Les profondeurs pop de Requin Chagrin

MUSIQUES | Dernière révélation du bureau français du défrichage et de l'aménagement du sous-territoire indie La Souterraine, Requin Chagrin se pointe l'air de rien et le museau en avant avec sa pop de squale triste pour plages désertes et embrumées. Un genre de surf-garage propice à la noyade et à l'amnésie.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

Revoilà madame La Souterraine, présentant un nouveau poulain. Oui, mais un poulain avec plusieurs rangées de dents et un aileron, naviguant en eaux troubles avant de fondre comme si de rien n'était sur sa proie, après quelques ronds dans l'eau menaçants et hypnotiques. Ce n'est ni plus ni moins que la manière de fonctionner de Requin Chagrin (© Michel Sardou pour le nom), gangue de requins auxquels on aurait collé un coup anesthésiant sur le museau (le seul moyen, paraît-il, d'échapper à une attaque) ou supprimé les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.

Car Requin Chagrin prend les vagues comme on attaque sa vingt-huitième piña colada en bord de piscine un jour de canicule – avec une conviction légèrement entamée – mais, porté par sa belle nature, surfe comme personne : à deux à l'heure et la voix en mode sonar (mixée très en arrière, le groupe sur la plage, la chanteuse Marion Brunetto dans l'arrière-pays). Et quand le squale est lancé, pour peu que le pouls asymptomatique de cette batterie autiste s'accélère et que les synthés soient bien branchies, il y a intérêt à nager vite (redoutable tourbillon que le titre Le Chagrin).

Dans le brouillard

Cela avait déjà été noté lorsque le groupe s'était révélé avec Adélaïde sur la cinquième compilation éditée par La Souterraine – compilations qui, on le rappelle, ont pour vocation de défricher la pop française francophone déviante, en creusant bien profond dans l'underground le plus velouté. Là, déjà, scintillait dans la grisaille les étincelles twang de guitares cristallines. Un album est arrivé, ondulant, le 31 octobre, qui entre surf mou, garage fermé à double tour, désillusion post-rock, éblouissements western et nuage dream-pop noirci à la new-wave, se révèle moins arrache-coeur que mange-cervelle.

« Tout se perd dans le brouillard / tout se trouble au fond de ma mémoire » chante Marion Brunetto comme pour emballer ce redoutable poisson triste dans le grand papier journal intime d'un "revival" sans époque. Elle ne croit pas si bien dire, même d'aussi loin que nous arrive sa voix : en 2009, l'écrivain anglais Steven Hall avait publié un étrange roman, shooté à l'onirisme et à la méta-fiction, l'histoire d'un homme traqué par un requin conceptuel qui dévore sa mémoire. Son titre : Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde. S'il avait fallu résumer ce jeune espoir pop et son disque, on n'aurait pas dit mieux.

Fête souterraine : Requin Chagrin + Taulard + Et Après ?, jeudi 5 novembre au Maïly's


Fête souterraine : Taulard + Requin Chagrin + Et Après ?


Le Maïly's 27 rue Jean Prevost Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Mission rock au Maïly’s

MUSIQUES | Ouvert en mars dernier au 27 place Jean Prévost, en lieu et place du 69, le bar-restaurant le Maïly’s s’est transformé ces derniers mois en véritable plaque (...)

Damien Grimbert | Mardi 3 novembre 2015

Mission rock au Maïly’s

Ouvert en mars dernier au 27 place Jean Prévost, en lieu et place du 69, le bar-restaurant le Maïly’s s’est transformé ces derniers mois en véritable plaque tournante pour les amateurs de concerts rock et assimilés. Convivial et sans prétention, le lieu ne se cantonne pas pour autant à la seule scène locale, comme le prouvent les deux très bons concerts qui y sont organisés cette semaine. Première étape dès ce mercredi 4 novembre (oui, là, maintenant, tout de suite) avec la formation garage/psyché/fuzz suisse The Jackets (en photo), signée sur le label Voodoo Rhythm, accompagnée en première partie du duo orgue/batterie local Moonrite qui réunit Yann Cracker de Towerbrown et Julien de Qasar autour d’un univers dark/pop/psyché furieusement 60’s. Puis rebelote dès le lendemain (le jeudi 5 donc, si vous avez suivi) avec une Fête Souterraine organisée par Franche Touche et le label parisien La Souterraine qui accueillera le rock hardcore d’Et Après ?, le synth-punk de Taulard, et enfin la garage pop mélancolique du quatuor parisien Requin Chagrin qui commence à beaucoup, beaucoup fair

Continuer à lire