Rite de passage

Benjamin Mialot | Mardi 25 novembre 2014

Une ouverture des bourgeonnantes Nuits Sonores, une éclosion au Printemps de Bourges, des maxis essaimés des deux côtés de la Manche : véritable prêtresse des basses fréquences, Flore avait tout pour être à Lyon, dont elle est une figure nocturne depuis la fin des années 00, le même genre de muse conquérante que Miss Kittin fut à Grenoble – pour qu'on cesse enfin de la promouvoir à coups de métaphores horticoles. Sauf que l'histoire, aussi sourde que la justice est aveugle, en a décidé autrement. Après l'accueil pour le moins mutique de son premier album Raw en 2010, c'est dans l'ombre qu'elle a poursuivi son œuvre, notamment par l'entremise de soirées de son cru.

 

Baptisées Polaar, celles-ci viennent tout juste de développer une excroissance discographique avec la sortie en édition limitée de l'EP Ritual, transcription audio du projet scénique qui a vu la dame revenir à la lumière début 2014. Y compris au sens propre, grâce à WSK, collectif de designers dont les époustouflantes scénographies géométriques font le bonheur des festivals se piquant de futurisme (le Rumble à Lyon, Marsatac à Marseille). Pour Ritual, c'est sur des écrans aux airs de bannières qu'ils dessinent motifs tribaux et cryptogrammes extraterrestres, en autant de traits d'union entre le mondes des esprits et celui des machines. Pour un résultat visuel et sonore aussi envoûtant qu'une cérémonie chamanique à base de décoctions de lubrifiants industriels.

 

Benjamin Mialot

Est-ce que tu bass ? #7 : Ritual (Flore & WSK) [+ Trimpas + Juksbowl & Général Haze], samedi 29 novembre à 23h à l'Ampérage

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Marion Cotillard - Flore Vasseur : « On arrive à un point où on engage le processus vital »

Documentaire | Produit par Marion Cotillard, réalisé par Flore Vasseur, Bigger Than Us empile les témoignages de jeunes adultes porteurs d’initiatives citoyennes et/ou environnementales partout sur le globe. Un documentaire un peu trop lisse qui cependant donne l’occasion de s’emparer d’un sujet hélas brûlant : l’urgence d’agir. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

Marion Cotillard - Flore Vasseur : « On arrive à un point où on engage le processus vital »

Le titre de votre documentaire est porteur d’une intéressante ambivalence : Bigger than us évoque à la fois la dimension tétanisante d’une entreprise dont l’immensité peut (ou doit) justement dynamiser, galvaniser le spectateur… Flore Vasseur : C’est relativement assumé. D’habitude, j’ai toujours du mal à trouver les titres, et plutôt à la fin. Là, il nous est tombé dessus avant même le début. Je tournais autour des concepts de bigger than life — ces personnages souvent américains comme Martin Luther King, qui font des choses plus grandes que la vie. J’avais envie de parler du nous, pas d’être dans une dimension individualiste. C’était important aujourd’hui de montrer qu’on est “un seul”. Le titre est sorti, et je suis arrivé assez timidement devant Marion et Denis Carot [le coproducteur du film] et on a tout de suite cliqué en assumant le fait que ça voulait dire plein de choses différentes. C’est la magie d’un bon, d’un vrai titre, pour moi. Et vous avez raison, le premier entendement, est que l’on est dans un constat d’impuissance face à des choses bien plus grandes que

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Ukumatik, duo solidaire

Concert | Motivés par l’Hexagone et en partenariat avec l’association Cultures du Cœur, Florent Diara et Mathias Chanon-Varreau, alias Ukumatik, ont réalisé une mini-tournée solidaire dans l’agglo, juste avant la mise en place des nouvelles restrictions sanitaires. Une idée qu’on espère voir reprise (et amplifiée) dès que possible.

Martin de Kerimel | Mardi 6 avril 2021

Ukumatik, duo solidaire

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! » On n’est pas sûr que, dans l’imaginaire collectif, cette tirade chevaleresque issu du roman Le Bossu, ait encore toute sa place. Qu’importe : au Petit Bulletin, on trouve sympa que les artistes, quand ils ne se produisent pas sur scène, puissent aller au-devant des autres… et y compris de celles et ceux qui ne baignent pas dans un environnement culturel quotidien. Notre tout dernier coup de cœur va à une idée efficace pour dissiper un peu de la morosité ambiante : celle de l’Hexagone, à Meylan, qui a permis à Florent Diara et Mathias Chanon-Varreau, duo de musiciens ukulélé / percussions, de jouer devant des patients du service d’accueil de jour La Monta à Saint-Égrève, de jeunes allophones au lycée Mounier de Grenoble, et d’autres personnes logées au centre d’hébergement d’urgence Le Habert Saint-Paul ou à la structure Lits d’accueil médicalisées de la Villeneuve Grenoble, notamment. Le fruit aussi d’un partenariat avec l’association Cultures du Cœur. « Un peu d’amour » Six mini-concerts ont eu lieu en deux jours, les 1er et 2 avril. De vrais moments de plaisir partagé.

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« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Crise du coronavirus | Depuis le 30 octobre et le deuxième confinement, les lieux culturels français sont fermés au public, sans date de réouverture annoncée pour le moment. Mais derrière les portes closes, entre lassitude et optimisme, il se passe tout de même des choses. Alors que la MC2 est occupée, quatre responsables de théâtres de la région grenobloise nous ont raconté leur activité "chez eux".

Aurélien Martinez | Mercredi 17 mars 2021

« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Au Grand Angle de Voiron « Nous allons bien, du moins aussi bien que nous le pouvons. » À Voiron, si l’immense salle de 1700 places assises qu’est le Grand Angle est fermée au public depuis fin octobre, en coulisse, ça s’active toujours comme nous l’a expliqué son directeur Vincent Villenave. En dehors des murs du théâtre notamment, avec des représentations dans les écoles (vu que le gouvernement le permet), mais également directement sur le plateau disponible faute de spectacles donnés, avec des résidences de création proposées aux artistes – la compagnie de danse Arcosm, la compagnie de magie nouvelle 32 Novembre… « Au commencement du deuxième confinement et les semaines suivantes, il y a eu un sentiment de désœuvrement, d’épuisement, avec cette insupportable politique du "stop and go" – on rouvre à telle date, non ce sera celle-

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Boire et déboires des micro-brasseurs grenoblois

GUIDE URBAIN | Le marché des bières artisanales n’est plus ce qu’il fut depuis que le coronavirus dicte ses périodes d’ouverture aux bars et aux restaurants. Les micro-brasseurs locaux, touchés mais pas coulés, préfèrent voir le verre à moitié plein et fondent leurs espoirs sur une évolution positive de la situation sanitaire et le beau temps qui annonce de nouvelles soirées mousse. En attendant, la vente à emporter les aide à passer cette période compliquée. Après notre épisode 1 au Ptit Labo, on vous donne d’autres bons tuyaux.

Jérémy Tronc | Jeudi 25 février 2021

Boire et déboires des micro-brasseurs grenoblois

Chez Docteur D : le malade boosté par Vitamine C À la fois brasseur et bar, comme le Ptit Labo, Docteur D écoulait l’intégralité de sa production dans la vente de bière à la pression. La fermeture de son établissement l’a obligé à trouver un système D pour liquider ses brassins et faire face aux charges de son commerce. Damien Veau, le gérant, a investi dans une unité d’encanettage afin de pouvoir proposer de la vente à emporter. « Les canettes conservent mieux les propriétés organoleptiques de la bière et le bilan écologique est meilleur que le verre, même recyclé », assure Damien, qui s’est associé au studio graphique grenoblois Vitamine C pour créer les étiquettes correspondant aux différentes recettes. La vente à emporter lui permet de maintenir une toute petite partie de son activité. « J’ai brassé seulement deux fois depuis le deuxième confinement. Cela correspond à une chute de 90% de ma production habituelle ». Heureusement, les habitués du bar sont restés fidèles à l’enseigne. « Certains clients viennent clairement pour me soutenir. C’est un achat solidaire mais ils sont aussi contents de pouvoir faire déguster mes bières à des non-habi

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En attendant le public... (épisode 2)

SCENES | L'équipe du Petit Bulletin est repartie à la rencontre des compagnies de théâtre et de danse pour recueillir leurs impressions sur la crise sanitaire et l'évolution de leur travail au quotidien. Cinq d'entre elles nous ont répondu pour témoigner de leurs incertitudes persistantes, mais aussi, parfois, d'un relatif optimisme.

La rédaction | Vendredi 5 février 2021

En attendant le public... (épisode 2)

Yoann Bourgeois – Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2) « C’est difficile car cette crise a touché le cœur de nos activités. Mais c’est aussi difficile pour moi de dire que c’est difficile parce que je sais que beaucoup d’autres sont plus impactés que nous au CCN2, qui sommes une institution assez solide économiquement. Même si, bien sûr, notre économie repose beaucoup sur la diffusion – on tournait énormément –, presque totalement à l’arrêt depuis un an. » Pour Yoann Bourgeois, codirecteur du Centre chorégraphique national de Grenoble (en binôme avec Rachid Ouramdane), cette crise sanitaire a chamboulé énormément de choses, notamment au niveau artistique puisque trois de ses créations sont en suspens : Hurricane, pour le ballet de l’Opéra de Göteborg en Suède, répétée entre janvier et mars 2020 mais qui n’a pu pour l’instant être jouée que le soir de la première en mars (on devrait cependant la voir la saison prochaine à la MC2) ; I wonder where the dreams I don't remember go, pour la fameuse

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The Demon Inside

"The Demon Inside" : satanique son père | De Pearry Reginald Teo (É.-U., 1h27) avec Robert Kazinsky, Peter Jason, Florence Faivre…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

The Demon Inside

Affecté par la mort de son épouse et traité pour troubles schizophréniques, Joel élève son fils Mason aidé par une baby-sitter mais sous surveillance d’une psy. Lorsque d’étranges phénomènes conduisent un exorciste à s’intéresser à Mason, son foyer chancelant bascule pour de bon… Qu’on aimerait ne pas avoir à renvoyer cette triste série B' à Friedkin, étant donné qu’elle semble insister davantage sur le ressenti douloureux du malade psychique que sur le tintouin grand-guignolesque de la liturgie de dépossession. Sauf que… Trop occupé, sans doute, à peaufiner son décor bleu éteint et à triturer l’esthétique de ses images subjectives, joliment irisées façon kaléidoscope, Pearry Regnald Teo n’a pas jugé utile de proposer quelque nouveauté dans la représentation de l’exorcisme d’un gamin : voix rauque borborygmant du latin, pustules diverses, reflux œsophagien sur curés… Pas l’once d’une nouveauté audacieuse au tableau. Mais le pompon, en ce XXIe siècle censément spirituel, c’est lorsque le prêtre convainc le père aux abois que sa pratique magique est légale, garantie par « le premier amendement ». Aussi imparable, justifié et d’actualité que le port d’

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"Un peuple et sa Révolution" : quand le peuple sort des cases

Exposition | Publié en janvier chez Actes Sud, la bande dessinée "Liberté" est le premier tome de "Révolution", trilogie consacrée à la Révolution française. Bonne nouvelle : les auteurs Florent Grouazel et Younn Locard exposent leurs planches originales ainsi que leurs carnets de croquis au Musée de la Révolution française de Vizille. Un travail époustouflant !

Benjamin Bardinet | Mardi 2 juillet 2019

Au Musée de la Révolution française, les tableaux représentent, pour la plupart, des figures allégoriques (la Justice, la Liberté…) ou historiques (Marat, Robespierre…) de cet épisode majeur de notre Histoire que fut la Révolution française. Mais dans l’ouvrage titanesque (3 tomes de 250 pages chacun) qu’ils consacrent à ce moment charnière, Florent Grouazel et Younn Locard ont, au contraire, choisi de porter leur regard sur le peuple dans sa diversité. Dans l’exposition qui en découle, les premières planches dévoilent la vie misérable de citadins reclus dans un cloaque sordide, rappelant que les injustices et la misère ont été le terreau de la Révolution. Et que le peuple, souvent en proie aux doutes et aux errances, traversa ce moment sans forcément avoir conscience de ce à quoi il participait. Prenant alternativement la plume, les deux auteurs développent un trait fouillé qui fait merveilleusement état de ce bouillonnement. Fourmillant de détails, chaque case rend compte de l’effervescence qui caractérise le Paris de la fin du XVIIIe siècle. Et quand il s’agit de représenter un événement majeur comme la prise de la Bastill

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Sarah Kane : l’amour et la violence

Lecture | Mercredi 13 février à l'Amphidice, on aura droit à une lecture de la pièce "L’Amour de Phèdre" de la mythique dramaturge anglaise. On vous en dit plus.

Nathalie Gresset | Mardi 5 février 2019

Sarah Kane : l’amour et la violence

Mercredi 13 février, pour la cinquième année consécutive, le collectif grenoblois Troisième bureau et l’Université Grenoble Alpes célèbreront le théâtre contemporain avec une soirée de lecture autour de Sarah Kane, dramaturge britannique morte il y a vingt ans à l’âge de 28 ans. Pour l’occasion, Florent Barret-Boisbertrand, metteur en scène et comédien grenoblois, mettra en voix L’Amour de Phèdre, œuvre inspirée du mythe de l’amour de Phèdre pour Hippolyte magnifié notamment par Racine au XVIIe siècle. « Je m’intéresse aux réécritures contemporaines des mythes et c’est ce que Sarah Kane nous propose ici, avec un parti pris assez singulier, assez noir qui me plaît beaucoup. » Pour lui, l’œuvre de Sarah Kane est « fulgurante » : la dramaturge anglaise a ainsi écrit cinq pièces, qui « sont toujours autant montées aujourd’hui et pourtant difficiles à mettre en scène car Sarah Kane dépeint des rapports d’une extrême tension, brutalité, surtout dans L’Amour de Phèdre. Il règne un certain mystère autour de son écriture et la dimension de violence qui émane de son théâtre m’interroge bea

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Marthe : « On crée notre métissage musical »

Concert | « À la fois ambitieux et novateur, mêlant musique improvisée, jazz, dessin et vidéo en temps réel, Marthe explore la thématique de l’itinérance et la relation entre musique et mouvement » comme l’écrit la Source qui programme le groupe vendredi 8 février. Mais encore ?

Alice Colmart | Mardi 5 février 2019

Marthe : « On crée notre métissage musical »

« La plupart du temps, les groupes qui se forment jouent d’abord ensemble et finissent par faire un album. Nous, on a fait l’inverse ! » Voilà déjà qui en dit long sur l’esprit non conventionnel du groupe de jazz Marthe, présent sur la dernière Cuvée grenobloise. C’est en tout cas comme cela que son trompettiste Florent Briqué (le premier en partant de la gauche sur la photo) décrit ce projet créé en 2017 avec le saxophoniste grec Alexis Moutzouris, le bassiste Lucas Territo et le batteur Damien Bernard. « On a remarqué qu’il faut souvent rentrer dans une case, être un groupe défini par un style. Avec Marthe, on crée notre métissage musical. » Leurs influences mêlent ainsi le jazz, le pop rock et même les sonorités grecques. Ils ont en effet puisé leur inspiration dans le rébétiko, « forme de musique populaire apparue dans les années 1920 à la suite des vagues migratoires des populations grecques ». En découle un univers

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« Ça fait longtemps que je n’ai pas vu une exposition d’art égyptien de cette ampleur et de cette qualité ! »

Exposition | Le soir de l’inauguration de "Servir les dieux d’Égypte" au Musée de Grenoble, le directeur du Musée du Louvre, présent vu que son établissement a collaboré à l’élaboration (avec des prêts et une aide scientifique), est ressorti conquis. Et il y a de quoi, tant le résultat est grandiose – même si un peu intimidant. Afin d’en savoir plus, on en a parlé avec des spécialistes. Morceaux choisis.

Aurélien Martinez | Mardi 30 octobre 2018

« Ça fait longtemps que je n’ai pas vu une exposition d’art égyptien de cette ampleur et de cette qualité ! »

Sur la période traitée par l’exposition Florence Gombert-Meurice, conservatrice en chef du département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre : Nous sommes entre 1069 et 655 avant J.-C., période que l'on appelle intermédiaire, la troisième entre deux grandes autres : le Nouvel Empire, avec les pharaons bien connus comme Séthi Ier et Ramsès II, et la Basse époque. C'est une période de mutations où l'Égypte n'a pas son unité. Les grands monuments que l’on voit en Égypte ne sont d’ailleurs pas de cette époque plutôt méconnue, qui se découvre alors dans des musées et avec des expositions comme celle-ci. Sur le choix d’une telle exposition Guy Tosatto, directeur du Musée de Grenoble : On a, au Musée de Grenoble, de remarquables collections d’antiquités égyptiennes qui, en importance, sont les troisièmes en région après Marseille et Lyon. Mais elles sont présentées au sous-sol, de manière très discrè

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"Lindy Lou, jurée n°2" : remords tardifs

ECRANS | de Florent Vassault (Fr, 1h27) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Mississippi. Vingt ans après avoir siégé dans un jury ayant condamné un homme à la peine capitale, Lindy Lou s’interroge sur sa décision et part à la recherche de ses cojuré·e·s pour savoir si certain.e.s partagent, a posteriori, ses scrupules… Tout le monde connaît cette (plaisante) maxime de western, jadis crachée comme un jus de chique par des shérifs patibulaires : « on titre d’abord, on cause ensuite ». Un siècle et des charriots plus tard, ce documentaire en illustre d’une certaine manière la persistance aux États-Unis, où l’on envoie se faire exécuter un individu avant de se demander si, finalement, cet acte punitif définitif ne procède pas de la même barbarie que le crime pour lequel on l’a jugé. La démarche de Lindy Lou est certes singulière, car elle a débuté tôt son introspection en devenant amie (!) avec le condamné Bobby Wilcher et en lui rendant visite durant sa réclusion. Mais qu’attendre comme effets de son expédition ? Un peu de gêne d’autres jurés hantés, quelques commentaires bravaches de ceux qui revendiquent leur décision… Dire que la peine de mort a été rétablie en 1976 aux États-Unis ! Sans être exagérément pessimiste, ce film

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Florence Verney-Carron : « Je ne pense pas que Tomorrowland provoque un déséquilibre »

ACTUS | Alors qu'une nouvelle tribune, initiée cette fois par les grands festivals de musiques électroniques de tout le pays, demande aux élus d'être plus attentifs à l'écosystème français, Florence Verney-Carron, vice-présidente à la culture de la Région, a tenu à s'exprimer au sujet de la fronde des acteurs culturels locaux face à la subvention accordée au festival belge Tomorrowland.

Sébastien Broquet | Mardi 3 avril 2018

Florence Verney-Carron : « Je ne pense pas que Tomorrowland provoque un déséquilibre »

Au tour des festivals de musiques électroniques de l'ensemble du pays de réagir à l'arrivée de Tomorrowland à l'Alpe d'Huez. Une tribune est parue via le magazine Trax, signée par tous les grands acteurs de la techno et de ses dérivés, parmi lesquels Nuits sonores, Weather Festival, Astropolis, Positive Education à Saint-Étienne, Tapage Nocturne et bien sûr Holocène, directement impacté puisque se déroulant à Grenoble à la même période que l'événement hivernal de la franchise belge. « Si nous voulons faire face à l'hégémonie des multinationales du divertissement qui s'implantent en France et se livrent une guerre à coups de millions d'euros, et préserver notre

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Et le Petit 38 devint le Midi / Minuit

ACTUS | En mars 2017, la metteuse en scène Chantal Morel a quitté le Petit 38 qu’elle avait fondé vingt ans plus tôt quartier Saint-Laurent. Et en a confié les clés au jeune collectif grenoblois Midi / Minuit, qui a du coup rebaptisé le lieu histoire que tout soit bien clair. On a rencontré l’un de ses membres pour en savoir plus.

Alice Colmart | Lundi 15 janvier 2018

Et le Petit 38 devint le Midi / Minuit

Depuis presque un an, le bail du Petit 38, minuscule théâtre situé rue Saint-Laurent, a été repris par Midi / Minuit, collectif de quatre bénévoles porté par les comédiens et metteurs en scène Florent Barret-Boisbertrand et Élisa Bernard (à droite sur la photo), tous deux issus du Conservatoire de Grenoble. Précédemment occupé par la metteuse en scène Chantal Morel et sa troupe, cet ancien café-restaurant de 89 m² va donc évoluer. « Le Petit 38, c’est avant tout un lieu de vie, de rencontre, de réflexion. Chantal Morel a fait perdurer cette idée depuis 1997. Ce n’est pas parce que le lieu devient le Midi / Minuit que l’on marque une rupture avec ce qu’elle voulait » nous assure Florent Barret-Boisbertrand. Car l’âme du lieu vient avant tout de son architecture : le hall d’entrée, le bar ou encore l’arrière-petite salle peuvent faire office d'endroits pour répéter ou se produire. « Ici, les artistes sont en contact direct avec leur public. C’est une dimension importante pour nous. On souhaite d’ailleurs renforcer

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La Région Auvergne Rhône-Alpes dévoile son livre blanc pour la culture

Politique culturelle | Après 22 mois, la Région Auvergne Rhône-Alpes a enfin fini de rencontrer les acteurs culturels et a élaboré un "livre blanc" pour réfléchir aux orientations que compte suivre Laurent Wauquiez durant sa mandature. Analyse critique.

Sébastien Broquet | Mardi 17 octobre 2017

La Région Auvergne Rhône-Alpes dévoile son livre blanc pour la culture

Quand Laurent Wauquiez tweetait le 9 octobre dernier au sujet du Musée des Tissus de Lyon que « la culture et le patrimoine ne peuvent pas uniquement se résumer à des frais et à des coûts », on ne pensait pas que les chiffres étaient à ce point occultés dès lors que l'on parlait de ce sujet à la Région. Car lors de la présentation le jeudi 12 octobre du "Livre blanc pour la construction d'un projet culturel régional", il fût bien difficile pour les journalistes présents face à Florence Verney-Carron, la vice-présidente à la culture, et Anita Weber, vice-présidente de l'Observatoire des politiques culturelles qui était en charge de cette étude menée ces derniers mois, d'obtenir des précisions sur les 60M€ de budget alloués cette année au secteur – le même qu'en 2016, en baisse par rapport à la mandature socialiste. Comment sont répartis les arbitrages, au profit de quel secteur, de quel territoire ? Combien a coûté cette étude ? Ce

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Région Auvergne-Rhône-Alpes : Florence Verney-Carron va dévoiler sa feuille de route pour la culture

Politique culturelle | La vice-présidente à la culture va dévoiler ce jeudi 31 août le programme culturel voulu par la région.

Sébastien Broquet | Mercredi 30 août 2017

Région Auvergne-Rhône-Alpes : Florence Verney-Carron va dévoiler sa feuille de route pour la culture

La région Auvergne-Rhône-Alpes et la culture, c'est un long fleuve pas tranquille du tout depuis l'élection de Laurent Wauquiez fin 2015. L'absence de dialogue lors des premiers mois, les coupes franches dans les associations (par exemple les festivals de cinéma LGBT) sans explication, les soupçons de clientélisme

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"The Young Lady" : minimalisme érotico-dramatique

ECRANS | de William Oldroyd (G.-B., 1h29) avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Dans l’Angleterre rurale victorienne, une jeune oie innocente prénommée Katherine épouse un Lord brutal tyrannisé par son père. Leurs fréquentes absences engendrant l’ennui, elle se laisse séduire par un palefrenier. Les sens désormais éveillés, elle s’enhardit et tient tête aux hommes… Évoquant à la fois Loin de la foule déchaînée et Lady Chatterley​ (pour la sensualité animale de la relation transgressant les ordres social et patriarcal), le film de William Oldroyd est aussi sous-titré Lady Macbeth. Du personnage shakespearien, Katherine possède en effet l’inextinguible soif de pouvoir… dès lors qu’elle se découvre la capacité de l’étancher. En conquérant le domaine, c’est le plein contrôle de ses désirs et pulsions qu’elle vise. Et obtient. Puissant dans son minimalisme, The Young Lady déborde pourtant de cette intensité érotico-dramatique que tout tente de refréner – du hors-champ aux robes à corset, en passant par la fixité glaciale des plans. Le jeu dépourvu d’intention de la brillante Florence Pugh ajoute à la complexité de son personnage, dont on suit avec dé

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"Second Tour" de Frère Animal : c'est ça la France

Chanson | Huit ans après un premier épisode prenant appui dans la France de Sarkozy, Frère Animal (Florent Marchet et Arnaud Cathrine) revient avec "Second Tour", suite de cette chronique musicale et scénique d'une France allégorique, mais malheureusement bien réelle, en proie à ses pires démons. Avec ce que cela peut porter de cathartique à quelques mois des élections. À découvrir vendredi 31 mars à la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 mars 2017

Entre conte-chronique de l'actualité contemporaine, fable sociale, album concept et spectacle (bien) vivant, le premier essai (transformé) de Frère Animal s'était penché il y a de cela déjà huit ans, année post-électorale et sub(dé)primante, sur la violence du monde du travail, avec une usine, la Sinoc, comme théâtre de la désagrégation des vies minuscules en la ville de Comblay. À la baguette déjà, Florent Marchet et Arnaud Cathrine, qui remettent le couvert fort à propos avec Second Tour. Comme l'indique ce titre, Frère Animal s'attaque cette fois au sujet plus que brûlant de la montée des extrêmes (droites, surtout) et met scène et en chansons les mêmes protagonistes : Thibaut, le héros, incarné par Florent Marchet, qui au début de l'histoire s'apprête à sortir de prison (il avait fait un barbecue de l'usine précitée) ; Julie, sa petite amie démissionnaire (Valérie Leulliot, ex-fiancée des indie-rockeux français du temps d'Autour de Lucie) ; Renaud, le grand

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"De plus belle" : réparer les malades

ECRANS | de Anne-Gaëlle Daval (Fr., 1h38) avec Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Nicole Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Quadragénaire recroquevillée sur ses complexes, Lucie (Florence Foresti) vient de se rétablir d’une chimiothérapie et conserve des séquelles psychologiques de sa maladie. Si elle ne peut hélas compter sur l’affection de, sa mère qui ne cesse de la rabrouer, elle va trouver en Clovis (Mathieu Kassovitz) un dragueur compulsif, et Dalila, (Nicole Garcia), une danseuse optimiste, deux soutiens pour affronter la vie. À nouveau. Non, De plus belle n’est pas un film sur le cancer, sujet terrifiant s’il en est ; il se situe dans sa périphérie. Abordant surtout la question de la guérison, il s’intéresse moins à celle du corps qu’à la résorption des blessures narcissiques. Tout aussi douloureuses que les affections physiologiques laissant cicatrices ou mutilations, ces dommages collatéraux invisibles sont rarement traités. Pourtant, la restauration de l’estime de soi est aussi décisive dans un processus de rétablissement que le soutien des proches ou le suivi thérapeutique. Cette première réalisation signée Anne-Gaëlle Daval, si elle n’est pas exempt de petites incertitudes,

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Fabrice Croux : la primauté du geste

ARTS | Accumulant les gestes, Fabrice Croux fait naître des œuvres dans lesquelles le processus créatif prime sur le sujet. De montagnes scintillantes en gifs bariolés, il esquisse au Centre d'art Bastille un monde baroque narratif.

Charline Corubolo | Mardi 15 novembre 2016

Fabrice Croux : la primauté du geste

Si Fabrice Croux ambitionne de Faire des tas, du nom de l'actuelle exposition présentée au Centre d’art Bastille, c’est que son œuvre prend sens dans le geste, élémentaire mais porté par des effets clinquants qui déroutent la nature même du sujet. Alors que se dresse devant nous une montagne dont le creux est habillé de paillettes, l’artiste déploie, tel un inventaire, des figurines comme sorties de la préhistoire en opposition avec les gifs animés de notre ère numérique. Les sujets sont multiples, autant que les références de la pièce Le Pays de Cocagnes ou que celle baptisée Sylvain, homme sauvage de la mythologie. Le dessein n’est donc pas une finalité en soi, c’est la réalisation qui conditionne les œuvres de Fabrice Croux. Dans l’acte rudimentaire, presque quotidien, émergent alors les univers décoratifs de cet artisan de la matière. Au-delà des images Une exposition qui s'ouvre aussi à d'autres univers. Invité par Fabrice Croux, David Lefebvre dévoile ses premières peintures au couteau. Ponctuant le parcours de Faire des tas, les toiles représentent des montagnes dans lesquelles une poche

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Politique culturelle : la région cultive le flou

ACTUS | Ça coince. Depuis le changement d’exécutif à la tête de la région Rhône-Alpes (devenue Auvergne-Rhône-Alpes) en décembre, aucune ligne claire concernant la culture n'a été édictée. Pire : les budgets sont rabotés sans la moindre concertation. En cette rentrée, le milieu culturel s'échauffe.

Nadja Pobel | Lundi 5 septembre 2016

Politique culturelle : la région cultive le flou

La culture n'est pas une compétence obligatoire des régions, au contraire par exemple de la construction et du fonctionnement des lycées, de la formation professionnelle ou encore des transports (comme les TER). D'où certainement le fait que, lors de sa conférence de presse sur le budget ce printemps, le nouveau président d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez ait appris par notre question que la région était présente chaque été au Festival d'Avignon (location d'une péniche pour des débats et des échanges), présence qu'il a aussitôt annulée. Voilà donc pour la méthode qui prévaut depuis son arrivée : trancher dans le vif, en une minute. Exit les commissions d'experts (bénévoles) chargées d'étudier les dossiers très complets de demande de subventions adressés aux élus. Pourquoi ce système a disparu ? Pour Florence Verney-Carron, vice-présidente en charge de la culture, « c'était un problème de délai sur ce

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Jean-Luc Gaget : « On a eu les planètes qui s’alignent »

ECRANS | Scénariste de "L’Effet aquatique", mais aussi des précédents longs-métrages de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Jean-Luc Gaget : « On a eu les planètes qui s’alignent »

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ? Jean-Luc Gaget : Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré – on en était raides dingues ! En sortant, on s’est dit : "on va écrire un film qui se passera dans une piscine", et c’est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d’Agathe faisait du documentaire – mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie. Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie engagée par Back So

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"L’Effet aquatique" : ultime romance pour Sólveig Anspach

ECRANS | de Sólveig Anspach (Fr./Isl., 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film sur les écrans laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs – le public éprouve en effet une impression d’inachèvement, comme si la voix portant le récit s’était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l’énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d’une incertitude : correspond-elle aux désirs de l’absent(e) ? Cette charge funèbre pèse sur L’Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu’elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n’a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie. Elle a même ici l’arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l’on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé (un homme tombe amoureux d'une femme maître-nageuse), le film se déploie au contact de l’eau pour gagner les rives de l’Islande et celles de la comédie romantique – ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner

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Florence Verney-Carron : « Marquer de façon visible l’action de la région »

ACTUS | Depuis l'élection de Laurent Wauquiez (Les Républicains) à la tête de la région Auvergne Rhône-Alpes en décembre dernier, le monde de la culture s'est inquiété, parfois offusqué, au minimum s'est posé des questions, notamment suite à une déclaration pour le moins malheureuse en pleine campagne sur les formations « fantaisistes » de circassien et de marionnettiste. C'est peu dire que Florence Verney-Carron, vice-présidente en charge de la culture, est attendue par pas mal de monde. On l’a rencontrée.

Sébastien Broquet | Mardi 3 mai 2016

Florence Verney-Carron : « Marquer de façon visible l’action de la région »

En janvier, après l'élection, vous demandiez du temps avant de dévoiler votre feuille de route concernant la culture. Aujourd’hui, pouvez-vous nous dire quels sont les points qui vont être privilégiés ? Florence Verney-Carron : C’est la première fois qu'une élection se déroulait en décembre. C’était très compliqué de nous atteler au budget 2016 en si peu de temps. Durant ces trois premiers mois, j’ai analysé pas mal de choses. On avait un certains nombre de principes, déjà évoqués par Laurent Wauquiez durant la campagne, notamment deux points très forts : d'abord accompagner évidemment les créateurs culturels de premier plan, ensuite encourager l’émergence – ce qui est l’essentiel pour une collectivité publique. Ça nous a amenés à tracer deux grands points de notre politique culturelle : avoir une offre de qualité partout, même dans les endroits les plus reculés du territoire, et y apporter beaucoup d’attention : ce peut-être une librairie, un festival, un cinéma. Le second point, ce sera de respecter et d’encourager tous les lieux de création. Et comme nous arrivons au moment de la fusion des régions, il est aussi

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MC2 : la Ville de Grenoble baisse sa subvention de 6%

ACTUS | Le bruit courrait depuis quelque temps, des couloirs de l’Hôtel de Ville à ceux du conseil d’administration de la MC2 : le maire de Grenoble Éric Piolle et son équipe vont baisser de 100 000 € la subvention de la fameuse scène nationale grenobloise. L’annonce a été officialisée mi-avril. On fait le point avec les infos que l’on a.

Aurélien Martinez | Mardi 26 avril 2016

MC2 : la Ville de Grenoble baisse sa subvention de 6%

Depuis le mardi 12 avril, en mairie, c’est silence radio, malgré nos appels directs au cabinet du maire. Pareil à la MC2, où personne dans l’équipe de direction ne veut commenter pour l’instant cette décision. On souhaitait pourtant simplement recueillir des réactions à l’annonce faite par le maire de Grenoble Éric Piolle lors d’un conseil d’administration extraordinaire de la MC2 : la Ville va baisser la subvention de l’équipement de 104 286 €, soit 6% sur les 1 758 962 € alloués en 2015. Un chiffre rendu public par Jérôme Safar, élu socialiste d’opposition et accessoirement « administrateur élu de la MC2 » qui, du coup, monte au front sur ce dossier. Cette baisse, envisagée en mairie depuis quelques mois, va forcément impacter sur les prochaines saisons de l’établissement public de coopération culturelle (c’est son statut juridique), surtout que la région nouvellement présidée par Laurent Wauquiez va elle aussi diminuer sa contribution de 6%, contribution qui était de presque 500 000 € en 2015. Florence Verney-Carron, vice-présiden

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Détroit s'invite au Printemps du livre

CONNAITRE | Rencontre, exposition, projection... Le Printemps du livre met la ville de Détroit à l'honneur.

Damien Grimbert | Mardi 29 mars 2016

Détroit s'invite au Printemps du livre

Vidée de ses habitants, jonchée d’immeubles en ruines et de friches industrielles en déliquescence, et frappée par une criminalité galopante, la ville américaine de Détroit, ancienne capitale de l’automobile et foyer musical majeur du XXe siècle, évoque désormais un décor de science-fiction. Symbole passé de la révolution industrielle américaine sombré dans un délabrement démographique, économique et social sans précédent, elle n’en exerce pas moins un potentiel de fascination unique sur les journalistes, photographes, cinéastes et romanciers qui trouvent dans sa déréliction massive, mais aussi son exceptionnel potentiel de résilience, une source d’inspiration de premier choix. C’est notamment le cas de Thomas B. Reverdy, qui l’a choisie pour cadre et quasi-protagoniste de son dernier roman Il était une ville, de Judith Perrignon, auteur pour le magazine XXI d’un reportage sur les les jardins communautaires de la « Motor City », ou encore du photographe Guillaume Rivière qui la présente dans son exposition Détroit : Décomposition, recomposition. En marge de leur venue respective au

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Les musées à l’assaut des réseaux sociaux

ACTUS | Troisième édition pour la Museum Week, semaine mondiale des musées sur Twitter. Sept jours de partages et de découvertes culturels en ligne qui débutent ce lundi 28 mars. À Grenoble, quatre institutions joueront le jeu. On a rencontré la responsable du projet pour le Musée de Grenoble. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 22 mars 2016

Les musées à l’assaut des réseaux sociaux

Le chiffre clé de cette troisième édition de la Museum Week demeure le même que les années précédentes : 7. Rien de divin dans tout cela, seulement un programme savamment étudié : 7 jours offrant 7 thèmes différents, reconnaissables avec 7 mots-dièse – "hashtags" en anglais et, surtout, dans le langage de Twitter. Mais avant de rentrer dans le vif du virtuel, revenons sur la genèse de ce projet : en 2014, douze musées français se réunissent pour lancer le premier événement culturel mondial sur Twitter. Intitulée Museum Week, pour semaine des musées sur Twitter, l'opération vise à dévoiler au grand public le quotidien et les coulisses des établissements culturels. Un partage qui se fait alors en ligne grâce à des anecdotes, des photographies ou encore des vidéos avec un thème différent chaque jour. Les quatre Grenoblois À Grenoble, pour cette troisième semaine en réseau, on retrouve les mêmes que l’an passé : le Musée de Grenoble, la Casemate, le

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Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

ACTUS | Ça s’active du côté du Petit 38 : le lieu tenu par la metteuse en scène Chantal Morel va ainsi être ouvert continuellement pendant les six prochains mois, avec des spectacles presque tous les soirs. La faute à Midi / Minuit, jeune collectif qui en veut. On fait les présentations. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 11 janvier 2016

Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

Le Petit 38, c’est un lieu à part à Grenoble, situé rue Saint-Laurent. Un local qui aurait dû être un restaurant, mais que la metteuse en scène Chantal Morel et son équipe ont finalement transformé en 1997 en place culturelle. Un petit espace avec une antichambre d’accueil à l’entrée et une salle d’une trentaine de places au fond. Depuis presque vingt ans, le Petit 38 accueille divers spectacles programmés par Chantal Morel, dont parfois les siens. Aujourd’hui, elle souhaite « le partager ». Le collectif Midi / Minuit a du coup vu le jour, porté par deux jeunes comédiens et metteurs en scène issus du Conservatoire de Grenoble : Élisa Bernard et Florent Barret-Boisbertrand. Pour lancer une nouvelle dynamique, comme nous l’a expliqué Florent Barret-Boisbertrand. « C’est venu de discussions avec Chantal. À la base, j’avais voulu la rencontrer pour voir s’il y avait la possibilité de faire un spectacle au Petit 38, un lieu que j’aime énormément. Elle m’a alors expliqué que, pour diverses raisons, c’était plutôt compliqué en ce moment au Petit 38, qu

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La science des rêves de Boris Gibé et Florent Hamon

SCENES | Deux circassiens pour un spectacle inclassable entre nouveau cirque, théâtre, danse, arts plastiques, performance… Beau et prenant.

Aurélien Martinez | Mardi 5 janvier 2016

La science des rêves de Boris Gibé et Florent Hamon

Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies nous assurent Boris Gibé et Florent Hamon, artistes qui bossent ensemble depuis leur adolescence. Ici, on est donc loin du cirque démonstratif ; plus proche d’un art poétique riche en images. Riche en rêves même, comme l’évoque le titre. Des rêves qui, sur le plateau, sont autant de petits films, façon début du cinéma. Le travail sonore est à ce titre remarquable : de longues parties assez silencieuses, laissant l’ambiance étrange s’installer progressivement, avant que cette ambiance ne soit justement stoppée par une musique pop ou la voix d’un des deux interprètes. Comme dans nos rêves, quand on passe du coq à l’âne avec le plus grand naturel. Dans nos rêves où l’on croise aussi des créatures hybrides, matérialisées sur scène par le duo qui ne semble parfois ne faire qu’un – un animal à quatre jambes ici, à deux là… Dans un décor brut laissant place à l’imaginaire (un studio de cinéma abandonné ?), baigné de lumières étranges et jonché de papier journal, leurs corps incarnent différentes images : accélérées, ralenties, tournant en boucle… Celle, notamment, de la lutte contre un vent

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La Fille du patron

ECRANS | De et avec Olivier Loustau (Fr, 1h38) avec Christa Théret, Florence Thomassin…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

La Fille du patron

Premier long-métrage de fiction d’un fidèle de Kechiche formé de surcroît au documentaire, La Fille du patron ne surprendra donc pas par son réalisme social, à la tonalité presque anglaise : un courant affectif et solidaire lie entre eux les protagonistes, mais aussi les attache à leur usine, qui est comme un prolongement organique de leur être. Ce qui étonnera en revanche, c’est la détermination sans faille du personnage Vital campé par le réalisateur : chacun de ses choix (dans la sphère professionnelle ou privée) est irrévocable – remords et regrets lui étant étrangers. Un caractère entier et droit, couplé à un profil plutôt taciturne, conférant à ce héros prolo le mixte de mystère et de charisme expliquant la fascination qu’il exerce sur la fameuse “fille du patron”, au-delà des clichés relatifs aux différences d’âges, de milieux sociaux... S’écartant des insupportables standards réclamant de la happy end, La Fille du patron s’achève tout en nuances, confirmant si besoin était l’ineptie du manichéisme simpliste…

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Fiesta tropicale avec Ghislain Poirier

MUSIQUES | Le pionnier montréalais des fusions afro/éléctro/caribéennes vient faire "bouncer" le Canberra.

Damien Grimbert | Mardi 22 septembre 2015

Fiesta tropicale avec Ghislain Poirier

Si de nombreux artistes réunissent aujourd’hui dans leur DJ set rap, électro, dancehall, soca et bass music sans que personne n’y trouve rien à redire, c’est en grande partie grâce au travail de défrichage forcené d’une poignée de précurseurs officiant sans relâche depuis maintenant plus d’une dizaine d’années. Infatigable DJ/producteur originaire de Montréal, le Québécois Ghislain Poirier fait partie de ces pionniers. Après avoir fait ses premiers pas dans le versant le plus expérimental des musiques électroniques à l’orée des années 2000, puis évolué quelque temps dans l’univers de l’abstract hip-hop underground au sein du renommé label Chocolate Industries, Poirier commence à trouver son rythme de croisière au milieu des années 2000 en lançant dans sa ville natale les fameuses soirées Bounce le gros où s’entrechoquent hip-hop, ragga, grime crunk et favela funk dans un joyeux bordel lourd en basses. C’est d’ailleurs peu ou prou autour de ce même modèle que le producteur va construire ses deux premiers albums pour le label Ninja Tune (No Ground Under en 2007, puis Running High en 2010), ainsi qu’une poignée d’EPs d

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Florence Foresti en décembre à Grenoble

SCENES | Ouverture des locations ce lundi 9 mars

Aurélien Martinez | Dimanche 8 mars 2015

Florence Foresti en décembre à Grenoble

Alors que la billetterie pour ses dates exceptionnelles cet été aux Nuits de Fourvière (Lyon) ouvrira le mardi 17 mars, on vient d'apprendre que Florence Foresti serait aussi de passage par Grenoble, mais beaucoup plus tard : les mercredi 2 et jeudi 3 décembre, au Summum. Certes, c'est dans longtemps, mais la billetterie a toujours un temps d'avance : ouverture des locations ce lundi 9 mars à 10h. Pour info, l'humoriste présentera Madame Foresti, nouveau spectacle qu'elle tourne dejà depuis quelques mois.

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Flore

ECRANS | De Jean-Albert Lièvre (Fr, 1h33) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Flore

Plutôt que de la laisser dépérir dans des institutions mouroirs où la camisole chimique remplace un vrai traitement humain de la maladie d’Alzheimer, Jean-Albert Lièvre a fait le pari de ramener sa mère, Flore, dans sa Corse natale en espérant que ce contact avec cette nature qu’elle aimait lui redonnerait l’envie de vivre, à défaut de la mémoire. Le film qu’il a tiré de cette expérience est donc un appel optimiste à ne pas baisser les bras face à l’inéluctable, même s’il ne cherche pas à lui donner une valeur exemplaire non plus. Cinématographiquement, c’est une autre histoire : le début, qui tente de peindre l’état d’enfermement et d’angoisse du malade "de l’intérieur", est plutôt intéressant. La suite, qui se concentre sur le lent retour à la vie de Flore, se situe toujours à la lisière du voyeurisme télévisuel. C’est sans doute ce qui trouble le plus le cinéphile face à Flore : les images édéniques de la mémoire effacée sont ceux de vieux films super 8, tandis que le reste est tourné avec tous les moyens vidéo modernes — téléphone, DV, HD — comme si le numérique n’était plus qu’une matière à témoignage, incapable de fabriquer des souvenirs, simple reflet d’u

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Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept – une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc – pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque – exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre – la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive l

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Peyre, y en a pas deux

SCENES | Au milieu de Tout public... ou pas, Florent Peyre parodie l'émission de téléréalité Secret Story. Ce n'est pas son sketch le plus réussi (faire rire de ce qui (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 4 octobre 2013

Peyre, y en a pas deux

Au milieu de Tout public... ou pas, Florent Peyre parodie l'émission de téléréalité Secret Story. Ce n'est pas son sketch le plus réussi (faire rire de ce qui est risible par nature nous a toujours semblé un peu vain), mais il est assez révélateur de ce qui fait sa singularité quand, se glissant dans le petit top d'une écervelée à gros seins, il refuse de s'assoir sur le fauteuil du confessionnal au motif qu'il est trempé de sueur. Car la sueur en question est celle, bien réelle, sécrétée par cet humoriste drômois au physique de sauveteur en mer –  un reste de ses jeunes années, durant lesquelles il a nourri l'ambition de devenir champion de ski nautique avant qu'une blessure ne fasse tout tomber à l'eau (désolé). Sur scène, Florent Peyre mouille en effet sa chemise au premier sens du terme, enchaînant avec la frénésie et l'élasticité d'un personnage Cartoon Network les vannes borderline, les méta-boutades (« J’aime gagner et pourtant Florent Peyre ») et les incarnations les plus déjantées, du psychopathe pré-pubère aimant que tout soit « bien rangé, bien parallèle » à la poule pondeuse en chaleur. Quitte à en faire trop ? Parfois. Impossible p

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Théâtre en rond : report du spectacle de Florent Peyre au vendredi 11 octobre

SCENES | Le spectacle Tout public ou pas de Florent Peyre, initialement prévu le samedi 5 octobre 2013 à 20h30 au Théâtre en Rond (Sassenage), et déplacé ensuite au 12 (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 4 septembre 2013

Théâtre en rond : report du spectacle de Florent Peyre au vendredi 11 octobre

Le spectacle Tout public ou pas de Florent Peyre, initialement prévu le samedi 5 octobre 2013 à 20h30 au Théâtre en Rond (Sassenage), et déplacé ensuite au 12 ocotbre, est finalement reporté par la production au vendredi 11 octobre 2013 à 20h30. Les billets achetés pour le samedi 5 octobre restent valables pour le vendredi 11 octobre, sans échange. Infos : 04 76 27 85 30

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Queen of Montreuil

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Queen of Montreuil

L’ambition de Solveig Anspach est ici ni plus ni moins de croquer la bourgeoisie bohème d’aujourd’hui, tout en peignant le portrait d’une femme encore jeune et déjà veuve, incapable de trouver la bonne distance pour faire son deuil. Le choix de Montreuil, terreau de prédilection des bobos parisiens, n’est pas anodin : à la fois urbaine et pavillonnaire, elle donne à cette comédie douce-amère un petit exotisme, renforcé par la présence de deux comédiens islandais et d’un… phoque, créature bizarre et comédien imprévisible. Tout cela donne lieu à des vignettes sympathiques et inoffensives, qui se laissent suivre même si Anspach semble accumuler les scènes plutôt que de construire une dramaturgie, ce que la fin, rassemblement expéditif de tous les personnages loin de leur territoire, souligne par son caractère arbitraire. Christophe Chabert

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Lignes de basse

MUSIQUES | Deux artistes électroniques à ne pas manquer cette semaine à Grenoble. On commence par le jeune A1 Bassline (photo), DJ/producteur originaire de la banlieue (...)

Damien Grimbert | Samedi 19 janvier 2013

Lignes de basse

Deux artistes électroniques à ne pas manquer cette semaine à Grenoble. On commence par le jeune A1 Bassline (photo), DJ/producteur originaire de la banlieue sud de Londres et tête d’affiche de la soirée Too Cool For School #3, ce vendredi au Drak-Art. Fils du fondateur de Rave Magazine et ami d’enfance de Joy Orbison, Christian Sibthorpe de son vrai nom grandit au son du garage, du 2-step et de la drum’n’bass. Repéré en 2008 avec Girl Thing, un maxi explosif tout entier dévolu à la tonitruante bassline (un style musical de Sheffield fusionnant grime et house music), A1 Bassline traverse ensuite la vague fidget house, avant de se recentrer ces dernières années autour de sonorités house moins graisseuses, mais tout aussi efficaces, comme en témoignent ses derniers maxis pour Tighten Up, Dirtybird et Source Unknwn. Le lendemain, place à Flore, pionnière lyonnaise de la drum’n’bass et invitée d’honneur de la soirée Est-ce que tu Bass ? #5 à l’Ampérage. Évoluant désormais dans un registre plus influencé par la ghetto music mondiale, la tropicale et la UK bass, Flore est l’auteur de l’excellent album Raw, sorti en 2010 sur le label anglais

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Coup de crayon

ARTS | « Du dessin ? En noir et blanc ? » Gommez vos préjugés ! Regroupant les œuvres d’une vingtaine d’artistes français et américains, "Pure Drawing", à découvrir au centre d'art Spacejunk, est de loin l’une des expos les plus vivifiantes du moment. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Lundi 7 janvier 2013

Coup de crayon

Longtemps considéré comme une sorte de "parent pauvre" de l’art, traité avec un mélange égal de compassion et de dédain, le dessin a, comme tant d’autres formes artistiques jugées mineures, tiré parti de ses contraintes techniques pour développer une créativité qu’on serait bien en peine de retrouver ailleurs. C’est du moins le constat qu’on est amenés à tirer au sortir de Pure Drawing, une exposition qui regroupe un vaste éventail de créations contemporaines d’une fraîcheur inégalée. Si la partie américaine, qui regroupe des artistes comme Dave Cooper, Chris Mars, Billy Norrby ou Nicola Verlato, fait surtout la démonstration des capacités techniques exceptionnelles d’artistes qu’on se réjouit déjà de retrouver dans des expositions ultérieures, la partie française, plus aventureuse, s’attache quant à elle à remettre en cause, non sans une certaine audace, un certain nombre de présupposés hâtifs. « La recherche d’un langage pur » « Un bon dessin, ce n’est pas forcément un dessin bien fait, c’est plutôt un dessin vrai, franc, qui raconte quelque chose » explique Morgan Navarro, commissaire d’exposition de la partie française de

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Cloclo

ECRANS | De Florent Emilio Siri (Fr, 2h28) avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...

François Cau | Vendredi 9 mars 2012

Cloclo

Pouvait-on imaginer pire idée qu'une biographie filmée de Claude François ? Non. Sauf qu'en regardant le film de Florent Emilio Siri, revenu de son Platoon (L'Ennemi intime), on se surprend à reconsidérer la question. Non que le film soit une réussite, au contraire, il fait un peu pitié. Avec son patron de biopic plus balisé que le plus stéréotypé des biopics hollywoodiens, Cloclo ne fait pas dans la dentelle. Difficile de faire plus scolaire et sérieux tant le film s'acharne à ressortir la grande trajectoire psychologique et familiale, avec le trauma paternel qui explique tout et les signes balourds du destin à n'en plus finir. L'omniprésence abusive et respectueuse du scénario n'est pas davantage aidée par le maniérisme hollywoodien un peu vain de la mise en scène. Siri est comme Cloclo (fasciné et frustré devant Sinatra qui lui doit My Way), il rêve d'Amérique, mais ne sera jamais à la hauteur. Le film a toutefois le mérite de ne pas idolâtrer son personnage et l'égratigner en insistant, lourdement, sur son perfectionnisme maladif qui le mènera vers la tombe ; le portrait en creux d'un Cloclo en chef d'entreprise pré-sarkozyste fait aussi s

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La Conquête

ECRANS | De Xavier Durringer (Fr, 1h45) avec Denis Podalydès, Florence Pernel…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Conquête

De la part de Durringer, on s’attendait à un film en demi-teinte, mais pas vraiment à un résultat aussi affligeant. Vendu sur un mensonge par omission fleurant bon l’escroquerie (« le film a eu du mal à se monter », sous-entendu à peine masqué d’un propos a priori rentre-dedans), La Conquête, récit de l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir, n’est dans sa première partie qu’une suite de sketchs pas vraiment finauds, dans l’esprit du Coluche d’Antoine de Caunes. Chacun semble jouer sa partition en se calquant sur les marionnettes des Guignols de l’Info (mention spéciale à Bernard Lecoq en Jacques « crac crac » Chirac), les scènes lapidaires ne reposent que sur des “bons“ mots qui font au mieux sourire et au pire engendrent la consternation – quand bien même ces répliques auraient été proférées par leurs modèles, encore eut-il fallu les mettre en valeur autrement que dans une mise en scène cheap dans sa logique, ses effets et sa mise en œuvre. Dans la deuxième partie, Durringer et son coscénariste Patrick Rotman, non contents de cumuler les anecdotes au lieu de raconter une histoire, cèdent à un écueil inattendu : la fascination pour leur sujet, culminan

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The Silent house

ECRANS | De Gustavo Hernandez (Uruguay, 1h18) avec Florence Colucci…

François Cau | Mercredi 9 mars 2011

The Silent house

Ce petit film d’horreur façon Blair witch project est d’abord un défi technique : tourné avec un appareil photo Canon en mode motion picture, il se résume à un plan-séquence labyrinthique de 78 minutes. Virtuose certes, mais Hernandez ne s’en tient pas à cette prouesse et revient aux fondamentaux de Méliès : le temps réel l’oblige à faire surgir la surprise et l’effroi en direct, et il y parvient par une foi louable en une mise en scène pourtant minimaliste (une maison, trois personnages, point). On peut même trouver dans The Silent house une réflexion sur sa propre fabrication : l’héroïne terrorisée se saisit à un moment d’un antique Polaroïd dont le flash fait apparaître le monstre tapi dans l’ombre, tandis que le cinéaste lui tourne autour avec son appareil photo dernier cri. Si la résolution est scénaristiquement contestable, elle reprend sur un autre mode cette idée théorique, paraphrasant sans le vouloir la phrase de Godard : «La photo, c’est la vérité ; le cinéma, c’est 24 fois la vérité par seconde.» CC

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Courchevel, mon amour

MUSIQUES | Après "Rio Baril", Florent Marchet fait son retour avec le magnifique "Courchevel", où il réussit une fois de plus le mariage de la pop et de la chronique sociale. Stéphane Duchêne

François Cau | Jeudi 10 février 2011

Courchevel, mon amour

Il y a un an, Arnaud Fleurent-Didier avait frappé un grand coup (critique en tout cas) dans le paysage musical français avec l'impressionnant "La Reproduction". Un pur disque d'outsider redonnant à la chanson française ses lettres de noblesse pop, à coups de questionnements existentiels aux mots ciselés et aux arrangements généreux. Florent Marchet appartient à la même catégorie. Son "Courchevel", sorti cet automne, n'est pas son coup d'essai, loin de là (en 2007, son western social "Rio Baril" avait déjà impressionné). Il n'en est pas moins un coup de maître de la part du Berrichon, loin de se reposer sur ses lauriers ou, comme sur la pochette du disque, sur sa peau de bête. Comme Arnaud Fleurent-Didier, Florent Marchet est l'un de ces grands garçons aux airs un peu désuets qui observent leur monde avec l'air de ne pas y toucher, mais un regard qui met à poil. C'est pour mieux en dresser un portrait cinglant et sans concession. Quand Fleurent-Didier revisitait de fond en comble, du microscopique au macroscopique, l'héritage «français monsieur !», Marchet semble, lui, fouiller les entrailles d'une génération un peu floue, symptôme de la classe bourgeoise. Une génération plus toute

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Le Rouge et le Noir

SCENES | Théâtre / La sensualité et la monstruosité. Le rouge et le noir. La lumière et l’obscurité. Le silence et le mouvement. La belle et la bête. Des contrastes, des (...)

| Mercredi 16 mai 2007

Le Rouge et le Noir

Théâtre / La sensualité et la monstruosité. Le rouge et le noir. La lumière et l’obscurité. Le silence et le mouvement. La belle et la bête. Des contrastes, des oppositions, des extrêmes dans cette mise en scène de Un Petit Chaperon rouge de Florence Lavaud aux partis-pris visuels. En effet, aucune parole ne vient déranger cet univers profond et silencieux, architécturé par des mouvements et des gestes. Son interprétation du conte Le petit Chaperon rouge s’apparente au fantasme féminin : onirique et violent, c’est un monde mental qui se construit par touches fugitives. À savoir une jeune fille, comme tant d’autres, (très expressive et fraîche Joke Demaitre), se réveille. Elle se vêt d’une capeline rouge vif et joue, peut-être devant un miroir imaginaire, de sa séduction naissante. L’homme-loup danseur de tango (Xavier Bermudez impavide) la séduit avec ses roses qu’elle cueille comme autant de pièges amoureux. Il y a quelque chose du Nosferatu de Murnau dans cet homme-loup, et la mise en scène évoque à la fois l’expressionnisme allemand et la grandiloquence propre à l’Opéra. La couleur rouge fait le lien entre chaque fondu enchaîné. Ainsi, l’homme engloutit la grand-mère (un mannequ

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