Low Jack : la techno sans forcer

MUSIQUES | Auteur de fabuleux DJ-sets où les genres s’entrecroisent pour libérer une énergie primitive et sauvage, et d’une série d’albums hétéroclites à la croisée de la club culture et des musiques expérimentales, Low Jack défend une vision des musiques électroniques aussi singulière qu’excitante. Il sera de passage ce samedi à l’Ampérage à l'invitation de l'association grenobloise Micropop. Rencontre.

Damien Grimbert | Mardi 10 mai 2016

Photo : Philippe Levy


C'est une remarque qui arrive très tôt, au bout de quelques minutes à peine d'interview : « La techno à proprement parler, je n'en joue pas tant que ça. Ce qui m'intéresse, c'est surtout l'idée de répétition, d'intensité, de dimension primitive, sauvage, physique… » Loin de s'enfermer dans un registre trop uniforme, le DJ-set selon le Parisien né au Honduras Low Jack, c'est surtout un vaste champ des possibles où se côtoient les influences les plus diverses : indus, post-punk, dub, ambient, musiques ethniques traditionnelles, noise, drone, power electronics, électro-funk, house, hip-hop, ghetto et bass music… « J'ai une définition du genre assez large, il y a certaines musiques que je vais recontextualiser en les confrontant à d'autres morceaux plus contemporains, et c'est surtout la façon de les jouer, de les intégrer les uns à la suite des autres, qui va me permettre de les désigner comme quelque chose de "techno", et de les jouer dans un club à 3h du mat. ».

Une approche qui doit sans doute aux origines rap de l'artiste (« ça a été un point d'entrée pour tout le reste, la techno, la house, la musique industrielle… Par effet de domino, chaque style m'a fait découvrir un autre »), mais qui le place forcément un peu en marge de ses collègues de la "nouvelle scène techno parisienne". « À partir du moment où tu rentres dans une logique un peu professionnelle, il y a plein de mecs qui vont te dire que c'est important de faire un DJ-set hyper-cohérent du début à la fin où tu joues le même style, il faut que ça tape fort et que ça tape droit sinon tu perds les gens… Et c'est parfois vrai ! Mais je n'ai pas envie de raisonner comme ça, je trouve ça un peu déprimant »

À rebours

Un refus des conventions auquel fait également écho la discographie de l'artiste. « Mes deux premiers longs-formats n'étaient pas réfléchis comme des albums. Le premier, Garifuna Variations, était à la base une création pour le Musée du Quai Branly à Paris : j'ai fait un live là-bas autour de la thématique des Garifunas (un peuple afro-caribéen du Honduras – NDLR) en utilisant le fond d'archives du musée. Il se trouve que Ron Morelli a entendu l'enregistrement et m'a proposé de faire un disque sur son label L.I.ES., qui est devenu mon premier album. Pour le deuxième, Sewing Machine sur In Paradisum, c'était un peu la même chose, j'avais fait un live au festival Villette Sonique, où je jouais avec Prurient et Sister Iodine sur un line-up plutôt orienté noise / power electronics, et du coup j'ai voulu faire quelque chose de très sauvage, un peu potache, qui se moquait de la techno noise et essayait un peu de la désacraliser. Là encore, ça a plu aux fondateurs du label qui m'ont proposé d'en faire un disque. »

Dernier album en date sorti en début d'année sur Modern Love, Lighthouse Stories peut ainsi être vu comme le premier « vrai » album de Low Jack, pensé en tant que tel et fruit d'un long travail de réflexion. Construit autour d'un processus de production entièrement remis à plat et d'une thématique centré sur la nostalgie adolescente, le résultat voit le DJ revenir vers ses premiers coups de foudre musicaux, mais également sur son rapport d'amour/haine avec la région (bretonne) qui l'a vu grandir.

Hors-champ

Il resterait évidemment beaucoup à dire pour mieux situer l'artiste : de sa manière de concevoir un morceau, en permanence réévaluée, à sa capacité d'entremêler une approche rythmique très organique et primitive (basée sur le sample et le "field recording" et inspirée par la musique de transe traditionnelle) à des sonorités synthétiques purement digitales.

On pourrait également évoquer la ligne éditoriale hautement atypique de son passionnant label Éditions Gravats où se côtoient aux côtés des productions psyché/drone du génial Black Zone Myth Chant, des mixtapes de boogie funk français des années 1980 et – prochainement – de "reggaeton féministe".

Ou encore aborder la petite famille musicale d'adoption qu'il s'est constitué depuis son fief parisien avec des labels comme In Paradisum et Antinote. Pour autant, la place disponible manquant, autant se focaliser sur l'essentiel : le DJ-set de Low Jack ce samedi à l'Ampérage s'annonce comme un événement musical de tout premier plan.

Low Jack + Serom + Omaria + Leonard Lampion
À l'Ampérage samedi 14 mai à 23h


Micropop Records invite Low Jack

+ Serom + Omaria + Leonard Lampion
L'AmpéRage 163 cours Berriat Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Objekt, objet dansant non identifié

Soirée | Le jeune prodige berlinois de la techno sera vendredi 3 mars à la Belle électrique, grâce aux Grenoblois de Micropop. Réservez votre soirée !

Damien Grimbert | Mardi 28 février 2017

Objekt, objet dansant non identifié

C’est une chose d’inviter régulièrement des artistes techno et house à venir se produire à Grenoble. C’en est une toute autre de construire pas à pas une identité musicale forte et singulière, en sélectionnant chaque artiste non pas par sa capacité à rameuter les foules, mais par sa faculté à refléter les dernières évolutions d’une scène électronique en perpétuelle mutation. Et dans ce domaine, force est de reconnaître que le crew Micropop Records tire particulièrement bien son épingle du jeu. Après Ron Morelli, Helena Hauff, Low Jack, Kowton, DJ Richard ou encore John Heckle, les Grenoblois ont cette fois porté leur dévolu sur le Berlinois Objekt, jeune prodige techno signé sur le passionnant label PAN de Bill Kouligas. Loin des sonorités lo-fi analogiques en vogue depuis quelques années, ce dernier a au contraire construit sa réputation sur une techno expérimentale hi-tech au sound-design effervescent, comme en témoignait déjà son remarqué premier album Flatland en 2014. Pour autant, c’est bel et bien ses DJ-sets hautement aventureux, où s’entrecroisent influences IDM, électro, ambient, acid, noise, breakbeat et expérimental, qui o

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Tessela, escale en polyrythmie

DJ | Samedi 28 janvier à l'Ampérage, on a rendez-vous avec un jeune prodige de la scène anglaise techno.

Damien Grimbert | Mardi 24 janvier 2017

Tessela, escale en polyrythmie

En simplifiant un peu les choses, on pourrait dire qu’il existe deux grandes écoles pour composer de la techno. La première, vastement majoritaire, consisterait à partir d’une construction rythmique simple, puis d’en peaufiner inlassablement chacun des éléments jusqu’à obtenir un morceau subtil et impeccablement produit. La seconde, plus aventureuse, reposerait au contraire sur une forme de complexe chaos organisé, où différents rythmes bruts se superposeraient, se croiseraient et s’entrechoqueraient, de manière à créer une dynamique sans cesse fluctuante et hautement addictive. C’est clairement dans ce deuxième courant que s’inscrit la musique de Tessela, jeune prodige de la scène anglaise signé sur R&S, prestigieux label belge désormais relocalisé à Londres. Influencé conjointement par les breakbeats acérés et les samples vocaux pitchés de la scène rave du début des années 1990, les premiers morceaux de jungle et les différentes circonvolutions de la constellation bass music, Tessela s’est imposé en l’espace de quelques années, et autant de tubes fondateurs, comme l’une des sources de renouvellement les plus passionnantes de l’héritage techno. Au

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Feadz, Claristidge et Mark XIII : les trois soirées de la semaine

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Damien Grimbert | Mardi 29 novembre 2016

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02.12.16 > Vertigo Feadz Parce qu’il fait partie de ces artistes plus présent derrière les platines que sur les réseaux sociaux, on en viendrait parfois presque à oublier que Feadz reste toujours, plus de quinze ans après ses débuts, parmi les meilleurs DJs français en activité. Pionnier des croisements entre électro old-school, house, rap, techno, club, bass et ghetto music, producteur de l’égérie Uffie à ses débuts, auteur d’excellents maxis pour Ed Banger et BPitch Control, Fabien Planta continue aujourd’hui d’électriser les dancefloors aux côtés de la nouvelle génération avec des sorties sur des labels comme Sound Pellegrino, Moveltraxx ou Paradoxe Club. _______ 01-03.12.16 > Mark XIII Anniversaire de la reprise du bar Pour fêter en beauté l’anniversaire des trois ans de la reprise du bar par les deux nouveaux patron Luc et Pauline, le Mark

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MUSIQUES | Zoom sur l'une des têtes d'affiche du festival, qui se produira vendredi 9 septembre au club secret du Palais des sports.

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Tête d’affiche de la première nuit du festival Jour & Nuit, Helena Hauff n’oscille pas forcément dans un registre radicalement nouveau. Cette techno sombre, brute et abrasive, teintée de pulsations industrielles, d’électro de Detroit, de mélodies synthétiques, de sonorités acid et d’influences cold-wave et italo-disco, on l’a déjà entendue chez d’autres, mais rarement dispensée avec une telle force de conviction. Originaire de Hambourg et figure récurrente des soirées interlopes du club Golden Pudel, centre névralgique de la scène underground de la ville, la jeune Allemande a vu sa carrière exploser en l’espace de quelques années. Une carrière pourtant construite sur des valeurs diamétralement opposées à celles actuellement en cours dans la scène électronique mondiale : à rebours du fonctionnalisme et de la seule quête d’efficacité, Helena Hauff défend en effet une techno sauvage, crue, pulsionnelle et indisciplinée, où l’intensité et la puissance d’évocation règnent en seuls maîtres à bord. Quitte à déstabiliser l’auditeur et

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Quatre assos grenobloises sinon rien

MUSIQUES | Samedi 2 juillet, c'est soirée électro à la Belle électrique. Et ce sont des Grenoblois qui prennent les manettes.

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C’est une évidence trop souvent passée sous silence : la vie nocturne grenobloise ne serait rien sans le travail de défrichage quotidien mené par les assos électro locales. Ce sont elles qui accouchent des propositions artistiques les plus aventureuses, en invitant des DJs internationaux que personne d’autre ne se risquerait à programmer. Elles également qui permettent aux artistes émergents grenoblois de trouver une famille d’accueil, au sein de laquelle ils pourront grandir et se développer. Elles enfin qui sont les garantes de la vitalité de la plupart des soirées, en se démenant au quotidien pour attirer un nouveau public à venir partager leurs coups de cœur musicaux. Ce n’est donc que justice de voir ce samedi quatre de ces associations mises à l’honneur à la Belle électrique, le temps d’une soirée 100% locale. À l’affiche, les artistes du label Micropop Records, dont on vous a déjà vanté plus d’une fois les mérites, les vétérans chevronnés du crew Icône, en activité depuis maintenant deux décennies, les activistes techno de

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Techno océanique avec DJ Richard et December

MUSIQUES | Ce samedi à l'Ampérage, la techno sera plus que de la techno. Et c'est tant mieux.

Damien Grimbert | Mardi 7 juin 2016

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Organisée conjointement par Hedone et Micropop, soit deux des collectifs techno grenoblois les plus aventureux en la matière, la soirée de ce samedi à l’Ampérage devrait réconcilier tous ceux qui attendent des musiques électroniques plus qu’un simple support monotone pour danser jusqu’à ce que la lassitude s’installe. Privilégiant l’investissement émotionnel et la puissance d’évocation à la fonctionnalité pure et simple, ses deux têtes d’affiches – DJ Richard et December – défendent en effet une vision de la techno radicalement différente du tout venant. Co-fondateur de l’excellent label new-yorkais White Material, le premier (en photo) est l’une des figures de proue de la scène "outsider techno" qui rassemble, comme son nom l’indique, des artistes évoluant en marge des clichés habituellement accolés au genre. Sorti l’an passé sur Dial Records, son premier album Grind est ainsi emprunt d’une nostalgie pour les atmosphères côtières de l’État de Rhode Island, dans le Nord-Est des États-Unis, qui l’a vu grandir.

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Techno sous influence avec Randomer et Kowton

MUSIQUES | Auteurs d’hymnes souterrains hypnotiques mêlant sonorités rugueuses, rythmes tribaux et influences dub, les Anglais Kowton et Randomer représentent l’une des facettes les plus excitantes de la scène techno actuelle. Ils seront de passage ce samedi à la Belle électrique à l'invitation du crew Micropop.

Damien Grimbert | Mardi 26 janvier 2016

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Nées aux Etats-Unis au milieu des années 1980, puis importées en Europe quelques années plus tard, la house et la techno se sont globalement adaptées à ce nouvel environnement sans connaître de mutation majeure. Un pays, cependant, fait figure d’exception : le Royaume-Uni. Peu après leur arrivée au royaume de la reine Elizabeth, ces styles musicaux se sont en effet hybridés, par le biais des raves parties, à la culture des sound-systems préalablement établie par les immigrants caribéens. Et ont ainsi produit une nouvelle mouvance musicale à l’identité unique en son genre (le "hardcore continuum", plus communément résumé en "bass music"), qui n’allait avoir de cesse d’évoluer et d’enfanter de nouveaux genres année après année. Si l’on se permet cette longue digression historique pour évoquer le cas d’artistes comme Kowton ou Randomer (photo), c’est qu’elle est tout simplement indispensable pour comprendre ce qui fait la sève de leur musique. L’un comme l’autre font bel et bien de la techno, mais pour peu qu’on y jette une oreille attentive, on y discerne en effet, à dose homéopathique, une multitude d’influences typiquement britanniques : drum’n’bass, jungle, grime, dub

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Qui es-tu, Micropop ?

ACTUS | Focus sur l'association à qui on doit la venue de Ron Morelli et DJ TLR ce samedi à la Belle électrique.

Damien Grimbert | Mardi 23 juin 2015

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Organisateur de la soirée à la Belle électrique avec Ron Morelli et DJ TLR, le collectif Micropop Records n’est apparu dans le paysage musical grenoblois qu’il y a un peu plus de deux ans, mais a rapidement réussi à s’imposer comme un incontournable chez les amateurs de musiques électroniques dansantes. Après un premier galop d’essai au mois de mars 2013, avec une soirée au Bar MC2 réunissant Tomas More et Clément Meyer du label Get The Curse, l’asso se rapatrie dès le mois de septembre suivant au Drak-Art, où elle invite depuis à intervalle régulier quelques-uns des artistes les plus excitants de la scène électronique actuelle : Carreno is LB, Jennifer Cardini, John Heckle, Low Jack, Remain… Composé d’un noyau dur d’une dizaine de personnes autour duquel gravitent un certain nombre d’électrons libres, Micropop investit également le Mark XIII dans le cadre de résidences mensuelles et développe en parallèle quelques projets plus discrets comme les MIXLR Sessions (dans lesquelles un artiste extérieur au collec

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Les soirées de novembre

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Low Jack Encore relativement méconnu du grand public, le Parisien Low Jack n’en est pas moins l’un des artistes les plus excitants à avoir émergé de la scène électronique européenne ces dernières années. Auteur d’une techno bruitiste et organique faisant la part belle aux sonorités lourdes et rugueuses, aux rythmiques complexes et aux percussions tribales, il diffuse à travers ses sets une vibe à la fois expérimentale, étrange et puissamment dansante qui ne ressemble à pas grand-chose d’autre de connu. Et réussit à créer à partir de sons très concrets une ambiance singulière et hors du temps, volontiers propice aux états de transe. Repéré dans un premier temps par des labels comme Get The Curse, Delsin et In Paradisum, Low Jack a depuis réussi à attirer l’attention de quelques-uns des labels techno les plus influents du moment, de The Trilogy Tapes à L.I.E.S en passant par Club Ressource. Autant dire que son passage à Grenoble, à l’invitation de Micropop Records, s’annonce comme l’un des événements le plus marquants de ce mois de novembre.

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Micropop Records

MUSIQUES | Nom : Micropop Records Site : www.micropoprecords.com Créée en : décembre 2012 Styles musicaux défendus : techno, house et électro… Artistes associés : (...)

Aurélien Martinez | Mardi 1 avril 2014

Micropop Records

Nom : Micropop Records Site : www.micropoprecords.com Créée en : décembre 2012 Styles musicaux défendus : techno, house et électro… Artistes associés : Serom, Omaria, Sebic et Paul André Artistes invités : Clement Meyer (Get The Curse), Tomas More (Get The Curse), Jennifer Cardini (Correspondant), Carreno is LB (Correspondant), Danny Benedettini (Items & Things)… Soirées : Micropop Records Residency, tous les deux mois au Mark XIII + soirées spéciales au Bauhaus Bar, au Bal Ptit Club et au Drak-Art Prochaine sortie discographique : « pour bientôt ! » Prochaine soirée : vendredi 18 avril au Bal Ptit Club

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