"Good" : un bon (Rodolphe) Burger

MUSIQUES | Voix de stentor, tempo au bord de l'arrêt cardiaque : le guitariste et chanteur français continue, avec son énième album en date, à distiller son blues velvetien. Ou devrait-on dire burgerien, comme on s'en rendra compte jeudi 16 novembre sur la scène de la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 novembre 2017

Photo : Julien Mignot


Exégète inépuisable du Velvet, collaborateur frénétique, maniaque de la reprise (y compris de ses propres titres ou de ceux du groupe qui l'a fait connaître, feu Kat Onoma) féru de création live sous toutes sortes de formes : le guitariste et chanteur alsacien Rodolphe Burger est à ce point barré en permanence sur plusieurs fronts qu'on en oublierait presque qu'il mène aussi une carrière discographique solo faites d'albums originaux. Si l'on s'en tient à ce seul critère, cela fait neuf ans que Burger, loin pourtant d'avoir chômé, n'avait pas livré ce genre d'albums, depuis No Sport, en 2008. Jusqu'à ce Good donc.

Sauf que, même en solo, Burger n'est jamais tout seul, convoquant toujours ses poètes préférés. Samuel Beckett, pour le morceau-titre, côtoie ainsi Pierre Alféri et Olivier Cadiot (deux complices de longue date de Burger) ou T.S. Eliot et son poème The Waste Land. De fait, la formule de l'alchimiste alsacien, si connu pour transformer le rythme de la poésie en boucles musicales hypnotiques, ne change guère : sa guitare blues et velvetienne, sa voix profonde de crooner fantomatique caressent les mots que viennent aussi piquer des machines discrètes (pas toujours). Mais elle fonctionne toujours autant (que de pépites doucereuses, de Cummings à Poème en or). Et si l'on arrête parfois de suivre avec systématisme le parcours de Burger, on peut ici raccrocher avec bonheur les wagons de ce train par le seul fait qu'il donne toujours l'impression d'avoir la courtoisie d'avancer au pas.

Rodolphe Burger + HaiZi BeiZi
À la Source jeudi 16 novembre à 20h30


Rodolphe Burger

+ HaiZi BeiZi
38 avenue Lénine Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Rodolphe Burger : very "Good"

Concert | Le génial compositeur, guitariste et chanteur français sera à la MC2 mardi 11 décembre pour un concert qui promet. Et la veille au cinéma le Méliès pour présenter un documentaire le concernant.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 décembre 2018

Rodolphe Burger : very

Une approche velvetienne du blues, une certaine langueur électronique et un amour immodéré de la poésie : voilà probablement les trois piliers tenant l'œuvre du Français Rodolphe Burger depuis les premiers temps de son groupe Kat Onoma jusqu'à ses dernières productions. Et c'est ce que l'on retrouvait comme en hyper-concentration sur l'album Good, sorti début 2017, qui se présentait comme une énième manifestation de xénoglossie où la langue des poètes (celle des compères de toujours Olivier Cadiot et Pierre Alféri mais aussi de Goethe, T.S. Eliot, Deguy, Büchner et Beckett) venait une fois de plus envahir le flow chamanique de l'ermite de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). Un an après une précédente présentation live (à la Source), celui-ci revient dans l'agglo (cette fois à la MC2) servir un double événement autour de cet inépuisable et insondable projet. D'abord sous la forme d'une expé

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Festival Les Belles Journées : oh les beaux jours berjalliens

Musique | Zoom enthousiaste sur la nouvelle édition du festival de Bourgoin-Jallieu organisée vendredi 8 et samedi 9 septembre. Un événement qui « souhaite défendre la fine fleur du rock indépendant français et de la chanson, dans une ambiance conviviale et festive ».

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Festival Les Belles Journées : oh les beaux jours berjalliens

C'est un peu comme une pré-rentrée. En attendant que les Abattoirs de Bourgoin-Jallieu ne rouvrent leurs portes pour une saison qui promet quelques beaux moments, le festival de rock français Les Belles Journées, sis lui aussi à Bourgoin, s'occupe des derniers beaux jours (même s'il est devenu plus qu'évident qu'il y a de moins en moins de saison) en marquant la reprise. Et de quelle manière ! Car les deux soirs du "petit" festival du Parc des Lilattes s'annoncent appétissants. Le premier aura une forte odeur de blues avec Butch McKoy, blues (donc) sépulcral à cheval sur la dépouille de Johnny Cash et les esprits de Nick Cave et de David Eugene Edwards (16 Horsepower, Wovenhand), et les Mountain Men de Mathieu Guillou. Quant aux caméléons de Nouvelle Vague (on rappelle le principe : des reprises bossa nova de tubes new wave mais aussi, depuis peu, quelques compositions), ils ne devraient toutefois pas avoir de mal à se faire une tête de tête d'affiche. Le lendemain, le prodige folk lyonnais Raoul Vignal et le bluesman velveto-alsacien Rodolphe Burger feraient

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Cabaret frappé – jour 3 : branchées les guitares

MUSIQUES | Un duo déconcertant, un trio séduisant, un juste retour au blues originel américain et un Burger fidèle à lui-même : on a eu droit à quatre groupes survoltés en ce troisième jour de Cabaret frappé. Le tout avec des guitares savamment exploitées. Eloi Weiss

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Cabaret frappé – jour 3 : branchées les guitares

« Secouer la lune » : c'est ainsi que se fait nommer le duo Heymoonshaker programmé ce mercredi 24 juillet, en plein milieu de la troisième soirée du Cabaret frappé. Deux mauvais garçons –  Andrew Balcon, guitariste et chanteur, et Dave Crowe, beatboxer surprenant – qui ont habité la scène avec une constance impressionnante. Bières en main, cigarettes au bec, le pantalon à peine remonté : leur entrée fut singulière. Provocants, mais plein d'enthousiasme donc, les deux Anglais au style blues décharné et rock électrique étaient deux et bien plus à la fois. En guise d’instruments : une seule guitare, tenue par un Andrew Balcon à la voix rauque très poussée. Et c’est tout. Enfin, presque... Car il y a Dave Crowe : le beatboxer hors pair, seulement armé d’un micro, se transforme à chaque concert en une incroyable batterie humaine. Il incarne les lignes de basse, son corps traçant dans l'air un semblant de partition. Il est un groupe de musiciens à lui tout seul, comme le sont les meilleurs beatboxers. Sur scène, Heymoo

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Au Cabaret !

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Tout se passe à Grenoble entre la poire et le fromage et entre kiosque (pour les concerts gratuits programmés à 19 h ou à minuit) et chapiteau. Avec néanmoins une exception le 28 juillet avec un concert final de Dark Dark Dark qui méritera bien de monter jusqu'au Ciel pour l'occasion. Et puisqu'on parle d'occasion, Le Cabaret frappé est toujours l'occasion de (re)découvrir dès le premier soir de bien étranges créatures comme le Big Ukulele Syndicate qui reproduit l'esprit de l'Ukulele Orchestra of Great Britain, fameuse formation de reprise tous horizons au Ukulele donc (d'où le nom). Le même soir, le métissage musical se poursuivra avec le folk hybride de la canadienne d'origine haïtienne Melissa Laveaux et le soul man casqué Cody Chesnutt.   Le mardi, on se refait un coup de 14 juillet avec neuf jours de retard. Au programme : l'électro-rock de Pan en gu

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Élitisme pour tous

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l’agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l’espace urbain. Et trois ans qu’il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle. Alors que, n’en déplaisent aux médisants, c’est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l’équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent... Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d’événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l’on pr

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Les Détours de Babel est un festival qui porte plutôt bien son nom : les partisans de l'étiquetage musical y perdent, comme au pied de la biblique tour, leur latin. Car il faut entendre « musiques du monde » non pas au sens de « musiques du tiers-monde » comme on a trop souvent tendance à le faire, mais bien au sens de « musiques de notre monde », ou « musiques nomades », comme on dit ici. Bref, de musique, quoi. L'on peut donc aller à la fois applaudir Pierre Henry (photo), électroacousticien octogénaire ascendant éternel, et ses « Fragments rituels », une « rêverie musicale » autour de sa fameuse Messe pour le Temps Présent ; le Cantique des cantiques, poème d'amour biblique traduit par Olivier Cadiot et immortalisé en musique par Rodolphe Burger ; ou encore le Kronos Quartet, célèbre quatuor à cordes aux 600 créations, capable de se fondre dans tous les genres connus (rock, jazz, classique, musique minimaliste, folklore de tous pays, tango, musiques de film, post-rock, punk) et inconnus. De Wagner à Steve Reich, en passant par Laurie Anderson, le Kronos sera une fois encore fidèle à sa plasticité esthétique, et constituera l'étendard rêvé et

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On a usé nos disques de Kat Onoma. Dévoré les albums solo de Rodolphe Burger en solitaire. On a été foudroyé par la beauté de ses collaborations avec Alain Bashung (sur Fantaisie Militaire et la version du Cantique des Cantiques interprétée lors du mariage de Bashung avec Chloé Mons). On a presque supporté Jeanne Balibar quand elle miaulait sur ses arrangements. On a ouvert grand nos yeux et nos oreilles lors de son étonnant « concert dessiné » avec Dupuy et Berbérian (en 2010 à la Source). On a encore plus apprécié le film Bled number one en le voyant interpréter le générique de fin seul à flanc de montagne, dans son inimitable registre de rock brisé aux superbes fêlures. Et donc forcément, quand l’immense Rodolphe Burger, institution rock française en dehors de tout carcan, s’empare du répertoire du mythique Velvet Underground le temps d’un concert (mardi 24 janvier à la MC2), on souscrit à la démarche sans aucune hésitation. Car les capacités d’incarnation, de réinterprétation et de surprise du bonhomme sont tellement au-delà de toutes normes qu’il se peut qu’on entende certains morceaux comme pour la première fois.

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Rodolphe Burger, ancien leader (chanteur-guitariste) du feu groupe de rock expérimental Kat Onoma, débarque à Grenoble pour un ciné-concert dont on attend beaucoup (le projet a été initié en 2002 à la demande du Musée d’Orsay). Car le film choisi – L’Inconnu de Tod Browning, réalisateur du célébrissime Freaks, la monstrueuse parade – est un petit bijou du cinéma muet. Dans un cirque gitan, on rencontre une femme refusant que les hommes la touchent, un monsieur muscles gentiment pataud, un nain malicieux… Et surtout Alonzo, faux manchot éperdument amoureux et diaboliquement machiavélique interprété par Lon Chaney, acteur grandiose du cinéma muet qui livre ici une performance de haute volée (quel regard lorsqu’il comprend que son monde s’effondre). L’Inconnu, sous couvert d’une morale simple (ceux qui agissent mal seront punis), devient alors un film étrange, sombre et romantique à la fois. Soit le matériau idéal pour illustrer les recherches musicales de Rodolphe Burger – recherches qu’il effectue en collaborant aussi avec de nombreux artistes, d’Higelin à Bashung en passant par Erik Truffaz ou encore Françoise Hardy. Sa musique sensitive, impressionnan

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