Pelouse : gazon maudit par Xavier Machault

Concert | Manière de rock acoustique empruntant au meilleur d'une chanson française indé aux idées noires, Pelouse, trio mené par Xavier Machault, publie jeudi 26 octobre (jour de concert à la Bobine) un EP aux contours contondants et à la surface pelée idéale plus enclin à laisser pousser les idées noires que la verdure. Tant mieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 octobre 2017

Photo : Pierre Acobas


Le nouveau projet musical de Xavier Machault, comédien, musicien et chanteur grenoblois, a beau être baptisé Pelouse, ne pas s'attendre ici à l'un de ces gazons anglais à la verdeur ardente tondu à la pince à épiler. Ni même au pré carré vert d'un petit pavillon de banlieue où s'ébattent les enfants et rougeoient les barbecues. Il faut imaginer ici un gazon pelé, un champ de patate, quelque chose comme un terrain vague de la chanson dont le propos ne le serait pas, vague. Un "no man's land" incarné où la mauvaise herbe, en repoussant, ferait renaître l'espoir qui suit la "tabula rasa".

La formule de ce Roundup (un fameux herbicide) inversé est étrange. Machault au chant de ruine (rimant avec chant de mine) pour le moins sépulcral et deux exilés du Tricollectif (collectif de musiciens jazz et musiques improvisées) : Valentin Ceccaldi au violoncelle (c'est aussi lui qui compose) et Quentin Biardeau au saxophone et aux claviers, pour un parti pris quasi exclusivement acoustique. Mais qui résonne comme dix générateurs électriques, produisant sa propre tension en frictionnant rock et chanson contemporaine, en nous frottant les oreilles avec les problèmes du monde, sans se départir d'une certaine forme d'humour couleur d'encre. Et, surtout, qui fait écho à bien des voix incommodes entendues par le passé.

Prêche post-industriel

Si l'ouverture de l'EP 6 titres à paraître le jeudi 26 octobre, La nuit réclame son dû, d'une splendide sobriété, tient quelque chose de Jean-Louis Murat chantant Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré, si Party Girl émet un timbre jumeau de la voix de pierre tombale de Rodolphe Burger, nombreuses sont les réminiscences de ce que l'on entendait il y a mille ans dans ce bas-côté de l'autoroute de la chanson française, bas-côté fleuri de mots en souffrance, qu'était le label Lithium.

En écoutant Pelouse, on pense à un genre de Dominique A vaudou, tapi sous les bombes, à la fois frère de textes et d'ambiance : Tout était orchestré et L'annonce (rehaussé d'une de ces boîtes à rythmes qui faisaient le charme crû de La Fossette de Monsieur A). Ou à ce genre de prêche post-industriel tel que Mendelson nous en slame parfois à la gueule (le terrifiant Les rats).

De prestigieux cousinages qui ne doivent pas faire oublier que, sur ces terres déjà foulées et parfois vermoulues, Pelouse entretient une véritable personnalité musicale et textuelle. Celle d'un groupe qui pousse là où, en temps normal, personne n'oserait passer.

Pelouse + Nuage Fou
À la Bobine jeudi 26 octobre à 20h30


Pelouse + Nuage Fou

Poésie rock et jazz contemporain
La Bobine 42 boulevard Clemenceau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, voire tout ça à la fois. Et à Grenoble comme dans l'agglo bien sûr.

La rédaction | Mercredi 18 septembre 2019

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Shake Shake Go C'est entre le live et l'infiltration d'internet que le groupe franco-gallois mené par Poppy Jones et Marc Le Goff s’est révélé, à force de tournées aux côtés de pointures comme James Blunt et Rodrigo y Gabriela et par la grâce d'un tube qui fit exploser leur notoriété à travers le monde – la ballade England Skies (2015), tête des charts digitaux, synchro en séries et dans la pub. Quelques mois plus tard sort l'album All in Time auquel succède l'an dernier Homesick mené par un autre single, beaucoup plus rock, Dinosaur. Le formatage est là et bien là mais la formule (on pense à des Lumineers avec une voix féminine) tape toujours dans le mille, mettant d’accord, en plus du public, une partie de la presse, des Inrocks au Figaro – qui sont pourtant rarement d'accord. À la Source jeudi 26 septembre Xavier Machault & Martin Debisschop Jamais à cours de projets, Xavier Machault s'

Continuer à lire

Une Mens affaire

Festival | Du mardi 7 au samedi 11 août aura lieu la quinzième édition du festival Mens Alors ! Avec, comme toujours, une sacrée programmation.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 juin 2018

Une Mens affaire

On peut s'afficher dans une petite commune de l'Isère, sur le plateau du Trièves (c'est-à-dire, disons-le, en pleine ruralité) ; souffrir, comme tout le monde mais sans doute un peu plus que la grosse concurrence, de la fonte des subventions (et donc s'adosser à un budget en peau de chagrin) ; reposer uniquement sur une équipe de bénévoles ; offrir des spectacles gratuits... Et ne rien renier de la qualité de ses services. C'est bien ce que démontre depuis de longues années le bien nommé festival Mens Alors ! Au point d'avoir gagné une résonance nationale que beaucoup de festivals dits modestes lui envieraient. Sans doute aussi parce que son leitmotiv réside dans la rencontre, la création, l'échange, à base d'ateliers, d'animations, de concerts... Parmi ces derniers, on retiendra notamment une relecture du mythique album L'Incendie (1974) de Brigitte Fontaine & Areski par deux régionaux de l'étape (Xavier Machault et Martin Debisschop

Continuer à lire

Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

Concert | Du mardi 27 février au dimanche 4 mars, les musiciens grenoblois Xavier Machault et Martin Debisschop reprendront au Midi / Minuit "L'Incendie", album de Brigitte Fontaine sorti en 1974. Un projet qui consiste à faire découvrir le répertoire poétique d’une chanteuse au talent parfois mal compris. Xavier Machault nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 20 février 2018

Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

À partir du mardi 27 février et pendant toute la semaine, le théâtre le Midi / Minuit (ex-Petit 38) proposera un concert baptisé L’Incendie. Soit une réinterprétation de l’album (culte pour quelques fans) de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem sorti en 1974, par le chanteur Xavier Machault (à qui l’on doit le récent – et enthousiasmant – projet Pelouse) et Martin Debisschop à la grosse caisse et à la basse. « Le projet est né il y a moins d’un an. On est partis à la recherche de pépites oubliées. Après avoir écouté des albums d’Alain Bashung et Bernard Lavilliers, on est vite tombés sur celui de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem. C’est un disque sensible, à la poésie mélancolique et surréaliste » nous explique Xavier Machault, ancien chargé de communication à la Métropole de Grenoble qui s’est lancé dans la musique il y a pl

Continuer à lire

PB d'or 2017 : musique

C'était 2017... | Avec trois groupes locaux qui en envoient... et une salle de concert qui en envoie aussi.

Aurélien Martinez | Mardi 19 décembre 2017

PB d'or 2017 : musique

Le PB d’or du tube de l’année : "Elle disait" de Ma Pauvre Lucette Bon, certes, le morceau date d'il y a deux ans, mais comme c’est en 2017 que le groupe grenoblois (dont certains de ses membres sont basés plutôt loin de la capitale des Alpes) a commencé à se professionnaliser (et à véritablement faire parler de lui), on ne souffre pas trop d’avoir du retard. Elle disait, c’est un morceau qui synthétise parfaitement les diverses influences du groupe (ils sont à la croisée des chemins entre variété française, chanson réaliste et pop comme on l’avait écrit pour annoncer leur concert à la Bobine en mars dernier). Et qui a presque réveillé notre côté roots refoulé grâce à ses légères entournures chanson française festive évoquant le groupe Fauve qui aurait migré dans la campagne et qui, surtout, aurait décidé de ne pas se prendre au sérieux – « Même si tu sais pas danser, on pourrait tourner un peu ». Un côté décalé qui se retrouve également sur scène (comme à Musilac sur la photo de cet article), Ma Pauv

Continuer à lire

"En route vers les JO de 1968" : les JO en image et en musique

Ciné-concert | Les festivals Le Tympan dans l’œil et Les Rencontres Ciné Montagne s'associent une nouvelle fois pour proposer un intrigant ciné-concert imaginé par Xavier Machault et Roberto Negro. On vous en (un peu) dit plus.

Aurélien Martinez | Mardi 24 octobre 2017

Du mardi 7 au samedi 11 novembre se déroulera au Palais des sports de Grenoble la 19e édition des Rencontres Ciné Montagne – « l’un des plus grands [événements] d’Europe » sur cette question assure le maire Éric Piolle dans l’édito du programme. Avec, forcément, la diffusion de films de montagne, en présence souvent de leurs protagonistes et des réalisateurs, pour ensuite initier une discussion. Mais aussi des rencontres avec des auteur.e.s, un salon du livre alpin, une bourse au ski de rando ou encore, et c’est là la raison principale de cet article, un ciné-concert en ouverture dans le cadre de la célébration des 50 ans des Jeux olympiques de Grenoble. En route vers les JO de 1968, création de 15 minutes proposée par le festival de ciné-concert Le Tympan dans l’œil (dont la 8e édition aura lieu fin novembre), se basera sur des images provenant de trois films du cinéaste gren

Continuer à lire

Le Grand rendez-vous du 10 : la chance aux chansons de Xavier Machault

MUSIQUES | Pas besoin d’attendre l’été ou de faire des kilomètres en voiture pour se rendre à un festival de musique. En plein cœur du centre-ville grenoblois, les habitants de la rue Chenoise ont décidé de monter leur propre événement. Chanson contemporaine, tarif libre et huile de coude sont les ingrédients de cette nouvelle recette. Rencontre avec Xavier Machault, chanteur grenoblois qui l’a imaginée et cuisinée.

Nicolas Joly | Mardi 13 juin 2017

Le Grand rendez-vous du 10 : la chance aux chansons de Xavier Machault

À Grenoble, l’art se pratique aussi dans la rue. Faire sortir les œuvres des musées et les chanteurs des salles de concerts sont des moyens de démocratiser la culture, mais aussi de redécouvrir l’espace urbain. C’est dans cette optique que les habitants de la rue Chenoise, située à quelques pas de la place Notre-Dame, ont décidé d’organiser un micro-festival dans la cour du numéro 10. Les 17 et 18 juin, cinq groupes et chanteurs se produiront ainsi gratuitement dans cet espace aux airs de traboule lyonnaise. « C’est une cour emblématique du centre ancien, un joyau caché » nous explique Xavier Machault (au centre de la photo), chanteur grenoblois à l’initiative du projet. Un joyau que les habitants de la rue Chenoise ont à cœur de faire découvrir. Et pour cela, ils n’hésitent pas à mettre la main à la pâte. « Ils ouvrent leurs salons pour faire des loges pour les artistes, le restaurateur [à gauche sur la photo – NDLR] les nourrit et le pâtisserier [à droite – NDRL] leur offre le café. C’est très participatif. » Malgré tout ce mal donné, l’événement n’affiche aucun tarif d’entrée. À la place, une par

Continuer à lire

Gainsbourg (pas si) confidentiel

MUSIQUES | Cette semaine, les deux musiciens grenoblois Olivier Depardon et Xavier Machault reprendront, en duo, l’intégralité de l’album "Confidentiel" de Serge Gainsbourg. On les a rencontrés, et comme ils sont sympas, on a même pu assister à une de leurs répétitions. Debrief. Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Mardi 1 juillet 2014

Gainsbourg (pas si) confidentiel

Reprendre Gainsbourg n’a franchement rien d’exceptionnel, tant le maître continue de fasciner et d’inspirer nombre d’artistes français – ou étrangers, d’ailleurs. Mais reprendre intégralement l’un de ses albums les moins connus (le bien nommé Confidentiel, cinquième album de Serge), en duo et sur une gratte électrique ? Déjà plus ambitieux. Pourtant, pas de quoi freiner Xavier Machault (plume et chanteur du groupe BUFFLE !, avec notamment Roberto Negro) et Olivier Depardon (ex-leader de Virago qui, en ce moment, bosse sur son deuxième album solo) ; les deux réalisant ainsi leur première collaboration. Xavier Machault : « Gainsbourg nous faisait de l’œil depuis un petit moment. Quand la mairie d’Uriage m’a proposé de jouer durant l’un des concerts de l’été, j’en ai parlé à Olivier, on s’est mis d’accord et on a tout de suite commencé à bosser. Nous avons choisi cet album car il est à la fois très riche, minimaliste, assez peu connu du grand public, et aussi parce qu’il est possible de le reprendre sans trop le massacrer. » Les deux musiciens ont également été séduits par le côté

Continuer à lire

Tuons la bête !

SCENES | « Allumez-vous, éteindez-vous »… Oui, vous, les espèces en voie de disparition, les animaux embêtant la conscience des humains : « éteindez-vous » ! Sous la (...)

Laetitia Giry | Vendredi 1 février 2013

Tuons la bête !

« Allumez-vous, éteindez-vous »… Oui, vous, les espèces en voie de disparition, les animaux embêtant la conscience des humains : « éteindez-vous » ! Sous la plume de Jacques Rebotier, les bonnes paroles deviennent politiquement incorrectes, se font interrogation du rapport de l’homme à ce qui l’entoure, prétexte à une distorsion de la langue - fleurie et meurtrie à la fois. Xavier Machault, chanteur grenoblois s’il en est, s’offre une nouvelle collaboration avec la compagnie théâtrale les veilleurs (après celle de 2007) : nouveau pas de côté, nouvelle incursion dans le monde de la scène qui ne parle pas seulement en musique. Pas seulement, car, de la musique, Contre les bêtes en fourmille. Les mots sont ponctués et soulignés avec malice – et une certaine âpreté – par le violoncelle de Valentin Ceccaldi et le violon de Théo Ceccaldi. C’est ainsi que l’ironie drolatique du texte crisse et grince, dans l’harmonie d’un plateau de théâtre musicalisé. Entre les lignes, entre les cordes, la bonhomie de l’interprétation séduit et fait sourire (voire rire). Et puis, comment résister à une suite de conseils tous plus avisés les uns que les autres : « un peu moin

Continuer à lire