Les étoiles de Shériff

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Photo : Yoann Buffeteau


Avec Laetitia Shériff, on a toujours été dans quelque chose de frémissant et d'indécidable, quelque part entre le coup de cœur et le coup de tronche. Cela fait dix ans et (seulement) trois albums (et pas mal d'à-côtés aussi, comme le collectif Trunks) que ça dure ; et ça n'est pas parti pour s'arranger. Toujours aux commandes de sa basse vitupérante, cette disciple revendiquée du grand William Butler Yeats (certains invoquent Lennon, Elvis, Adamo comme marque de naissance, elle c'est Yeats) semble, sur Pandemonium, Solace and Stars, vouloir redonner vie aux armées de la nuit et les projeter en pleine lumière astrale.

Le coup de cœur, on se le mange lorsqu'elle se balade en territoire intime (Fellow) ou inconnu (Far & Wide), le coup de tronche sur des déboulés à la Wash, particulièrement déroutant quand on connaît la douceur de la jeune femme en interview, ou sur un The Living Dead tubesque à double sens, hommage au cinéma fantastique vintage et au peuple du Nord, d'où elle vient.

Et puis parfois le coup de cœur, comme cela arrive dans la vie, se transforme en coup de tronche, lorsque la poussière d'étoile forme un astéroïde grunge ramassant tout sur son passage pour fondre sur le monde, le bien nommé A Beautiful Rage II. Et cela, la réussite quasi parfaite de cet album, outre les atmosphères musicales qu'elle a bâties admirablement, et sans l'aide d'Olivier Mellano, son « compère » de toujours comme elle dit, il faut bien le ranger sous un simple constat : se rendre à l'évidence, ou ne jamais oublier que Laetitia Shériff est aussi une grande chanteuse au sens de grande interprète.

Et s'il est toujours un peu hasardeux de comparer une chanteuse avec ses consœurs sous prétexte qu'elles ont en commun de plaquer une guitare ou une basse sur deux chromosomes XX, on n'est pas loin de penser ici à un petit quelque chose de Tanya Donnelly (Breeders, Throwing Muses, Belly, tout ça) : même élasticité vocale, même douceur contrariée, même pouvoir d'ensorceleuse. Et si effectivement la Shériff a été formée à Yeats, cet album de deuil, de frayeur, de rêve et de vie nous rappelle ce vers d'un autre poète, Ralph Waldo Emerson, qui oserait-on écrire lui va comme un linceul et qui dit : « Que l'ombre étoilée qui tombe la nuit, leur fasse d'éternelles funérailles. »

SD

Pandemonium, Solace and Stars (Yotanka)


Laetitia Shériff


La Bobine 42 boulevard Clemenceau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Laetitia Shériff : « Rester une rêveuse »

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Laetitia Shériff : « Rester une rêveuse »

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Laetitia chérie

Il y a cette phrase mille fois répétée et sans doute, on s'en excuse, un brin misogyne – à vrai dire on ne se rend pas trop compte, mais ce n'est vraiment pas le but – qui dit qu' « une fille avec une guitare, c'est quand même pas pareil ». Pas pareil qu'une fille sans guitare, bien entendu, mais aussi pas pareil qu'un mec avec une guitare. Si on ajoute qu'en sus, Laetitia Sheriff joue de la basse – qu'elle s'est récemment faite voler (et a retrouvée) dans un épisode rocambolesque à classer dans le grand bêtisier du Bon Coin – alors tout le monde (garçons, filles, pangolins, ficus...) doit être amoureux de Laetitia Sheriff. Nous, en tout cas, on l'est. On aime d'amour ce visage de Madone et ces albums de rock glacé et gracieux, un peu mort-vivant, livide mais avec les lèvres rouge-sang, sa voix à mi-chemin entre le spectre et la bouillotte (on se comprend) qui nous rappelle les grandes muses 90's Tanya Donelly et Kristin Hersh. On aime qu'elle ait commencé à chanter sur du William Butler Yeats. On aime ses collaborations (Mellano, Faccini, Ez3kiel...). On aime tout chez Laetitia Sheriff, à commencer par son nom et à l'exception d'une cho

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