Fishbach : « Les codes de la féminité et de la virilité nous engoncent depuis qu'on est gamins »

Concert | Entre variété 80's et cold wave, Fishbach a su développer, avec "À ta merci", premier album loué par la critique, un style très personnel imprégné par une jeunesse à Charleville-Mézières autant que par une fascination certaine pour la mort. Mais aussi un personnage androgyne à la voix unique, qui prend toute sa dimension sur scène. Explications avant son passage par la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 novembre 2017

Photo : Yann Morisson


Il y a une vraie dualité entre le titre de votre album, À ta merci, et l'attitude que vous pouvez renvoyer aussi bien sur la pochette que sur scène : un peu hautaine, un peu guerrière même...

Fishbach : Je ne voulais pas tout mettre de Flora Fishbach, qui est mon vrai nom, dans ce projet. J'ai donc choisi de m'appeler juste Fishbach. Il y a déjà une dualité entre Flora et Fishbach. Cette pochette, c'est un portrait en clair-obscur, signe d'une ultra-confiance en soi et à la fois cadavérique. Parce que les voix que vous entendez sont celles d'une Fishbach qui est déjà morte. Je les ai enregistrées il y a longtemps et pour moi, ce sont des voix d'outre-tombe. Ce portrait, avec le titre À ta merci, a un côté "tranchez-moi la gorge", je ne m'appartiens plus.

Cette dualité s'exprime aussi dans l'androgynie de votre personnage... Vous dites qu' « en maintenant l'androgynie, on laisse voir la personne ».

Oui, parce que les codes de la féminité et de la virilité nous engoncent depuis qu'on est gamins. Moi, je me sens femme mais pas forcément comme tout le monde voudrait que je le sois. Je suis fascinée par ces personnages qui ne veulent pas se situer parce qu'on est des êtres humains avant tout. C'est une manière d'assumer que personne n'est 100 % féminin, ni 100 % viril. J'aime bien naviguer entre les deux. La scène et la musique me le permettent beaucoup. Dans la musique, on choisit son rôle, c'est notre avantage sur tous les autres types d'artistes.

Justement sur scène, votre interprétation est très théâtrale. D'où vient cette importance pour vous d'incarner un personnage par les attitudes, par la voix ?

C'est une protection. Quand on écrit une chanson, on met beaucoup de soi. C'est très intime. Il faut donc romancer ça. Il y a un forcément un masque. C'est tellement impudique d'être sur scène, tellement exhibitionniste, qu'il faut en passer par ce masque. Ça n'empêche pas d'être vrai et de tout donner, bien au contraire. Sur scène, je me fous à poil.

Vous avez grandi en partie à Charleville-Mézières et vous dites que cette ville imprègne beaucoup ce que vous faites et ce que vous êtes. Or, il y a dans votre musique quelque chose qui se rapproche de groupes de l'Est de la France comme Grand Blanc ou, plus loin dans le temps, Kas Product. Est-ce que vous reconnaissez une ambiance ou une esthétique propre à ces régions ?

Peut-être pas une esthétique mais une froideur, une dureté. Pendant deux-cents ans, dans ces régions, on n'a pas su si l'on était belge, français ou allemand, quelle langue il fallait parler. On a vécu à plein la période industrielle, le charbon, la sidérurgie... D'un coup tout se casse la gueule, les casernes militaires se barrent, les gens se retrouvent au chômage. Quand on est un gamin de là-bas, on ressent tout ce qu'ont vécu les générations d'avant et la manière dont ces gens se sont battus, sont fiers de leur région. Je pense que ça donne une énergie noire et il faut qu'on fasse avec. Qu'on utilise cette noirceur.

La mort est un thème omniprésent dans vos chansons, abordé sous tous les angles...

Oui, parce que je me pose beaucoup de questions par rapport à ma spiritualité. Je suis agnostique, je ne sais pas où l'on va, je ne sais pas comment le monde est régi, je me pose plein de questions. Et puis j'ai vécu dans une famille à la Six feet under où tout le monde travaillait dans une boîte de pompes funèbres. Ma mère bosse en gériatrie, elle accompagne les gens à la mort. Même si mes parents m'ont transmis une vraie philosophie de vie, quand on est enfant et qu'on vous montre des choses aussi dures que ça, sans tabou, ça vous marque à vie. Mais je suis très heureuse de l'éducation que j'ai reçue (rires).

Fishbach
À la Source (Fontaine) vendredi 17 novembre à 21h


Fishbach


38 avenue Lénine Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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