rater

Sorties | On a repéré pour vous trois immanquables pour la semaine, à partir du 4 décembre. Au programme : rap et techno en divers lieux grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 3 décembre 2019

Trois soirées à ne pas rater

04.12.19 > EVE Lean Chihiro Déjà trois années qu’on entend parler de Lean Chihiro, jeune rappeuse parisienne d’à peine 20 ans définie par un univers à la fois très singulier… et très dans l’air du temps : références à la pop-culture japonaise tous azimuts, stylisme irréprochable, flow ultra mélodique explorant les frontières entre chant et rap, affection particulière pour les infrabasses saturées au point de faire trembler les murs… Précisons qu’elle rappe essentiellement en Anglais, ce qui lui fait au moins un point commun avec les groupes ASM et Mû, avec lesquels elle partagera l’affiche de ce concert organisé par Retour de Scène. 06.12.19 > Ampérage DE_dust II Ça fait longtemps qu’on défend dans ces pages le DJ et producteur français Panteros 666, son approche très ouverte et décloisonnée des styles musicaux, sa passion sincère pour la grosse techno des années 90, la cyberculture et les nouvelles technologies… On est donc ravi de le voir venir présenter son nouveau projet en collaboration avec Romain Casa, DE_dust II, un live techno / acid / warehouse inspiré par le jeu vidéo Counter Strike

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Tympan dans l'oeil : ouvrez vos yeux et vos oreilles !

Festival | Dans huit lieux de l’agglo, la dixième édition du festival de ciné-concerts proposera onze spectacles différents, portés par des inspirations multiples. Parce qu’il y en aura donc pour tous les goûts musicaux et cinéphiles, le doute n’est plus permis : ça valait bien de se pencher sur une petite rétrospective.

Martin de Kerimel | Mercredi 27 novembre 2019

Tympan dans l'oeil : ouvrez vos yeux et vos oreilles !

On avait préparé notre plus belle formule toute faite, mais elle restera finalement dans notre stylo. Pour évoquer la dixième édition de Tympan dans l’œil, on ne dira pas que le petit festival est devenu grand. Une raison à cela : c’est dès sa première année d’existence (2010) qu’il a proposé un programme copieux aux amateurs de musique et de cinéma. Quand il se retourne sur le chemin parcouru, Damien Litzler, le directeur artistique de l’événement, se réjouit de cette réussite confirmée et note qu’il n’y a pas énormément d’autres possibilités d’assister à une série de ciné-concerts en France. « Au départ, je suis musicien, raconte-t-il. Avec mon frère, on a commencé à faire des ciné-concerts en 2008. On s’est rendu compte que cela plaisait énormément au public et nous ouvrait de nouvelles perspectives en termes de diffusion de notre musique. » C’est avec l’association grenobloise Stara Zagora, qui produit et diffuse ses projets, en menant aussi des actions pédagogiques, que Damien lance un projet de festival. « On pensait à deux ou trois spectacles sur un week-end, mais, finalement, on a démarré sur les chapeaux de roues, avec 8-9 événem

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Un trésor nommé "Campana"

Cirque | Il est des spectacles qui émerveillent et bouleversent. Ils sont rares. "Campana", dernière création en date du Cirque Trottola programmée à la MC2, est de ceux-là. Du sous-sol aux cimes de leur chapiteau, Titoune et Bonaventure Gacon témoignent de la complexité à faire humanité. Et d'un indicible espoir.

Nadja Pobel | Mercredi 27 novembre 2019

Un trésor nommé

Il y a dans cette pièce-là les mots de Jean-Loup Dabadie et Serge Reggiani. Il pourrait y avoir tous ceux de Beckett. Cette création est aux antipodes de l'entertainment à la québécoise, sans être dénuée de spectacle – nous sommes bel et bien au cirque avec ses codes (une piste, un chapiteau, une arène de spectateurs) et ses artistes (un clown, une trapéziste, deux musiciens). Il n'y a de drague sous couvert d'une débauche d'effets inutiles. « Alors, on y va ? » Au commencement, dans Campana, un homme un peu bourru et une brindille sortent des dessous de scène au son d'une cloche (campana en italien) puis sont avalés et recrachés dans un bruit d'orage assourdissant. Au centre, ce n'est pas une simple scène : c'est un cœur qui bat, qui bout, celui de la Terre, de ses entrailles aussi accueillantes que malveillantes. D'emblée, de ce travail, surgit quelque chose de sanguin et remuant. Titoune et Bonaventure Gacon réinventent un rapport physique au cirque. Ils font de cette toile une cathédrale païenne, de celles qui s'ouvrent aux douleurs du monde pour souffler sur les plaies et tenter de les cicatriser. Le clown prend pa

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Yugen Blakrok, rap et afro-futurisme

Concert | La formule de la MC sud-africaine existe depuis les débuts du hip-hop, mais quand elle est bien maîtrisée, elle reste imparable : des instrumentaux deep, sombres et envoûtants, une voix rauque et profonde et un flow assuré, technique et habité, du genre à réveiller les morts. À découvrir vendredi 27 septembre à la Bobine.

Damien Grimbert | Mardi 24 septembre 2019

Yugen Blakrok, rap et afro-futurisme

On ne va pas se mentir : oui, la prestation impressionnante de Yugen Blakrok aux côtés de Vince Staples sur le titre Opps, issu de la BO du film Black Panther, a amplement contribué à braquer les projecteurs sur elle. Pour autant, il serait injuste de réduire la carrière de la MC sud-africaine, déjà longue d’une petite dizaine d’années, à ce seul coup d’éclat. Si cette dernière a su attirer l’attention du Californien Kendrick Lamar, en charge de la bande-son précitée, c’est avant tout parce qu’elle n’a cessé de développer un style bien à elle à la fois sombre, méditatif et inspiré. De son premier album (Return of the Astro-Goth, en 2013) à son dernier (Anima Mysterium, sorti en début d’année), la rappeuse du Cap décline ainsi sans fin un univers aussi cohérent qu’envoûtant aux résonances 90’s assumées, mais jamais écrasantes, dans lequel s’entrecroisent atmosphères de science-fiction vaporeuses, beats lourds, flow tranchant et assuré et propos engagés. Un peu comme si la scène hip-hop indépendante new-yorkaise de la fin des années 1990 s’était téléportée ving

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Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Direction la MC2, l'Hexagone et le Grand Angle.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Campana Le Cirque Trottola est une compagnie fascinante, qui revient à la MC2 (enfin, devant, car sous chapiteau) après sa réussite Matamore, jouée plus de 300 fois ici et là. Un peu sombres, parfois inquiétants mais constamment jubilatoires, Bonaventure Gacon et Titoune rejoignent de nouveau la piste et tentent d'établir un lien entre eux, à tâtons. Car le cirque, ce ne sont pas que des performances (même s'il y en a ici, entre trapèze et portés acrobatiques) mais une atmosphère, un regard sur le monde… Grandiose et émouvant à la fois. À la MC2 du vendredi 29 novembre au mercredi 11 décembre Möbius Pur déploiement poétique et virtuose des possibilités de l’acrobatie aérienne, incroyable émanation d’une énergie collective : il y a quatre ans, la pièce Il n’est pas encore minuit de la compagnie circassienne XY nous avait bluffés. Nous serons très heureux de retrouver les dix-neuf acrobates avec une nouvelle création ; et ce d’autant plus qu’elle a été accompagnée pa

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"I Remember Earth" : objectif Terre au Magasin des horizons

Exposition | Toujours en prise avec l’actualité, le Magasin des horizons ouvre une magnifique exposition sur les rapports que l’Homme entretien à la Terre. Au programme : de l’écologie, du féminisme, des figures historiques de l’art de la performance et pas mal de jeunes artistes qui méritent le détour.

Benjamin Bardinet | Mardi 10 septembre 2019

Ce qui caractérise d’emblée l'exposition I Remember Earth est son immédiate générosité et sa dimension extrêmement séduisante. La scénographie, aussi sobre qu’ingénieuse, invite à une déambulation parmi les œuvres et permet au visiteur de se plonger avec plaisir dans les démarches, souvent conceptuelles, des artistes présentés. Ceci est d’autant plus favorisé par l'accrochage qui rassemble, en début de parcours, plusieurs œuvres de figures pionnières de la performance : Gina Pane, Judy Chicago ou Agnès Denes. L’Italienne Gina Pane, que l’histoire de l’art a souvent cantonné à une pratique gentiment sentimentalo-geignarde (et soi-disant tellement plus appropriée pour une artiste femme !), présente ici des œuvres aussi minimales que poétiques dont la géniale performance de 1969 dans laquelle elle tente d’enfoncer un rayon de soleil dans la terre. Judy Chicago est également mise à l’honneur avec une série de photographies et de vidéos de la série Atmosphères (1969-1974, photo). Violemment colorées, les images de ces actions à base de fumigènes et de corps nus ont susci

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La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

ECRANS | Sortie triomphalement au printemps, "Parasite" de Bong Joon-ho, la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, laisse un boulevard aux films de l’automne, qui se bousculent au portillon. À vous de les départager ; ex aequo autorisés.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

18 septembre Avec Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma (Bande de filles, Tomboy, Naissance des pieuvres...) filme, sur fond de dissimulation artistique, le rapprochement intime et intellectuel de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel. Prix du scénario à Cannes. À la même date, venu de Venise et des étoiles, Ad Astra, dans lequel James Gray embarque Brad Pitt pour un voyage galactique – après le Tarantino, Brad place ses billes pour l’Oscar. 25 septembre Dans un futur proche, un petit village aid

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Les trois soirées de la fin avril

MUSIQUES | Direction le Drak-Art, le Black Lilith et la Bobine.

Damien Grimbert | Mardi 23 avril 2019

Les trois soirées de la fin avril

26.04.19 > Drak-Art Bassodrome Outlook Festival Launch Party C’est un rituel désormais bien établi : en amont de sa nouvelle édition, l’Outlook Festival, rendez-vous incontournable de tous les amateurs de bass music organisé chaque mois de septembre en Croatie, fait étape à Grenoble le temps d’une soirée de lancement en collaboration avec l’équipe du Bassodrome. L’occasion d’une grosse fiesta des familles sur fond de UK garage, bassline, jungle et drum’n’bass, où s’entrecroisent au line-up figures de proue (Monty, DJ Blazin’) comme artistes locaux (Seoul 76, Clapsky, Jagerbang). 26.04.19 > Black Lilith Motel Midnight Figures tout juste émergentes de la scène parisienne, OG D. et Basei, jeunes DJs et producteurs originaires respectivement de Montreuil et du sud de la France, font partie de cette nouvelle génération d’artistes qui a décidé de ne pas choisir entre trap d’Atlanta, baile funk du Brésil et afro-house d’Angola. Un cocktail d’influences détonnant et farouchement dansant que les deux artistes viendront présenter à l’occasion de leur soirée Motel Midnight, après

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"Je vois rouge" : brassée façon bulgare

ECRANS | De Bojina Panayotova (Fr-Bul, 1h23) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Son père sculpteur et sa mère professeure ayant émigré de Bulgarie dans les années 1970, Bojina Panayotova a grandi en France. La récente ouverture des archives de son pays d’origine la pousse à partir enquêter sur sa famille, contre l’avis de celle-ci. Elle y découvrira d’inattendues collusions avec le régime communiste… Documentaire en "voix-je" comme son titre l’indique, ce film-enquête inscrit un récit familial dans la grande Histoire avec un mixte d’ingénuité et d’exhibitionnisme : Bojina Panayotova semble indifférente aux remarques embarrassées de ses proches lorsqu’elle leur annonce vouloir fouiller ce passé, pas plus qu’elle ne prend la peine de les prévenir qu’elle les filme ou enregistre leurs conversation à leur insu. En découlent des crispations et des crises entre la fille et ses parents, faisant apparaître un psycho-drame extime comme second motif dans le documentaire, aux enjeux dramatiques si puissants (le tournage devient la cause d’une brouille) qu’il prend presque le pas sur le mystère originel. Par ce film, la cinéaste semble vouloir faire la démonstration que toute vérité est bonne à découvrir, quitte à ce que l’inventeur

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Films sur écoute avec Le Tympan dans l’œil

Festival | Vivre le septième art en musique ? C’est ce que propose jusqu’au 8 décembre le festival Le Tympan dans l’œil, dans diverses salles de l’agglomération. À l'occasion de cette neuvième édition, son directeur artistique Damien Litzler, membre de l’association Stara Zagora qui l’organise, nous a déroulé les objectifs.

Alice Colmart | Lundi 26 novembre 2018

Films sur écoute avec Le Tympan dans l’œil

Un film projeté sur grand écran qui s’accorde avec une pièce musicale jouée en direct, voilà ce qui fait le propre du ciné-concert, courant à part entière que Le Tympan dans l’œil (oui, le nom résume à merveille le concept !) promeut à Grenoble depuis maintenant huit ans. Et à la direction artistique du festival on retrouve, sans surprise, un homme à l’oreille affutée. « L’évènement a pris forme pour la première année en 2010. Je suis moi-même musicien et j’ai eu cette idée après une tournée en France. J’avais un bon réseau de musiciens et je voulais développer à Grenoble ce genre qui n’a que deux festivals en France, à Dijon et à Toulon » explique Damien Litzler. Car pour lui, la combinaison ciné et concert était gagnante. « Le cinéma et la musique, ce sont des pratiques hyper appréciées des Français. De nombreuses personnes ne seraient pas venues voir tel film si il n’y avait pas eu telle musique et vice-versa. » C’est donc ce q

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Cabaret (frappé) d'ici et d'ailleurs

Festival | Toujours en renouvellement, avec ses (plus ou moins) jeunes pousses locales et, cette année, de belles têtes d'affiche sans frontières, le Cabaret frappé vise juste. Et frappe haut, comme on s'en rendra compte du lundi 16 au samedi 21 juillet au Jardin de ville de Grenoble.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Cabaret (frappé) d'ici et d'ailleurs

Derrière les têtes d'affiche qu'elle propose chaque année, il y a du côté de l'équipe du Cabaret frappé un prisme qui se veut d'abord grenoblois (ou local) et qui, en toute logique, s'attache à mettre en avant les talents d'aujourd'hui et de demain, à des degrés d'émergence plus ou moins avancés. Fait de découvertes et d'artistes affirmés en attente de confirmation (c'est la raison d'être de la Cuvée grenobloise, avec qui le Cabaret bosse), ce millésime annuel de talents qu'il est bon d'encourager est toujours enthousiasmant. Ainsi d'Arash Sarkechik, dont on avait évoqué ici la sortie du premier album solo Toutirabien ; de la chanson mauvaise herbe du trio Pelouse de l'activiste Xavier Machault ; de l'électro world fouineuse de Deyosan ; de la surf-music zinzin d'I'd Like to Surf ; ou encore du ta

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"Trois visages" : Jafar Panahi, cinéaste plus fort que tout

ECRANS | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste iranien Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, jeune villageoise, se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz Jafari se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences – c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à sa protagoniste.

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"Japanese Pulp" : du rififi chez les Nippons avec Enrico Pambianchi

Exposition | Dans cette série d’œuvres actuellement présentée à la galerie Marielle Bouchard, l'artiste italien s'amuse avec les représentations traditionnelles des figures mythiques de la culture nippone. Savoureux.

Benjamin Bardinet | Mardi 29 mai 2018

Sumos, geishas, samouraïs et autres joueuses de shamisen : avec une malice clairement affichée, Enrico Pambianchi détourne joyeusement les figures du folklore japonais par le biais de tout un cocktail de techniques (impressions, contrecollages, décollages...) qui accentuent l'aspect vieillot du rendu. Il contrecarre ensuite cette apparence désuète en dynamitant l'exotique sérénité qui s'en dégage à grands coups d'interventions manuelles jouissives à l'ère d'une iconographie aseptisée par la retouche numérique. Collages intempestifs, annotations manuscrites nerveuses et retouches picturales parasitent alors une image donnant l'impression d'avoir été énergiquement malmenée par des collégiens prépubères. Chez Pambianchi, des revolvers surgissent, les protagonistes se font flinguer, l'hémoglobine jaillit, des sumos pètent dans l'effort et des zeppelins en feu menacent d'exploser. Amateur de Quentin Tarantino, l'artiste italien produit des images-frankenstein hétérogènes formant néanmoins un ensemble cohérent. Irrévérencieux et potache, amateur de culture populaire (le « pulp » du titre renvoie aux publications illustrées très populaires aux États-Unis dans la première moit

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"Toutirabien" grâce à Arash Sarkechik

Concert | Le multi-instrumentiste et chanteur adepte d'un monde musical sans frontières (mais basé à Grenoble) sort son premier album. Et sera en concert vendredi 27 avril à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset).

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Depuis le temps (quelque chose comme trois décennies) qu'Arash Sarkechik traîne ses guêtres alternatives dans le paysage musical grenoblois mais pas que, il était temps que l'homme livre son album solo. Jusqu'ici, on avait notamment pu le voir et l'entendre au sein de Shâady, d'Emzel Café et de Pan. Autant d'aventures qui lui ont permis de briller et de s'atteler à diversifier sa matière musicale, allant du reggae à la world music en passant par la chanson rock. C'est d'ailleurs en travaillant avec le trio Pan, son projet le plus récent, qu'Arash Sarkechik s'est mis à esquisser les contours du projet qui porterait cette fois son nom. Peut-être parce qu'il jouit d'un univers plus intime et matérialise un mélange entre ses influences orientales (il est d'origine iranienne) et sa culture occidentale. Mais cela ne l'empêche pas de convoquer, à l'image du joueur de oud Smadj, de nombreux musiciens à même de faire vivre un monde musical et une musique mondiale. De fait, c'est comme si toutes les expériences, toute la vie musicale d'Arash Sarkechik, par ailleurs parolier de premier ordre, se retrouvait ici en un point à l'image de la pochette de ce

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"3 Billboards, les panneaux de la vengeance" : bons baisers du Missouri

ECRANS | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell) et une narration exemplaire (une femme souhaite que l'enquête sur le meurtre de sa fille avance enfin), ce "revenge movie" décalé réalisé par Martin McDonagh nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Dimanche 14 janvier 2018

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel et Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré en 2008 avec Bons baisers de Bruges (polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze), fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi. Attention : virages sur 1h56 On pourrait croire qu

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Le Tympan dans l’œil : la pupille dans l’oreille

Festival | Le festival grenoblois dédié au ciné-concert revient pour une huitième édition que l'on va présenter dans ces lignes. Action !

Aurélien Martinez | Lundi 20 novembre 2017

Le Tympan dans l’œil : la pupille dans l’oreille

Huitième édition déjà pour le Tympan dans l’œil, festival grenoblois qu’on a vu naître, grandir et s’épanouir au fil des ans. Avec toujours un principe simple en guise de ligne directrice : promouvoir le ciné-concert, forme artistique atypique qui recèle en elle de nombreux potentiels, dont un côté populaire et accessible évident (et ce même quand le film choisi n’est pas connu de tous ou quand le groupe qui joue devant l’écran s’essaie aux joies d’une musique plus conceptuelle que tubesque). La preuve : le Tympan dans l’œil propose chaque année des créations jeune public qui, nous assure-t-on, rencontre un grand succès – alors qu’il faut être bon pour séduire cette partie des spectateurs. Pour cette édition, on aura par exemple droit à la proposition Animalia (mercredi 22 novembre à la Bobine) couplant courts-métrages d’animation chinois à l’aquarelle et post-rock « aux atmosphères joyeuses et poétiques » d’un duo issu de la compagnie grenobloise des Barbarins fourchus ; ou encore à celle baptisée La Petite taupe (samedi 25 à l’Espace 600) dans laquelle la fameuse héroïne pour enfant croiser

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"Le Labyrinthe de Pan" : quand Guillermo del Toro travestit l’horreur en fantastique

Projection | Mardi 24 octobre, le festival Ojo Loco, dédié chaque printemps au cinéma espagnol et latino-américain de Grenoble. investit une salle du campus universitaire. Son but ? Proposer en séance unique, dans le cadre d'Halloween, la projection du fameux film de 2006 réalisé par Guillermo del Toro. Un excellent choix...

Charline Corubolo | Mardi 17 octobre 2017

Alors que la répression franquiste décime les maquis espagnols en 1944, une jeune fille tente d’échapper à cette sombre vérité en arpentant un labyrinthe fantastique. Elle y rencontre un faune, Pan, créature mystérieuse et métaphorique qui la guide dans un imaginaire dangereux où elle serait une princesse. Cette petite fille, c’est Ofelia, qui se trouve contrainte de suivre sa mère enceinte de son deuxième enfant et tout juste remariée au capitaine de l’armée franquiste Vidal, personnage cruel qui assoit son pouvoir dans la satisfaction de sévices sanglants. En mêlant faits historiques et conte chimérique, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro dépeint une fable à la dualité magique et monstrueuse, où l’horreur est humaine tandis que l’étrange irréel en est le simple miroir. Multipliant les parallèles, entre critique du fascisme et référence à Alice au pays des merveilles, le cinéaste nous plonge dans un rêve horrifique où l’esthétique féerique percute la cruauté de l’existence, où Le Labyrinthe de Pan n’est autre qu’une parabole du réel qui cherche malgré tout un peu d’espoir dans le noir.

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Écouter le cinéma avec Le Tympan dans l'œil

Festival | Pour la septième année consécutive, le festival Le Tympan dans l'œil prend le contrôle de Grenoble pour promouvoir le ciné-concert. Au programme : artistes du coin, films réactualisés et ateliers.

Gabriel Cnudde | Mardi 22 novembre 2016

Écouter le cinéma avec Le Tympan dans l'œil

Cet automne à Grenoble, mieux vaut avoir un tympan qu'un compas dans l'œil. Pour la septième année consécutive, l’association Stara Zagora organise son festival de ciné-concert sur plusieurs semaines de novembre et décembre. Pour Damien Litzler, le directeur du festival, l'objectif est clair : « Nous voulons présenter toute la diversité du ciné-concert, aussi bien au niveau musical que cinématographique. » Il faut dire que le ciné-concert a le vent en poupe depuis quelques années. Dans la région, les offres se multiplient, notamment à l'Auditorium de Lyon où des orchestres accompagnent la diffusion de grands films, comme Le Seigneur des Anneaux. Toutefois, « ce n'est pas tout à fait le même exercice lors de notre événement » précise Damien Litzler. Musiciens locaux et films revisités Au Tympan dans l'œil, les bandes sons ne sont pas celles des films. « Elles sont recréées pour revisiter un film en live. On fait souvent coexister des films anciens avec des musiques actuelles. On veut revisiter le cinéma en le réactualisant. » Pour se faire, l'équipe s'ap

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Mardi, le Tympan dans l’œil ouvrira les Rencontres ciné montagne de Grenoble

CONNAITRE | « Les musiciens revisitent le cinéma en live ! » Telle est la ligne éditoriale du festival de ciné-concert le Tympan dans l’œil. Si sa septième (...)

Aurélien Martinez | Mardi 8 novembre 2016

Mardi, le Tympan dans l’œil ouvrira les Rencontres ciné montagne de Grenoble

« Les musiciens revisitent le cinéma en live ! » Telle est la ligne éditoriale du festival de ciné-concert le Tympan dans l’œil. Si sa septième édition commencera vraiment le 23 novembre, une première séance aura lieu ce mardi 15 novembre au Palais des sports, dans le cadre de l’ouverture des fameuses Rencontres ciné montagne de Grenoble. Le film ? À l'assaut de la tour Eiffel, sur quatre alpinistes qui se mesurent à la dame de fer. Le groupe ? Le duo K-ARP, composé de deux locaux : Jonathan Dioudonnat (The Next Tape, …) et Franck Litzler (SZ, The Next Tape, …). Plus d’infos sur www.grenoble-montagne.com

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Photo obsession franco-italienne

ARTS | Les Rencontres franco-italiennes de la photographie amorcées le mois dernier se poursuivent brillamment jusqu'à la fin octobre avec une programmation off. L'assocation Surexpose qui les porte, en étroite collaboration avec l'Italie, met en lumière le talent photographique d'artistes italiens dans six lieux du centre-ville de Grenoble. Place aux présentations.

Charline Corubolo | Mardi 18 octobre 2016

Photo obsession franco-italienne

Ugo Panella, regards d'Afghânes Plus qu'un photoreportage, Ugo Panella donne à voir dans ses images, à la portée documentaire, la force et la douceur des femmes, par qui le changement semble aujourd'hui possible en Afghanistan. Les photographies qui s'affichent sur les murs de la galerie la Vina prennent naissance dans cette rencontre humaine. S'intéressant pour cette série au micro-crédit qui permet à certaines femmes de s'en sortir, l'artiste saisit le quotidien à travers un regard, un sourire furtif, sur le visage de plusieurs générations féminines. Un portrait symbolique lumineux, tel un faisceau d'espoir. ________ Raffaele Montepaone, la pureté magnifiée De ses images en noir et blanc emplies de pureté émane une fascination envoûtante. Exposé à la galerie Ex Nihilo,

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Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d’animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l’animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants. Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l’originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l’attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d’insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu’aux mimiques exagérées du grand pa

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Des hommes et des balles avec le collectif Petit travers

SCENES | Le collectif lyonnais s'arrête à Voiron et à Échirolles avec deux spectacles différents (une grande forme et un trio) néanmoins portés par la même ambition : celle d'un jonglage poétique fort en images.

Aurélien Martinez | Mardi 3 mai 2016

Des hommes et des balles avec le collectif Petit travers

Avec Le Petit travers (à lire : notre interview), on est clairement du côté du jonglage poétique. Une poésie qui se retrouve jusque dans les titres à rallonge des spectacles que le collectif donnera cette semaine dans l’agglo grenobloise. Les Beaux Orages qui nous étaient promis d’abord, ballet pour sept interprètes à la technicité remarquable. Un art du jonglage parfaitement maîtrisé qui s’enrichit de l’apport d’autres arts, comme la danse ou encore la musique – elle a été créée par le compositeur Pierre Jodlowski, très branché musique contemporaine. Pan-Pot ou modérément chantant ensuite, petite forme pour trois jongleurs et une pianiste elle plutôt branchée classique (Liszt, Beethoven, Mozart, Bach, Wagner…) pour une incroyable chorégraphie de balles comme autant de notes de musique échappées de partitions invisibles. Poétique donc. On avait découvert Pan-Pot en

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Julien Clément (Petit travers) : « Avoir un spectateur à l’affût »

Spectacles | Le collectif Petit travers, défenseur depuis treize ans d’un jonglage poétique fort en images, débarque à Grenoble avec deux spectacles – une grande forme pour sept interprètes et un trio avec piano. Deux véritables réussites qui nous ont donné envie de passer un coup de fil à Julien Clément, co-directeur artistique du collectif.

Aurélien Martinez | Mardi 3 mai 2016

Julien Clément (Petit travers) : « Avoir un spectateur à l’affût »

Avec le collectif, vous faites du jonglage, mais pas un jonglage simplement limité à la performance… Julien Clément : Oui. On utilise le jonglage comme un matériau, comme un outil de scène, comme une possibilité de langage. Et tout ça dans une visée poétique et musicale. On essaie de proposer un cadre assez simple pour jouer sur la surprise, pour avoir un spectateur à l’affût, pour l’étonner, le surprendre… Avec, en stars de chaque spectacle, les balles de jonglage. Même si, dans les deux créations que vous présentez à Grenoble, leur rôle est très différent… Pour chaque spectacle, on essaie de redéfinir cet objet, de savoir si c’est quelque chose d’abstrait ou si c’est un être animé d’une vie propre. Dans le tout début de Pan-Pot ou modérément chantant, il y a la mise en place de l’histoire de ces balles qui sont comme autonomes, qui ont leur trajectoire de vie : même si on comprend qu’elles sont jonglées, on ne voit pas les jongleurs, on ne voit pas leurs mains, ils sont vraiment dépersonnalisés. Pour Les Beaux Orages qui nous étaient promis, on a plus pris ces balles co

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Quand Fred Pallem redonne vie à François de Roubaix

MUSIQUES | Rendez-vous pour une relecture passionnante de l'œuvre du compositeur culte François de Roubaix par Fred Pallem et Le Sacre du Tympan. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 26 avril 2016

Quand Fred Pallem redonne vie à François de Roubaix

Disparu tragiquement à l’âge de 36 ans dans un accident de plongée sous-marine aux Canaries, François de Roubaix est sans conteste l’une des icônes les plus fascinantes de la musique populaire française. Auteur de quelques-unes des bandes-son les plus marquantes de la fin des années 1960 et du début des années 1970, ce compositeur surdoué aux allures d’aventurier, passionné de cinéma et de voyages lointains, fut l’un des premiers à populariser l’usage de synthétiseurs, de sonorités électroniques et d’instruments exotiques dans ses créations. Entièrement autodidacte, mais doué d’un sens de la mélodie remarquable et d’un goût pour l’expérimentation peu commun, il réconcilia avant tout le monde musique pop et avant-gardisme sonore, modulations cosmiques et arrangements psychédéliques. En activité depuis pas loin d’une vingtaine d’années, le Sacre du Tympan de Fred Pallem, orchestre virtuose à la croisée des musiques savantes et populaires, était de toute évidence l’interprète idéal pour explorer l’œuvre imposante de ce pionnier prodige. Loin de l’hommage obséquieux et sans grande saveur, sa relecture contemporaine des travaux de De Roubaix injecte au contraire à ses derni

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Aux yeux de tous

ECRANS | de Billy Ray (É.-U., 1h51) avec Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor, Nicole Kidman…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Aux yeux de tous

Hollywood, usine à remakes… En signant celui de El secreto de sus ojos (2009), Billy Ray n’a cependant pas la main trop malheureuse. Car si Juan José Campanella intégrait son film dans un contexte politique rarement exploré (les prémices de la dictature argentine), son thriller manquait de substance, de rythme. Quitte à choir dans la caricature, Aux yeux de tous peut essuyer des reproches opposés : l’efficacité prime sur l’ancrage historique – la période consécutive à l’attentat contre le World Trade Center. De fait, on perd en originalité ce que l’on gagne en sensations pures – mais l’on conserve une très correcte séquence dans un stade ! Aux yeux de tous permet également d’opérer un constat : en plaçant côte à côte Julia Roberts et Nicole Kidman, on voit très clairement laquelle des deux ne mise pas tout sur son apparence et livre une réelle composition…VR

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Panteros666 : « En musique, je suis polygame »

MUSIQUES | Passionné de musiques club comme de sonorités plus expérimentales, fasciné par les nouvelles technologies et la cyberculture, Panteros666 du collectif Club Cheval est avant tout un artiste généreux et exalté par le futur. Interview avant son DJ-set de vendredi au Vertigo. Par Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mercredi 2 mars 2016

Panteros666 : « En musique, je suis polygame »

Vous avez une approche de la musique très décloisonnée, pas du tout hiérarchisée… Panteros666 : En fait, j’ai commencé la musique à sept ans par la batterie et j’ai tellement été baigné dans l’académisme depuis le début que vers 14/15 ans, j’en ai eu marre de cet univers fermé et j’ai envoyé tout valdinguer. On bossait des morceaux vraiment pas fun, très techniques, qui étaient centrés sur la performance, la virtuosité et les nuances. Mais pour moi, la qualité musicale ne venait pas de là, je cherchais autre chose. Du coup, j’ai commencé à m’autoformer en écoutant de la jungle, et plein de trucs qui étaient fait par des boîtes à rythmes… J’en avais marre des humains qui jouaient de la musique ! Vous êtes connu pour votre passion de la grosse techno/house belge des années 1990, très chargée, très mélodique… Pour moi, ça représente vraiment un fantasme musical, cette techno à la fois hyper futuriste mais aussi marrante, conviviale… Si je suis tombé amoureux de la musique électronique c’était aussi pour l’acte humain qu’il y avait derrière : se marrer pendant des heures avec ses potes, danser, discuter

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Musée Géo-Charles : artistes, vos papiers !

ARTS | Exposition au titre ambivalent, « Cent papiers » dévoile cent œuvres sur papier donc et trouve véritablement sa force dans le choix des artistes présentés plus que dans la diversité de la feuille, qui s'affiche principalement en 2D. Petite sélection de pièces à découvrir sur place. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 9 février 2016

Musée Géo-Charles : artistes, vos papiers !

L'histoire, de l'humanité comme de l'art, est jalonnée de révolutions. De papyrus en courrier électronique, le papier a longtemps été souverain mais apparaît aujourd'hui comme un support fragile voué à disparaître. Né en Chine durant l'Antiquité, ce médium résiste pourtant et demeure une source inépuisable de création. Plus qu'un réceptacle de la forme, il peut être malmené de déchirures en perforations, de pliures en dévalements, offrant des possibilités infinies. L'un des premiers artistes ayant ainsi expérimenté cette matière pour ses caractéristiques intrinsèques est Pablo Picasso qui, en 1912, réalise ses premiers papiers collés, dont un est exposé au Musée de Grenoble. Une brèche ouverte qui traverse le siècle jusqu'aux papiers réactifs de Sigmar Polke. Et aujourd'hui encore, la feuille s'avère être un outil de recherche plastique. Tel est le leitmotiv de l'exposition Cent papiers curatée par Élisabeth Chambon dont la thématique et le titre ont conditionné certaines contraintes : des œuvres de petits formats et l'impératif d'avoir cent œuvres (pour 87 artistes au total). Mais plus qu'une démonstration de la diversité productive de ce support (p

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Musique animée avec Le Tympan dans l’œil

CONNAITRE | Sixième édition pour Le Tympan dans l’œil, fameux festival grenoblois dédié à cette forme artistique hybride qu’est le ciné-concert. On y verra quoi cette fois-ci ? Du bon ! On fait le point. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 novembre 2015

Musique animée avec Le Tympan dans l’œil

Au PB, on aime beaucoup le trio Buffle ! composé du chanteur Xavier Machault, du pianiste Roberto Negro et du comédien Pierre Dodet. Une drôle d’aventure musicale « entre chanson, cabaret et théâtre » qui fait des merveilles en forme concert. Et en forme ciné-concert, sur Miracle à Milan, film néoréaliste de Vittorio De Sica qui reçut le Grand prix du Festival de Cannes en 1951, comment ça va fonctionner – notamment l’interaction film et jeu ? « On n’appelle pas ça un ciné-concert mais une ciné-fantaisie musicale » nous explique Xavier Machault. Sur scène, il y aura donc des moments de chansons mais aussi d’autres plus théâtraux en lien avec le film. D’accord. Et sinon, comment Buffle ! s’est retrouvé dans cette aventure, nouvelle pour lui ? « C’est Damien Litzler du Tympan dans l’œil qui nous a proposé le film. On a répondu oui lorsqu’on l’a vu. Miracle à Milan a un côté très humaniste, très poétique mais aussi très absurde qui nous parle bien. » À noter que le spectacle, création spéciale pour ce

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Gordon Ashworth au royaume de l’expérimental

MUSIQUES | En concert à la Casse ce samedi, l'Américain est l'auteur de créations sonores abstraites d'une beauté fascinante.

Damien Grimbert | Mardi 3 novembre 2015

Gordon Ashworth au royaume de l’expérimental

Année après année et concert après concert, la valeureuse association Après le Chaos ne cesse de faire reculer par ses choix de programmation audacieux les limites de notre curiosité. Prenez le concert de ce samedi à la Casse par exemple : sa principale tête d’affiche, le musicien expérimental de Portland Gordon Ashworth, est l’auteur de plages sonores abstraites infiniment séduisantes dans lesquelles s’entrelacent instruments à cordes, "field recording" (captation d’ambiances sonores dans différents lieux) et travail sur bandes magnétiques. The One You Love & Cannot Trust by Gordon Ashworth Une méthodologie hors des sentiers battus qui donne naissance à de subtiles et fascinantes créations sonores aux confins du drone, du folk traditionnel américain, de la musique concrète et du noise abstrait. Et s’avère in fine à même de convaincre tout un chacun. Gordon Ashworth + Panos Alexiadis + Jérôme Noetinger + Cyril M, samedi 7 novembre à 20h à la Casse

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Nicolas Hubert passe "Le Sacre" au shaker

SCENES | Avec "La Crasse du tympan", le chorégraphe grenoblois Nicolas Hubert s'attaque au mythique "Sacre du printemps" en s'éloignant du simple hommage. Le résultat est visible ce jeudi à la Rampe (et début février au Grand Angle).

Aurélien Martinez | Mardi 3 novembre 2015

Nicolas Hubert passe

Le Sacre du printemps est un véritable tube dans le monde de la danse, composé par Stravinsky il y a cent ans et chorégraphié pour la première fois par Nijinski pour les Ballets russes. Une histoire de rite païen et de sacrifice de jeune fille à laquelle de nombreux artistes se sont confrontés depuis – Maurice Béjart, Pina Bausch, Angelin Preljocaj, Jean-Claude Gallotta … C’est au tour du chorégraphe grenoblois Nicolas Hubert d’en livrer sa version avec une volonté de réappropriation évidente matérialisée dans le choix du titre (La Crasse du tympan) emprunté à Marcel Duchamp. Une référence tout sauf anodine, Nicolas Hubert ayant été formé aux beaux-arts, ce qui transparaît sur le plateau grâce à un travail remarquable sur la scénographie, la création lumière et l’ambiance chaude et chamarrée qui s’en dégage. Le tableau d’ouverture est à ce titre captivant, les cinq danseurs arrivant progressivement dans une sorte de transe au son de la partition réinventée par les trois musiciens présents sur scène et leurs instruments pas très d’époque pour certains – guitare, basse, batterie… L’approche de Nicolas Hubert en devient décalée, joueuse (le cho

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Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

ECRANS | Rendez-vous le vendredi 18 septembre pour un double programme consacré à Joe Dante.

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

Passé par la pépinière Roger Corman comme Coppola, Scorsese ou Jonathan Demme, Joe Dante n’a pas connu le même destin que ses glorieux camarades, sa carrière ayant été torpillée par de cuisants échecs commerciaux. Elle s’était pourtant bien engagée dans la voie du néo-cinéma d’horreur à la John Landis, avec Piranhas et Hurlements, avant d’atteindre son climax grâce à Gremlins (1984), qui fait l’ouverture d’une jolie soirée composée par le Pathé Chavant. Conte fée moderne ressemblant à ce que l’on obtiendrait si l’on passait Cendrillon, Barbe bleue, le Croquemitaine et la boîte de Pandore dans un mixer, Gremlins est une nouvelle variation sur le thème de l’interdit transgressé. Mais aussi une critique réjouissante et révélatrice d’un inquiétant subconscient de l’Amérique. Sous des dehors de grosse peluche réconfortante, le Mogwaï possède un caractère dévastateur ne demandant qu’à s’exprimer, dès lors que son propriétaire omet de respecter les règles de bases (ne pas le nourrir après minuit, ne pas l’exposer à la lumière et ne pas l’asperger

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Nouveau cirque : nos coups de cœur de la saison

SCENES | Du jonglage, des acrobates vietnamiens et, bien sûr, du Yoann Bourgeois.

Aurélien Martinez | Jeudi 17 septembre 2015

Nouveau cirque : nos coups de cœur de la saison

Les Beaux Orages… / Pan-Pot… Né il y a plus de dix ans, le collectif Petit Travers déploie depuis un langage visuellement impressionnant construit autour de l’art du jonglage. Mais du jonglage grandiose et expressif qui, plus qu’un simple numéro, devient le cœur de leurs spectacles. Leur création de 2009 Pan-Pot ou modérément chantant, qui repasse cette saison à la Rampe, en est un exemple frappant : sur scène, une pianiste, trois jongleurs et des balles blanches en grand nombre ; point. Un postulat de départ minime qui offre pourtant un grand moment de poésie visuelle, notamment lorsque les balles semblent devenir des notes de musique s’échappant de la portée imaginaire qui les maintient. Ces circassiens d’un autre genre seront également cette année au Grand Angle avec Les Beaux Orages qui nous étaient promis, création de 2013 (que nous n’avons pas vue) pour cette fois-ci sept jongleurs. « Cet effectif d

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Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil du parfait lauréat, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 19 août 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisque le film est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfug

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Le festival du court sous les avalanches

ECRANS | La 38e édition du festival du film court en plein air de Grenoble confirme les tendances de l’an dernier, du moins concernant une compétition qui, malgré la profusion de l’offre (3000 films vus), manque clairement de diversité. On en a tiré une sélection de films intrigants, pertinents et percutants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Le festival du court sous les avalanches

Ce fut la surprise de la 37e édition : le Grand prix du festival du film court en plein air de Grenoble a été remis au Skate moderne, pastiche drôle et bien vu de La Vie moderne de Depardon avec des skaters à la place des paysans, damant le pion à une multitude de films engagés et souvent trop sérieux. Derrière ce prix, un symbole : ses auteurs ne venaient pas d’une école de cinéma et leur film n’avait pas été produit dans les clous classiques du circuit court (métrage) ; c’était une vidéo commandée par Dailymotion, le genre de choses qui circulent longuement sur internet à la faveur des buzz et des partages viraux. Cela dit quelque chose du challenge qu’affrontent les festivals de courts-métrages : une profusion de films inscrits, venus de partout dans le monde, où les productions les plus sauvages côtoient des montages financiers traditionnels (en France : CNC, régions, fonds nationaux d’aide…). Grenoble affiche cette année le chiffre record de 3000 films proposés au comité de sélection, et l’affaire est s

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Taxi Téhéran

ECRANS | Même frappé par une interdiction d’exercer son métier, Jafar Panahi est parvenu à réaliser cet extraordinaire film hors-la-loi où, en conduisant un taxi dans les rues de Téhéran, il met en scène une fiction drôle et puissante. Une réflexion sur un monde où l’image est à la fois libre et contrôlée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 avril 2015

Taxi Téhéran

Le pouvoir iranien l’a décidé : Jafar Panahi n’a plus le droit de filmer, et ce pendant vingt ans – soit une forme de perpétuité. Que peut faire un cinéaste privé de son outil de travail ? Devenir chauffeur de taxi, ce qui est une autre manière d’avoir accès à une réalité que ce même pouvoir cherche à travestir. Mais on ne se refait pas : Panahi a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue, passant ainsi des passagers à la rue. Un dispositif qui, se dit-on au départ, est avant tout une sécurité : une voiture reste un espace privé impossible à surveiller et propice à une libération de la parole – ce qu’Abbas Kiarostami, autre grand cinéaste iranien, avait montré bien avant Panahi. La première séquence de Taxi Téhéran fait d’ailleurs penser à Ten de Kiarostami : deux clients qui ne se connaissent pas montent dans le taxi et une dispute éclate entre l’homme, qui fustige les gens qui volent et souhaite leur condamnation à mort pour donner l’exemple, et une institutrice affichant ses idées progressistes. Panahi semble s’engager sur l’autoroute d’un film didactique où les messages qu’il adresse aux autorités de son pays seront livrés sans filtre.

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Max et Lenny

ECRANS | De Fred Nicolas (Fr, 1h25) avec Camelia Pand’or, Jisca Kalvanda…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Max et Lenny

Co-écrit par François Bégaudeau, ce banlieue-film tombe sous le coup de toutes les critiques, injustes, reçues par Céline Sciamma pour son très beau Bande de filles : on est face à une vision totalement fantasmée de la vie dans les quartiers, qui accumule les clichés et charge la barque d’un misérabilisme filmé, comme il se doit, caméra à l’épaule et avec une image moche. Lenny vit dans les quartiers nord de Marseille, joue la guetteuse pour ses frangins dealers, a été mère très tôt (le père est peut-être son oncle !) mais son enfant lui a été enlevé, et elle rêve de faire du rap pour s’en sortir et récupérer la garde. Max est une jeune Congolaise sans papiers qui s’occupe de ses nombreux frères et sœurs en redoutant l’expulsion. Leur rencontre est une affaire d’amitié dont les ressorts sont prévisibles, le trouble érotique étant assez vite évacué. Le film déroule de manière parfaitement monotone ses situations, sans aucune poussée fictionnelle ou dramatique, comme s’il n’avait dans le fond rien à dire de nouveau sur son sujet, et surtout, s’il n’avait

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Les étoiles de Shériff

MUSIQUES | Avec Laetitia Shériff, on a toujours été dans quelque chose de frémissant et d'indécidable, quelque part entre le coup de cœur et le coup de tronche. Cela (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Les étoiles de Shériff

Avec Laetitia Shériff, on a toujours été dans quelque chose de frémissant et d'indécidable, quelque part entre le coup de cœur et le coup de tronche. Cela fait dix ans et (seulement) trois albums (et pas mal d'à-côtés aussi, comme le collectif Trunks) que ça dure ; et ça n'est pas parti pour s'arranger. Toujours aux commandes de sa basse vitupérante, cette disciple revendiquée du grand William Butler Yeats (certains invoquent Lennon, Elvis, Adamo comme marque de naissance, elle c'est Yeats) semble, sur Pandemonium, Solace and Stars, vouloir redonner vie aux armées de la nuit et les projeter en pleine lumière astrale. Le coup de cœur, on se le mange lorsqu'elle se balade en territoire intime (Fellow) ou inconnu (Far & Wide), le coup de tronche sur des déboulés à la Wash, particulièrement déroutant quand on connaît la douceur de la jeune femme en interview, ou sur un The Living Dead tubesque à double sens, hommage au cinéma fantastique

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Laetitia Shériff : « Rester une rêveuse »

MUSIQUES | Depuis 10 ans, Laetitia Shériff est une vigie indéboulonnable de l'indie-rock français passant de projets en projets, fidèle à un noyau d'amis mais ouverte à tout, ou simplement (trop rarement) en solo. C'est pourtant ainsi qu'elle nous revient, six ans après "Games Over". Avec ce qui est sans doute son album le plus abouti, le magique et tellurique "Pandemonium, Solace and Stars". Et un concert la semaine prochaine à la Bobine. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Laetitia Shériff : « Rester une rêveuse »

Il y a quelque chose de particulier avec vous : on a l'impression de vous voir très souvent, entre la multiplication des projets, les musiciens que vous accompagnez en concert ou sur disque… Or, quand on se penche sur votre discographie solo disons  « officielle », on n'y trouve que trois albums et 6 ans écoulés entre les deux derniers. Pourquoi ? Laetitia Shériff : C'est compliqué de ne se consacrer qu'à son propre projet quand on en a plein d'autres qui demandent de l'investissement, quand on a envie d'être sensible aux autres et à leurs propositions, aux créations de projets. Or c'est avant tout ce qui m'anime. Je trouve un peu fou de décider de ne faire que de la musique – ce qui est mon cas – mais de devoir pour cela être tributaire d'une espèce d'injonction à faire qui induit toujours le même cycle : composition d'un album, sortie d'album, tournée et ainsi de suite. Je préfère attendre le bon moment pour faire les choses. Après, une fois que je me lance dans un album solo, j'ai besoin de me poser pour que ça reste un événement alimenté par la vie. L'inspiration ne vient pas comme ça au réveil – mêm

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Le Tympan dans l’œil, cinquième !

CONNAITRE | Cinquième édition pour le Tympan dans l’œil, festival dédié à la forme hybride qu’est le ciné-concert. Une drôle d'aventure lancée en 2010 par Damien Litzler, membre (...)

Aurélien Martinez | Mardi 25 novembre 2014

Le Tympan dans l’œil, cinquième !

Cinquième édition pour le Tympan dans l’œil, festival dédié à la forme hybride qu’est le ciné-concert. Une drôle d'aventure lancée en 2010 par Damien Litzler, membre du groupe SZ, qui a décidé d’emblée de sortir du cadre banal "morceaux de piano sur vieux films" pour explorer toutes les possibilités du genre, on ne peut plus nombreuses. Rien que pour cette année, les films choisis vont de Kubrick (le cultissime 2001, l'Odyssée de l'espace) à l'animation (les tout aussi cultes Tom & Jerry) en passant par le film quasi ethnographique (L'Ennemi silencieux de H. P. Carver, docu-fiction de 1930 sur une tribu d'Indiens Ojibwa). Quant au côté musical, là aussi un large spectre est balayé : du jazz (avec notamment le collectif lyonnais Arfi sur Koko le clown des frères Fleicher), du rock expérimental (le collectif Zone libre avec entre autres l'ex-Noir Désir Serge Teyssot-Gay sur 2001) ou encore du « blues métissé » (le Franco-Haïtien Carlton Rara sur le muet Why Worry ? avec Harold Lloyd). « C’est facile de trouver des genres musicaux variés ; mais c’est plus compliqué de trouver des films parlants moderne

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Panique chez les jouets

ECRANS | De Joël Simon, Bruno Collet, Vincent Patar et Stéphane Aubier (Fr-Belg, 43 min) animation

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Panique chez les jouets

À l’approche de Noël, les programmes réunissant plusieurs courts pour enfants se multiplient. Mais Panique chez les jouets est clairement à part. S’adresse-t-il vraiment au jeune public ? Sans doute, mais il y a fort à parier que les adultes y prendront autant, voire plus, de plaisir. Notamment face à La Bûche de Noël, servi en dessert du programme, le nouveau délire de Patar et Aubier, créateurs des mythiques PicPic André, qui reprennent les personnages de leur long Panique au village pour trente minutes de conte de Noël parfumé à la bière belge. On y retrouve cette alliance démente entre minimalisme et littéralité (les trois personnages principaux, Cowboy, Indien et Cheval, sont des figurines de… cowboy, d’indien et de cheval) autorisant ensuite toutes les élucubrations – comme tenter de récupérer la dernière bûche du supermarché, achetée par le fermier Steven, grand numéro vocal d’un Poelvoorde braillard et hilarant, ou organiser une soirée techno avec la police et le garde-barrière. Depuis Panique au village, l’animation des personnages a gagné en souplesse, l’hystérie est moins systématique et le scénario, plutôt bien cha

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Cuvée grenobloise, cru 2014

ACTUS | L’incontournable compilation dédiée à la scène musicale locale vient de sortir. À quoi sert-elle ? On en discute avec l’asso organisatrice et des artistes. Léa Ducré et Guillaume Renouard

Aurélien Martinez | Mercredi 26 février 2014

Cuvée grenobloise, cru 2014

La cuvée grenobloise (volume 13) ? « L’idée c’est de dire : regardez ce qui se passe à Grenoble ! » explique Benoît Perrier, directeur de Dynamusic / Retour de scène. Un instantané représentatif d’une région mais aussi d’une époque. « Les années 2000 étaient très reggae, puis on a assisté à la montée du pop-rock, alors qu’aujourd’hui on observe que tous les courants ou presque se parent d’une teinte électro. » Chaque année, l’asso grenobloise reçoit entre 70 et 120 candidatures et ne peut retenir que 16 ou 18 groupes. Pour faire partie des happy few, il faut séduire l’oreille d’un jury aussi éclectique que le sera la sélection finale. Directeurs de festival, programmateurs et techniciens font le tri aux côtés de journalistes locaux et d’un ou deux non-professionnels. Pour éviter les partis pris, les écoutes sont faites  « à l’aveugle », c’est-à-dire sans que le nom du groupe ne soit indiqué. L’équipe passe ensuite des j

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Les Trois frères, le retour

ECRANS | De et avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus (Fr, 1h46)

Benjamin Mialot | Mardi 11 février 2014

Les Trois frères, le retour

« Ça va pas recommencer », maugrée Pascal Légitimus, au moment où ses demi-frangins s'apprêtent à torpiller la petite vie de gigolo servile qu'il mène auprès d'une riche rombière aux goûts à peine moins criards que ceux de Liberace. Eh si, ça recommence : quinze ans après le film qui acheva de faire d'eux des piliers (de comptoir ?) du rire à la française, Les Inconnus, comme Le Splendid avant eux, cèdent à la tentation de "la suite de trop". Et c'est comme si le temps s'était arrêté entre les deux épisodes. Campan est toujours un paumé plein de bons sentiments (stand-upper sans talent, il crèche dans une caravane), Bourdon un beauf sans ambition (maqué à une caricature de vieille fille, il prétend enseigner alors qu'il gère un sex-shop en ligne), Légitimus un flambeur mythomane (voir plus haut). Bref, trois losers désargentés et en délicatesse les uns avec les autres qu'un reliquat d'héritage va contraindre à réévaluer le sens du mot "famille". Sauf que cette fois, il s'agit d'une dette, renversement prétexte à un déroulé d'une absolue f

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduit au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Dans le rétroviseur

SCENES | L’exercice de la pièce best of est souvent risqué. Mais quand l’entreprise est réalisée avec humilité, dans le simple but de proposer à tous les spectateurs un (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 20 décembre 2013

Dans le rétroviseur

L’exercice de la pièce best of est souvent risqué. Mais quand l’entreprise est réalisée avec humilité, dans le simple but de proposer à tous les spectateurs un panorama subjectif d’un artiste, le résultat peut s’avérer savoureux. Si les dernières pièces du chorégraphe français star Philippe Decouflé nous ont laissés sur notre faim (on pense notamment à Octopus), il reste néanmoins un artiste à l’univers passionnant et surtout au langage chorégraphique généreux et accessible – d’où le succès constant qu’il rencontre, des plateaux de théâtre à sa collaboration avec le Cirque du Soleil, en passant par le Crazy Horse ou les Jeux Olympiques d’Albertville. Du mardi 7 au samedi 11 janvier, il présentera à la MC2 son spectacle Panorama, regroupement d’extraits piochés dans toute son œuvre, depuis ses premières pièces au milieu des années 80. On retrouvera donc des scènes de Vague Café, Jump, Shazam! ou encore Codex. Si nous n’avo

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Images musicales

CONNAITRE | Voilà bien un festival que l’on a soutenu depuis le début : Le Tympan dans l’œil, manifestation spécialisée dans le ciné-concert. Du coup, constater que cette (...)

Aurélien Martinez | Lundi 25 novembre 2013

Images musicales

Voilà bien un festival que l’on a soutenu depuis le début : Le Tympan dans l’œil, manifestation spécialisée dans le ciné-concert. Du coup, constater que cette quatrième édition est organisée a minima n’est pas une excellente nouvelle. « Faute de soutien, le festival s’est réduit comme peau de chagrin » écrit laconiquement son créateur Damien Litzler dans l’édito du programme. Au téléphone, il explique avoir un budget très serré, toujours sans soutien de la Ville de Grenoble (mais avec des aides du Conseil général). Résultat, ce sont les lieux partenaires qui s’occupent de payer les artistes qui se produisent chez eux, l’asso Stara Zagora gérant surtout la com. Mais parlons tout de même programmation, le nerf de la guerre. Cette année, quatre ciné-concerts sont prévus, dont la reprise du succès de l’an passé : celui du groupe grenoblois No Mad ? sur le cultissime The Party de Blake Edwards (le 8 décembre à la salle Juliet Berto). Parmi les autres, on retient celui que donnera Djazia Satour à l’Espace 600 (le dimanche 1er décembre) et intitulé Ghettos du monde. L’ancienne interprète du groupe Mig chantera la parole de deux films muets – La Zo

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Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer – du pieu ou de leur boulot – ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise en scène systématique avec des champs contrechamps en gro

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Élitisme pour tous

MUSIQUES | Pour la troisième édition du festival, l’équipe des Détours de Babel a choisi de se pencher sur la question de la religion et de son traitement par les différentes musiques d’ici et d’ailleurs. Un axe passionnant tant l’histoire musicale est intimement liée à l’histoire religieuse, comme on en aura la preuve pendant ces trois semaines. Aurélien Martinez, Laetitia Giry et Christine Sanchez

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2013

Élitisme pour tous

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l’agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l’espace urbain. Et trois ans qu’il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle. Alors que, n’en déplaisent aux médisants, c’est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l’équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent... Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d’événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l’on pr

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