Rendez-vous au Paradis

Musique | Duo rétro-futuriste parisien aux manières mélancoliques, Paradis visite le passé de la chanson française en même temps qu'il explore le panthéon de la French Touch. Entre variété pop, boucles électro et house amniotique, Pierre Rousseau et Simon Mény semblent chercher un au-delà de la musique française. Et le trouvent le plus souvent.

Stéphane Duchêne | Lundi 6 mars 2017

Photo : Andrea Montano


A l'écoute de Paradis, il faut imaginer les deux Alain, Souchon et Chamfort, avoir la vingtaine aujourd'hui – même s'il faut se concentrer très fort. En 2011, leur reprise de La Ballade de Jim avait laissé entrevoir ce que pourrait donner un Alain Souchon bercé à l'électro, engagé dans un duo casqué (autrement que de cheveux) avec le DJ Laurent Voulzy. Robot Rockollection, en somme. Mais c'est à l'une des chansons de l'autre Alain (Chamfort), également reprise, décidément, sur un album hommage, que le nom de Paradis fait référence.

Et de fait, Paradis est plus Chamfort que Souchon, trop investi dans la maniaquerie de l'écriture et moins pop que son collègue par ailleurs plus musicien. Car si, comme bien des membres de leur génération plutôt versés dans le rock (Feu ! Chatterton, Grand Blanc, La Femme, Radio Elvis, Requin Chagrin...), Paradis a su se glisser dans la langue française comme on enfile un pyjama en sautant dedans, s'y sentant tout de suite chez lui et trouvant immédiatement son style, le duo Pierre Rousseau Simon Mény a surtout compris ce que la chanson et la langue françaises pouvaient avoir, au-delà de leur potentiel littéraire, de résolument pop. De radicalement et basiquement musical. De rapidement consommable. De subtilement sensuel. D'immédiatement dansant.

Recto Verso

Mots sonnant et trébuchant à voix blanches sur l'hypothalamus pour peu qu'ils soient bien accompagnés, gimmicks insatiables jouant sur la dualité, le pile et le face, le toi et le moi dont Recto Verso, chanson titre de leur album, pourrait être la note d'intention – « Montre-moi l'envers du décor à l'endroit, montre-moi l'envers de ce que cache tout ça ». Le recto-verso, ce serait donc un substrat de French Touch revisité en mode futuriste dépliant des boucles électro-pop et une house maison sous les pas de ce qui reste malgré tout de la variété – allez, de la chanson française – mais vue depuis un rétro braqué sur les années 1980.

Daho en pleine période Eden mais éclaté façon puzzle entre 1987 et 2017 ; Chamfort transformant son Manureva en Machine à voyager dans le temps : Paradis se déhanche avec mélancolie sur cette faille du continuum espace-temps, et les paradoxes musico-temporels qui vont avec. En regardant dans toutes les directions à la fois en une étrange vision panoptique résumée de manière énigmatique et pourtant évidente en une phrase sibylline, qui réinvestit un peu de poésie : « les yeux rivés direction mieux que tout ». Mantra de pop quantique, Mallarmé chez les DJ.

Paradis
À la Belle électrique jeudi 9 mars à 20h30


Paradis + Las Aves


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vanessa Paradis : dites-lui vous que nous l’aimons (malgré "Les Sources")

Concert | Concert à guichets fermés pour Vanessa Paradis mercredi 18 décembre ! Les chanceux qui ont une place sont attendus à la Belle électrique.

Aurélien Martinez | Mercredi 18 décembre 2019

Vanessa Paradis : dites-lui vous que nous l’aimons (malgré

En fin d’année dernière, Vanessa Paradis sortait Les Sources, septième album studio faisant suite au très réussi Love Songs (2013) produit (et en partie écrit) par Benjamin Biolay. Cette fois, elle s’est offert les services de Samuel Benchetrit (avec qui elle est en couple) pour un résultat gentiment élégant (le premier single Ces mots simples est tout mignon) mais malheureusement assez plat (excepté peut-être les singles Kiev et La Plage). Personne ne peut être parfait à chaque coup. Peut-être d’ailleurs qu’elle-même s'en est rendu compte, puisqu’un best of est sorti à la fin du mois dernier afin d'accompagner les dernières dates de sa tournée (qui passera par la Belle électrique mercredi 18 décembre, à guichets fermés). De quoi constater une nouvelle fois sur scène la richesse et l’élégance de son répertoire développé depuis 30 ans, en collaboration notamment avec de grands

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Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, voire tout ça à la fois. Et à Grenoble comme dans l'agglo bien sûr.

La rédaction | Mercredi 18 septembre 2019

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Shake Shake Go C'est entre le live et l'infiltration d'internet que le groupe franco-gallois mené par Poppy Jones et Marc Le Goff s’est révélé, à force de tournées aux côtés de pointures comme James Blunt et Rodrigo y Gabriela et par la grâce d'un tube qui fit exploser leur notoriété à travers le monde – la ballade England Skies (2015), tête des charts digitaux, synchro en séries et dans la pub. Quelques mois plus tard sort l'album All in Time auquel succède l'an dernier Homesick mené par un autre single, beaucoup plus rock, Dinosaur. Le formatage est là et bien là mais la formule (on pense à des Lumineers avec une voix féminine) tape toujours dans le mille, mettant d’accord, en plus du public, une partie de la presse, des Inrocks au Figaro – qui sont pourtant rarement d'accord. À la Source jeudi 26 septembre Xavier Machault & Martin Debisschop Jamais à cours de projets, Xavier Machault s'

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Vanessa Paradis sera à la Belle électrique cet automne

Annonce | En fin d’année dernière, Vanessa Paradis sortait Les Sources, septième album studio faisant suite au très réussi Love Songs (2013) produit (et en partie écrit) (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 20 juin 2019

Vanessa Paradis sera à la Belle électrique cet automne

En fin d’année dernière, Vanessa Paradis sortait Les Sources, septième album studio faisant suite au très réussi Love Songs (2013) produit (et en partie écrit) par Benjamin Biolay – avec des morceaux efficaces comme Les Espaces et les Sentiments, Le Rempart, Mi Amor ou encore la très belle Chanson des vieux cons. Cette fois-ci, elle s’est offert les services de Samuel Benchetrit (avec qui elle est en couple) pour un résultat gentiment élégant (le premier single Ces mots simples est tout mignon) qu’elle défendra sur la scène de la Belle électrique jeudi 21 novembre. Une date qui risque de très vite afficher complet (malgré le prix de 49 euros).

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"Photo de famille" : dans la famille clichés…

ECRANS | de Cécilia Rouaud (Fr, 1h38) avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 4 septembre 2018

La mort d’un grand-père place une famille éclatée face à une épineuse question : que faire de la grand-mère qui perd la boule ? Le fils pense à la maison de retraite, le petit-fils se défausse mais deux des petites-filles proposent de l’héberger à tour de rôle. Embrouilles en vue… Depuis le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, les films de famille sont produits par wagons entiers et déversés en toute saison sur les écrans. Parfois l’on trouve une variante "de remariage" ou une sous-espèce "avec des morceaux d’Alzheimer dedans" (voire un hybride des deux comme ici), mais le principe actif est le même : une fratrie de petits-bourgeois se déchire, découvre une ou deux vérités profondes façon secret de feuilleton avant de recoller les morceaux en faisant trompéter ses mouchoirs à l’unisson autour d’un mariage/d’un enterrement/d’une bar-mitsva de la réconciliation. Bref, une trame convenue pour des films globalement inutiles car redondants, que peuvent sauver une écriture atypique et/ou des comédiens bien guidés. Las ! La réalisatrice Cécilia Rouaud charge sa barque avec tant de personnages principaux qu’elle en éclipse certain

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"Un couteau dans le cœur" : il a bon dos le cinéma bis

ECRANS | de Yann Gonzalez (Fr, 1h42) avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran…

Vincent Raymond | Lundi 25 juin 2018

Productrice de séries Z porno gay, Anne (Vanessa Paradis) digère mal sa rupture avec Loïs (Kate Moran), sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, les cinéastes Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le second, réalisateur des récents Garçons sauvages, bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, le premier, à qui l'on doit ce Couteau dans le cœur produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Dario Argento, Jess Franco, Jean Rollin (qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horifi

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Les trois soirées de la semaine

Soirées | 22.06.18 > Black Lilith Artjacking avec Louis Roméo et Alex Autajon Collectif lyonnais fondé il y a tout juste dix ans, Artjacking s’est imposé (...)

Damien Grimbert | Mercredi 20 juin 2018

Les trois soirées de la semaine

22.06.18 > Black Lilith Artjacking avec Louis Roméo et Alex Autajon Collectif lyonnais fondé il y a tout juste dix ans, Artjacking s’est imposé dans l’intervalle comme l’un des plus fervents défenseurs locaux des sonorités rap, club et R’n’B new school. Et a à son actif une longue série de soirées soignées à la programmation aussi pointue qu’irréprochable comme leurs emblématiques Pray For. On est donc ravis de les voir débarquer à Grenoble le temps d’une nuit, qui réunira au line-up le représentant du crew Louis Roméo aux côtés d’Alex Autajon de l’écurie Moveltraxx. 23.06.18 > Belle électrique Gerd Janson et Move D Fondateur du label Running Back avec, à son actif, des résidences dans des clubs de premier plan comme le Robert Johnson de Francfort ou le Panorama Bar de Berlin, Gerd Janson est de retour à la Belle électrique après un premier passage en 2015. Auteur de DJs-sets plus éclectiques que la moyenne, où s’entremêlent nouveautés, classiques de la house de Chicago et de la techno de Détroit, et incursions disco ou synth

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LB aka Labat : house, calme et volupté

Soirée | Vendredi 20 avril, le Black Lilith invite « le producteur français en pleine ascension » LB aka Labat. Très bon choix de programmation.

Damien Grimbert | Mardi 17 avril 2018

LB aka Labat : house, calme et volupté

Il y a les DJs qui mettent un point d’honneur à rendre le dancefloor hystérique et transformer les clubs en véritable champ de bataille. Et puis il y a ceux, comme le Lyonnais LB aka Labat, qui préfèrent avant tout créer une ambiance cool et détendue en faisant danser les gens sur des morceaux qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre jusqu’au petit matin. De son vrai nom Baptistin Cabalou, LB aka Labat fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui ne cherchent pas à tout prix à se vendre ou "faire carrière" mais sont plutôt dans le circuit pour produire – et jouer – une musique créative et soignée. Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’enchaîner sans relâche les sorties de qualité, toujours sur des labels de premier choix. On l’avait ainsi découvert en 2015 par le biais de People of Anoubiz Vol. 1, une tape de beats hip-hop atmosphériques teintée de house et d’ambient, sortie sur le label lyonnais défricheur Brothers From Different Mothers. Avec Disques solaires, premier véritable album sorti l’année suivante sur Groovedge, c’est cette fois la house qui prend le dessus, mais sous une forme deep, luxu

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"Frost" : ça craint en Ukraine

Là-balte si j’y suis | de Šarūnas Bartas (Lit-Fr-Ukr-Pol, 2h) avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra, Vanessa Paradis…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Pour dépanner un ami, Rokas et Inga acceptent de convoyer une camionnette humanitaire de Lituanie en Ukraine. Sauf que la zone n’est pas si facile d’accès en période de guerre – une guerre dont Rokas n’avait même pas idée, et qui intrigue ce jeune homme sans but… Cinéaste du politique, voire du géopolitique, Šarūnas Bartas ne pouvait rester insensible à la situation ukrainienne et au chaos qu’elle produit. Un chaos mâtiné d’incertitudes et de danger, conforme à l’ambiance inquiétante de ses premiers films, explorant par la contemplation le flou des frontières et de l’attente. Pourtant, c’est par une structure des plus linéaires que Bartas engage son récit : il faut que ses deux protagonistes se perdent, littéralement ; qu’ils éprouvent la réalité de la guerre en discutant avec des "humanitaires" pour qu’ils se trouvent – ou, du moins, parviennent à orienter leur boussole intérieure. La curiosité de Rokas, cette irrépressible pulsion le menant au plus près du danger (histoire d’en apprécier la réalité mais aussi de tester le hasard) rappelle la démarche de John Locke, héros du Profession : Reporter (1975) de Michelangelo Antonion

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"Maryline" : Guillaume Gallienne se remet à table

ECRANS | de Guillaume Gallienne (Fr., 1h47) avec Adeline D'Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Venue de sa province, Maryline se rêve comédienne. Outre la blondeur attachée à son prénom si lourd à porter, elle dégage un je-ne-sais quoi séduisant les cinéastes. Las ! Son incapacité à fendre l’armure la plombe et elle végète, quand elle ne s’auto-détruit pas dans l’alcool… La bonne nouvelle avec ce Maryline, c’est que Guillaume Gallienne a renoncé à jouer dans son second long-métrage – il nous devait bien cela, après avoir doublement imposé sa présence dans Les Garçons et Guillaume, à table ! La mauvaise, c’est le choix de la presque jeune Adeline d’Hermy, empruntée à la Comédie-Française. Son visage marqué est dépourvu de la cinégénie requise pour ce rôle : on ne perçoit jamais la radieuse séduction censée émaner de son personnage. La malheureuse semble pourtant se donner du mal pour être à la hauteur ; sans beaucoup de succès malheureusement : on est plus enclin à la conspuer avec ses opposants qu’à éprouver de la compassion

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Techno océanique avec DJ Richard et December

MUSIQUES | Ce samedi à l'Ampérage, la techno sera plus que de la techno. Et c'est tant mieux.

Damien Grimbert | Mardi 7 juin 2016

Techno océanique avec DJ Richard et December

Organisée conjointement par Hedone et Micropop, soit deux des collectifs techno grenoblois les plus aventureux en la matière, la soirée de ce samedi à l’Ampérage devrait réconcilier tous ceux qui attendent des musiques électroniques plus qu’un simple support monotone pour danser jusqu’à ce que la lassitude s’installe. Privilégiant l’investissement émotionnel et la puissance d’évocation à la fonctionnalité pure et simple, ses deux têtes d’affiches – DJ Richard et December – défendent en effet une vision de la techno radicalement différente du tout venant. Co-fondateur de l’excellent label new-yorkais White Material, le premier (en photo) est l’une des figures de proue de la scène "outsider techno" qui rassemble, comme son nom l’indique, des artistes évoluant en marge des clichés habituellement accolés au genre. Sorti l’an passé sur Dial Records, son premier album Grind est ainsi emprunt d’une nostalgie pour les atmosphères côtières de l’État de Rhode Island, dans le Nord-Est des États-Unis, qui l’a vu grandir.

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Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

ECRANS | Alors que sort ce mercredi sur les écrans "Elle", film du revenant Paul Verhoeven ("Basic Instinct") dans lequel elle tient le premier rôle, on s’intéresse à Isabelle Huppert, actrice qui illumine et torture le cinéma français depuis plus de trente ans. La preuve par neuf. Aurélien Martinez et Vincent Raymond

La rédaction | Mardi 24 mai 2016

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

Les Valseuses (1974) Si la carrière de cette jeune fille bien née (dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris) débute doucement au début des années 1970 avec des seconds rôles chez Nina Companeez et Claude Sautet, on la retrouve dès 1974 à l’affiche d’un drôle de film aujourd’hui devenu culte : Les Valseuses de Bertrand Biler. L’espace de quelques minutes, elle incarne Jacqueline, « pauvre petite chérie de 16 ans qui n’a pas encore baisé » comme s’en inquiète Miou-Miou. Depardieu et Dewaere la réconforteront à leur manière. Violette Nozière (1978) 1978 est l’année de la première collaboration entre Isabelle Huppert et le réalisateur Claude Chabrol. Sept autres suivront – Madame Bovary, Merci pour le chocolat, L’Ivresse du pouvoir… Un Chabrol qui lui permettra ainsi d’obtenir son premier Prix d’interprétation cannois à 25 ans avec ce drame dans lequel elle incarne une fille convaincue d’empoisonnement et de parricide : un rôle intense comme elle en a

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Le cinéma Art et Plaisirs de Voreppe se la joue ciné-club

ECRANS | On ne peut imaginer formule plus simple, ni plus conviviale : un classique du 7e art, un spécialiste de l’analyse filmique pour un propos de présentation (...)

Vincent Raymond | Lundi 7 septembre 2015

Le cinéma Art et Plaisirs de Voreppe se la joue ciné-club

On ne peut imaginer formule plus simple, ni plus conviviale : un classique du 7e art, un spécialiste de l’analyse filmique pour un propos de présentation et l’animation d’une discussion à l’issue de la projection. Confié aux bons soins du documentariste Laurent Huyart, le cycle "Regards Croisés" du cinéma Art et Plaisirs de Voreppe programme quatre œuvres immanquables d’ici la fin de l’année. Et c’est le chef-d’œuvre maudit de Michael Cimino, La Porte du Paradis (1980), qui ouvre les festivités ce vendredi 11 septembre à 19h30. Connu pour être l’une des rares incursions d’Isabelle Huppert outre-Atlantique, ce faux western monumental porté par Kris Kristofferson dépeint une Amérique à la fois épique et tragique, se bâtissant dans l’oppression et la honte. Une vérité qui déplut, et qui contribua sans nul doute à la mise à l’index de cet opéra de pellicule, considéré comme responsable de la faillit

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Alain Cavalier : « À mon âge, terminer un film est une victoire »

ECRANS | Rencontre avec Alain Cavalier, autour de son dernier film "Le Paradis", en salles depuis le 8 octobre. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Alain Cavalier : « À mon âge, terminer un film est une victoire »

Comment jugez-vous le retour de la fiction dans votre œuvre entre Pater et Le Paradis ? Est-ce une suite logique ou est-ce plus accidenté ?Alain Cavalier : Je n’ai jamais fait de différence entre fiction et documentaire. Quand je faisais de la fiction, je copiais la vie ; je regardais comment parlaient les gens, comment ils vivaient et quand j’écrivais un scénario, j’essayais de reconstituer ce qui m’avait intéressé dans la vie. Après, pour changer un petit peu, je suis allé filmer les gens directement dans leur vie, comment ils travaillaient… Ce qui m’intéresse, c’est regarder la vie et la copier le mieux possible avec ma caméra pour la proposer au spectateur. Au moment de René, vous assumiez le fait d’avoir essayé de réinjecter la fiction dans votre nouvelle manière de tourner…Avant cela, j’a

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Le Paradis

ECRANS | En 70 minutes, avec sa seule petite caméra, quelques objets et quelques visages, Alain Cavalier raconte les grandes fictions qui ont marqué son enfance : les Évangiles et "L’Odyssée" d’Homère. Un film sublime, à la fois simple et cosmique, sur la vie, la mort, la mémoire, la grâce et l’origine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Le Paradis

Voici le corps inerte d’un petit paon, que deux mains manipulent pour constater son absence de vie. On le déposera au pied d’un arbre et des charognards viendront l’emporter. Mais pour garder la trace de son passage sur terre, on construira un mausolée de fortune ; d’abord une pierre, puis quelques clous courbés en croix pour la maintenir. Les saisons passeront, l’arbre sera coupé, la neige l’ensevelira, mais le mausolée résistera et la mémoire du petit paon avec lui. À intervalles réguliers, comme un fil rouge de ce Paradis, Alain Cavalier reviendra filmer ce monument dérisoire mais qui, par la force de son regard, devient essentiel. Non pour célébrer une mystique panthéiste, mais pour montrer que l’acte de se souvenir peut inverser le cycle de la vie et de la mort. Un homme et des Dieux Alors Cavalier se souvient… Il se souvient de ses années au pensionnat catholique où on lui a appris des histoires fantastiques qui n’ont depuis jamais cessé de l’habiter, comme des fictions fécondes ayant forgé son imaginaire. Il en retient deux : les Évangiles et L’Odyssée d’Homère. D’un côté, l’histoire d’un homme qui se prétend fils de Dieu, effectue des

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Alain Cavalier au Méliès le 17 octobre

ECRANS | Sublime. C’est le mot qui convient face au Paradis (sortie le 8 octobre), le nouveau film d’Alain Cavalier. Avec trois fois rien – des jouets, des (...)

Aurélien Martinez | Mardi 30 septembre 2014

Alain Cavalier au Méliès le 17 octobre

Sublime. C’est le mot qui convient face au Paradis (sortie le 8 octobre), le nouveau film d’Alain Cavalier. Avec trois fois rien – des jouets, des paysages, des animaux – il revient sur les récits mythiques qui l’accompagnent depuis l’enfance, que ce soient les Évangiles ou l’Odyssée d’Homère. Avec son humour habituel et, plus étonnant, un lyrisme discret, il réalise son Tree of life, qu’il viendra présenter le 17 octobre au Méliès.

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si la place de chouchou de la rentrée cinéma n'avait pas été ravie in extremis par l’extraordinaire Leviathan, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une « bande de filles » pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à fi

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Paradis perdu

SCENES | Saint-Antoine-l’Abbaye : son abbaye, son orgue, ses viei­­­lles pierres, et son festival Textes en l’air, sous-titré «théâtre, poésie, musique» et qui se (...)

Aurélien Martinez | Mardi 24 juin 2014

Paradis perdu

Saint-Antoine-l’Abbaye : son abbaye, son orgue, ses viei­­­lles pierres, et son festival Textes en l’air, sous-titré «théâtre, poésie, musique» et qui se tiendra cette année du 24 au 27 juillet. Au sein d’une programmation variée et intimiste, on pourra notamment y (re)découvrir l’excellent Un clandestin au paradis, spectacle créé il y a tout juste deux mois au festival Les Envolées, à Grenoble. L’auteur et metteur en scène Vincent Karle y adapte à la scène son propre ouvrage jeunesse éponyme (paru chez Actes Sud en 2009), qui narre les aventures d’un jeune garçon que la police vient chercher en pleine classe pour l’expulser de France. Un drame que le lecteur (et maintenant le spectateur) vit à travers le personnage de Matéo, camarade de classe dudit clandestin qui se retrouve impuissant face aux événements. Ce décalage du regard assez subtil se retrouve accentué par la distribution, Vincent Karle ayant confié le rôle du petit blanc Matéo à Hyppolite Onokoko Diumi, un comédien congolais ayant fuit son pays pour des

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« Demander au Noir de jouer le Blanc »

SCENES | Troisième édition pour Les Envolées, festival tourné vers « l’éclosion théâtrale ». Zoom sur l’une des propositions que nous avons pu découvrir en amont : "Un clandestin au paradis" de Vincent Karle, « réquisitoire pour la tolérance qui raconte l’expulsion d’un lycéen réfugié et sans papiers ». Interview de l’auteur-metteur en scène de ce spectacle fort. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 29 avril 2014

« Demander au Noir de jouer le Blanc »

Un clandestin au paradis a été publié en 2009. D’où vous est venue l’envie d’écrire ce texte ? Vincent Karle : Je l’ai écrit suite à deux faits divers qui sont arrivés dans ma boîte mail le même jour, fin 2008 : une descente de la brigade des stups dans un collège du Sud-Ouest de la France racontée par le prof, et une expulsion d’enfants d’une famille sans-papiers dans une école à Grenoble – celle du Jardin de ville, avec des petits. J’ai alors mélangé ces deux histoires et placé le récit dans une classe de lycée, en me mettant à la place des jeunes : quelle serait ma réaction si je voyais des flics rentrer dans ma classe, en plein milieu d’un cours ? Un texte qui n’était pas une pièce de théâtre à la base... Oui, ça n’a pas été pensé pour être du théâtre. Je l’ai publié dans la collection "D’une seule" voix chez Actes Sud Junior : le principe, c’est des textes courts avec un narrateur à la première personne. Donc une dimension d’oralité importante. D’autant plus que dans mon récit, on est avec un jeune des années 2010 qui raconte les choses comme il les vit, de manière un peu brute, avec une lan

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De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

ECRANS | Avec "Phantom of the paradise", Brian De Palma réinventait en plein Nouvel Hollywood la comédie musicale rock, passée au prisme des films d’horreur, du queer et de son maître Hitchcock. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 février 2014

De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

Alors que le piteux Passion sonnait comme un chant du cygne pour Brian De Palma, son œuvre passée n’en finit plus de ressurgir sur les écrans : après Blow out, Pulsions, Scarface et même Les Incorruptibles, c’est Phantom of the paradise qui a droit à une copie restaurée numériquement. Celui qui fut longtemps le moins fréquentable des réalisateurs nés du Nouvel Hollywood a conquis une étiquette de "classique" plutôt amusante quand on juge l’impureté des œuvres qu’il tournait à l’époque, empruntant à Hitchcock et Antonioni, mais aussi aux séries B horrifiques et au giallo italien ou, comme ici, à la comédie musicale. Dans Phantom of the Paradise, De Palma entonne déjà un chant du «cygne», du nom du producteur maléfique Swan, croisement entre Phil Spector et Elton John, incarnation à la fois du côté obscur du music business et d’une culture queer alors naissante — on nous glisse que le personnage s’inspire surtout de Claude François et de sa manière très personnelle «d’auditionner» ses Claudettes… Swan va vole

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Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Un festival (pas si) jeune public

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l’instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c’est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d’infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D’où l’utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n’est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales. Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n’hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D’abord Le Voyage de Chihiro, chef-d’œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu’il a loupé, et c’est regrettable, avec son dernier et superbe

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"Love Songs" : l’amour à la française avec Vanessa Paradis

Concert | Retour au sommet cette année pour Vanessa Paradis, grâce à un album produit et réalisé par Benjamin Biolay. Un duo gagnant qui confirme que l’interprète est une subtile pâte à modeler pour des auteurs-compositeurs capables de révéler ses multiples facettes artistiques.

Aurélien Martinez | Jeudi 21 novembre 2013

Plus de vingt-cinq ans que Vanessa Paradis navigue dans le monde de la chanson française, sous-catégorie variété haut de gamme. Une longévité remarquable pour celle qui n’écrit pas (ou si peu) ses morceaux : un pari risqué, la rendant dépendante d’autres – souvent des hommes d’ailleurs. Mais ce serait sans compter sur ce mystère qui lui permet de subtilement diffuser sa sève pour que les albums qu’on lui compose semblent venir directement d’elle. Normal, puisqu’elle s’est souvent associée à des auteurs-compositeurs de renom avec qui elle entretenait une relation plus que professionnelle – amicale ou amoureuse. Serge Gainsbourg en 1990 pour le moins cul-cul qu’il n’y paraît Variations sur le même t’aime, Lenny Kravitz en 1992 pour l’envoûtant (et tout en anglais) Vanessa Paradis, ou encore Matthieu Chédid et quelques autres auteurs de la même veine en 2000 pour l’écrin Bliss : chaq

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Boule de nerfs

MUSIQUES | Échappé du groupe Nervous Cabaret, Elyas Khan présente ce dimanche au Ciel "Brawl in Paradise", son premier album solo. Un disque œcuménique et ensorcelant, qui achève de faire de ce New-Yorkais aux mille vies l'un des musiciens les plus singuliers du moment. Benjamin Mialot

Aurélien Martinez | Dimanche 3 novembre 2013

Boule de nerfs

À quoi reconnaît-on un bon groupe de musique amplifiée ? Ni à sa popularité auprès des oto-rhino-laryngologistes, ni au nombre de musiciens qui l'ont quitté avec pertes et fracas – un pléonasme en soi. Un groupe de musique amplifiée est estimable dès lors qu'il parvient à faire se lever le public du Ciel. C'est en tout cas le dicton qui circule parmi les habitués de la salle. Et, mine de rien, ils sont quelques-uns à avoir passé cette épreuve avec succès, d'Alec Empire et ses acolytes aux airs de repris de justice, accueillis à coups de plongeons inter-rangées, aux Hollywood Porn Stars, qui firent de quelques élus des Hendrix d'un soir. Mais, de mémoire de spectateur céleste, aucun n'est parvenu à l'accomplir aussi rapidement que Nervous Cabaret, incarnation à six têtes et deux batteries de la classe américaine dont l'espèce de mambo punk (si Lou Bega et Nick Cave composaient ensemble la BO d'un film de Tarantino, le résultat sonnerait sans doute comme les deux albums de ces impétueux Brooklynites) nous donne à chaque écoute l'impression d'avoir les pieds garnis de fourmis balles de fusil – les plus grosses du mon

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Benjamin Biolay : elles et lui

Concert | Après des débuts difficiles tant avec le public que la critique, Benjamin Biolay met pas mal de monde d’accord depuis quelques années. Ce qui lui vaut d’être désigné pote de cénacle des Gainsbourg, Bashung & co. Un artiste prolifique qui diffuse aussi son venin charnel chez d’autres artistes – principalement des femmes. Petit tour d’horizon des plus emblématiques de ces couples d’un temps, avant le concert que Monsieur BB donnera cette semaine à Grenoble.

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Benjamin Biolay : elles et lui

Keren Ann Le premier album en français de la chanteuse d’origine néerlandaise voit le jour en 2000. Il est écrit en collaboration avec un Biolay qui n’a pas encore livré de production solo (Rose Kennedy sortira un an plus tard). Très Suzanne Vega et Joni Mitchell, La Biographie de Luka Philipsen est un petit bijou mélodique, sobre, gracieux, plus folk que chanson française, qui met discrètement en lumière le talent de cette souffleuse de mots constamment Sur le fil. Fort de cette réussite (qui se réitérera sur deux autres albums), le tandem est alors invité la même année à travailler sur Chambre avec vue, le nouveau disque du vétéran Henri Salvador porté par le fameux Jardin d’hiver (déjà présent sur La Biographie de Luka Philipsen). Une réussite, et un véritable succès qui replace Salvador sur le devant de la scène (explosion des ventes, Victoires de la musique à la pelle...) – même si ce dernier tenta par la suite de minorer la participation de

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Michael Cimino : «Je ne fais pas des films avec des idées»

ECRANS | Début mars est sortie sur les écrans la version restaurée de "La Porte du Paradis", supervisée par Cimino lui-même. Entretien avec cette légende vivante du cinéma américain.

Christophe Chabert | Lundi 11 mars 2013

Michael Cimino : «Je ne fais pas des films avec des idées»

Quelle est l’importance pour vous de cette ressortie de La Porte du Paradis ? Michael Cimino : C’est n’est pas une reprise au sens classique du terme. Cette version est plus qu’une version restaurée, c’est une version améliorée, au niveau du son, de l’image, des couleurs, du montage. Je la vois comme LA sortie du film. Il y a donc encore des différences avec la précédente version de 220 minutes ? Oui, car celle-ci a été entièrement refaite en numérique. Il y a des choses que j’ai pu faire en numérique qui étaient impossibles il y a trente ans. Cela donne une clarté que vous n’avez jamais vue auparavant. Certains passages ont l’air d’être en 3D, notamment parce que j’ai utilisé un objectif 30 mm qui permet de voir les détails à l’infini. C’est grandiose pour les paysages, mais aussi pour les gros plans, car ça leur donne un aspect monumental. À l’époque du tournage de La Porte du Paradis, on devait passer par un laboratoire optique pour effectuer des changements sur l’image et cela pouvait durer trois semaines ou un mois. Maintenant, il suffit d’appuyer sur un bouton et le

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Paradis retrouvé

ECRANS | Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 mars 2013

Paradis retrouvé

Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d’un film (Voyage au bout de l’enfer) le héros, et dont il devint, à son corps défendant, le fossoyeur, accusé de mégalomanie dépensière et de perfectionnisme exagéré. Pourtant, l’ambition de Cimino n’a jamais été de malmener Hollywood, et La Porte du Paradis n’a rien d’un film d’auteur arrogant. Dans ce post-western, il n’y a ni cow-boy, ni indien, mais des immigrés récents venus d’Europe de l’Est pour s’installer en Amérique, et des immigrés plus anciens, qui se voient déjà comme les propriétaires de ce nouveau monde encore en jachère. Les seconds vont donc chercher à exterminer les premiers, payant des tueurs à gage et provoquant une guerre dont l’enjeu est bien celle de la fondation d’un territoire et de sa frontière. Comme pour Voyage au bout de l’enfer, Cimino choisit de raconter cet épisode réel en se concentrant sur des personnages éminemment romanesques, et en allant les chercher à l’aube des événements, à l’univers

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Les Paradis artificiels : le film reste en salle à Grenoble

ECRANS | Les Paradis Artificiels du Brésilien Marcos Prado sort cette semaine en France. Mais à moins grande échelle que prévue : douze des quinze salles qui l’avaient (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 31 octobre 2012

Les Paradis artificiels : le film reste en salle à Grenoble

Les Paradis Artificiels du Brésilien Marcos Prado sort cette semaine en France. Mais à moins grande échelle que prévue : douze des quinze salles qui l’avaient programmé l’ont finalement retiré de leurs écrans, au motif qu’elles auraient perdu leur exclusivité de diffuseur. En cause, la stratégie de communication du distributeur Damned, qui avait proposé en avant-première lundi soir à 22h, en séance unique, le film sur Dailymotion, pour lui offrir une plus grande visibilité (le bouche à oreille peut faire des merveilles!). Pour cette opération, Dailymotion s’était associé avec Eye on Film, réseau de 34 distributeurs et de 42 festivals et labels spécialisé dans la distribution de premiers et deuxièmes longs-métrages. Le but : s’essayer à la promotion du cinéma indépendant sur le web. « Une réaction à chaud, de prudence » Nous concernant en région Rhône-Alpes (car oui, le Petit Bulletin est diffusé à Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, pour ceux qui ne seraient pas au courant!), le film n’était pas

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Les Paradis artificiels

ECRANS | De Marcos Prado (Brésil, 1h33) avec Nathalia Dill, Luca Bianchi…

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Les Paradis artificiels

Dans les années 50, pour dissuader les jeunes de fumer des joints, on tournait des films de propagande qui en montraient les effets dévastateurs. Problème : les films étaient si psychédéliques dans leur forme qu’ils donnaient plutôt envie de tenter l’expérience ! Les Paradis artificiels, réalisé par Marcos Prado et produit par le très ambigu José Padilha (Troupe d’élite), c’est un peu la même chose à l’échelle de la génération ecstasy-électro. Sur trois époques, le film constate que la drogue, la fête et la sexualité débridée nuisent à la famille, l’amitié et l’amour. On pourrait s’en tenir là, mais Prado est incontestablement talentueux et cette moralisation à outrance est contredite en permanence par un travail visuel, sonore et narratif assez grisant, un vrai plaisir de filmer des personnages complexes et irréductibles à la lourde leçon qu’on voudrait leur infliger. Ce que le cinéaste démontre surtout (mais Gaspar Noé l’avait fait avant lui), c’est que le cinéma, mélange d’artifice et de réalité, est particulièrement propice à capter les flux et reflux de la conscience sous psychotropes. Qu’importe si on nous dit à la fin que c’est mal : ce n’est qu’un film,

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Le Paradis des bêtes

ECRANS | D’Estelle Larrivaz (Fr, 1h43) avec Stefano Cassetti, Géraldine Pailhas…

François Cau | Jeudi 8 mars 2012

Le Paradis des bêtes

Infidèle, glandeur, irresponsable, violent, Dominique voit sa femme quitter le foyer conjugal. Il la retrouve, la laisse pour morte et embarque ses deux enfants dans une fuite en avant de l’autre côté de la frontière suisse. Sujet fort, qu’Estelle Larrivaz, comédienne qui fait ici ses débuts derrière la caméra, traite avec une part d’imaginaire noir plutôt bienvenu, du moins dans la première partie. Le Paradis des bêtes souffre ensuite d’un cruel manque d’audace scénaristique : plutôt que de s’en tenir aux relations ambivalentes entre le père, sa sœur (une Muriel Robin à contre-emploi) et les enfants, le film fait revenir la mère dans la partie, recentrant le récit sur son «combat». Curieusement, alors que Larrivaz aimerait emballer quelques séquences sur un rythme de thriller, c’est l’inverse qui se produit : elle filme Géraldine Pailhas comme un mélange de guerrière et de fantôme, jamais vraiment vulnérable, tuant tout suspense sur l’issue du film — au demeurant décevante. CC

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Made in Paradise

SCENES | Proposition atypique que ce Made in Paradise. Donnée en entier, la performance dure cinq heures. Pour la forme courte (celle présentée à La Rampe), seul cinq (...)

François Cau | Vendredi 25 mars 2011

Made in Paradise

Proposition atypique que ce Made in Paradise. Donnée en entier, la performance dure cinq heures. Pour la forme courte (celle présentée à La Rampe), seul cinq fragments, choisis par le public, sont joués : la pièce change donc chaque soir. Celle que nous avons vue fonctionnait sur les deux heures de représentation, avec un public réceptif acceptant de se prêter au jeu. Portée par deux performeurs convaincus, la proposition apparaît donc habilement conçue et réfléchie – on devine que le cheminement pour arriver à ce rendu à dû être long, comme nous l’a laissé sous-entendre Yan Duyvendak ci-contre. Après, sur le propos en lui-même, empli de subjectivité, libre à chacun de le juger sur pièce – sur sa pertinence, ses fondements –, la soirée se terminant autour d’un thé pour prolonger le débat qui sera sûrement riche au vu de l’actualité française et des déclarations on ne peut plus critiquables de certains politiques.

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Toi, mon amour, mon ami…

SCENES | SPECTACLE-PERFORMANCE/ Dans Made in Paradise, Yan Duyvendak et Omar Ghayatt, respectivement performeur suisse et égyptien, tentent de foutre un bon coup de boule à l’idée de choc des civilisations, avec un pièce sur l’islam où le spectateur choisit ce qu’il verra – plusieurs fragments lui sont proposés, au choix. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 25 mars 2011

Toi, mon amour, mon ami…

Petit Bulletin : Comment est née cette performance-spectacle atypique ?Yan Duyvendak : Tout est parti du 11 septembre, quand on a commencé à voir la représentation de certains Musulmans dans nos médias. Je me suis alors demandé comment nous, Occidentaux, étions représentés de l’autre côté. Je suis donc allé voir. Le premier projet était très naïf : je voulais faire des interviews avec des terroristes pour comprendre ce que je comprenais le moins – la violence. En arrivant au Caire pour une résidence de trois mois, j’ai constaté que je ne savais rien sur le sujet, malgré le fait que j’avais beaucoup lu avant de partir. Assez vite, je me suis dit qu’il était plus pertinent, plutôt que de parler encore des extrémistes, de s’intéresser aux gens normaux, et aux Égyptiens spécifiquement. Avec Nicole [Borgeat, la dramaturge – NDLR], on a voulu une confrontation en chair et en os avec un Égyptien. Au Caire, pendant le premier mois, j’ai donc rencontré Omar Ghayatt, qui a à peu près la même formation que moi – les arts visuels. Ensemble, vous partez sur du postulat que nous, Occidentaux, méconnaissons l’islam…On tente de sortir du choc des civilisations, pour c

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