Christophe : « Les gens aiment mon espèce de voix »

Concert | En queue de comète d'un "Intime Tour" déjà bouclé, Christophe livrera son dernier récital piano-voix à la Belle électrique, en attendant un album pour le printemps. Retour avec l'intéressé sur une tournée pas jouée d'avance faite de piano, de voix, de rencontres et de tâtonnements.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 octobre 2015

Lors de notre dernier entretien pour l'édition lyonnaise du Petit Bulletin, vous preniez quelques leçons de piano, en vue de l'Intime Tour ; un exercice que vous redoutiez beaucoup. Résultat, un an et demi de tournée : finalement, ça s'est plutôt bien passé...

Christophe : Oh, je ne suis pas devenu un virtuose en deux ans. Après quelques cours d'explications des claviers, pour comprendre des choses comme les augmentations d'accords, j'ai laissé naturellement jouer ma technique d'autodidacte. Mais c'est vrai que j'ai d'abord été très intimidé par cet instrument. Rien qu'à penser qu'il pouvait y avoir des pianistes dans la salle... C'est un complexe que j'ai un peu perdu en m'amusant. J'ai une main gauche qui est très très faible, c'est dommage pour un pianiste, mais bon, c'est comme ça, je ne l'aurai jamais. J'ai 70 balais maintenant.

Avez-vous expérimenté un nouveau rapport à votre public dans le dépouillement piano-voix comme dans la manière d'aborder vos chansons ?

Les chansons, ce n'est pas très important ! Ce qui forge, c'est de s'amuser à déstabiliser les versions d'origine parce qu'avec un piano, évidemment, en termes d'orchestrations, on est vite limité. Et effectivement ce qui m'a plu, en solitaire, c'est de rencontrer les gens. Ce ne sont pas des concerts avec deux heures de musiques enchaînées, parfois je m'arrête, je me surprends à poser des questions aux gens, à rire avec eux. Ils me demandent des chansons, m'emmènent là où je n'avais pas pensé aller.

C'est quelque chose que je n'avais jamais vécu en concert. Jusque-là, pour moi, la scène, ça avait toujours été un exercice très statique et, franchement, je me faisais chier. Je vais vous dire, je suis bien content de ne plus me faire chier en concert. Je joue peut-être mal du piano mais, au moins, je ne me fais pas chier !

Sur le disque live qui immortalise la tournée, on entend beaucoup le public reprendre vos chansons en chœur...

(il coupe) Oh oui, les gens chantent, c'est comme ça. Et quand ils chantent, je les laisse chanter. C'est une question d'endroit, de feeling du moment, ça se passe ou pas. C'est quand même l'inconnu total un concert. Le public joue aussi avec l'inconnu, il joue avec moi sans me connaître mais parce qu'il me découvre. Et quand ils sortent de la salle, une chose est sûre : ils me connaissent mieux que quand ils sont entrés.

Parfois vous dites : « Je ne suis pas chanteur. Je suis un instrument qui se place sur des robes sonores que je fais comme quelqu'un qui crée une robe. » Sur l'enregistrement du disque live Intime, juste avant d'entamer J'l'ai pas touchée, vous concédez : « On va chanter maintenant parce que dans tout ce bordel, on est quand même un peu chanteur. » Chanteur vous l'êtes, c'est indéniable ; pourtant vous semblez toujours placer cela au second plan...

Comme j'ai commencé à 15 ans avec l'étude du son et que ma voix ne m'intéressait pas du tout, j'ai mis longtemps à avoir envie de chanter. À force de pratiquer les collages de sons et de trouvailles musicales, j'ai commencé à poser ma voix dessus. Mais, comme vous devez le savoir, pas très naturellement : j'ajoute depuis toujours des échos, des effets, parce que le chant dans sa normalité ne m'intéresse pas du tout. Je déteste par exemple chanter a capella, je refuse systématiquement.

Pour Christophe, le chanteur, cette mise à nu au piano a dû être compliquée...

Oui. Mais je suis un mec qui ne répète pas tellement les choses, qui se lance dans l'arène et envoie ce qu'il sent. C'est plus bluesman que la Callas comme approche. Mais pour moi, le chant, c'est la Callas : une chanteuse d'opéra qui va faire ses voix, travailler à produire quelque chose d'extraordinaire. Moi, j'ai un son particulier, je le sais, je m'en sers mais disons que, pour moi, la voix est plus un instrument qu'une façon d'être chanteur.

Après je chante, oui, parce que les gens aiment mon espèce de voix – même si de temps en temps, j'essaie quand même de leur filer un petit coup de vice en changeant quelques trucs pour leur casser les pieds. J'ai aussi très bien compris qu'il y a une nouvelle génération qui aime surtout ma dernière décennie de musique, s'intéresse plutôt à mon évolution et au fait que j'expérimente des nouvelles sonorités sur des chansons de variét'.

Vous incarnez à ce point le mélange des genres et le chevauchement des époques, de la variété et de la scène indé actuelle, qu'un jour Bayon, à l'époque critique rock à Libé, a dit que vous étiez le chaînon manquant entre Adamo et Alan Vega...

Il n'a pas tort. Bon, au départ, je suis plus John Lee Hooker qu'Adamo, hein. Après, ce qui me rapproche d'Adamo, c'est que j'ai créé des mélodies un peu variétés qui ont marqué. Et puis dans les années 1970, je me suis assez vite intéressé à la technologie, aux créateurs de nouveautés et j'ai essayé d'en faire la synthèse. Et comme je suis là depuis le début, que j'ai vu arriver des choses comme les samplers, je maîtrise un peu.

Votre adaptation perpétuelle à la technologie et votre goût de la recherche sonore ont-il été la clé de votre longévité et de votre régénération musicale ?

Bon déjà, moi, je n'ai jamais cherché un moyen de durer, je m'en fous. Mais, oui, si je dure, c'est sûrement grâce à cette maîtrise de la technologie et parce que je m'intéresse beaucoup à ce qui se fait. Aujourd'hui, si vous voulez comprendre pourquoi je fais de la musique, vous écoutez Jewels de Black Atlass [très jeune producteur d'électropop canadien – NDLR].

Votre prochain album est annoncé pour mars 2016. Or vous en parliez déjà en janvier 2013... Il vous a demandé davantage de travail, finalement ?

Je ne peux pas dire que je "travaille" longtemps sur mes albums, puisque que je ne quitte jamais mes synthés et que je fais tout le temps de la musique – à l'heure où je vous parle, je ne suis pas en train de boire l'apéro ou de faire mon tiercé, mais de tester des sons avec un OP-1, un synthé suédois que m'a fait découvrir le DJ Max Komori et qui m'a permis de faire de nouvelles synthèses sonores.

Et puis à un moment, les choses s'emboîtent et tout à coup, un album se dessine autour d'une douzaine de chansons. De fait, oui, ça fait longtemps, mais quand on est en tournée, on ne fait pas autre chose. Quand on joue au Liban, on n'est pas en studio.

Vous avez évoqué pour cet album des chansons qui seraient comme autant de petits films. Comment avez-vous abordé son écriture d'un point de vue textuel ?

Les gens me parlent souvent de textes comme si j'étais un poète. Pas du tout. Ce n'est pas la richesse des mots qui me fait chanter mais la richesse musicale du support qui me fait créer des mots. Parfois, les choses viennent d'elles-mêmes : j'aimerais aujourd'hui être capable de récrire une chanson comme Merci John d'être venu. Mais cette chanson je ne l'ai pas "écrite", c'est un miracle. Je n'écris pas, je note. Et je réutilise.

Ce que je viens de vous dire, sur la richesse des mots, c'est quelque chose que j'ai noté dans mon iPhone l'autre jour, parce que ça m'est venu il n'y a pas longtemps en interview et depuis je la donne à tout le monde, comme ça, ça m'évite de chercher une autre réponse (rires). Tout ça pour qu'on comprenne que je n'écris pas un texte d'amour comme un dingue avant de composer mais que c'est la musique qui est porteuse de mots.

Malgré tout, à un moment, les mots, il faut quand même les sortir, les écrire, les chanter...

Oui, au moins, il faut les coller, comme faisait Bashung. Et puis j'ai des paroliers autour de moi, c'est un travail d'équipe. Beaucoup plus que pour la musique. La première chanson de l'album qui s'appelle Définitivement, j'aurais rêvé d'en écrire le texte mais je n'ai pas été à la hauteur. Le texte n'est pas de moi, mais de la compagne de mon ingé son : je lui ai expliqué ce que je voulais dire, elle l'a très bien compris, et ce texte je le fais sonner. Le reste on s'en fout.


Christophe


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
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ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Christ aveugle" : mysticisme religieux... et linéaire

ECRANS | de Christopher Murray (Chi.-Fr., 1h25) avec Michael Silva, Bastian Inostroza, Ana Maria Henriquez…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Depuis son enfance, Michael est persuadé d’être une sorte d’élu de Dieu, capable de miracles. Prêchant souvent dans le désert, il s’attire davantage d’hostilité que d’écoute. Un jour, il part guérir un ami d’enfance victime d’un accident. Ses fidèles le suivent, guettant le prodige… Dans le foisonnement actuel du cinéma chilien, Christopher Murray tente une entrée par le versant du mysticisme religieux – les évangélistes de tout poil ayant particulièrement la cote en Amérique du Sud. Cette fiction n’en est une qu’à demi, puisqu’il s’est nourri du quotidien des habitants de la Pampa del Tamarugal, de leur décor et de leurs histoires pour composer la trame du film. Ce sont eux également qui ont été choisis pour en être les interprètes – normal que Le Christ aveugle leur soit dédié. Grâce à cette approche, Murray conserve une indiscutable vérité (les visages émaciés, les corps suppliciés par l’indigence ou la maladie ne mentent pas) ; il retranscrit également le besoin muet d’un peuple abandonné de croire en l’impossible – fût-il promis par un semi-illuminé. Dommage qu’il manque d’une vision réellement originale pour no

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Et si l’entreprise sauvait la culture?

ACTUS | La crise que connaît depuis des années le monde culturel laisse de la place à de nouvelles initiatives. Start-ups ou financements mixtes naissent à Grenoble pour pallier le manque de soutien des collectivités publiques. Retour sur plusieurs exemples locaux, comme la Belle Électrique ou Short Édition.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 7 février 2017

Et si l’entreprise sauvait la culture?

La situation économique de la culture commence à devenir alarmante en France. Rien qu’à Grenoble, on ne compte plus les festivals qui s’arrêtent (Rocktambule), les salles qui ferment (le Ciel), les assos qui périclitent (Sasfé à la Villeneuve). Certains acteurs de l’agglomération tentent de trouver des solutions comme l’a remarqué Olivier Zerbib, sociologue de la culture et du management de l’innovation à l’IAE (Institut d’administration des entreprises) de Grenoble. « Puisque le ministère de la Culture ne donne pas de direction, puisque la Ville de Grenoble ne diffuse qu’un discours comptable, la culture cherche de nouvelles sources de financement. » La Belle Électrique organisait ainsi en septembre dernier l’événement Culture < > Futur, qui avait lieu au Musée de Grenoble. On y « découvrait et échangeait sur les tendances culture, entrepreneuriat et numérique » nous explique Alban Sauce, de l’association MixLab (qui gère la salle de con

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Yael Naim et le Quatuor Debussy : corps à cordes

MUSIQUES | Depuis plus d’un an, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (deux violons, un alto et un violoncelle) sont tombés en amour. Un amour qui prend la forme d’une tournée revisitant avec douceur le répertoire passé et présent de la Franco-Israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties cette semaine à la Rampe d’Échirolles.

Stéphane Duchêne | Lundi 9 janvier 2017

Yael Naim et le Quatuor Debussy : corps à cordes

Ce n'était qu'un concert surprise en juin 2015, né du désir de rencontre d'une chanteuse qui les multiplie, Yael Naïm, et d'un quatuor de chambre qui n'aiment rien tant que briser les barrières à coups d'archets. Au départ donc, forcément, un concert de presque rien ; trois ou quatre titres (bizarrement, aucun des protagonistes ne semble se souvenir du chiffre exact), presque improvisé. « On a travaillé un peu en amont, mais on ne s'est vraiment rencontrés avec le quatuor que le jour même. C'était super, c'est un quatuor classique très pointu et en même temps très ouvert, complètement rock'n'roll » explique Yael Naim. Et quelque chose s'est produit qui n'était pas prévu. Quelque chose de magique. « J'ai rarement vécu une telle émotion dans un concert, on s'est vraiment sentis très chanceux d'être là. » Christophe Colette, violoniste du quatuor, d'ajouter : « Ce concert improvisé, sur le pouce, a été tellement magique qu'avec les membres du quatuor, on se surprenait à prendre autant de plaisir à écouter Yael qu'à jouer avec elle. » Le genre de moment pour lequel on aimerait pouvoir dire : j'y étais.

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Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

Secteur associatif | Début novembre, c’était le clap de fin pour la Fédération rhônalpine des MJC (maisons des jeunes et de la culture). Les 95 emplois de cette tentaculaire organisation (200 associations affiliées, 145 000 adhérents) sont supprimés. Résultat : quatre directeurs grenoblois se sont fait virer, et les finances ne sont pas au beau fixe.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 6 décembre 2016

Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

« On n’a plus de directeur depuis octobre. » C’est le constat amer de la secrétaire de la MJC grenobloise Anatole France. Pourtant Karim Chamon, l’ex-patron, squatte toujours son bureau près du cours de la Libération (photo). « J’ai encore plus de travail depuis que je suis au chômage : je m’occupe des paies, de la compta… » égraine-t-il affairé dans des dossiers. En buvant son quatorzième café de la journée, il s’explique : « Je suis directeur bénévole à la MJC en attendant ma réembauche en janvier. » Son employeur, jusque-là la fédération régionale des MJC, était en redressement judiciaire depuis mai 2016. Sans repreneur, elle vient d’être liquidée, ce qui a des conséquences sur tous les territoires. À Grenoble par exemple, quatre des sept directeurs de MJC étaient employés par elle. Ils ont tous été réembauchés par leur MJC : Anatole France (pour bientôt), Lucie Aubrac, Parmentier et Abbaye. Aujourd’hui, le constat est sans appel :

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The French Bastards en BO

MUSIQUES | Ils sont trois et auraient sans doute pu devenir compositeurs de musique de films. Eux ont préféré mettre leur talent au service d'un jazz énergique et sautillant aux influences multiples. Le résultat est pour le moins original.

Gabriel Cnudde | Mardi 6 décembre 2016

The French Bastards en BO

On pourrait les confondre avec un album de l'Inspector Cluzo. Seulement voilà, The French Bastards ne font pas du hard rock. On pourrait plutôt parler de hard jazz tant l'énergie dégagée par leurs compositions n'a rien à envier aux riffs bourrés de distorsion et de fuzz de leurs homologues à gros amplis. S'il faut du talent et un certain courage pour se lancer dans le hard rock en 2016, il en faut d'autant plus pour proposer un jazz accessible à tous. C'est pourtant ce que font Jean-Christophe Prince (premier rédac chef du PB pour la petite histoire, il y a plus de 20 ans donc), Guillaume Lannoy et Xavier Bray, concert après concert, enregistrement après enregistrement. Et pour l'heure, les trois Grenoblois le font très bien. Bande originale Pianiste avec probablement un peu plus de dix doigts, Jean-Christophe Prince compose ce qui est ensuite réarrangé par l'ensemble de la formation.

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Culture sous haute surveillance politique

politique culturelle | Fini le temps où les politiques culturelles étaient construites main dans la main avec les artistes et les professionnels ? Aujourd’hui, les élus semblent de plus en plus vouloir se réapproprier ce secteur avec, parfois, des méthodes abruptes et des arguments spécieux – ah, le fameux mot élitisme mis à toutes les sauces. Retour sur les derniers faits en date, notamment à Seyssinet-Pariset.

Jean-Baptiste Auduc | Lundi 31 octobre 2016

Culture sous haute surveillance politique

« On n’a pas très envie de revenir sur ce sujet. » Voilà ce qu’on nous répond à l’Ilyade de Seyssinet-Pariset lorsqu'on cherche à joindre l’équipe pour évoquer les difficultés qu’elle rencontre avec la mairie (de droite) et l’adjoint à la culture Frédéric Battin. Retour en mars 2016. La directrice de la salle de spectacle, Noémi Duez, boucle sa programmation pour la prochaine saison. Mais juste avant le dévoilement de celle-ci, la mairie lui demande un changement : sur les 17 spectacles prévus, un va devoir disparaître de la plaquette. Ce sera Vous reprendrez bien une petite danse, pièce de danse contemporaine présentant des personnes âgées. Comme l’Ilyade est une salle municipale (ce qui est le cas de nombreuses autres dans l’agglo), l’élu à la culture dispose d’un droit de regard. « Je me dois de donner une couleur à la programmation. Il nous a semblé que ce spectacle était celui qui correspondait le moins à ce que nous voulions pour l’Ilyade. » La programmation est pourtant un travail en soi, confié à la directrice et son équipe. Alors pourquoi cette décision, justifiée entre autr

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Avec "Apnée", les Chiens de Navarre ne manquent pas d’air

ECRANS | de Jean-Christophe Meurisse (Fr., 1h29) avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Avec

Deux hommes et une femme pénètrent dans une mairie en robe de marié-e pour convoler ensemble. L’élu, excédé, leur signifiant que « ce n’est pas encore possible », ils partent alors à la poursuite de chimères, se heurtant au passage à diverses contingences du réel… Au générique, le trio fait du patin à glace avec pour seule tenue des masques de catch mexicain, avant de barboter dans une baignoire placée dans la vitrine d’un magasin. Rien n’effraie la compagnie théâtrale Les Chiens de Navarre dans ce collage aussi inégal que foutraque : les séquences s’enchaînent comme des petites saynètes indépendantes, selon les règles souples du coq-à-l’âne et au gré d’une fantaisie absolue. À croire que le film a été fabriqué en semi-impro durant les périodes de vacances de la troupe, comme une récréation. Cela ne gâche pas sa fraîcheur, mais en fait un objet relativement anodin, car convenu dans sa forme – Apnée n’est pas À bout de souffle non plus, si vous voyez la fine allusion. Mentions spéciales toutefois à quelques idées rigolotes post-surréalistes (tel le Christ décrucifié incapable de marc

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"L'Outsider" : Jérôme Kerviel sur grand écran

ECRANS | Christophe Barratier, réalisateur notamment des "Choristes", remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

Qu’il semble loin le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : "l’affaire Kerviel". Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est "l’évocation de faits réels" – une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les raisons sociales impliquées dans la crise de la Société générale en 2008 – on se croirait dans un film américain ! Défi d’initier L’Outsider raconte la bourse, la mécanique

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« Jérôme Kerviel est la personne la plus fiable que je connaisse »

ECRANS | Après le Pape, Jérôme Kerviel a trouvé en Christophe Barratier un nouveau témoin de moralité de poids. Rencontre avec le cinéaste de "L'Outsider", en salle ce mercredi 22 juin.

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

« Jérôme Kerviel est la personne la plus fiable que je connaisse »

Pourquoi ce titre L'Outsider ? Christophe Barratier : Quelqu’un m’a dit un jour : « Jérôme Kerviel n’était pas fait pour être trader, il est arrivé comme un outsider ». Quand ce jeune homme de Pont-l’Abbé est arrivé sur le desk, personne ne soupçonnait que deux ans plus tard il gagnerait 200 fois plus que les autres, et serait huit ans plus tard l’auteur du plus grand scandale financier de tous les temps. Après l’avoir rencontré, quelque chose ne collait pas dans cette histoire. C’est la personne la plus fiable que je connaisse : je n’hésiterais pas à lui confier les clés de mes maisons, la garde de ma fille, ce que vous voulez… Comment se fait-il que ce type-là, pour moi l’un des plus honnêtes, soit connu comme le plus grand fraudeur de tous les temps ? La version de la Société générale du "loup solitaire terroriste" ne résiste pas à l’épreuve des faits quand on fait 8 jours d’enquête. N’est-ce pas aussi vous L’Outsider, dans l

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation à destination des enfants autant que des adultes… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 18 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris la méfiance et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche”, lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables que sont Les Malheurs de Sophie, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes (ce que l’ouvrage, dans sa forme théâtrale, incite à faire, et l’amorce du

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Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can., 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi)

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Noël tardif au Magasin

ARTS | En parallèle de l'exposition de Didier Faustino prolongée jusqu'au 27 mars, le Magasin présente les lauréats de ses expositions de Noël 2013 et 2014. L'occasion de retrouver des artistes intéressants, avec comme grand gagnant le médium vidéo.

Charline Corubolo | Mercredi 24 février 2016

Noël tardif au Magasin

Quand, chaque année au mois de décembre, la célébration de la naissance du divin enfant approche, le Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble, n'est pas avare en cadeaux et propose sa traditionnelle exposition de Noël. Organisée depuis 2007 à l'Ancien musée de peinture place de Verdun, elle rassemble entre 20 et 30 artistes ayant un lien avec la région Rhône-Alpes. Une proposition qui permet une ouverture sur la création artistique locale, et qui se trouve accompagnée de la remise de deux distinctions : le prix de la Ville de Grenoble, décerné par le jury qui a sélectionné les jeunes créateurs, et le prix Édouard Barbe, donné par un groupe de collectionneurs. Pour chaque cru, deux artistes sont donc mis en avant et fort d'une excellente cuvée en 2013, dont un prix ex aequo, et en 2014, le Magasin présente aujourd'hui les lauréats de ces deux éditions, dans ses murs cette fois-ci. Le temps d'une exposition sont ainsi réunis les couronnés Laura Haby, Mükerrem Tuncay, Stéphanie Solinas, Laura Kuusk et Christophe Tournay. Un concentré de talents contemporains qui s'expriment en photographie, en installation, en peinture et en vidéo. Gloire à la vi

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JC Prince, du PB à la chanson

MUSIQUES | La vie est bien faite : la semaine de sortie du numéro 1000, Jean-Christophe Prince, premier rédacteur en chef du PB, est en concert à l’Atrium de Fontanil-Cornillon avec ses chansons. Ça valait bien une interview, dans laquelle le tutoiement est évidemment de rigueur. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 19 janvier 2016

JC Prince, du PB à la chanson

Après six ans à la tête de la rédaction du PB (de 1993 à 1999 pour être précis), tu t’es lancé au début des années 2000 dans la musique. Ça a fait quoi de changer de statut, de passer de l’autre côté de la barrière ? Jean-Christophe Prince : J’avais vraiment aimé être au Petit Bulletin, mais c’était bien d’arrêter… Ça m’a fait plaisir de ne plus être du côté de ceux qui regardent, de me retrouver parmi ceux qui proposent des choses. Tu n’as pas eu peur d’être attendu au tournant ? Non, pas vraiment. Même si, pour l’anecdote, les musiciens de Grenoble ne m’ont pas fait spécialement un accueil chaleureux. Je ne dis pas ça par aigreur, ça m’avait plutôt fait marrer d’ailleurs ! Et comme je n’avais pas forcément été toujours tendre dans le PB, c’était de bonne guerre. En plus, musicalement, tu as décidé de faire de la chanson, genre pas forcément le plus défendu au PB… Non, effectivement ! Après le PB, je me suis laissé porter pendant trois-quatre ans par les choses que je faisais naturellement. J’ai toujours écrit, donc l

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Christophe : intime idée

MUSIQUES | Son Intime Tour se terminera jeudi à la Belle électrique. L'occasion de (re)découvrir ses morceaux à poil, sans filtre synthétique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 octobre 2015

Christophe : intime idée

Évidemment, l'idée n'est pas de lui. On s'en serait douté. L'animal beau bizarre, il le martèle, n'aime pas se retourner sur le passé – même récent. Alors cet Intime Tour, fait de concerts laissant une large part à l'improvisation et à la rencontre, figé pour l'éternité sur un disque, ce n'est pas une idée très "Christophe friendly". Et comme à son habitude, il ne s'en cache pas. « C'est une idée de la maison de disques. Je venais de signer avec Capitol, chez qui sort mon prochain album studio, et c'était le contrat. Un album live de la tournée, un album studio et même probablement un album de duos à suivre. Cet album, je ne l'ai pas écouté, et c'est probablement ce qui m'a permis de continuer cette tournée, ça m'aurait bloqué. » (lire son interview ici) Le fait est que les maisons de disque n'ont pas toujours de mauvaises idées. Car c'est bien la première fois qu'on approche autant au ras un Christophe enfin à nu, sans protection sonore, sans filtre synthétique. Juste sa voix et quelques ac

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Des histoires en attente grâce à Short Édition

ACTUS | Quand innovation et culture se rencontrent, ça donne naissance à un beau projet : la startup grenobloise Short Édition lance son "distributeur d'histoires courtes" pour rendre l'attente plus plaisante dans certains lieux publics de la ville.

Charline Corubolo | Vendredi 16 octobre 2015

Des histoires en attente grâce à Short Édition

Ça s'active à Grenoble. Après Paysages-in-situ, jeu de faussaire basé sur des œuvres représentant des vues de l'Isère qui rencontre un franc succès, voici une nouvelle initiative "made in Gre" qui surprend et emballe. La Ville vient ainsi de donner borne blanche à Christophe Sibieude, cofondateur et président de Short Édition, éditeur communautaire d'histoires courtes, pour le lancement d'un drôle de projet. Depuis quelques jours, huit étranges bornes ont ainsi envahi différents lieux de la ville (voir liste ci-dessous). Loin de distribuer des Malabar et autres caries à retardement, ces prototypes loués par la municipalité proposent aux personnes coincées dans une file d'attente d'éditer une histoire de une, trois ou cinq minutes en pressant un bouton, dans le but de rendre le moment plus plaisant. Nouvelles, BD courtes ou poèmes, les récits s'impriment sur des tickets se

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Présumés Innocents

MUSIQUES | Loin du tapage d'une reformation hystérique, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain ont ravivé avec l'impeccable "Mandarine" la flamme mélomane des Innocents. Réhabilitant au passage le souvenir parfois faussé d'un groupe qui compte finalement beaucoup plus que l'enfilade de tubes livrés deux décennies durant au cœur d'une véritable encyclopédie pop. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 13 octobre 2015

Présumés Innocents

Chienne de vie. Vraiment. Quand on voit la vitesse à laquelle s'est rempli le Transbordeur lyonnais à l'annonce d'un concert surprise des Insus (soit Téléphone reformé en mode clando pour faire genre) et qu'on constate avec quelle discrétion est accueilli le retour des Innocents, eh bien messieurs dames on vous le dit comme on le pense, quelque chose branle dans le manche, il y a du mou de veau dans l'Hygiaphone et le monde est décidément « aussi parfait qu'il est plat » – c'est-à-dire surtout plat. Parce que, si on peut se permettre de parler un peu musique, les Innocents, c'est quand même un Autre Finistère que Téléphone. Ironique, quand on songe que les deux groupes ont été portés par une ribambelle de tubes dopés par les radios. Sauf que, concernant Téléphone, il y a les tubes, taillés pour les stades ou les soirées quadras qui dégénèrent après minuit et c'est tout. Du côté des Innocents, il y a les tubes aussi mais ceux-ci cachent un énorme malentendu. Geste frère, frères de geste Car, lorsqu'on écoutait dans les années 80-90's tous leurs hits (on vous fait grâce de la liste,

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Les dix concerts immanquables de l'automne

MUSIQUES | Il y aura du monde les prochains mois dans les différentes salles de l'agglo grenobloise, dont beaucoup de très bons musiciens. Comme Jay Jay Johanson, Kraftwerk, Christophe, The Jon Spencer Blues Explosion, Socalled...

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 septembre 2015

Les dix concerts immanquables de l'automne

Jay Jay Johanson « Hey ! Content de te voir, ça va Jay Jay ?! » Toujours bof apparemment à en croire la pochette d'Opium et son contenu. Jay Jay, ça va tellement que lors d'une interview sur France Culture, à la journaliste qui fait le bilan de sa carrière « Alors, vous avez 45 ans... », il répond sans rire « non j'en ai 50 » – alors qu’en fait, il en a 45. Bon. Mais Jay Jay, ça va tellement qu'il a sorti cette année – à 50 ans bientôt 68, donc, ne le contredisons pas – son dixième album studio en un peu moins de 20 ans. Sur la période, le Suédois aura à peu près tout fait, y compris s'afficher en Bowie capillairement attenté sur un disque qui flirtait parfois avec la grande époque de Steph de Monac' (Comme un ouragan, donc). Mais Jay Jay, ça va tellement, donc, qu'il nous revient avec un truc bien opiacé qui semble regarder directement dans le verre de Whiskey qu'il nous avait servi en 1996 et nous l'avait révélé en Chet Baker efflanqué aux cheveux blonds et à l'âme bleue faisant le sexe avec Portishead : une sorte de trip-hop jazz comme on aurait même plus l'idée d'en écouter en 2015, n'était

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Le Quatuor Debussy : «décloisonner les musiques»

SCENES | En juin 2013, le prestigieux festival lyonnais Les Nuits de Fourvière fut illuminé par "Opus", création mêlant nouveau cirque, danse et musique, emmenée par la compagnie australienne Circa et le Quatuor Debussy. Une réussite entre poésie et force dans laquelle les interprètes, circassiens comme musiciens, offrent une vision sublimée d'un art collectif. Avant le passage du spectacle par la Rampe d’Échirolles, rencontre avec Christophe Collette, premier violon et membre fondateur du Quatuor Debussy. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 26 mai 2015

Le Quatuor Debussy : «décloisonner les musiques»

Comment est née l’idée d’une rencontre sur scène entre votre Quatuor Debussy et la compagnie australienne Circa ? Christophe Collette : La rencontre a été provoquée par Dominique Delorme, directeur du festival lyonnais Les Nuits de Fourvière, qui connaît notre appétence pour les croisements artistiques. Un jour à Montréal, il est tombé sur Yaron Lifschitz, directeur artistique de la compagnie Circa, qui lui a parlé de son envie depuis des années de faire quelque chose autour de Chostakovitch [compositeur russe de la période soviétique – NDLR]. Comme Dominique savait qu’on était depuis des années un des quatuors spécialistes de Chostakovitch, il a voulu que l’on se rencontre avec Yaron pour voir si ça pouvait marcher. Ce n’est pas la première fois que vous collaborez avec des artistes venus du spectacle vivant – Mourad Merzouki, Maguy Marin, Anne Teresa De Keersmaeker… On fait ça depuis presque vingt ans, on a été très novateurs dans cette démarche artistique. Sa

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Amphithéâtre : Christophe Ferrari s’exprime enfin

ACTUS | Alors qu’il y a tout juste cinq ans, la mairie de Pont-de-Claix décidait de changer totalement la ligne de son théâtre en l’axant sur la création très contemporaine, nouveau changement avec la reprise en main de l’équipement par cette même mairie. En cause, la programmation de la directrice jugée trop élitiste. Presque deux mois après la publication de l’information, le maire Christophe Ferrari s’exprime enfin sur le sujet. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 10 avril 2015

Amphithéâtre : Christophe Ferrari s’exprime enfin

Changement de position à la mairie de Pont-de-Claix au sujet de l’Amphithéâtre. Alors que Christophe Ferrari souhaitait visiblement rester loin, très loin, de la polémique entourant l’Amphithéâtre, demandant à son adjointe à la culture de justifier son choix de remercier la directrice de la structure culturelle, il fait machine arrière, sans doute au vu de la tournure que prennent les événements – beaucoup s’émeuvent de sa décision, parfois violemment comme l’ancien directeur de l’Amphithéâtre Michel Belletante dans une lettre ouverte au vitriol. Une prise de parole tardive de l’édile (plus d’un mois après les premiers papiers dans la presse) expliquée aujourd’hui par une volonté de ne pas interférer à l’époque sur les élections départementales qui se sont déroulées fin mars. « Rendre la culture accessible à tous » Jeudi 9 avril, une poignée de jo

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Amphithéâtre : Michel Belletante prend la parole

ACTUS | Le metteur en scène qui fut directeur de l'Amphithéâtre de Pont-de-Claix de 1996 à 2010 nous a fait parvenir la lettre ouverte virulente qu'il a adressée à Christophe Ferrari, le maire de Pont-de-Claix. Et se positionne clairement contre la décision municipale concernant l'avenir de l'Amphithéâtre.

Aurélien Martinez | Jeudi 19 mars 2015

Amphithéâtre : Michel Belletante prend la parole

Alors qu’il y a tout juste cinq ans, la mairie de Pont-de-Claix décidait de changer totalement la ligne de son théâtre en l’axant sur la création très contemporaine, nouveau changement avec la reprise en main de l’équipement par cette même mairie. En cause, la programmation de la directrice jugée trop élitiste comme on l'évoquait ici. Voici la réaction du metteur en scène Michel Belletante. Lettre ouverte à Christophe Ferrari Maire de Pont-de-Claix, Président de la Métro Christophe, Alors ça y est, tu y es arrivé ! Arrivé à tuer l'indépendance et la (semi)liberté de l'Amphithéâtre. Cette parole, à côté de la tienne, de mon "temps" à la place de la tienne, que tu n'as jamais supportée car elle te dépassait, tu as fini par l'avoir et la faire taire pour un bon moment ! Oui, car elle

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Le Pont-de-Claix : l’avenir de l’Amphithéâtre en question

ACTUS | Alors qu’il y a tout juste cinq ans, la mairie du Pont-de-Claix décidait de changer totalement la ligne de son théâtre en l’axant sur la création très contemporaine, nouveau changement avec la reprise en main de l’équipement par cette même mairie. En cause, la programmation de la directrice jugée trop élitiste. On fait le point avec les acteurs concernés.

Aurélien Martinez | Mardi 3 mars 2015

Le Pont-de-Claix : l’avenir de l’Amphithéâtre en question

« Un coup de théâtre tellement violent. » Forcément, Emmanuelle Bibard, directrice de l’Amphithéâtre depuis 2010, ne prend pas très bien la fin de la convention entre la mairie du Pont-de-Claix et Amphipédia, l’association qui gère l’Amphithéâtre, puisque cela signifie la non-reconduction de son projet. « C’est une décision politique arbitraire, un repli sur soi inquiétant par rapport à l'héritage des années 1980 » – les fameuses années Jack Lang. « On ne ferme pas une salle, on la reprend » assure pourtant Corinne Grillet, adjointe à la culture auprès du maire Christophe Ferrari depuis les dernières élections. Une décision motivée par un bilan jugé trop faible niveau « ancrage avec le territoire ». Corinne Grillet nous parle de « programmation élitiste », alors qu’elle en souhaiterait une plus à l’écoute des habitants de sa ville « qui ne vont même pas au cinéma ». Emmanuelle Bibard, elle, condamne ces « élus qui veulent de la rentabilité à court terme »,

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un « trou de ver » et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés (l’eau, la glace) : c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan. Mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous e

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White bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de White bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hantée par ce fantôme encombrant ? Si Araki adapte ici un roman de Laura Kasischke, c’est surtout pour

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Les Innocents : strip-tease pop

MUSIQUES | Après une séparation brutale en 2000, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain, les deux leaders des Innocents, reviennent sur le devant de la scène. Une reformation dans les tuyaux depuis quelques années qui prend enfin forme avec une tournée et un album attendu pour l’année prochaine – pour compléter sur scène la somme de tubes déjà en magasin. Enthousiastes et impatients, on est partis à la rencontre de JP Nataf pour en savoir plus. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 23 septembre 2014

Les Innocents : strip-tease pop

Le retour des Innocents est un vieux serpent de mer qui est aujourd’hui totalement d’actualité. Quand cette reformation a véritablement été décidée ? JP Nataf : Ça a pris du temps, progressivement. À la fin du groupe, il y a eu seulement deux années de prise de distance avec Jean-Chri : on ne s’est pas perdu de vue très longtemps, il n’y a donc pas eu vraiment à renouer. On s’est vite retrouvés comme on est voisins, on a des amis en commun... D’autant plus qu’il y avait tous les ans une occasion de chanter une chanson ensemble. Il ne s’est jamais passé trop de temps sans qu’on se retrouve autour de guitares ! Quel a été le déclic qui vous a décidés à franchir le pas ? Ça s’est concrétisé il y a cinq ans quand il a fallu que je trouve un sparring-partner pour terminer Clair, mon deuxième album solo que j’avais enregistré seul. Un soir, en parlant avec Jean-Chri, j’ai compris que

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Innocents retrouvés

MUSIQUES | À la rubrique reformation de groupes cultes, celle des Innocents est depuis quelques années un serpent de mer. Un serpent dont on voit désormais la queue puisque après avoir quelque peu séjourné en studio, ses deux maîtres d'œuvre JP Nataf et Jean-Christophe Urbain remontent sur scène. Comme dans "un monde parfait" où la vie serait soudain moins ordinaire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 9 septembre 2014

Innocents retrouvés

Mais au fait, groupe culte Les Innocents ? Oui, mais pas que, la notion s'attachant généralement aux formations qui n'ont connu qu'un succès posthume – voire pas de succès du tout – mais dont on reconnaît l'apport séminal (au sens premier du terme) à leur discipline. Car oui, après les syndicales années de formation et de galère, Les Innocents ont bien connu un succès fulgurant à la charnière des années 80 et des années 90. Et même opéré un squattage en règle du Top 50, intercalés entre variété de seconde main et boys band essorés d'avance.   Cela aurait pu leur coûter leur réputation – on sait les ravages du succès sur la crédibilité artistique en matière de pop music. Mais Les Innocents furent – et mieux : demeurèrent – l'un de ces rares groupes pop français à trouver, sans doute un peu malgré eux (la chose étant si volatile), l'alliage philosophal entre exigence mélodique, références pointues et succès commercial, cumulant comme à la parade Bus d'acier (le Grand Prix du rock français, aujourd'hui disparu, initié en son temps par le Bus Palladium) et Victoires de la Musique.

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Edge of tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship troopers, inspiré d’un manga d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne (quinze minutes) on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge – Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place (un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une « full métal bitch » campée par la passionnante Emily Blunt), l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth (magistral dramaturge anglais) et Christopher MacQuarrie (déjà derrière l’excellent

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L’homme, cet animal

ARTS | La sauvagerie et la soumission sont les faces cachées de l’homme. Une part d’ombre que l’artiste Christopher Elliot entreprend d’étudier depuis quelques (...)

Charline Corubolo | Mardi 11 février 2014

L’homme, cet animal

La sauvagerie et la soumission sont les faces cachées de l’homme. Une part d’ombre que l’artiste Christopher Elliot entreprend d’étudier depuis quelques années de manière anatomique. S’offrant au spectateur sur fond noir, des scènes peintes, en rouge ou en blanc, dévoilent des groupes d’individus tantôt en pleine discussion, tantôt attroupés tels des moutons ou au cœur d’une bagarre. Des situations explicites ou marquées par une ambiguïté, se jouant des rapports de forces mis en place. Les premières toiles fonctionnent sur cette ambivalence : en trio ou plus, les personnages se tiennent debout à un instant indéfini. Les seules données clairement perceptibles sont les émotions qui viennent transcender leur visage. L’étude du corps se focalise sur la bouche et les yeux, dont la finesse du trait crée une véritable déferlante de sensations, oscillant entre rage et inquiétude, avec une prégnance telle qu’une gêne se fait sentir. Malgré cela, les œuvres captivent le regard car l’agressivité des actes s’efface au profit d’un réel exercice morphologique dans lequel le peintre tisse un mélange d’êtres saisissant, inspiration prise aux sculptures du Norvégien Gustav Vigela

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Mélodie Richard : l’actrice

Théâtre / portrait | Depuis trois ans, Mélodie Richard enchaîne les expériences prestigieuses, tant au théâtre qu’au cinéma. À l’affiche cette semaine des "Revenants", la dernière pièce du metteur en scène Thomas Ostermeier, elle apparaît une nouvelle fois comme l’une des comédiennes les plus passionnantes de sa génération, promise à une belle carrière. Ça valait bien un portrait.

Aurélien Martinez | Mardi 4 février 2014

Mélodie Richard : l’actrice

Fin du printemps 2011. Un spectacle, créé au Théâtre de Vidy à Lausanne (et présenté en 2012 à la MC2), commence à faire parler de lui. Il s’agit de Salle d’attente du metteur en scène polonais Krystian Lupa, sur un texte fort du Suédois Lars Norén centré sur plusieurs figures en errance sociale. Une pièce montée avec des jeunes diplômés de grandes écoles de théâtre francophones qui permet au public de découvrir celle qui se retrouve en une, cette semaine, du Petit Bulletin : la comédienne Mélodie Richard. Sa présence, à la fois magnétique et vaporeuse, nimbe la création d’un mystère captivant, notamment grâce à un costume rouge vif (photo) qui la démarque du groupe. Surtout, quand certains de ses camarades de jeu forcent le trait pour rendre crédible leurs personnages de marginaux, elle incarne littéralement cette poétesse lunaire, sans en rajouter. Un rôle décisif qui lui permet ensuite de croiser d’autres metteurs en scène de renom comme Thomas Osteirmeier ou Christophe Honoré. Mais remontons d’abord le fil

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Poésie de trottoir

SCENES | Il a tout du SDF avec son costume usé. Partant du texte Les Soliloques du pauvre de Jehan Rictus, œuvre datant de 1897, le comédien Christophe Lafargue (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Poésie de trottoir

Il a tout du SDF avec son costume usé. Partant du texte Les Soliloques du pauvre de Jehan Rictus, œuvre datant de 1897, le comédien Christophe Lafargue (dit Garniouze) embarque le spectateur dans une déambulation forte en gueule et en gouaille, avec tout un monde contenu dans le meuble à roulettes qui l’accompagne. Si la richesse et le style de la langue demandent une attention soutenue (« Comment qu’ ça s’ fait qu’ les taciturnes / Les fout-la-faim, les gars comm’ moi / Les membr’s du "Brasero nocturne" / Gn’en a pus d’un su’ l’ pavé d’ bois »), l’intensité du voyage effectué en vaut la chandelle. « Faire enfin dire quelque chose à quelqu’un qui serait le Pauvre, ce bon pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours. Voilà ce que j’ai tenté » comme l’a écrit l’auteur en note. Un vagabondage urbain brûlant, mouvementé et poétique. AM Rictus, vendredi 28 mars à 20h, devant l’église d’Eybens. Dans le cadre de la programmation de l’Odyssée.

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes – les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

ECRANS | Avec "L’Inconnu du lac", Alain Guiraudie entre dans le cercle des grands cinéastes français. Une semaine après la sortie du film, il était plus que logique d’aller rencontrer un cinéaste dont l’honnêteté vis-à-vis de son œuvre et la modestie envers son statut de cinéaste tranchent avec les discours habituels du cinéma français. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 21 juin 2013

Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

Quand vous avez présenté L’Inconnu du lac à Cannes, vous avez fait monter une vingtaine de personnes sur la scène… C’est un geste qui résume votre démarche politique de cinéaste : un film, c’est plus une équipe lancée dans une aventure qu’un cinéaste tout seul.Alain Guiraudie : Effectivement, on fait le film avec tout le monde. Même des gens qu’on a tendance à considérer comme des figurants faisaient vraiment partie de l’équipe, ils étaient avec nous tout le temps. Les cinéastes doivent beaucoup aux techniciens, aux comédiens. J’ai longtemps cru à l’idée de l’auteur comme garant de la cohérence du film, et je m’aperçois de plus en plus que sans certaines personnes, je serais tombé dans des travers pas forcément intéressants. Je suis revenu de ce statut d’auteur sur un piédestal… Quant à la difficulté d’un tournage entièrement en extérieur…Le temps qui nous était imparti était très ric rac. On a beau tourner en Haute Provence pendant

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leur cinéma respectif dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet « homme d’acier » : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman.

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