Ez3kiel - Lux

MUSIQUES | Zoom sur l'album que le groupe Ez3kiel viendra défendre sur la scène de l'Hexagone

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

À l'image des précédents album d'Ez3kiel, Lux a été pensé comme un tout. Mais comme ses prédécesseurs et au contraire des non moins étincelants Elements of Light de Pantha du Prince et Life Cycle of a Massive Star de Roly Porter, il n'est pas un concept album pour autant. Ou à la limite un concept album obtenu par rétro-ingénierie, cette activité qui consiste, par le désassemblage, à rendre intelligible pour un humain ce qui n'est d'ordinaire compréhensible que par une machine. Johann Guillon confirme : « Ce qu'on affectionne, c'est la recherche. Décortiquer les sons. On voit la musique comme un laboratoire. »

Au départ, il y a donc une hypothèse, formulée ainsi : « On avait l'envie de revenir à une formule plus resserrée. Peut-être plus frontale aussi, plus brute. On ne savait toutefois pas ce que l'on voulait faire. Juste ce qu'on ne voulait pas faire. » Pas de stoner, par exemple, entre autres pistes abandonnées au cours des trois difficiles années (en raison du départ de l'historique Matthieu Fays et de l'arrivée à la basse de Sylvain Joubert) qu'aura duré l'enregistrement du successeur de Barb4ry et Battlefield, dont il est en quelque sorte le lendemain, ce moment où un soleil rasant (qui prend sur scène la forme d'un impressionnant mur-écran d'une cinquantaine de "magic panels", des panneaux de LEDs sur pivot et équipés à l'arrière de plaques blanches) vient souligner en un clair-obscur confondant d'harmonie les atrocités commises la veille.

Si les machines du premier émettent encore quelques signaux de détresse, si les guitares du second canonnent encore quelques riffs incendiaires, c'est ainsi au service de ce que le groupe a produit de plus contemplatif et de plus contrasté à ce jour : du dub orbital (Zero Gravity, qui surclasse de quelques coudées-lumière les "space operas" de poche de Starkey), du trip-hop en quatre dimensions (Eclipse, où Laetitia Sheriff fait sa Beth Gibbons avec le talent qu'on lui connaît) ou du post-rock pour auditorium (le diptyque Born / Dead in Valhalla, qui rappelle les grands heures distendues de Mogwai).

Autant de croisements contre-nature qui, mis bout à bout, racontent le devenir forcément radieux d'une formation dont on croyait pourtant qu'elle avait tout essayé. Alors qu'elle ne cesse de prouver que tout reste à inventer.

Benjamin Mialot

Lux (Ici d'ailleurs)


EZ3KIEL

Nouvelles lumières, à partir de 12 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Accrochage dialogique

ARTS | Tout simplement intitulée "Dialogues", l’exposition qui marque la réouverture du musée Géo-Charles propose de faire converser le travail de quatre artistes ainsi que celui des étudiants de l’ESAD avec les œuvres de la collection du musée. Sympathique.

Benjamin Bardinet | Mercredi 9 juin 2021

Accrochage dialogique

Les entraîneurs d’équipe de football et les commissaires d’exposition partagent en commun de devoir tirer le meilleur d’un collectif en favorisant le dialogue entre ses membres – les joueurs pour les premiers, les artistes pour les seconds. La nouvelle exposition du musée Géo-Charles (farfelu poète féru de sport) invite précisément des artistes contemporains à choisir parmi la collection du musée des œuvres avec lesquelles ils souhaiteraient jouer le temps d’un accrochage – un peu comme si on offrait l’occasion à Mbappé de faire équipe avec Platini. Au rez-de-chaussée, l’exercice est proposé aux étudiants de l’ESAD qui, par le biais de dispositifs ou d’installations tour à tour poétiques, politiques ou ironiques, font des propositions amusantes. Autant d’occasions de redécouvrir certaines pièces de la collection : les galets-poèmes de Géo-Charles, les dessins et jeux pour enfants de Monteiro ou les gravures de Masereel. Rapprochements et face-à-face À l’étage, ce sont quatre artistes invités qui jouent le jeu de l’accrochage dialogique. Le peintre et bédéiste Jean-Marc Rochette expose ses imposantes parois picturales à proximité de deux photographies que to

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"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

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Concours Podium à La Rampe : let’s dance

Danse | Le concours de danse contemporaine (Re)connaissance fait peau neuve. Pour ce qui aurait dû être sa 10e édition, il revient sous le nom de Podium les 29 et 30 novembre à la Rampe (Échirolles). Marie Roche, directrice du Pacifique, lieu grenoblois consacré à la danse, décrypte les coulisses de cet événement dont sa structure est la productrice déléguée.

Nathalie Gresset | Mercredi 27 novembre 2019

Concours Podium à La Rampe : let’s dance

Avis aux amateurs de danse contemporaine : le concours (Re)connaissance, imaginé en 2009 par Le Pacifique, Centre de développement chorégraphique national de Grenoble, est de retour cette année avec une nouvelle formule et, surtout, un nouveau nom : Podium. Pendant deux soirées, six solos-duos et six pièces de groupes proposés par des compagnies françaises et européennes se succèderont à la Rampe (Échirolles), coréalisatrice de cet événement également soutenu par le CCN2. Comme pour tout concours qui se respecte, des récompenses couronneront les gagnants. Ainsi, samedi soir, les prix du meilleur solo-duo, de la meilleure pièce de groupe et du public (deux catégories confondues) seront décernés par un jury de professionnels et par les spectateurs aux trois compagnies qui ont su le plus se démarquer. Avec à la clef pour les lauréats : plusieurs dates de représentation chez les dix-sept salles de spectacle partenaires du concours – qui ont sélectionné en amont les pièces présentées pendant l’événement – et chez des structures voisines, qui programmeront aussi les performances des compagnies gagnantes. Dynamiser la diffusion de la danse

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Le Parlement européen s'installe au cinéma Le Club jeudi et vendredi

ECRANS | Chaque année, le Prix LUX est décerné par le Parlement européen à une production… européenne. Les trois finalistes pour 2019 sont projetés deux soirées successives au (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Le Parlement européen s'installe au cinéma Le Club jeudi et vendredi

Chaque année, le Prix LUX est décerné par le Parlement européen à une production… européenne. Les trois finalistes pour 2019 sont projetés deux soirées successives au cinéma le Club, à l’occasion de séances gratuites et suivies d'un débat. Premier film proposé jeudi 7 à 20h15, le documentaire Cold Case Hammarskjöld de Mads Brügger, suivi le lendemain à 18h par l’excellent Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska (ne tergiversons pas, c’est notre favorite) et enfin le même jour à 20h15 par El Reino du talentueux (et sympathique) Rodrigo Sorogoyen.

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Un Printemps du livre, six coups de cœur

Festival | Qui pourra-t-on rencontrer à Grenoble et aux alentours entre le mercredi 20 et le dimanche 24 mars ? Réponses subjectives.

Stéphane Duchêne | Lundi 18 mars 2019

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Maylis de Kerangal Un monde à portée de main Le monde à portée de main de Paula Karst, c'est celui qui s'offre à elle autant que celui qu'elle apprend à reconstituer à l'Institut supérieur de peinture de Bruxelles où elle étudie le trompe-l'œil. Un art de reproduire la matière qui la conduit jusqu'à Moscou mais aussi au studio de Cinecittà en Italie, avant qu’elle ne se voie confier le chantier du fac-similé de la Grotte de Lascaux. Mais derrière ce récit d'apprentissage, comme toujours, Maylis de Kerangal (photo) nous parle d'elle, et de cet art de faussaire virtuose qu'est l'exercice de la fiction, dans une réflexion vertigineuse sur la création. À la salle Olivier Messiaen vendredi à 16h30 (rencontre) Au musée samedi à 10h30 (rencontre) et 17h (lecture en correspondance) Thomas B. Reverdy L'Hiver du mécontentement Derrière ce titre shakespearien, Thomas B. Reverdy, qu'on peut aisément classer dans la catégorie fantôme des écrivains rock, niche une étude de cette Angleterre de 1979 au bord de basculer dans le thatchérisme et la crise (sujet très reverdyen). Mais une Angleterre d

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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

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Festival Stéréogramme Passionata : popcorn et pellicule au 102

Cinéma | Films expérimentaux, found footage, fictions audacieuses, documentaires de création… C’est à un gigantesque brassage de genre et formats cinématographiques que nous convie le festival Stéréogramme Passionata, organisé vendredi 6 et samedi 7 avril au 102.

Damien Grimbert | Mardi 3 avril 2018

Festival Stéréogramme Passionata : popcorn et pellicule au 102

À l’origine étaient cinq collectifs, de dimension variable et basés dans différentes villes, mais réunis par la même passion frénétique et débordante pour la collection, diffusion, manipulation et fabrication d’ « images en mouvement » : Gran Lux à Saint-Étienne, Météorites à Lyon, Le Spoutnik à Genève, Vidéodrome 2 à Marseille et Art Toung! à Grenoble. À force de se croiser d’un événement à un autre, vint logiquement l’idée de se réunir le temps d’un week-end pour échanger en bonne et due forme. Et plutôt que de rester dans l’entre-soi, de convier le public à la fête. C’est ainsi qu'est né, de façon très informelle, le festival Stéréogramme Passionata, avec une première soirée de projection le vendredi réunissant un moyen-métrage choisi par chacun des collectifs, suivie dès le lendemain d’une journée en forme de feu d’artifice cinématographique qui transformera temporairement le 102 en véritable multiplexe alternatif, avec différentes séances projetées dans quatre ou cinq salles différentes. Au programme ce soir Forcément, le rassemblement d’un si grand nombre de fondus de pellicule n’allait pas accoucher d’une programma

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Atelier Arts Sciences : j'ai 10 ans

ACTUS | À Grenoble, l’Atelier Arts Sciences, financé conjointement par la scène nationale l’Hexagone de Meylan et le CEA, rassemble des artistes et des chercheurs afin qu’ils échangent sur leurs pratiques et, surtout, travaillent ensemble. Pour fêter les dix ans de ce laboratoire original, l’équipe l’ouvre au public le temps d’une journée (le jeudi 2 février).

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 31 janvier 2017

Atelier Arts Sciences : j'ai 10 ans

« Notre travail repose sur l’intégration des nouvelles technologies dans le monde de l’art » : voilà comment Eliane Sausse, directrice de l’Atelier Arts Sciences (et secrétaire générale de l’Hexagone de Meylan), résume les missions de ce laboratoire lancé en 2007. Grâce à l’Atelier, artistes et scientifiques se rencontrent, échangent et progressent pour aboutir à des projets communs. Comme, par exemple, celui d’EZ3kiel : en 2009, le groupe de musiciens, assoiffé d’innovation, avait pu travailler à Grenoble sur une installation interactive baptisée « les mécaniques poétiques ». « L’Atelier Arts Sciences a montré que les artistes réussissaient à bien anticiper les évolutions de la société » poursuit Eliane Sausse, qui annonce pour 2017 une réalisation du plasticien très branché nanoélectronique Lionel Palun. En octobre, la résidence de ce dernier prendra fin. Son œuvre, consacrée au "big data" (des milli

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Le novo dub, l'autre French Touch

MUSIQUES | Zoom sur cette scène musicale à l'occasion du passage du groupe Ez3kiel par l'Hexagone de Meylan

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Le novo dub, l'autre French Touch

Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la "great black music" des années 50 à 70 (soul, funk, disco), et en décline une version française qui deviendra le premier produit d'exportation musicale du pays. L'histoire est connue, jusque dans ses détails les moins glorieux depuis que Mia Hansen-Løve a entrepris de raconter avec Eden la face cachée de ce safari lunaire – pour reprendre le titre de l'un des disques emblématiques du mouvement. À la même période se fomente une autre révolution à la française, souterraine celle-ci, au moment où des musiciens d'obédience rock se mettent en tête de faire éclater les nuages psychotropes du dub en des orages instrumentaux. Leurs groupes se nomment High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, Brain Damage ou encore Lab° et, les pieds ancrés au sol pentu de la Croix-Rousse lyonnaise (là où le label Jarring Effects gravera ses initiales dès 1993) mais les oreilles tournées vers Londres, ils ont sondé l'univers des basses fréquences bien avant qu'il

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Ez3kiel, prophètes en leur pays

MUSIQUES | Ez3kiel fête ses vingt ans de carrière avec un album, "Lux", qui allume des feux plus qu'il n'éteint des bougies. À l'occasion de la présentation de son pendant scénique cette semaine à l'Hexagone, retour sur le parcours, superbement anachronique, du plus électrique des groupes de dub – ou du plus vaporeux des groupes de rock. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Ez3kiel, prophètes en leur pays

« La marche des vertueux est semée d'obstacles » dit le dixième verset du vingt-cinquième chapitre du livre d’Ézéchiel – celui que récite d'un ton vengeur Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, référence primordiale du groupe. Celle d'Ez3kiel débute logiquement de manière mouvementée, à Tours en 1993. D'abord "power trio", Ezekiel (alors avec un "e") s'agrandit rapidement d'un deuxième guitariste et d'une chanteuse... qui mettra les voiles en 1999, emportant avec elle l'un des fondateurs de ce qui n'est alors qu'un succédané adolescent de Rage Against the Machine et Fishbone. Ce retour circonstanciel à la case trio, Yann Nguema (basse), Matthieu Fays (batterie) et Johann Guillon (guitare) le convertissent en nouveau départ, taciturne celui-ci, ainsi que l'explique ce dernier. « Cet épisode a coïncidé avec l'achat de notre premier sampler et de notre première groovebox. La transition vers des morceaux instrumentaux s'est donc faite de manière instinctive. D'autant que derrière les musiques qu'on commençait à écouter à l'époque, il n'y avait pas de "gens". » Ces musiques, la jungle, le trip-hop, le po

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Sons et lumières avec Ez3kiel

MUSIQUES | Une camarade d'université nous a un jour expliqué que sa passion du théâtre lui a été révélée le jour où, après qu'un comédien ait pointé du doigt quelque animal fictif (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Sons et lumières avec Ez3kiel

Une camarade d'université nous a un jour expliqué que sa passion du théâtre lui a été révélée le jour où, après qu'un comédien ait pointé du doigt quelque animal fictif en fond de salle, elle s'est retournée pour regarder dans cette direction. Les concerts qui accompagnent la sortie de Lux, cinquième album d'Ez3kiel, peuvent provoquer ce genre d'épiphanie, le son et la lumière s'y comportant deux heures durant comme des matières vivantes. Le premier par la grâce de vingt ans d'une évolution musicale quasi darwinienne, de l'import de tendances britanniques (dub, trip hop, jungle...) à la génération d’œuvres devant autant à l'électronique sans lendemain de Nine Inch Nails qu'au post-rock spectaculaire de Mogwai. La seconde par celle d'un dispositif scénique digne d'un caprice de néo-ville mondiale : un mur d'une quarantaine d'écrans/panneaux de LEDs dont les rotations et changements de teinte dessinent en rythme des tableaux sidérants de magnificence et d'interactivité. Avis aux épileptiques. Benjamin Mialot Ez3kiel

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Post Tenebras Lux

ECRANS | De Carlos Reygadas (Mex, 1h53) avec Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Post Tenebras Lux

Une petite fille qui court dans un ciel zébré d’éclairs en murmurant « perro, perro… » ; un diable rouge qui s’avance avec une caisse à outils dans une maison ; un couple qui se rémémore sa visite dans un sauna échangiste français ; un homme qui s’arrache la tête à mains nues… Autant d’images, à la fois indélébiles et un peu débiles, qui constellent le dernier film de Carlos Reygadas, couronné par un généreux Prix de la mise en scène à Cannes après s’être fait lyncher par la presse. Cela résume assez bien le problème : Post Tenebras Lux est un film pour festivals qui s’ingénie à en reprendre les scories – radicalité formelle, récit avançant par blocs de séquences disjointes, ésotérisme volontaire du propos, discours politique naïvement provocateur – quand il ne copie pas carrément sur ses voisins – de Weerasethakul à Sokourov en passant par Lars Von Trier. Reygadas vaut mieux que cela, ses œuvres précédentes – et même son stupéfiant court pour le film à sketchs

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Et les lauréats sont...

SCENES | Le week-end dernier avait lieu la quatrième édition du concours [re]connaissance, axé sur la danse contemporaine (pour les oublieux, souvenez-vous, c’était la (...)

Aurélien Martinez | Lundi 26 novembre 2012

Et les lauréats sont...

Le week-end dernier avait lieu la quatrième édition du concours [re]connaissance, axé sur la danse contemporaine (pour les oublieux, souvenez-vous, c’était la une du Petit Bulletin de la semaine passée). Une édition qui a connu un très grand succès public. Niveau palmarès, le premier prix du jury est allé à la compagnie Dans6T de Bouziane Bouteldja (photo), et le deuxième prix du jury à Noé Soulier. Deux choix compréhensibles, Bouziane Bouteldja offrant un hip-hop original qui ne demande qu’à grandir, et Noé Soulier une proposition radicale qui a le mérite de surprendre. Quant aux spectateurs, la majorité d’entre eux s'est reportée sur la compagnie grenobloise Épiderme de Nicolas Hubert, qui a donc obtenu le prix du public. Une récompense grandement méritée, la pièce (re)flux étant l’une des plus intéressantes et pertinentes que l’on ait pu voir sur les deux jours. Les trois lauréats tourneront dans toute la France la saison prochaine. Q

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Les pas dansés

SCENES | Danse / La Compagnie Epiderme, fièrement menée par le chorégraphe et danseur Nicolas Hubert, et en résidence à la Rampe pour trois ans, offre une nouvelle (...)

Laetitia Giry | Lundi 1 octobre 2012

Les pas dansés

Danse / La Compagnie Epiderme, fièrement menée par le chorégraphe et danseur Nicolas Hubert, et en résidence à la Rampe pour trois ans, offre une nouvelle création qui joue la carte de la modestie. Sans pour autant se complaire dans la facilité, (re)flux fait se confronter les corps en utilisant la grammaire de base de la danse, en « jouant avec le mouvement qui précède le mouvement dansé » comme le définit le chorégraphe. Le trio marche, court, rampe, roule, saute, dans un calme qui se mue en frénésie, porté par la musique du musicien Bertrand Blessing, présent sur scène pour distiller sa formule envoûtante de basses et de stridences. Une boucle répétitive qui enrobe, hypnotise le spectateur en même temps qu’elle porte les danseurs : « on baigne, on flotte dedans » précise Nicolas Hubert. La musique et la danse forment ainsi un couple idéal, les éléments d’un même puzzle qui se transforme en jeu d’illusions… Car si la chorégraphie prend racine dans des mouvements simples, elle les transforme vite en prouesses : avec une fluidité étourdissante, les danseurs marchent sur le mur, crapahutent et chahutent, se heurtent et se portent. La ronde du début (réf

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La nébuleuse Fluxus

ARTS | Saint-Étienne / Dès la fin octobre, le Musée d’art moderne présentera pendant trois mois l’exposition Fiat flux : la nébuleuse Fluxus, 1962-1978, événement (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 20 septembre 2012

La nébuleuse Fluxus

Saint-Étienne / Dès la fin octobre, le Musée d’art moderne présentera pendant trois mois l’exposition Fiat flux : la nébuleuse Fluxus, 1962-1978, événement célébrant le cinquantenaire des débuts de Fluxus, mouvement artistique marquant de la seconde moitié du 20e siècle. Une exposition revendiquant la forme d’une nébuleuse, car plutôt qu’un groupe constitué et bien défini, Fluxus est, comme son nom l'indique («flux», «courant» en latin), un état d'esprit, un champ d'action et de déréliction, sous l'influence de Dada, John Cage et de la philosophie Zen. L'appellation, incontrôlée, est inventée en 1961 par l'artiste Georges Maciunas à New York, et se diffuse très vite en Allemagne de l'Ouest, à Nice en France (où Ben organise avec Maciunas un concert fluxus en 1963, et crée la même année son Théâtre Total), aux Pays-Bas, au Japon... Le "Manifeste Fluxus" donne la tonalité générale et élastique de ce non-groupe : « L'art Fluxus réprouve la distinction entre l'art et le non art, il réprouve le critère d'indispensabilité de l'artiste tout comme l'exclusivité, l'individualité, l'ambition, toute préten

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Claire Diterzi : la playlist

MUSIQUES | Retour en quelques titres sur le parcours de cette auteure-compositrice-interprète à l’affiche du spectacle Rosa la Rouge. AM

François Cau | Mercredi 23 novembre 2011

Claire Diterzi : la playlist

Infidèle (album : Boucle)L’un des morceaux qui résume sans doute le mieux l’univers de Claire Diterzi, tant au niveau littéraire que musical. Il fut utilisé dans le spectacle Iris de Philippe Decouflé. Claire Diterzi - "Infidèle" par naiverecords   Knockin’ on Heaven’s Door (album : Requiem for Billy the Kid)Pour la BO du film d’ Anne Feinsilber, elle reprend Bob Dylan… et c’est sublime !   Tableau de c

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La vie en rouge

MUSIQUES | Rosa la Rouge, c’est un concert théâtralisé sur la figure de la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg, composé par la chanteuse Claire Diterzi. Une artiste passionnante et enthousiasmante qui détonne dans un paysage de la chanson française lisse à l’extrême. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 18 novembre 2011

La vie en rouge

« Je n’ai pas peur et je veux tout / C'est moi Rosa la Rouge / Jamais je ne pleure et je prends tout / La prima donna rouge. » Rosa Luxemburg en pasionaria pop ? Sur le papier, l’idée semblait aussi saugrenue que d’imaginer le Che en membre frétillant d’un énième boys band. Pourtant, Claire Diterzi l’a matérialisée en écrivant une quinzaine de chansons qui forment l’étonnant spectacle Rosa la Rouge, mis en scène par l’homme de théâtre Marcial Di Fonzo Bo. Avec l’idée de se servir de la figure historique de cette militante et théoricienne marxiste, pour l’emmener plus loin, comme l’explique l’auteure-compositrice-interprète : « On ne voit pas la vie de Rosa Luxemburg, ce n’est pas didactique, pas biographique. C’est un délire à partir du personnage. On s’est amusés à faire des allers-retours entre aujourd’hui et l’époque où elle vivait. » Ainsi, en 2011, Rosa Luxemburg envoie des SMS, possède une carte Ikea, et traite les hommes de couilles molles. Loin de la simple modernisation aguicheuse, Claire Diterzi a simplement souhaité tisser des ponts entre elle, artiste du XXIe siècle qui avoue être très loin de la politique, et Rosa Luxemburg, militante « née cent ans pile avant moi »

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Hautes tensions

SCENES | La nouvelle édition des Soirées, toujours coorganisées par la MC2 et le Centre chorégraphique national de Grenoble (dirigé par l’indéboulonnable Gallotta), est sous-titrée cette année "Sous tension". Un thème pas forcément fun qui nous offre néanmoins quelques propositions fortes. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 28 mai 2010

Hautes tensions

Au fil des ans, les Soirées (ex-Soirées d’Émile, du nom de l’imaginaire Émile Dubois inventé par Jean-Claude Gallotta il y a de ça trente ans) gardent le même principe : à savoir, faire émerger le travail de nouveaux chorégraphes (néanmoins déjà confirmés, les Presk’îles d’Émile étant quant à elles destinées aux "novices"), et leur donner les moyens de le dévoiler dans des conditions professionnelles, devant un public. Cette année, la programmation se veut pointue, entièrement construite autour de l’idée de tension, avec notamment des corps jetés en pâture dans un monde jugé trop violent. Un thème qui place donc ce mini festival sous des auspices graves. Parmi les six créations dévoilées au cours des trois soirs de représentation, nous en retiendrons trois. Des formes courtes qui, si elles ne nous ont pas forcément toutes entièrement convaincus, ont le mérite de sortir des sentiers battus. Influx controls : I wanna be, wanna be L’influx control était une loi en vigueur en Afrique du sud restreignant la liberté de mouvement des personnes noires, pour les empêcher de se rendre dans les zones riches. Le chorégraphe Boyzie Cekwana a ainsi décidé de

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Prolongations

MUSIQUES | Musique / S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Ez3kiel, c’est de manquer de suite dans les idées. Depuis ses débuts, le groupe s’est en (...)

| Vendredi 13 juillet 2007

Prolongations

Musique / S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Ez3kiel, c’est de manquer de suite dans les idées. Depuis ses débuts, le groupe s’est en effet constamment appliqué à peaufiner inlassablement un univers musical, mais également visuel, à mi-chemin entre élégante modernité empreinte de futurisme et charme rétro suranné. Les années passant, et le groupe gagnant en notoriété, les moyens ont bien entendu pris une ampleur croissante, immédiatement répercutée sur la création : invités musicaux de plus en plus nombreux sur chacun des albums, tissage sans cesse plus sophistiqué entre instruments acoustiques et traitement électronique… Mais c’est avant tout dans le domaine visuel que le bond en avant s’est fait le plus flagrant. Pour aboutir aujourd’hui à ce Naphtaline, univers somme regroupant une bande-son, un DVD vidéo, mais surtout un DVD-Rom interactif qui fournit au groupe une porte d’accès nouvelle, et novatrice, à son monde à la croisée des nouvelles technologies et d’un esthétisme onirique. Porte dont les clés sont données en toute confiance à l’auditeur-spectateur-manipulateur, qui peut par le biais d’une interactivité remarquable, tracer son propre chemi

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