Les Revenants Girls in Hawaii

MUSIQUES | Redessinant à l'acoustique les contours de son dernier album, l'endeuillé et magistral "Everest", ainsi qu'une partie de son répertoire au gré d'une tournée "unplugged", Girls in Hawaii a également entrepris d'immortaliser la chose au moyen d'un album live baptisé "Hello Strange", témoin de cette jolie métamorphose. Une double peine bienvenue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 novembre 2014

Au départ, pensait-on, il ne devait s'agir que d'une série de concerts acoustiques propres à changer l'angle de vue des morceaux du magnifique Everest sorti en 2013. Et aussi quelques incunables du reste du répertoire du groupe belge, connus des fans ou plus obscurs. Une tournée "unplugged" nullement dictée par d'éventuels impératifs économiques, comme cela arrive de plus en plus souvent aujourd'hui : dépouillement induit par une crevaison de poches et des crédits en rade. Juste la volonté d'affranchir quelque peu de l'ordinaire décalque "disque-tournée jumelle" de la part d'un groupe qui pendant trop longtemps n'en eut plus, d'ordinaire, fracassé qu'il fut par le décès d'un de ses membres. Ce à quoi l'on s'attendait moins – voire pas du tout – en revanche, c'est à l'accouchement d'un album entier qui réponde à une tournée répondant à l'album. Un album live, jusqu'ici rien d'original.

L'esprit et les tripes

 

Sauf qu'apparaît aussi la volonté de Girls in Hawaii de rester  ou même, sans doute, d'aller encore plus loin  dans l'introspection et la suggestion métaphorique induites par le caractère très particulier d'Everest. À l'épreuve des interstices entre ce qui est dicible ou non comme à la recherche des bienfaits de la soustraction. Magie de l'orchestration et du talent scénique des membres de Girls in Hawaii, on en vient parfois à oublier qu'il s'agit d'un disque entièrement acoustique mais aussi, à quelques applaudissements près, d'un album live.

 

À coups d'ambiances vaporeuses, Girls in Hawaii fait ici décoller tous ses morceaux, tout en leur donnant une vibration débarrassée de toute emphase artificielle et qui va donc droit aux buts : l'esprit et les tripes. Sans doute parce qu'Hello Strange est, tout autant qu'un second versant donné à Everest, une manière de se recueillir sur quelques riches pages du groupe, d'en faire un bilan et de les faire renaître à une nouvelle vie. Il n'y a qu'à voir ce que le groupe fait de The Fog, litanie monotone présente sur l'album From Here to There qui contribua grandement à les révéler. Ou du déjà sublime Catwalk, qui refermait ce même album – comme prémonitoirement nommé From Here to There – en marchant sur des œufs, et se trouve ici doté, comme l'ensemble des morceaux présents, d'une nouvelle splendeur fantôme.

 

Girls in Hawaïï + Azerty, jeudi 13 novembre à 20h30 à la Source (Fontaine)


Girls in Hawaii

Pop
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Girls in Hawaïï : vers les lueurs

Concert | Après quatre ans d'absence et un album, sublime, consacré à la douleur de la perte d'un de ses membres, le groupe belge Girls in Hawaïï renaît une fois de plus à lui même. Et retrouve la lumière en se tournant vers l'électronique et un rien d'abstraction. Il sera vendredi 30 novembre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 novembre 2018

Girls in Hawaïï : vers les lueurs

La dernière fois qu'on avait eu affaire à Girls in Hawaii, ceux-ci nous avait livré un album de deuil, celui de Denis Wielemans, batteur du groupe et frère du chanteur. À voir débarquer l’an passé ce Nocturne, on s’est dit, sur la foi de son titre, qu'il s'agissait ici d'en prendre la suite. Surtout quand sur This Light, élégiaque ouverture du disque, le groupe répète « Keep your distance from this light », celle qu'on verrait, blanche, au bout du dernier tunnel. Et pourtant, un autre genre de lumière est venu rapidement contredire ce titre et celui d'un album plein de couleurs. Le même genre de lumière que celle de l'étoile filante qui éclaire la nuit sur la peinture naïve (une toile du peintre britannique Tom Hammick) qui orne la pochette du disque. À moins qu'il ne s'agisse, suivant l'interprétation qu'on en fait, d'un volcan en éruption. Dans les deux cas, une manière brute et poétique d'éclairer la nuit, de l'embraser, et peut-être même de l'embrasser, d'en accepter l'augure. De se livrer à une métamorphose aussi, d'accomplir un souhait comme on en fait au passage d'une étoile

Continuer à lire

Naked girls

MUSIQUES | Il y a vingt ans, en l'an de grâce 1994, si t'avais pas fait ton "unplugged" sur MTV, t'étais grave un bolosse – sans le savoir puisque le terme n'avait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 9 septembre 2014

Naked girls

Il y a vingt ans, en l'an de grâce 1994, si t'avais pas fait ton "unplugged" sur MTV, t'étais grave un bolosse – sans le savoir puisque le terme n'avait pas encore été sorti du labo Recherche et Développement linguistico-adolescent. Aujourd'hui, l'exercice a depuis belle lurette (le mot existait déjà en 1994 mais on ne l'utilisait plus guère) quitté les seuls plateaux de MTV pour devenir courant, pour ne pas dire convenu, parce que notoirement économique. Reste que l'exercice s'avère souvent plaisant en une manière de déconstruction-dépouillement qui, tel le jambon, révèlent souvent leur saveur quand ils sont cuits à l'os. Cela risque d'être le cas pour ce show débranché de Girls in Hawaïï dont on ne doute que peu que les bouleversantes chansons tristes qui composent Everest – sorte d'album de deuil qui recherche l'élévation – sauront toucher au cœur dans cette configuration, baptisée « Hello Strange » et qui balaiera aussi le reste du répertoire des géniaux Belges. SD

Continuer à lire