Langue de voix au festival Uriage en Voix

MUSIQUES | Une cure de chanson française pas comme les autres (ou pas comme l'autre) ; une cure de langue donc, c'est ce que propose ce week-end Uriage-les-bains et son festival gratuit Uriage en Voix en programmant notamment les drôles de zozos chantants que sont Bertrand Belin, Zaza Fournier et la Grande Sophie.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 août 2016

Depuis quelques années, de Parcs (album), en Requin (roman), en Cap Waller (album) où il maintenait le sien (de cap), celui d'un post-yéyé aliénant et addictif qui, il le dit lui même, « parle en fou », Bertrand Belin est sorti de la prodigieuse Hypernuit d'une chanson dont le langage marche à côté de la voie et de la voix. Depuis donc, l'ancien guitariste de métier (et cela, ça se sent) au phrasé bashungien est devenu une bête à concours festivaliers – un peu aussi parce que l'animal est une bête de scène aussi indéchiffrable que ses chansons sont « insolubles » (le mot est de lui).

Pas une kermesse musicale, des plus modestes aux plus grandioses, qui n'invoque la présence du classieux crooner de l'impossible. Belin y fait toujours tache et cette tache est d'huile : elle se répand dans les esprits qu'elle contamine positivement mais se mélange mal à celles des collègues programmés de concert, qu'ils soient indie-rock ou variété française. Une chanson à côté de la voix donc.

Bucco-lingual

Il en est une à Uriage qui pourrait en ses élans westerns tenter de loin en loin une approche timide, c'est bien Zaza Fournier. Aussi bien troussés soient-ils, ses mots sont certes loin d'être aussi énigmatiques que ceux de Belin, mais là où Zaza nous intéresse, c'est qu'elle pourrait bien être le pont de ce festival entre BB et une autre grande figure (au sens propre) de la chanson étrange : La Grande Sophie, elle qui opère aussi loin des très grands médias, son grand bonhomme de chemin, se bâtissant un public moins sur la base de son tube un peu pénible de 2001 (Martin) qu'à la manière d'une factrice cheval : force du poignet, longueur du temps et de l'œuvre, considérable, faite aussi de cailloux ramassées au gré de collaborations fructueuses (de Delphine de Vigan, l'écrivain, à Jeanne Cherhal, la chanteuse, en passant par le supergroupe Les Françoises).

Quoi qu'il en soit, Uriage en voix étant sis dans une cité qui, rappelons-le, est réputée pour ses cures contre les affections bucco-linguales mais aussi respiratoires (et donc un peu inspiratoires), il nous étonnerait peu que ces trois amoureux de la langue, présentés aux côtés de Mélimômes, Debout sur le zinc et des Swingirls, n'aillent pas y chercher, Belin en tête (cela expliquerait sa présence), on ne sait quelque nouveau mode d'exploration de la langue (l'organe), qui pourrait justement faire langue, puis voix.

Uriage en Voix

Au parc d'Uriage-les-Bains samedi 3 et dimanche 4 septembre


Zaza Fournier + Bertrand Belin + Debout sur le Zinc


Parc d'Uriage Avenue des Thermes Uriage
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Méli-Mômes + tremplin du festival + La Grande Sophie


Parc d'Uriage Avenue des Thermes Uriage
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Énigmatique, cryptique, sec comme un coup de bec, de plus en plus le verbe belinien semble évoluer vers l'abstraction, un far west d'épure et de chanson à l'os qui affronte la réalité comme le pic vert attaque l'arbre, à coups répétés et millimétrés. Persona, où Bertrand Belin démontre à quel point son "parler fou" est le langage de la lucidité, se nourrit ainsi d'une logique implacable pour déciller les aveugles. Le terme Persona est multiple : Bergman et ce film où une femme parle pour une autre ; masques des acteurs des tragédies antiques et aujourd'hui, ô cynisme, typologie marketing d'acheteurs fantasmés, que le marché tient dans son viseur. Belin se glisse ainsi dans la peau de persona, pour mieux boire leurs déboires et en recracher la glossolalie navrée et ironique. Hommes qui vacillent (Sur le cul, De corps et d'esprit), travailleurs pauvres aux reflets jaunes (Camarade), personnages au bord de la rupture ou en chute très libre (sublime Glissé redres

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Sélection | Que celles et ceux qui n’ont pas prévu de déserter la chaleur iséroise tout l’été se rassurent : il y aura de quoi s’occuper en ville en juillet et en août, notamment avec des concerts haut de gamme et, ce qui ne fait pas de mal, gratuits. Suivez-nous.

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Peut-être est-ce parce que la période sent bon la rentrée, les cahiers neufs et le retour des ennuis domestiques, mais il semble qu'une fois de plus les effectifs de la classe 2016 de ces Belles Journées sises à Bourgoin-Jallieu ont comme un goût de tête de classe, de best-of de la dernière année scolaire, de revue de bêtes à concours, de troupe d'élite pour classe prépa rock. Entre nos chouchous de longue date (Mensch, Harold Martinez) dont on ne sait plus très bien s'ils accompagnent notre évolution ou nous la leur, nos coups de foudre plus récents (Grand Blanc, Rover) qui ont même surpassé nos attentes (le premier album de Grand Blanc, le second de Rover) et les valeurs sûres indéboulonnables de la chanson française comme Arman Méliès, le culte Dominic Sonic ou La Grande Sophie encore (après Uriage en Voix), on compte quelques étoiles montantes comme Broken Back. Ou comme Pauline Drand. Car s'il faut se pencher sur un espoir à chérir, ce sera pour nous cette folkeuse d'une petite vingtaine, Parisienne, marchant d

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Il semble que, cette fois, ça y est, la tournée Parcs de Bertrand Belin touche à sa fin. Et c'est à Grenoble que ça se passe. Et donc, conséquemment, qu'on l'ait déjà vu ou pas, ce serait dommage de louper ça. Parce qu'au-delà du fait que Belin soit un drôle d'animal scénique spasmodique, Parcs, on l'a déjà dit ici en long, en large (et même en travers) est un album majestueux et absurde. Un nouveau sommet atteint dans l'œuvre du Quiberonnais qui nous fit penser que Belin, c'est Bashung couchant avec Bill Callahan (Smog). Auteur de premier ordre, au style inimitable, BB a choisi de passer, pour un temps, à autre chose, avec la sortie de son premier roman Requin (qui était déjà le titre d'une des chansons de Parcs), publié chez P.O.L., une maison qui va comme un gant à ce joueur de mots. Ce au moment même où on peut se délecter de Il était cinq heures dix, documentaire que lui a consacré Pauline Jardel. Un film souvent hilarant, comme dans cette sublime scène du choix du titre de Parcs qui a failli porter le nom d'un poisson parasite sonnant « comme un condiment » ou d'une photo – « cette petit

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