Et voici les 20 concerts de l'automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

A-Wa

Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert.

À la Rampe mardi 26 septembre


Amadou et Mariam

Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle et des clichés alimentés récemment par cet enfonceur de portes ouvertes de -M- (voilà, c'est dit). Plus que des musiciens maliens, Amadou et Mariam sont des rock stars tout court, demandés sur toutes les scènes du monde et prisés des remixeurs les plus pointus. Les voilà de retour avec un nouvel album annoncé par les redoutables singles Bofou Safou et La Confusion, et sur scène toujours aussi vibrants.

À la Belle électrique mercredi 27 septembre


Albin de la Simone

Depuis son premier album en 2003, et depuis son duo romantico-comique avec Feist (Elle aime), on aime la singularité d'Albin de la Simone, ses mélodies douces-amères, son timbre voilé-désabusé, ses textes en jeux de maux. Avec Un Homme en 2013, on pensait que De la Simone avait mis la barre très haute, lui qui disait n'avoir pas « les épaules ». C'était sans compter sur L'un de nous, paru cette année, qui parvient plus que jamais à faire sautiller les petites et les grandes avanies de la vie. C'est sûr, Albin de la Simone est l'un de nous. Peut-être même le meilleur.

À la Source (Fontaine) vendredi 6 octobre


Stand High Patrol

« Welcome to our new musical landscape (…) we're out of the map » raconte les très dub Stand Hugh Patrol sur le (très jazzy) morceau News from 2083 qui ouvre leur dernier album The Shift (« le changement »). De fait, ces « Dubadub muskateers » n'ont cessé au fil des années de renouveler leurs influences et d'ajuster leur style, ici orienté hip-hop, parfois friand d'électro, tout en restant fidèles aux canons qui font la saveur de leur tambouille über-dub. Car l'essentiel reste : un groove proprement irrésistible de nonchalance, un flow unique. Bref, la patrouille bretonne (car ils sont français) se tient vraiment très haut dans sa catégorie.

À la Belle électrique vendredi 13 octobre


Abou Diarra

De la musique malienne, on connaît surtout la kora, dont on aurait presque tendance à dire qu'elle est à la mode ; moins le n'goni, cette guitare-harpe mandingue dont le vénérable Vieux Kanté a appris le maniement à Abou Diarra. Lequel, en trafiquant quelque peu l'instrument ancestral, le tire (et sa vibrante voix avec) vers le blues et le jazz, jamais bien loin évidemment du blues mandingue traditionnel.

À la MC2 jeudi 19 octobre


Cannibale + Villejuif Underground

Ce sont à peu près les deux dernières trouvailles du label français Born Bad Records : d'abord le Villejuif Underground qui, comme son nom l'indique, revisite, depuis Villejuif, et en se mordant les joues, la manière d'un certain Velvet. Ceci sous la férule d'un Australien exilé dans le Val-de-Marne. Et puis Cannibale, l'une des claques du printemps 2017, formation pratiquant, depuis le fin fond de sa province, le psychédélisme tropicale mange-cervelle. Un voyage mental et musical tout autant nourri des compiles garage nuggets que du cinéma d'exploitation des 70's. À découvrir absolument.

À la Bobine vendredi 20 octobre


Camille

Il est agaçant OUÏ, le dernier album de Camille sorti il y a quelques mois. Agaçant car la chanteuse semble donner raison à tous ses contempteurs, se renfermant dans une sorte de musique trop intellectualisée et donneuse de leçons (notamment sur l'écologie). N'empêche, se glissent ici et là quelques morceaux magnifiques, comme le single Fontaine de lait à l'érotisme décalé ou le très beau Seeds tout en anglais, confirmant ainsi que Camille est bien la plus grande chanteuse française de ces dernières années. Et même qu'elle restera dans l'histoire de la chanson française – les draps avec lesquels elle joue en concert sur cette tournée moins.

À la Belle électrique mercredi 8 et jeudi 9 novembre


Nashville Pussy

Si Nashville est surnommé Music City, c'est avant tout parce que la cité du Tennessee est la capitale mondiale de la country. Mais ici, il convient d'avertir : en dépit de leur nom, ne pas attendre des Nashville Pussy (soit « la chatte de Nashville ») quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à du Garth Brooks ou du George Strait (des cadors de la country). Le quatuor (deux hommes, deux femmes – enfin c'est ce qu'il semble) s'adonne lui sans retenue (mais alors aucune) à un genre de hard rock sudiste bas du front, vulgaire et sexy (selon les critères que l'on a de ces deux notions) mais ô combien spectaculaire, efficace et (parfois) drôle.

À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) samedi 11 novembre


IAM

Petit frère qui « n'a qu'un souhait devenir grand » ; Nés sous la même étoile déplorant que « personne ne joue avec les mêmes cartes » ; le morceau fleuve Demain, c'est loin… L'École du micro d'argent, troisième album du groupe marseillais IAM sorti en mars 1997, est une véritable référence dans le monde du rap français (et l'une des meilleures ventes), grâce notamment à des textes puissants qui ont parfaitement cerné l'époque dans laquelle ils s'inscrivaient – et s'inscrivent toujours pour certains. Depuis 20 ans, l'image de cette réussite colle à la peau du groupe, comme si jamais il ne pourrait faire mieux. Qu'Akhenaton, Shurik'n et les autres célèbrent l'anniversaire de la sortie de l'album par une grande tournée nationale n'est donc pas une surprise.

Au Summum dimanche 12 novembre


Black Rebel Motorcycle Club

Alors que revoilà des loubards à blousons noirs. Ceux-là viennent de San Francisco où le leader du groupe Peter Hayes a quelque temps fricoté (comme beaucoup) avec Anton Newcombe au sein du Brian Jonestown Massacre. Jamais contre le retournement de veste, fut-elle en cuir, le BRMC a livré depuis ses débuts un savant mélange de shoegazing envapé, de garage rock urticant, de blues lourd comme un cercueil et de punk nonchalant. Son album Live in Paris de 2015 en était un beau témoignage. Comme chacun de ses concerts, à l'intensité vrombissante.

À la Belle électrique mardi 14 novembre


Calypso Rose

Le temps qui passe semble n'avoir aucun effet sur Calypso Rose, 77 ans. Reine incontestée du genre depuis des décennies, la native de Tobago a, dans sa besace, plus de vingt albums et quelque 800 chansons écrites selon la légende. C'est beau, et ça fonctionne toujours autant, grâce à sa chaleur et sa bonne humeur communicative – regardez le clip Far from home pour vous en convaincre !

Au Grand Angle (Voiron) mardi 14 novembre


Fishbach

On a vu poindre cette dernière année, jusqu'à la sortie d'un album valant diplôme, la figure un peu hautaine de cette drôle de fille nommée Fishbach, directement intronisée petite fiancée (revêche) de la chanson française : à peine un quart de siècle et la voix déjà jaunie par le tabac, le regard effronté et rimbaldien (elle est de Charleville-Mézières et sait manier les mots). Il y a quelque chose de Patti Smith, de Catherine Ringer, de Desireless (eh oui!) mais aussi de Ian Curtis (et pas forcément dans cet ordre) sur cet À ta merci qui lui sert d'album. À force de chercher l'arnaque, on a fini par se faire prendre et devenir complice.

À la Source vendredi 17 novembre


Rone

Déjà largement adoubé par le public et la critique au fur et à mesure qu'il distillait ses galettes (la quatrième, Mirapolis, est prévu pour octobre) et multipliait les collaborations (François Atlas, Gaspar Claus, Bryce Dessner, Étienne Daho…), Rone a fini également par être célébré à l'aune de ses lives, impressionnants sons et lumières en symbiose avec cette musique électronique cotonneuse.

À la Belle électrique mercredi 22 novembre


Mountain Men

« Les montagnards sont là » comme dirait le film. Le plus atypique des groupes de blues, formé par hasard par le Grenoblois Mat Guillou et l'Australien Ian Giddey, harmoniciste qui traînait dans le coin (et sans doute le seul à avoir repris du Brassens ET du Nirvana), est désormais bien installé dans le paysage, aux frontières avec le rock et la chanson française. La preuve : eux qui ont longtemps œuvré dans l'ombre des premières parties remplissent désormais le Summum comme qui rigolent.

Au Summum le 25 novembre


The Residents

Attention événement. Ils ne sont pas légion (dans nos contrées surtout) les concerts des Residents, ces hérauts d'une musique qui n'a de rock'n'roll que le nom et le masque pour profession de foi. Qui sont les Residents ? On l'ignore toujours après 50 ans. Que font-ils ? Ce n'est guère plus évident. Quelque chose qui tient de l'avant-garde (conceptualisation ou déconstruction de la pop dans un esprit punk), du pastiche parfois et de la création théâtrale et multimédias. Malgré ou grâce à toutes ces inconnues, la chose, un peu flippante, est cultissime.

Aux Abattoirs (Bourgoin-Jallieu) samedi 25 novembre


Mathieu Boogaerts

En 2016, 20 ans après Super, l'album qui l'a révélé, l'« Ondulé » Mathieu Boogaerts publiait Promeneur, son 7e album enregistré seul à la montagne puis arrangé en mille-feuilles. Et prouvait qu'il était toujours tel qu'en lui-même : le sautillant orfèvre d'une pop douce amère qui n'appartient qu'à lui. Et qui ne vieillit pas. Toujours Super !

À la Source mercredi 13 décembre


PoiL + VioleTT Pi

On ne présente plus aux amateurs de rock déglingué et expérimental les hurluberlus de PoiL, ensemble tripartite rock noise punk dont les abords drus cachent mal une liberté de mouvement total. Car PoiL ne se manifeste jamais vraiment là où on l'attend (rock donc, mais aussi musique de chambre ou répétitive), comme un certain Zappa en son temps (auquel on peut les comparer sans que la comparaison ne tienne plus de cinq secondes avec eux). Pour se faire une idée le mieux est encore d'aller voil PoiL là où il pousse le plus facilement : sur scène.

À la Source jeudi 14 décembre


Gaspar Claus et François Olislaeger

Ceux qui le connaissent le savent, les autres auront l'occasion de le découvrir : le violoncelliste Gaspar Claus est un peu plus que cela (plus qu'un violoncelliste donc). Il défriche et arpente avec son instrument tous les territoires musicaux, au gré des collaborations et des projets toujours d'une originalité qui n'appartient qu'à lui, entre pop, musique savante, flamenco, musique improvisée, classique revisité et on en passe... Ici, Claus croisera l'archet avec le crayon du dessinateur franco-belge François Olislaeger pour un concert-dessiné qui devrait, connaissant les deux protagonistes, être un peu plus que ça.

À l'Hexagone (Meylan) mardi 19 décembre


Peter Von Poehl

Peut-être est-ce parce qu'il est un peu magicien que le plus français des songwriter suédois (il vit en France depuis plusieurs années) Peter Von Poehl a intitulé son dernier album Sympathetic Magic, faux ami signifiant « magie noire ». Toujours est-il que la magie blonde du natif de Malmö opère toujours autant, à sa manière impressionniste, entre amplifications de miniatures pop à coups d'orchestrations cinématographiques ou de miniaturisation d'atmosphères 60's et 70's en petites perles baroques. Le tout rehaussé de cette voix qui claque, se perd dans ses hauteurs jusqu'au silence. Plus dépouillé en concert, que ce soit en duo ou en groupe, le grand blond avec une magie noire n'en est pas moins systématiquement bouleversant.

À la Source jeudi 21 décembre


Mendelson

2017, année électorale, Mendelson publie Sciences Politiques, une œuvre au noir sociétale (comme souvent avec la formation de Pascal Bouaziz) dont chaque morceau plaque sur une reprise de classiques de Bruce Springsteen, Marvin Gaye, The Jam, Leonard Cohen, Lou Reed, The Stooges & co un texte en français à la terrible résonance sociétale (Les Peuples, Le Soulèvement, La Guerre) et à la poésie toute mendelsonienne. Un projet à part auquel le live devrait donner une saveur particulière.

À la Source vendredi 19 janvier

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Art contemporain franco-africain, l'expo inattendue

ARTS | Voilà un événement qui aurait bien pu nous échapper, si on n’avait pas été intrigué par le (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 19 octobre 2021

Art contemporain franco-africain, l'expo inattendue

Voilà un événement qui aurait bien pu nous échapper, si on n’avait pas été intrigué par le kakemono accroché à l’entrée de l’ancien musée de peinture : "art contemporain africain", voilà ce qu’on pouvait y lire. Bonne surprise ! Cette exposition géographico-thématique, un peu fourre-tout, offre l’occasion de découvrir quelques œuvres qui méritent le détour. Dès l’accueil, faciles mais efficaces, les séries photographiques de Khalifa Ndiaye montrent des personnages dont on ne sait s’ils lévitent, volent ou planent dans des environnements relativement triviaux… un peu de légèreté et de poésie dans un monde de brutes. C’est aussi l’impression que donnent les petits films d’Ezra Wube dont l’animation dynamique restitue l’urbanisation tré

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Stéphanie Nelson et Ina Thiam, regards croisés photographiques entre France et Sénégal

ARTS | Organisée à l’occasion des 20 ans de la coopération du Département de l’Isère avec le Sénégal oriental, l’exposition "Personne n’éclaire la nuit - La mémoire en miroir" propose une réflexion subtile sur les représentations et les stéréotypes grâce au travail des photographes Stéphanie Nelson et Ina Thiam.

Benjamin Bardinet | Mardi 24 août 2021

Stéphanie Nelson et Ina Thiam, regards croisés photographiques entre France et Sénégal

Initialement prévue en mai 2020, l’exposition actuellement présentée dans le magnifique cloître du Musée dauphinois est l’aboutissement d’une résidence croisée France/Sénégal dont la crise sanitaire a quelque peu chamboulé les modalités et le calendrier. Si la photographe iséroise Stéphanie Nelson a pu séjourner dans le département de Kédougou au Sénégal en janvier 2020, la Sénégalaise Ina Thiam a été contrainte de repartir dès son arrivée dans nos contrées au tout début du mois de mars de la même année. Du coup il lui a été proposé de faire elle aussi sa résidence à Kédougou – ce qui, pour une Dakaroise, est finalement assez dépaysant. Ina Thiam profita de ce temps de résidence pour réaliser des doubles portraits de jeunes femmes kédovines : le premier portrait "classique" est confronté à un second dans lequel ses sujets incarnent de façon volontairement théâtralisée des figures féminines qu’elles revendiquent comme modèles et dont une petite fiche nous explique le parcours. Sortir de sa zone de confort Ce sont également des diptyques photographiques dédiés à la jeunesse kédovine que propose Stéphanie Nelson. Le

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"Possessor" : de la mort des marionnettes

ECRANS | Possessor aurait pu constituer l’Easter Egg idéal du festival Hallucinations Collectives, si… Mais avec des si, les cinémas seraient ouverts et on ne serait pas obligé de voir le Grand Prix de Gérardmer en direct to DVD en espérant qu’il sorte enfin sur grand écran…

Vincent Raymond | Mercredi 14 avril 2021

Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses "talents" consistant à téléguider neurologiquement des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici, tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « Bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes les gazettes, l’idée de l’Humain augmenté, quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique, branchement neuronal, mutation, duplication…) mais toujours à ses risques et périls, a t

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À la rencontre de l’autre

Danse | Danseuses et chorégraphes, Myriam Lefkowitz et Catalina Insignares viennent de passer trois semaines en résidence à Grenoble à l’invitation du Pacifique, centre de développement chorégraphique national. Elles ont travaillé avec des migrants autour de la Facultad, un ensemble de propositions artistiques qu’elles ont élaboré. Leur démarche : placer l’attention à l’autre au cœur de la création.

Martin de Kerimel | Lundi 29 mars 2021

À la rencontre de l’autre

Pour elles, la danse ne se limite pas à une pratique artistique sur scène. Myriam Lefkowitz s’interroge sur les questions d’attention et de perception et travaille notamment sur des dispositifs immersifs, pour favoriser la relation directe entre les spectateurs et les interprètes. Catalina Insignares, elle aussi, aime questionner la relation des artistes à la société. La permanence qu’elles viennent d’organiser dans un appartement du quartier de l’Abbaye, à Grenoble, les a placées en contact direct avec plusieurs dizaines de personnes exilées, ainsi qu’avec d’autres, issues du monde associatif, qui les accompagnent, les écoutent et les soutiennent. L’idée : expérimenter des pratiques qui, par nature, nécessitent la mise en place d’une relation à l’autre. Marches urbaines les yeux fermés, danse de mains, dialogues basés sur l’imaginaire et les ressentis… un ensemble de démarches mis au service de la rencontre, sans intention d’en tirer un spectacle. « Déségrégation » Cette résidence à Grenoble était également, pour les deux jeunes femmes, une expérience personnelle.

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Les fantômes du Congo

Photo | De 2014 à 2019, le photographe William Dupuy a arpenté les confins de la République démocratique du Congo à la rencontre des enfants soldats. Une plongée dans l’enfer des conflits inter-ethniques dont le regard hagard des protagonistes témoigne de la détresse, souvent inconsciente, qui les hante. Une exposition à découvrir au Studio Spiral.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 mars 2021

Les fantômes du Congo

Sous un ciel encombré de nuages teintés d’un gris électrique, une luxuriante végétation vert sombre recouvre le doux relief de collines dont les lignes sinueuses se perdent dans le lointain. L’ambiance singulière qui se dégage du paysage que dévoile le cliché introductif de l’exposition de William Dupuy a autant pour but de témoigner des caractéristiques géographiques du Nord Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, que de nous plonger dans l’étrange atmosphère de cette contrée en proie à de multiples conflits. Une dimension fantasmatique que William Dupuy amplifie en re-baptisant ce territoire Neverland en référence à Peter Pan, car, tout comme la fameuse île issue de l’imaginaire de J.M. Barrie, cette région abrite un grand nombre "d’enfants perdus". En effet, embrigadés dès leur plus jeune âge, les enfants-soldats du Nord Kivu s’engagent dans de multiples micro-conflits qui les dépassent et dont ils ne savent généralement pas grand-chose, si ce n’est que s’ils ne tuent pas l’ennemi qui leur est désigné, c’est eux qui seront tués. Totalement désœuvrés et déscolarisés (les rares instituteur.trices encore en place expliquent généralement

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Viggo Mortensen : « Nos souvenirs imparfaits décident de qui nous sommes »

Rencontre | Le comédien aux mille talents vient de signer "Falling", son premier long métrage en tant que cinéaste. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Nous l'avions rencontré quelques jours avant le reconfinement, en marge de la première française, durant le Festival Lumière à Lyon.

Vincent Raymond | Jeudi 5 novembre 2020

Viggo Mortensen : « Nos souvenirs imparfaits décident de qui nous sommes »

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film, car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents (et de ma mère, pour commencer), pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait début comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je crois que c’était bien que j’attende, parce que j’ai beaucoup appris des autres réalisa

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Cannibale et Moonrite, une douce odeur de psychédélisme

MUSIQUES | Alléchant plateau que celui proposé ce jeudi 24 septembre à la Source, qui associera sur scène le garage rock psychédélique teinté d’exotica des Normands de Cannibale, à celui, occulte, sombre et flamboyant des Grenoblois de Moonrite.

Damien Grimbert | Mardi 22 septembre 2020

Cannibale et Moonrite, une douce odeur de psychédélisme

Pour un groupe de rock actuel, les options sont diverses et nombreuses… mais toutes ne se valent pas. Il y a ceux qui vont vendre leur âme pour livrer des morceaux pop fades et calibrés taillés pour les synchro-pubs, ceux qui vont tenter de s’inscrire dans la prolongation des grandes légendes des décennies passées, quitte à n’en livrer qu’une copie studieuse mais guère inspirée… Et ceux, enfin, qui préfèrent emprunter des chemins moins balisés mais beaucoup plus excitants où les influences du passé se conjuguent au présent dans un grand bain de jouvence syncrétique et inédit. C’est assurément à cette dernière catégorie qu’appartiennent les formations Cannibale (photo) et Moonrite, qui proposent chacune des approches radicalement différentes mais complémentaires. Signés sur le label parisien de référence Born Bad Records dès leur premier album, No Mercy For Love en 2017, les Normands de Cannibale, qu’on a pu retrouver l’année suivante avec leur deuxième opus Not Easy to cook proposent ainsi une galvanisante rencontre entre des influences garage psychédélique 60’s/70’s envoutantes et toute une gamme de sonorités surprenantes et étranges puisées aussi bi

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"La Dernière Vie de Simon" : des débuts prometteurs

ECRANS | Les grands débuts de Léo Karmann réalisateur de long-métrage offre un film fantastique à la française tout à fait séduisant. Une histoire d'ados qui bascule également dans le drame ou le mélo. Vivement recommandée !

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que ce soit. Dix ans plus tard, Simon va "ressurgir"… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier, tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté, même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer a

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Camille Lellouche trace sa route

Humour | Toulouse le 28 janvier, Bordeaux le lendemain, Nantes, Nancy, Dijon… les dates s’enchaînent à un rythme soutenu pour l’humoriste. Le public grenoblois ne s’en plaindra pas : l’humoriste doit débarquer au Summum jeudi 6 février.

Martin de Kerimel | Mardi 4 février 2020

Camille Lellouche trace sa route

Cela fait un petit moment déjà que l’on a vu Camille Lellouche faire une déclaration d’amour anticipée au public grenoblois. Un coup de com’ sympa avant sa première dans une salle de l’agglo de cette importance. « C’est un véritable bonheur, bien évidemment, que de faire le métier que l’on aime dans ces conditions. » Désormais, on a hâte, nous aussi, de découvrir sur scène cette pile électrique, douée à la fois pour jouer, improviser, chanter et danser. Les femmes qu’elle incarne sont toutes différentes, mais avec pour point commun d’affronter la solitude. Pour rire, bien sûr ! Précision : l’artiste souligne qu’elles existent réellement, au moins dans le souvenir des innombrables visages qu’elle a croisés lors des quinze années de sa vie professionnelle. Pudeur oblige, Camille préfère ce défilé à un spectacle autocentré, même si certains de ses personnages féminins lui ressemblent aussi, parfois. « Il s’agit avant tout de femmes de tous les jours, que vous pourriez rencontrer dans un magasin ou au restaurant », assure-t-elle, en malicieuse alchimiste de ces moments attrapés au vol. Un succès "explosif" C’est donc en observant ses contempor

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Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Reprises | Le grand cinéaste américain est à l'honneur du Ciné-Club et de la Cinémathèque de Grenoble, qui projettent deux de ses films parmi les plus emblématiques les 18 et 20 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Heureux cinéphiles grenoblois qui, en moins d’une semaine, vont se régaler les yeux avec deux classiques de Frank Capra ! On pourrait parler de hasard de programmation entre le Ciné-Club et la Cinémathèque, mais y a-t-il vraiment un hasard à l’approche de Noël lorsque l’un des deux films projetés se trouve être La Vie est belle (photo, 1946) ? Depuis sa sortie, ce long métrage est aux États-Unis indissociable des fêtes de fin d’année, tant il incarne l’esprit (et le miracle) de Noël. On y suit George, un brave type (le prototype de l’altruiste capresque, incarné par Jimmy "homme-de-la-rue" Stewart) sur le point de se supprimer, sauvé grâce à l’intervention providentielle d’un apprenti ange lui révélant à quel point le monde serait un enfer pour les autres s’il n’existait pas. Malgré les années, l’histoire demeure très moderne, si l’on y réfléchit : l’ange a recours à une vérité alternative pour étayer ses propos, et fait œuvre de coach en développement personnel pour convaincre George de sa valeur intrinsèque. Soooo 2019 ! Autre monument, mais au rayon comédie dramatique, New York-Miami (1934) avec Claudette Colbert e

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"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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"Camille" : la femme à la caméra

ECRANS | De Boris Lojkine (Fr.-Centr.-, avec avert., 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini…

Vincent Raymond | Lundi 14 octobre 2019

Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre… C’est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D’abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d’une journaliste investie par la nécessité d’éveiller les consciences occidentales à l’imminence du drame centrafricain, mais aussi d’une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu’elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche. Ce qui conduit à l’insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu’il témoigne d’une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens se conduisant en expats hautains

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IAM sera à la Belle électrique en mars

Annonce | Alors qu’ils sortent d’une grosse tournée anniversaire pour les 20 ans de leur cultissime L’École du micro d’argent, les Marseillais du groupe IAM sont (...)

La rédaction | Vendredi 11 octobre 2019

IAM sera à la Belle électrique en mars

Alors qu’ils sortent d’une grosse tournée anniversaire pour les 20 ans de leur cultissime L’École du micro d’argent, les Marseillais du groupe IAM sont de retour sur le devant de la scène avec un nouvel album (le dixième) prévu pour le 22 novembre et intitulé Yasuke. « IAM résiste. IAM respire. IAM est là ! » annonce le communiqué de presse. On verra ça à l’écoute. Et, surtout, sur scène, là où ils sont toujours excellents. Bonne nouvelle : la Belle électrique les accueillera vendredi 6 mars pour un concert qui risque de très vite afficher complet. Mise en vente des billets vendredi 18 octobre à 10h.

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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Musique classique : une saison, huit étapes

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec des stars, des jeunes pousses, des compisteurs d'hier comme d'aujourd'hui...

La rédaction | Jeudi 19 septembre 2019

Musique classique : une saison, huit étapes

Camille et Julie Berthollet Le 27 décembre 2014, pour la première édition de Prodiges sur France 2 (une émission consacrée aux jeunes talents du classique), quatre millions et demi de téléspectateurs suivirent les mouvements d’archet de Camille Berthollet. Une virtuose de quinze ans qui, dans une robe rouge coquelicot, réchauffa l’hiver par son interprétation fougueuse de L’Eté des Quatre saisons de Vivaldi. Un choix gagnant qui lui assura un début de carrière fulgurant, mais pas solitaire. Sur son premier opus bientôt disque d’or, elle associa ainsi sa sœur aînée Julie, également violoniste. Depuis, la surprenante paire construit des aqueducs où Schubert et Brahms côtoient Stromae et Nino Ferrer. Un programme cosmopolite qui, en dehors de refléter des goûts éclectiques, aspire en douce à faire venir les plus jeunes au classique. Au Grand Angle (Voiron) mardi 8 octobre Joachim Horsley Auteur de musiques pour le cinéma et pianiste dans l’ombre des succès de John Legend et Mich

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"Portrait de la jeune fille en feu" : consumée d’amour

ECRANS | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel, qui a récolté le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes, des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une ide

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C.I.A. Debutante : au royaume de l’expérimentation

Concert | Jeudi 12 septembre, on a rendez-vous au Dock pour un "petit" concert qui promet.

Damien Grimbert | Mardi 10 septembre 2019

C.I.A. Debutante : au royaume de l’expérimentation

Non content de sortir régulièrement d’excellents disques (on vous recommande en vrac ceux de Denis Morin, MACON, Binary Digit ou encore Jack Nicklaus Tribute Band), le label grenoblois Stochastic Releases organise aussi à l’occasion de très alléchants concerts, comme en témoigne le line-up de haute volée réuni ce jeudi 12 septembre au Dock. Outre Unchained, solo guitare / cassette multipiste de l’Américain résidant à Grenoble Nathan Davis, et Sun Stabbed, projet ambient/drone/noise réunissant à la guitare électrique amplifiée deux des membres de La Morte Young (Thierry Monnier et Pierre Faure), la soirée sera ainsi l’occasion de découvrir les paysages sonores heurtés hautement envoûtants de C.I.A. Débutante (photo), quelque part entre électronique vintage, noise, ambient, et spoken word atmosphérique. Composé de Nathan Roche (Le Villejuif Underground) au micro et à la guitare et de Paul Bonnet (Disposition Matrix, Nightclub Toilet) aux synthés et boîtes à rythmes, le duo n’a en effet pas son pa

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"Yves" : robot après tous

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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"Just Charlie" : surface de séparation

ECRANS | De Rebekah Fortune (GB, 1h39) avec Harry Gilby, Karen Bryson, Scot Williams…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Jeune footballeur doué, Charlie Lindsay est repéré dans son club par un recruteur, au grand bonheur de son père qui aurait aimé être pro. Mais Charlie se sent mal dans sa peau : au plus profond de lui, il se sait femme. Quand son entourage l’apprend, les réactions divergent… Il en va du football comme d’un culte en Angleterre (et tout particulièrement à Manchester) : on s’y consacre avec dévotion, on entre dans un centre de formation comme dans les ordres avec, outre l’ambition de faire triompher les couleurs de son église/club, la promesse d’un paradis bien terrestre. Ce prérequis semble nécessaire pour comprendre pourquoi la "confession" courageuse (en réalité, l’affirmation de son identité) de Charlie est perçue par certains proches comme la trahison d’un apostat. Pour son père, qui fantasmait une carrière par procuration, c’est une double peine : croyant perdre un fils et un futur glorieux, son rejet égoïste est aussi violent que celui des homophobes excluant Charlie… ou lui cassant la figure. Girl de Lukas Dhont avait déjà,

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La Trilogie, ou quand le Magasin des horizons, le CCN2 et le Pacifique « assument publiquement » leur trio

ACTUS | Nous étions à la conférence de presse organisée jeudi 14 mars au Magasin des horizons.

Aurélien Martinez | Mardi 19 mars 2019

La Trilogie, ou quand le Magasin des horizons, le CCN2 et le Pacifique « assument publiquement » leur trio

« On a voulu concrétiser quelque chose qui se passe déjà » : voilà comment Camille Planeix, coordinatrice du Magasin des horizons, explique le pourquoi du comment de la petite conférence de presse organisée la semaine dernière dans une des salles du centre d’art pour lancer officiellement la « coalition pluri·elles et opérationn·elles » baptisée La Trilogie. Un regroupement composé du Magasin des horizons, du Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2) et du Centre de développement chorégraphique national de Grenoble le Pacifique. Soit trois structures qui ont vu leur direction changer en 2016, et qui se sont alors rapidement rapprochées. « Jusque-là, c’était très intuitif » a expliqué Erell Melscoët, directrice du pôle territoire du CCN2. On peut par exemple parler des Grands Rassemblements du CCN2, auxquels le Magasin et le Pacifique ont été associés. « Maintenant, on assume publiquement et plus clairement ce trio. »

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

ECRANS | de Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin (rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur), on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que le réalisateur Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot ou la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple parmi d’autres de son irrésolution : le pseudo reportage d’archives

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Une Nuit des idées pour « créer des rencontres »

Événement | Jeudi 31 janvier, et pour la deuxième fois, le Magasin des horizons participera à la manifestation nationale (voire plus) La Nuit des idées autour du thème "Yes we care". Un temps gratuit pour prendre soin de soi, de son esprit et plus encore comme nous l’explique Camille Planeix, coordinatrice du projet.

Alice Colmart | Mardi 29 janvier 2019

Une Nuit des idées pour « créer des rencontres »

Alors que jeudi 31 janvier dans le monde entier, grâce à l’Institut français, La Nuit des Idées invitera des milliers de personnes à dialoguer et réfléchir, à Grenoble, ce sera au Magasin des horizons que cela se passera pour la deuxième fois (après une première en janvier 2017). L’occasion, selon la coordinatrice du projet Camille Planeix, « de découvrir ou redécouvrir ce lieu culturel », centre d’art devenu aussi « lieu d’incubation de la pensée » depuis son changement de direction en 2016. Mais l’objectif principal de cette soirée est, surtout, de réfléchir autour du thème "Yes we care" (oui, en référence au célébrissime slogan de l’ancien président américain). « La notion du "care" est difficile à traduire en français. Ça se rapproche de l’idée de prendre soin de soi mais il y a aussi quelque chose de l’ordre de la sollicitude. Parmi les sujets, on va notamment réfléchir à comment agir à l’heure de la catastrophe du réchauffement climatique. »

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"Diamantino" : comme un air de Cristiano Ronaldo

ECRANS | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un "hommage" à Cristiano Ronaldo. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vrai membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques à la

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Pierre Salvadori « "En liberté !" est le film où Camille Bazbaz me complète et comprend le mieux mon univers »

ECRANS | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clé invisible de nombreuses réussites cinématographique. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur "En Liberté !". Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Jeudi 1 novembre 2018

Pierre Salvadori «

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : Oui, c’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre – César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? PS : Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts

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"L'Amour est une fête" : et ce film, une défaite

ECRANS | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent à la française de Boogie Night, fameux film de Paul Thomas Anderson. Narrant l’infiltration de deux flics (Guillaume Canet et Gilles Lellouche) dans l’univers des peep-shows et du X en plein dans les années 1980 parisiennes, cet Amour est une fête n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coups de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O

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"Première année" : toubib or not toubib ?

ECRANS | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quand, à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical après Hippocrate et Médecin de campagne, le réalisateur Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la première année commune aux études de santé, mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase clos favorisant la reproduction des élites – et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’i

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"Photo de famille" : dans la famille clichés…

ECRANS | de Cécilia Rouaud (Fr, 1h38) avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 4 septembre 2018

La mort d’un grand-père place une famille éclatée face à une épineuse question : que faire de la grand-mère qui perd la boule ? Le fils pense à la maison de retraite, le petit-fils se défausse mais deux des petites-filles proposent de l’héberger à tour de rôle. Embrouilles en vue… Depuis le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, les films de famille sont produits par wagons entiers et déversés en toute saison sur les écrans. Parfois l’on trouve une variante "de remariage" ou une sous-espèce "avec des morceaux d’Alzheimer dedans" (voire un hybride des deux comme ici), mais le principe actif est le même : une fratrie de petits-bourgeois se déchire, découvre une ou deux vérités profondes façon secret de feuilleton avant de recoller les morceaux en faisant trompéter ses mouchoirs à l’unisson autour d’un mariage/d’un enterrement/d’une bar-mitsva de la réconciliation. Bref, une trame convenue pour des films globalement inutiles car redondants, que peuvent sauver une écriture atypique et/ou des comédiens bien guidés. Las ! La réalisatrice Cécilia Rouaud charge sa barque avec tant de personnages principaux qu’elle en éclipse certain

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Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

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"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

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"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

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Grand bain musical à Musilac

Festival | Vieilles gloires, valeurs sûres, piliers de festoche, jeunes pousses, smoothies de genres et autres étrangetés à découvrir : le festival lacustre Musilac, prévu du jeudi 12 au dimanche 15 juillet à Aix-les-Bains (Savoie), va baigner l'été musical d'un éclectisme qui attire les foules comme les amateurs éclairés, jusqu'à les confondre. La preuve avec la programmation détaillée par jour.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Grand bain musical à Musilac

Old Wave le jeudi D'une certaine manière, s'il fallait un hymne en ouverture de cette édition 2018 de Musilac, il pourrait consister en trois bouts de refrains se répondant depuis le fin fond des âges 80 ; quand les uns martèleraient « I Just can't get enough », les autres répondraient « Don't you forget about me » ou « Always the sun ». Car, on l'aura compris, c'est une soirée très marquée "ressac de la new wave" que celle du jeudi, avec Depeche Mode, Simple Minds et The Stranglers – quand bien même les carrières de chacun de ces groupes britanniques n'auraient pas résisté d'égale manière au passage du temps. Pour le reste, on notera que J. Bernardt, transfuge des Belges de Balthazar, remplacera numériquement son collègue Warhaus, présent l'an dernier ce même soir ; que le rock indé répondra présent avec le Stroke Albert Hammond Jr. (le meilleur d'entre eux, sans doute), Findlay et The Mistery Lights ; que les amateurs de bizarrerie en auront pour leur compte avec le black metal-gospel-blues de Z

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Vu dans le Vercors (Music Festival)

Festival | Entre grande scène payante (le Foyer) et une à entrée libre (le Club), têtes de gondole et têtes chercheuses, le Vercors Music Festival poursuit son intéressante ascension dans le grand cirque des festivals d'été. Sélection de saison à découvrir du vendredi 6 au mardi 10 juillet à Autrans, Isère.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Vu dans le Vercors (Music Festival)

Bigflo & Oli Au Foyer, vendredi 6 juillet à 20h Des rappeurs formés au conservatoire, en France, ça fait mauvais genre, on se méfie. On cherche l'"authentique" d'un Eddy de Pretto greffé à son I-pod, on guette le Booba en eux, Orelsan les évite. Oui, les frérots du flow toulousain Bigflo & Oli souffrent de n'avoir pas l'image de mauvais garçons élevés à Scarface ou aux mixes crasseux. C'est sans doute ce qui les a conduits au sommet des charts français, partisans d'un rap à l'ancienne où la richesse de la rime le dispute à celle des instrus (leur totem : IAM). À force de clichés, le rap hexagonal a fini par faire de la place à ceux qui n'en étaient pas, quitte à leur coller, peut-être injustement, l'étiquette commerciale. En ouverture de leur deuxième album l'an dernier, le duo toulousain règle ses comptes et clame : « Le rap français choqué, il pensait pas nous trouver là / On m'écoute en Suisse, en Belgique, à la Réunion, à Nouméa (…) quand les chiffres sont

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"L’Homme qui tua Don Quichotte" : tout ça pour ça ?

ECRANS | Pendant un quart de siècle, le réalisateur Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

De retour en Espagne où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative (Adam Driver) retrouve le cordonnier (Jonathan Pryce) à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi susc

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"Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" : (petite) nuit de folie

ECRANS | de Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Jamais remis d’avoir publié un roman encensé voilà vingt ans, Bruno traîne sa dépression, vivant en peignoir dans une colocation, lutinant sa voisine à l’occasion. Quand un jour débarquent à l’improviste famille, ami et une demoiselle, il n’imagine pas qu’on veut l’interner… Pour son bien. Inégale dans son rythme et dans sa forme (peut-être pour restituer le tempérament bipolaire de son héros), cette comédie a des allures de film court s’étant doté d’un prologue pour devenir un (tout juste) long-métrage. Ici chez lui comme sur scène (on le voit souvent au théâtre), Laurent Poitrenaux s’y dénude volontiers pour meubler l’espace en soliloquant, se montrant tour à tour fragile, extraverti et inquiétant face à cet envahissement inquisitorial orchestré par une mère juive assez gratinée. On sombrerait dans l’anecdotique simple si le réalisateur Ilan Klipper n’avait l’idée avant le dénouement de dynamiter la structure de son récit en disséminant des flashes proleptiques, rappelant les éclats pulsatiles des étoiles de son titre. Il s’agit là d’un bien modeste tribut pour ce film laissant au bilan l’impression d’une promesse pas tout

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Miou-Miou : « Il y a dans "Larguées" des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires vraiment superbes »

ECRANS | La moindre des choses, quand on a eu 18 ans en 1968, est d’entretenir vivace l’impertinence de l’esprit. Miou-Miou ne s’est jamais conformée aux règles. Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va commencer. Entretien à l’occasion de la sortie de "Larguées" d’Éloïse Lang.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Miou-Miou : « Il y a dans

Eloïse Lang, la réalisatrice de Larguées, affirme que vous êtes d’une liberté totale. C’est la liberté de Françoise, le personnage qu’elle vous a offert, qui vous a décidée à accepter le film ? Miou-Miou : Alors non ce n’est pas que pour ça ; c’est l’ensemble : l’histoire, l’écriture… Il y a des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires, formidables, vraiment superbes. Et je me suis aperçue en lisant le scénario et en voyant le film que je pratiquais, moi, une autocensure inconsciente. De quelle nature ? Si j’avais fait un film, je n’aurais pas mis de la drogue, des clopes, du rhum, de la baise… Des trucs libres et naturels, finalement. C’est là que je me suis rendu compte que je pratiquais une autocensure inhérente à l’époque, aux réactions incroyables, aux interdictions, aux choses procédurières… Sans m’en rendre compte, inconsciemment, comme nous tous, j’ai l’impression. C’est dans le sens où : pas fumer, pas boire, toutes

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"Larguées" : maman, on n'a pas raté l'avion

ECRANS | de Éloïse Lang (Fr., 1h32), avec Miou-Miou, Camille Chamoux, Camille Cottin…

Aliénor Vinçotte | Mardi 17 avril 2018

Le scénario tient en une phrase : deux sœurs, Rose et Alice, l’une célibataire déjantée et sans-gêne, l’autre mariée responsable et sage, organisent un voyage à La Réunion pour tenter de remonter le moral de leur mère, Françoise, délaissée par son mari pour une trentenaire. Pas besoin d’éruption volcanique pour mettre le feu aux poudres... Même si, au premier abord, le synopsis manque d’originalité, avec ses personnages caricaturaux, on se laisse séduire par le cocktail étonnant formé par Miou-Miou et Camille Cottin (l'une des deux filles de Françoise) – la première signant au passage son retour sur grand écran, avec pas moins de trois films cette année. Ici, les répliques fusent, les situations burlesques s’enchaînent grâce aux plans foireux de Rose, qui va devoir assumer de voir sa mère flirter avec l’animateur belge du club de vacances. Les deux actrices brisent les tabous du célibat et abordent sous un regard humoristi

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"Tesnota – Une vie à l'étroit" : elle est libre Ilana

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Kantemir Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs et de combat. En fait, le rapport de forces ne peut évoluer que si des Ilana font b

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Elli et Jacno, Étienne Daho... : la généalogie pop (et folle) de Calypso Valois

Concert | Son ascendance même (elle est la fille d'Elli et Jacno et la filleule d'Étienne Daho) a suffi à nourrir la hype autour de Calypso Valois, apprentie actrice (pour Olivier Assayas notamment) déjà remarquée au sein du duo Cinema que sa rencontre avec le compositeur et producteur Yan Wagner et les encouragements ont poussée pour de bon derrière un micro. Jusqu'à accoucher d'un premier album, "Cannibale", à la séduisante duplicité, entre mélodies pop, atmosphères savantes et rythmiques robotiques. Avant de la découvrir sur la scène de la Maison de la musique de Meylan, on tente ici de faire son arbre généalogique autant réel que fantasmé. Aurélien Martinez (avec Stéphane Duchêne)

Aurélien Martinez | Mardi 6 mars 2018

Elli et Jacno, Étienne Daho... : la généalogie pop (et folle) de Calypso Valois

Les parents : Elli & Jacno A Bailar Calypso (1987), c’est un tube dans la pure veine de ce que le meilleur des années 1980 a pu produire. Un morceau signé Elli Medeiros, à qui l’on devait déjà l’efficace Toi mon toi sorti un an plus tôt, qui s’adresse donc à une énigmatique Calypso « mi amor » – la chanteuse est née en Uruguay, d’où l’espagnol. Calypso est ainsi le prénom de la fille qu’Elli Medeiros a eu avec le musicien et chanteur français Jacno (Denis Quilliard). Un couple que la France découvre d’abord dans le groupe Stinky Toys, précurseur du punk en France, avant de voguer en duo sous le nom d’Elli et Jacno. Et de marquer le début des années 1980 avec leur son fait de synthétiseurs minimalistes qui convenaient parfaitement à leurs chansons pop et légères comme Main dans la main (dont les paroles sont un véritable hymne à la tolérance, contre tous ces tenants d’une norme rétrograde) ou le magnifique

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Calypso Valois : nymphe pop

Concert | Critique du premier album de Calypso Valois, baptisé "Cannibale", avant son passage par la Maison de la musique de Meylan le vendredi 9 mars à 20h30.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

Calypso Valois : nymphe pop

On aurait vite fait d'enfermer Calypso Valois, prénom de nymphe, nom grand-maternel plein de noblesse, dans ce cercle familial quelque peu oppressant ou ce réseau d'influences piégeux qui est le lot des fils et filles de. Mais ce serait ignorer l'écoute de son album Cannibale écrit et composée par elle seule, avec certes l'excellent Yan Wagner à la réalisation et Jean-Louis Piérot au mix. Un album qui, comme l'annonce son titre, se révèle vorace tant il semble vouloir se mettre sous la dent tout ce que la pop, française mais pas seulement, compte de variations, d'esthétiques, d'approches – en tirer une seule du lot serait comme tenter de jouer au mikado avec les composantes d'un disque qui vaut davantage que la somme de ses parties, en dépit de titres phares comme Le Jour, Vis-à-vis, Apprivoisé et bien sûr Cannibales (au pluriel, cette fois). En d'autres termes : on va ici un peu plus loin, sans pour autant la r

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"Corps étranger" : sans-papiers, sans pantalon

ECRANS | de Raja Amari (Fr.-Tun., 1h32) avec Hiam Abbass, Sara Hanachi, Salim Kechiouche…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Le drame des réfugiés est le sujet du moment ; il irrigue donc à des degrés divers, et avec plus ou moins d’inspiration, une part non négligeable des scénarios actuels. Parfois, on a l’impression qu’il sert de prétexte commode à des auteurs pour "faire concernant" ou donne une colonne vertébrale socio-politique à une histoire manquant d’assise. Tel ce Corps étranger de la cinéaste tunisienne Raja Amari​. Bien sûr, il y a à la base l’arrivée clandestine en France de Samia, ayant fui le Maghreb et un frère fondamentaliste. Mais le cœur du film, c’est surtout la relation qu’elle va entretenir avec la femme qui lui donne un toit et du travail, Leila, ainsi qu’un jeune homme de son village, Imed. Ce ménage à trois violent et délétère, fait de trouble sensualité, de jalousies et de dominations à géométrie variable, intéresse en premier chef la réalisatrice, davantage que les misères des sans-papiers. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, seulement d'un constat. Le fait est que ses réalisations précédentes montraient déjà sa fascination pour l’érotisation des corps et le charme v

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"4 Histoires fantastiques" : bon choc, bon genre

ECRANS | de William Laboury, Steeve Calvo, Maël le Mée, Just Philippot (Fr., 1h22) avec Sophie Breyer, Malivaï Yakou, Didier Bourguignon…

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Souvent défendu aux p’tits francophones pour des raisons culturelles et de moyens, le territoire du genre demeure, en dépit des assauts asiatiques, le pré carré des Anglo-Saxons. Lancé par la société Fidélité, un label (Bee Movies) avait tourné court il y a une dizaine d’années : les productions (Un jeu d’enfants, Bloody Malory…) étaient trop fragiles et de qualité inégale – même si elles assumaient leur identité de séries B. Espérons pour la nouvelle génération que 4 Histoires fantastiques connaisse un destin plus radieux. Car ce carré de courts-métrages initié par le magazine SoFilm, Canal+ et tout une flopée d’institutions offre un bel écrin et un joli écho à l’émergence hexagonale ayant choisi de s’illustrer dans ce registre. Totalement indépendants, ce sont quatre univers qui s’enchaînent donc ici. Après deux films corrects mais classiques (Chose mentale, une sortie de corps par une jeune femme électrosensible, et Livraison, la longue marche d’un fermier convoyeur de zombies), Maël le Mée nous offre une ambiance sérieusement cronenbergienne avec Aurore

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Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

ECRANS | Pour "The Greatest Showman", Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly – comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un "musical". Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf – l’ironie étant que La La Land​ était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un "musical" étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Mais lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose – et le studio aussi. D’abord, le sujet "Barnum" s’adaptait parfaitement à un "musical" : avec ses rêves et son imaginatio

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"The Greatest Showman" : un joyeux Barnum

ECRANS | de Michael Gracey (E.-U., 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, The Greatest Showman est la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway (une exception partagée avec La La Land), cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann – la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment le job. Paradoxalement, sa franchise sert la rouerie vaguement cynique de l’entrepreneur, dont on ne parvient à savoir ce qui chez lui primait de la soif de reconnaissance sociale et de l’argent ou du désir d’"entertainment". Partition aux notes volontairement appuyées, The Great Showman accuse quelques

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Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de "The Passenger" était monastique »

ECRANS | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans "The Passenger". En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ? Liam Neeson : Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c’est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J’arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte – c’est aussi simple que cela. Sauf s’il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L’équipe le perçoit ; elle sait qu’on ne va pas attendre jusqu’à la cinquième prise. Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l’histoire et j’adore ça. Après Non Stop, il m’a fait passer d’un avion à un train – j’étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l’on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires). Non, en fait je ne peux pas encore en parler.

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"The Passenger" : hors du train-train quotidien

ECRANS | de Jaume Collet-Serra (E.-U.-Fr.-G.-B., 1h43) avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Patrick Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clé, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson – un réalisateur transmutant jusqu’à plus soif un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement justicier que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses "pixariennes" pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’armature sociale et humaine, ainsi que de son suspense à l’ancienne. Plus sec, sans rebondiss

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Mendelson : science poétique

Concert | C'est avec un drôle de projet baptisé "Sciences Politiques" que le groupe Mendelson nous est revenu l'an dernier après un album fracassant de noirceur : celui de transposer en français quelques classiques parfois enfouis du rock anglo-saxon pour en faire un manifeste politique qui remet la langue dans le bon sens. À découvrir sur la scène de la Source.

Stéphane Duchêne | Lundi 15 janvier 2018

Mendelson : science poétique

Il faut se souvenir du livre Demain, j'arrête la langue de bois, publié en 2006 par Jean-François Copé. Lequel entendait replacer la parole sur le terrain de la vérité (MDR) en livrant quelques soi-disant indispensables secrets de fabrication. Mais dans la bouche et sous la plume d'un tel expert en ébénisterie sémantique (qu'on eut pu aisément rebaptiser "Jean-François Copeau"), un tel titre démontrait surtout par l'absurde et le cynisme, outre cette incorrigible propension à jeter les promesses en l'air pour voir si elles retombent, l'impossibilité de détacher langue de bois et éléments de langage, cette novlangue mort-vivante décollée de la réalité, d'une parole politique digne de ce nom, vouée à s'effriter, jusqu'à ne laisser derrière elle que désillusions et bulletins de vote raturés. À cela, les disques du groupe Mendelson font heureusement office d'antidote. C'est le cas de Sciences Politiques, sorti en pleine année électorale et nourri par la nécessité de s'exprimer face à la violence de la société ; de rouvrir les yeux sur cette maison qui brûle pendant que, comme disait Chirac, nous regardons ailleurs ; de répondre par le hau

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"Ami-ami" : viens pas chez moi, j’habite avec une copine

ECRANS | de Victor Saint Macary (Fr., 1h26) avec William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex, le "héros" de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il "vit" avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté Guerre des Rose (film de Danny DeVito sorti en 1990) avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite – ce qui sort le film du schéma du m

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Les 20 concerts de l'hiver et du printemps à Grenoble

Panorama de rentrée culturelle | Avec de la pop d'ici et d'ailleurs, de la chanson en VF ou encore des grosses têtes d'affiche.

La rédaction | Mardi 9 janvier 2018

Les 20 concerts de l'hiver et du printemps à Grenoble

Mendelson 2017, année électorale, Mendelson publie Sciences Politiques, une œuvre au noir sociétale (comme souvent avec la formation de Pascal Bouaziz) dont chaque morceau plaque sur une reprise de classiques de Bruce Springsteen, Marvin Gaye, The Jam, Leonard Cohen, Lou Reed, The Stooges & co un texte en français à la terrible résonance sociétale (Les Peuples, Le Soulèvement, La Guerre) et à la poésie toute mendelsonienne. Un projet à part auquel le live devrait donner une saveur particulière, et qui sera précédé sur scène, en première partie, par l’excellent trio grenoblois Pelouse dont on a souvent vanté les mérites dans ces colonnes. À la Source vendredi 19 janvier Oiseaux-Tempête & Mondkopf La Grèce (Oiseaux-Tempête), la Turquie en révolte (Ütopiya?), le Liban (AL-'AN)... Partout où ils se posen

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