Ron Morelli et DJ TLR : la techno à contre-courant

MUSIQUES | Fondateurs respectifs de deux des labels électroniques les plus passionnants des années 2000 et 2010 (L.I.E.S. et Crème Organization), Ron Morelli et DJ TLR sont les figures de proue d’une nouvelle scène techno qui refuse toute afféterie pour mieux rendre au genre sa puissance d’évocation originelle. Ils seront de passage cette semaine à la Belle électrique à l'invitation de l'association grenobloise Micropop.

Damien Grimbert | Mardi 23 juin 2015

Les plus observateurs d'entre vous l'auront probablement déjà remarqué : la techno et la house n'ont sans doute jamais été aussi populaires qu'aujourd'hui. À Paris et dans toutes les grandes villes de France, un public grandissant, avide de nouveauté et de plus en plus pointu, se rue en masse dans les nouveaux clubs et festivals dédiés au genre pour se trémousser en rythme et partager des moments de fête mémorables entre amis.

Le revers de la médaille, malheureusement, est que pour en arriver là, le genre a dû gommer au passage une bonne partie de ce qui faisait sa singularité et de sa force subversive. Propre et policée au point de sentir parfois la javel, la techno d'aujourd'hui est de plus en plus fonctionnelle mais de moins en moins personnelle, et a gagné en fréquentabilité ce qu'elle a perdu en puissance d'évocation. De musique futuriste, rugueuse, anticonformiste, mal aimée et mal élevée, elle s'est transformée avec les années en sorte de gendre musical idéal : branchée, élégante, cultivée, complètement dans l'air du temps, mais souvent désespérément ennuyeuse.

Comme souvent dans ce genre de cas, heureusement, une nouvelle vague d'artistes s'est construite en réaction à cette tendance, bien déterminée à ne jamais se fondre dans la masse et à rendre à la techno l'aura à la fois crade, punk et magique de ses débuts. Puisant avec une ferveur égale dans les sonorités brut de décoffrage des classiques de la fin des années 80 et du début des années 90, et dans toute une gamme d'influences exogènes à laquelle leur curiosité les a menés (noise, indus, ambient, musiques ethniques, minimal wave, expérimental…), ces rebelles d'un nouveau genre se sont également trouvé de nouvelles familles d'adoption par le biais d'une flopée de labels défricheurs comme The Trilogy Tapes, Opal Tapes, PAN et Berceuse Héroïque, ou encore Get The Curse et In Paradisum niveau français.

Au sein de cette constellation, deux labels, en particulier, ont réussi à transcender leur statut underground originel pour s'imposer en véritables références internationales : L.I.E.S du New-Yorkais Ron Morelli et Crème Organization du Hollandais DJ TLR.

L'école hollandaise

S'il y a bien une scène qui a réussi à ne jamais sombrer dans la techno sans âme au kilomètre et à refuser farouchement toute forme de compromission, c'est à n'en pas douter celle engendrée à La Haye dès le début des années 90 autour d'entités mythiques comme Bunker Records et le collectif Unit Moebius de Guy Tavares. Oscillant entre sonorités acid, techno pure et dure, jackin house percussive et influences synthétiques 80's sélectionnées avec soin (italo-disco, Miami bass, électro-funk…), des pionniers comme I-F, Legowelt, DJ Overdose, DJ Technician ou encore Alden Tyrell ont ainsi pavé la voie à toute une génération d'artistes qui ont grandi dans l'ombre.

Au début des années 2000, les uns et les autres vont ainsi se retrouver réunis dans le catalogue d'un nouveau label promis à un riche avenir, le bien nommé Crème Organization. Accumulant à un rythme démentiel des sorties absolument irréprochables signées par la crème des artistes du genre, le label de DJ TLR impose progressivement comme marque de fabrique son goût pour les mélodies envoûtantes, les sonorités sales et les rythmiques vénéneuses, au point de devenir l'un des préférés d'un certain disquaire new-yorkais de A1 Records qui ne va pas tarder à voguer des ses propres ailes : le dénommé Ron Morelli.

Le renouveau new-yorkais

Élevé au son du punk, de la noise et du hardcore, Ron Morelli fonde L.I.E.S. Records en 2010 avec un objectif on ne peut plus simple : sortir au format vinyle les productions de ses amis proches, pour la plupart issus comme lui d'un background éloigné des musiques dansantes. Parce qu'ils ignorent ou tout simplement se contrefoutent des conventions et des tendances en vogue dans le milieu house et techno, ces artistes outsiders comme Svengalisghost, Jahiliyya Fields, Marcos Cabral, Willie Burns, Gunnar Haslam, Xosar ou encore Legowelt (génial et surproductif producteur hollandais venu marquer le pont créé entre les deux scènes) vont engendrer une petite révolution qui ne va cesser de prendre de l'ampleur année après année.

Défricheurs débridés adeptes d'un son sale, rugueux et mal-léché qui sent la poussière, la sueur et la bière renversée sur le sol, ces nerds passionnés et ultracréatifs se retrouvent complètement dans l'approche iconoclaste du label de Morelli, pour lequel plans promos, calendrier prévisionnel, approche marketing et synchro de pub n'ont jamais fait et ne feront jamais partie du décor.

Une éthique "Do It Yourself" 100% underground qui, alliée en parallèle à un catalogue dans lequel on serait bien en mal de trouver la moindre scorie, va paradoxalement propulser L.I.E.S. et son fondateur au sommet de la hype mondiale, et, par ricochet, offrir un coup de projecteur bienvenu à l'ensemble de la scène évoquée plus haut. Comme quoi il ne faut jamais désespérer…

Ron Morelli, DJ TLR, Serom et Paul André, samedi 27 juin à 23h à la Belle électrique


Micropop présente : Ron Morelli & Dj TLR + Serom + Paul André

Techno
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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