Grand bain musical à Musilac

Festival | Vieilles gloires, valeurs sûres, piliers de festoche, jeunes pousses, smoothies de genres et autres étrangetés à découvrir : le festival lacustre Musilac, prévu du jeudi 12 au dimanche 15 juillet à Aix-les-Bains (Savoie), va baigner l'été musical d'un éclectisme qui attire les foules comme les amateurs éclairés, jusqu'à les confondre. La preuve avec la programmation détaillée par jour.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Old Wave le jeudi

D'une certaine manière, s'il fallait un hymne en ouverture de cette édition 2018 de Musilac, il pourrait consister en trois bouts de refrains se répondant depuis le fin fond des âges 80 ; quand les uns martèleraient « I Just can't get enough », les autres répondraient « Don't you forget about me » ou « Always the sun ». Car, on l'aura compris, c'est une soirée très marquée "ressac de la new wave" que celle du jeudi, avec Depeche Mode, Simple Minds et The Stranglers – quand bien même les carrières de chacun de ces groupes britanniques n'auraient pas résisté d'égale manière au passage du temps.

Pour le reste, on notera que J. Bernardt, transfuge des Belges de Balthazar, remplacera numériquement son collègue Warhaus, présent l'an dernier ce même soir ; que le rock indé répondra présent avec le Stroke Albert Hammond Jr. (le meilleur d'entre eux, sans doute), Findlay et The Mistery Lights ; que les amateurs de bizarrerie en auront pour leur compte avec le black metal-gospel-blues de Zeal & Ardor ; que les amateurs de chanson rock en VF s'enflammeront pour le retour des Feu! Chatterton ; ou encore que les amateurs de rap mélodique pourront retrouver la sensation du moment Lomepal.

Thermostars le vendredi

« Simple, basique » comme dirait Orelsan ? Pas vraiment : dès le deuxième soir, l'éclectisme à tout crin de Musilac s'accentue et s'étire entre scène lac et scène montagne (sans oublier le Korner). Tous azimuts, on retrouvera là, en fonction de ses goûts ou de l'endroit où on se trouve, aussi bien le suscité et parfois sulfureux Orelsan que Deep Purple (mettront-ils le feu au lac ?) ; l'incandescent belge (si ça existe !) Oscar and the Wolf et la brûlante diva de l'Arkansas Beth Ditto ; les tièdes Cats on Trees et la très hot Hollysiz ; les volcaniques Fufanu (genre de Joy Division islandais), le blues ardent et abrasif de The Temperance Movement, le crépitant Foa ou encore le bouillant rappeur rouennais Rilès. Bref, un deuxième soir qui, derrière l'éclectisme précité, ne sera qu'une simple affaire de thermostat.

Indochinoiseries le samedi

Pop (You me at six, Teeers, Charlotte Cardin), hip-hop à spectre large (Nova Twins, Romeo Elvis et l'ancêtre MC Solaar) et électro (les poids lourds Rone et Chloé) viennent teinter cette troisième soirée. Laquelle n'en portera pas moins la marque indélébile de ces increvables Indochine, dont le tour de force 2018 aura consisté en la transformation capillaire de son chanteur Nicola "Forever Young" Sirkis, passant de sa légendaire toison "robertsmithienne" à reflets corbeaux à une peroxydation qui le rapproche davantage d'Alex Lutz dans Catherine et Liliane.

Une révolution capillaire quasi historique (quel mauvais exemple pour la jeunesse gothique) qui n'aura pas suffi à entamer l'aura d'un groupe (on a vu des fans se braquer pour moins que ça) dont le 13e album, 13 donc, aura littéralement roulé des pelles au sommet des charts. Au point qu'un député LREM cita récemment le compte Twitter du groupe dans sa volonté de rendre hommage aux victimes de la guerre du même nom. En 2021, Indochine aura 40 ans et il est convenu que ce groupe nous aura à l'usure.

Attention, ascension le dimanche

Par dessus une soirée relativement fourre-tout laissant la part belle aux découvertes, de Raqoons à Skinny Lister, de Myles Sanko à Témé Tan en passant par L'Impératrice, on dénombrera quatre poids lourds dont certains sont parmi les meilleurs clients de cette cuvée 2018 des festivals d'été.

À commencer par la néo-soul de Her qui risque de résonner avec une intensité particulière. Voilà en effet un an que Simon Carpentier, l'un des deux membres du duo originel, est décédé. Entre temps, l'album de Her est sorti et son compère Victor Solf a décidé de tenir la promesse faite de mener le projet à bien.

Ensuite avec IAM et les pénibles Shaka Ponk, deux mastodontes dont le premier viendra comme il le fait depuis un moment fêter les 25 ans de son album culte L'École du micro d'argent (1997).

Exception confirmant la règle, un dernier poids lourd, Franz Ferdinand (photo), qui lui, noblesse oblige, n'écumera guère les festivals et mérite donc tout spécialement le déplacement. D'autant que la version live de leur Always Ascending, régénérant dernier album, entrecoupée de tubes maison, constitue un show digne d'une élévation, tant physique que spirituelle. Une sorte d'antidote à Shaka Ponk en somme.

Musilac
À Aix-les-Bains du 12 au 15 Juillet

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Mardi 13 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel (ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir). Prisonnière d’une commu

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Simo Cell et Abdullah Miniawy, explorateurs sonores

MUSIQUES | C’est ce qu’on pourrait appeller une rencontre à haut potentiel. D’un côté Simo Cell, jeune espoir de la scène électronique française arpentant depuis cinq/six (...)

Damien Grimbert | Lundi 14 juin 2021

Simo Cell et Abdullah Miniawy, explorateurs sonores

C’est ce qu’on pourrait appeller une rencontre à haut potentiel. D’un côté Simo Cell, jeune espoir de la scène électronique française arpentant depuis cinq/six ans des territoires sonores singuliers quelque part entre techno, bass music britannique, ambient et musiques expérimentales, avec un goût prononcé pour les rythmes percussifs, le sound design, la gestion des silences et les infrabasses démesurées. De l’autre Abdullah Miniawy, jeune poète, chanteur, compositeur et trompettiste égyptien militant passionné de musique répétitive, de free jazz et transe soufie, dont la carrière débute au Caire en 2011, à l’orée des premiers soulèvements révolutionnaires qui aboutiront à la démission du président Hosni Moubarak. Entamée au cours de l’hiver 2018, sous la forme de longues sessions d’enregistrement faisant la part belle à l’improvisation, leur collaboration va d’abord donner naissance à un album rêche, hybride et avant-gardiste d’une puissance d’évocation impressionnante, Kill Me or Negotiate, sorti en octobre 2020 sur le label lyonnais Brothers From Different Mothers. Puis à une déclinaison live que le public grenoblois aura le privilège d’être l’un des tous premiers à

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Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

ECRANS | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, "Des hommes" (en salle le 2 juin) rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions "supérieures" prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux. Interview et critique.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre votre précédent film Chez nous (2017), sur un parti populiste d’extrême-droite, et celui-ci qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Des hommes est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà. Il est ensuite tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était intacte – ce qui est bon signe après 10 ans. Outre "l’actualité" de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de "liq

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"The Father" : ça tourne pas daron

ECRANS | L'écrivain français Florian Zeller adapte l’adaptation britannique de sa pièce à succès en embarquant une distribution et une équipe technique expérimentées. Le résultat s’avère conforme aux craintes : un aimant à Oscar lisse et propret ayant plus à voir avec le théâtre que le cinéma.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Octogénaire vivant dans un vaste appartement londonien, Anthony (Anthony Hopkins) sombre dans la démence. Pour lui, le temps se diffracte : il confond présent et passé, sa fille Anne (Olivia Colman) avec l’assistante de vie, oublie jusqu’à la mort de sa cadette… Sa perception relative de cette altération affecte son humeur, le rendant agressif et paranoïaque. D’ultimes protections avant le lâcher-prise final… Tant de dithyrambes ont déjà été dites et écrites sur Le Père (pièce et film) que porter un avis contraire semble tenir d’une posture stérilement provocatrice façon Serge Kaganski époque Amélie Poulain ; tentons toutefois d’avancer quelques arguments… S’il n’est pas rare qu’un triomphe de la scène trouve une prolongation "naturelle" sur les écrans, métamorphoser un matériau théâtral en projet cinématographique n’en demeure pas une affaire aisée. S’affranchir de la contrainte du huis clos que la scène impose généralement constitue la principale préoccupation des réalisateurs : certains s’en accommodent en créant d’artificielles "aérations" visuelles, d’autres laissent le flux et la tension verbale sculpter les séq

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10 km : c'est court mais c'est bon

ESCAPADES | Contraints dans nos sorties par ce rayon de 10 km, il nous faut faire preuve d'imagination pour varier les plaisirs de balade. Explorations urbaines à vélo, randonnées pédestres originales, balades à VTT, flânerie artistique dans les parcs... Avec un peu de créativité, il y a finalement du potentiel pour y trouver son compte sans se lasser.

Jérémy Tronc | Vendredi 30 avril 2021

10 km : c'est court mais c'est bon

La cascade de Saint-Martin-d’Hères Cette chute d’eau belle et spectaculaire s’écoule à quelques pas de Saint-Martin-d’Hères village. Le chemin qui la longe est une voie d’accès originale vers la colline du Murier, qui permet de se passer de voiture. Rejoignez la place de la Liberté à Saint-Martin, en bus (ligne 12 ou C7) ou à vélo. Des arceaux proches de l’église permettent d’accrocher son biclou de manière sécurisée. De la place, traversez la rue en direction de la colline et pénétrez dans la rue en légère montée. Dans le premier virage à droite, le chemin démarre au lieu-dit Chaberte (indiqué sur un poteau en bois) à gauche d’un haut mur en pierre. La cascade est vite visible. Franchissez le pont et continuez de grimper jusqu’à la route goudronnée que vous suivez jusqu’aux Collodes. De là, les options sont nombreuses : poursuivre sur la route jusqu’au Murier et son parc ouvert au public le week-end (table de pique-nique, jeux pour enfants), ou bifurquer vers le sud à la première intersection, direction Le Bigot puis Romage, ou Poisat pour une balade plus courte. Infos pratiques : 6, 3 km / D+ 300 m

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"Possessor" : de la mort des marionnettes

ECRANS | Possessor aurait pu constituer l’Easter Egg idéal du festival Hallucinations Collectives, si… Mais avec des si, les cinémas seraient ouverts et on ne serait pas obligé de voir le Grand Prix de Gérardmer en direct to DVD en espérant qu’il sorte enfin sur grand écran…

Vincent Raymond | Mercredi 14 avril 2021

Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses "talents" consistant à téléguider neurologiquement des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici, tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « Bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes les gazettes, l’idée de l’Humain augmenté, quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique, branchement neuronal, mutation, duplication…) mais toujours à ses risques et périls, a t

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Musilac tombe à l’eau

Festival | La nouvelle est tombée vendredi 2 avril, à midi pile : l’édition 2021 du festival, censée se dérouler du 8 au 11 juillet, est complètement annulée. Un terrible coup d’arrêt pour un événement qui va connaître une seconde année blanche consécutive.

Martin de Kerimel | Vendredi 2 avril 2021

Musilac tombe à l’eau

Quel choc ! C’est officiel : il n’y aura donc pas de Musilac pour animer les soirées du début de l’été prochain. La longue incertitude qui planait sur l’événement a pris fin vendredi 2 avril, à l’heure du déjeuner. On savait évidemment que la jauge limitée à 5 000 personnes, assises et distanciées, compliquait sévèrement l’organisation du festival, de même que la probable impossibilité d’y proposer une offre de buvette et de restauration – la source habituelle d’une bonne partie des recettes utiles. Un sondage laissait entendre que le public restait solidaire avec l’équipe, mais réfractaire à une formule de ce type. C’est-à-dire prêt à accepter des contraintes, mais presque unanimement hostile à l’idée d’un festival assis. Une étude était cependant encore en cours pour valider (ou non) la tenue d’un événement sous une autre configuration. Désormais, c’est sûr : rien ne sera possible. « La situation intenable pour nous » Les organisateurs se sont expliqués par le biais d’un communiqué : « Comme il y a un an, trop de choses sont contre nous : la situation sanitaire, tout d’abord, qui reste l’essentiel et dont nous comprenons bien à quel point elle est dif

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À la rencontre de l’autre

Danse | Danseuses et chorégraphes, Myriam Lefkowitz et Catalina Insignares viennent de passer trois semaines en résidence à Grenoble à l’invitation du Pacifique, centre de développement chorégraphique national. Elles ont travaillé avec des migrants autour de la Facultad, un ensemble de propositions artistiques qu’elles ont élaboré. Leur démarche : placer l’attention à l’autre au cœur de la création.

Martin de Kerimel | Lundi 29 mars 2021

À la rencontre de l’autre

Pour elles, la danse ne se limite pas à une pratique artistique sur scène. Myriam Lefkowitz s’interroge sur les questions d’attention et de perception et travaille notamment sur des dispositifs immersifs, pour favoriser la relation directe entre les spectateurs et les interprètes. Catalina Insignares, elle aussi, aime questionner la relation des artistes à la société. La permanence qu’elles viennent d’organiser dans un appartement du quartier de l’Abbaye, à Grenoble, les a placées en contact direct avec plusieurs dizaines de personnes exilées, ainsi qu’avec d’autres, issues du monde associatif, qui les accompagnent, les écoutent et les soutiennent. L’idée : expérimenter des pratiques qui, par nature, nécessitent la mise en place d’une relation à l’autre. Marches urbaines les yeux fermés, danse de mains, dialogues basés sur l’imaginaire et les ressentis… un ensemble de démarches mis au service de la rencontre, sans intention d’en tirer un spectacle. « Déségrégation » Cette résidence à Grenoble était également, pour les deux jeunes femmes, une expérience personnelle.

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Les fantômes du Congo

Photo | De 2014 à 2019, le photographe William Dupuy a arpenté les confins de la République démocratique du Congo à la rencontre des enfants soldats. Une plongée dans l’enfer des conflits inter-ethniques dont le regard hagard des protagonistes témoigne de la détresse, souvent inconsciente, qui les hante. Une exposition à découvrir au Studio Spiral.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 mars 2021

Les fantômes du Congo

Sous un ciel encombré de nuages teintés d’un gris électrique, une luxuriante végétation vert sombre recouvre le doux relief de collines dont les lignes sinueuses se perdent dans le lointain. L’ambiance singulière qui se dégage du paysage que dévoile le cliché introductif de l’exposition de William Dupuy a autant pour but de témoigner des caractéristiques géographiques du Nord Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, que de nous plonger dans l’étrange atmosphère de cette contrée en proie à de multiples conflits. Une dimension fantasmatique que William Dupuy amplifie en re-baptisant ce territoire Neverland en référence à Peter Pan, car, tout comme la fameuse île issue de l’imaginaire de J.M. Barrie, cette région abrite un grand nombre "d’enfants perdus". En effet, embrigadés dès leur plus jeune âge, les enfants-soldats du Nord Kivu s’engagent dans de multiples micro-conflits qui les dépassent et dont ils ne savent généralement pas grand-chose, si ce n’est que s’ils ne tuent pas l’ennemi qui leur est désigné, c’est eux qui seront tués. Totalement désœuvrés et déscolarisés (les rares instituteur.trices encore en place expliquent généralement

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Festivals estivaux : des incertitudes demeurent

MUSIQUES | Roselyne Bachelot a tranché : pour la ministre de la Culture, les festivals estivaux ne pourront accueillir que 5 000 personnes assises et distanciées, dans le respect des gestes barrières. Les organisateurs sauront-ils s’adapter ? Certains d’entre eux ont déjà renoncé. D'autres nous ont répondu et fait part de leurs difficultés.

La rédaction | Mercredi 3 mars 2021

Festivals estivaux : des incertitudes demeurent

Magic Bus en format réduit En novembre dernier, l’association Retour de Scène se voulait optimiste (on ne sait plus trop, mais il y avait peut-être de quoi, à l’époque !) et annonçait des dates pour son prochain festival Magic Bus. La 20ème édition devait se tenir du 6 au 8 mai, avec une programmation presque bouclée. Aujourd’hui, l’équipe du festival est largement revenue sur ces projets initiaux, mais elle ne s’en démène pas moins pour maintenir un événement adapté aux contraintes sanitaires annoncées. Damien Arnaud, coordinateur de l’association grenobloise, nous explique tout : « On est en cours de réflexion pour proposer un format assis en jauge réduite (pas plus de 500 personnes) courant juin. Ce ne sera pas à l’Esplanade, mais on cherche tout de même un lieu en plein air. La programmation sera axée sur la découverte de la scène locale avec, tout de même, un ou deux artistes d’envergure nationale en tête d’affiche. Certaines esthétiques, comme l’électro, ne seront malheureusement pas représentées. Ce sera une autre approche, plus tranquille. Ce que je peux d’ores et déjà annoncer, c’est que le Student Groove Orchestra, en partenariat avec le Crous

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Remobilisation festivalière

ACTUS | Vie culturelle / Les très lourdes conséquences de la crise sanitaire ne laissent pas les organisateurs de festivals indifférents. Aujourd’hui, beaucoup réagissent publiquement et témoignent de leur détermination pour 2021. Explications.

Martin de Kerimel | Mardi 8 décembre 2020

Remobilisation festivalière

Agir pour ne pas connaître une deuxième saison blanche consécutive : c’est la volonté de quelque 200 événements musicaux partout en France, qui viennent de cosigner une tribune. Un texte au titre explicite – « Festivals 2021, Pourquoi on y croit ! » – comme pour mieux secouer le cocotier. Le ton est déterminé. Extraits : « En tant qu’organisateurs de festivals, rien ne nous interdit d’y croire. Optimistes de nature, entrepreneurs de métier, nous sommes engagés pleinement dans la préparation de nos prochaines éditions (…). Nos équipes sont déjà au travail. Les artistes se préparent. Le public nous attend ». « Un message positif » Rémi Perrier, le big boss du festival Musilac, prévu du 8 au 11 juillet prochain à Aix-les-Bains, fait partie des initiateurs de cette démarche. « On avait envie de délivrer un message positif, sans pour autant s’abandonner à la politique de l’autruche, indique-t-il. Petits et grands, on est tous touchés et on sait bien que tous les scénarios restent possibles pour l’an prochain, mais on se dit que le pire n’est jamais certain. » D’où cette intention de s’adresser à tous : artistes, public, parten

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Un Noël dans les rues de Tokyo

ECRANS | Animation. Avec le fabuleux "Tokyo Godfathers", le génie regretté de l’animation japonaise Satoshi Kon livrait en 2003 une relecture aussi singulière qu’émouvante du traditionnel conte de Noël.

Damien Grimbert | Mardi 8 décembre 2020

Un Noël dans les rues de Tokyo

S’il reste avant tout célébré pour ses œuvres les plus avant-gardistes et oniriques, marquées par leur approche "subjective" de la réalité (Perfect Blue, Paprika, la série Paranoïa Agent…), Satoshi Kon, disparu en 2010 à l’âge de 46 ans, n’en a pas moins jamais cessé d’aborder en filigrane, tout au long de sa courte mais irréprochable filmographie, les névroses profondes du Japon contemporain. Une exploration sociétale qu’on retrouve une nouvelle fois à l’œuvre dans Tokyo Godfathers, bouleversante quête de trois sans-abri pour retrouver les parents d’un bébé abandonné pendant les fêtes de Noël. Portrait touchant de trois parias cantonnés aux marges de la société (une femme transgenre au grand cœur, une adolescente fugueuse et revêche, et un père de famille ruiné, râleur et alcoolique), le film s’inscrit ainsi ouvertement dans les codes du conte de Noël, tout en les transcendant sans cesse par sa soif romanesque. À la fois récit initiatique, mélodrame flamboyant, chronique sociale, thriller haletant et fable rédemptrice, le métrage multiplie les registres sans jamais se perdre en cours de route, embarquant le spectateur dans un grand-huit émoti

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À Voreppe, fin octobre, c'est festival Ciné-Jeune !

ECRANS | C’est une semaine intense qui donne envie de rajeunir : du 24 au 31 octobre, le Cap de Voreppe propose pas moins de 27 films d’un éclectisme ébouriffant, à (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

À Voreppe, fin octobre, c'est festival Ciné-Jeune !

C’est une semaine intense qui donne envie de rajeunir : du 24 au 31 octobre, le Cap de Voreppe propose pas moins de 27 films d’un éclectisme ébouriffant, à commencer par un ciné-concert du génial et hilarant Sherlock Jr. (photo) de Buster Keaton, ambiancé par le trio The French Bastards. On note des avant-premières pour les tout-petits (Le Quatuor à cornes : là-haut sur la montagne, Les Ours gloutons, Le Noël de Petit Lièvre Brun), les immanquables du moment (Calamity, Lupin III…), les prometteurs Petit Vampire, Le Peuple Loup, Fritzi et 7 jours, ainsi que de grandes reprises. De Miracle en Alabama à Akira en passant par La Jeune Fille à l’écho (curiosité lituanienne), il y a du choix. On conseillera pour finir de jeter un œil au documentaire Petites Danseuses qui en dit aussi long sur les rêves des parents que sur ceux des enfants…

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"Sous les étoiles de Paris" : un enfant à la mère

ECRANS | ★★☆☆☆ De Claus Drexel (Fr., 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine (Catherine Frot) voit surgir le petit Suli (Mahamadou Yaffa), un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Le réalisateur Claus Drexel l’affirme d’emblée : Sous les étoiles de Paris est un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares (le seul ?) films où les

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En octobre, il faut passer par la galerie Tracanelli !

ARTS | N’hésitez pas à passer la porte de la galerie Tracanelli pour y visiter l’exposition du mois d’octobre ! Vous y découvrirez le travail de Marjolaine (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 20 octobre 2020

En octobre, il faut passer par la galerie Tracanelli !

N’hésitez pas à passer la porte de la galerie Tracanelli pour y visiter l’exposition du mois d’octobre ! Vous y découvrirez le travail de Marjolaine Robert de Saint Vincent qui se nourrit de son parcours atypique entre les Beaux-Arts et l’armée (eh oui !) ; les compositions picturales d’Adrian Kay Wong dans lesquelles des éléments figuratifs stylisés surgissent d’un entrelacs de motifs abstraits évoquant les tapisseries des années 1970 ; et surtout les expérimentations picturales de Julien Herz qui joue des superpositions et des styles pour créer des compositions assez surprenantes. Des emboîtements de formes géométriques bleu électrique et gris métallique y côtoient des surfaces en crépis et de nerveux gribouillis à la craie.

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Soleil vert

Reprise | On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Soleil vert

On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète des Singes : on frissonnait pour rire sans y croire vraiment. Légèrement dépassé dix ans plus tard, Soleil vert revient comme un boomerang aujourd’hui, en particulier grâce sa visionnaire séquence d’ouverture résumant la course à l’abîme créée par la révolution industrielle. Pollution, désertification, famines, inégalités sur-creusées, ciel ocre et humains légalement asservis (coucou Uber). Ne manque qu’un élément faisant tout le sel de ce film se déroulant en 2022, c’est-à-dire demain, que le Pays Voironnais vous propose de découvrir gratuitement mercredi 14 octobre à 20h30 au Cap de Voreppe, dans le cadre du mois de la transition alimentaire. Bon appétit !

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Panthère Première, le fond et la forme

CONNAITRE | Rencontre / Épatante revue indépendante d’une centaine de pages lancée en septembre 2017, Panthère Première investira la librairie Les Modernes du jeudi 1er au samedi 3 octobre, le temps de deux expositions, d’une discussion et d’un atelier de gravure à prix libre.

Damien Grimbert | Mardi 22 septembre 2020

Panthère Première, le fond et la forme

Épatante revue indépendante d’une centaine de pages lancée en septembre 2017, Panthère Première investira la librairie Les Modernes du jeudi 1er au samedi 3 octobre, le temps de deux expositions, d’une discussion et d’un atelier de gravure à prix libre. Forcément, un nom aussi éclatant, ça interpelle, mais ce n’est pas pour autant, loin s’en faut, sa seule singularité, comme nous l’explique Gaëlle Partouche, fondatrice de la librairie de la rue Lakanal : « Panthère Première, c’est une revue de critique sociale, qui interroge la porosité entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui relève de la sphère publique, et la manière dont nos vies privées sont traversées par le politique. » Proposant dans chaque numéro des thématiques à l’intersection de « ce qui est renvoyé à l’intime (famille, enfance, habitat, corps, maladie, sexualités…) et des phénomènes qui cherchent à faire système (État, industrie, travail, colonialisme, rapports de genre…) », la revue aborde une impressionnante diversité de sujets écrits et illustrés par des contributeurs et contributrices, mais sélectionnés par un collectif éditorial constitué exclusivement de femmes. Un choix d

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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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Josep : Mais qu’a fait la police ?!

ECRANS | ★★★☆☆ Animation de Aurel (Fr.-Esp.-Bel, 1h14) avec les voix de Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Josep : Mais qu’a fait la police ?!

Premier long métrage d’un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît, Josep raconte comment le personnage-titre, républicain espagnol réfugié en France fut en fait parqué dans un camp par les autorités et maltraité par tous les gendarmes... sauf un. Voilà qui résonne terriblement avec l’actualité des violences policières : y aurait-il une "tradition" de comportements individuels racistes, d'omerta, d’obligation de suivre le groupe, d’absence de contrôle par la hiérarchie ? Tout cela pèse violemment sur le récit, par ailleurs édifiant, éclairant l’existence mal connue des camps de concentration destinés aux réfugiés anti-franquistes, cette autre tache sur l’Histoire hexagonale. En confrère respectueux, Aurel efface ici son trait pour ne pas faire ombrage à celui de son devancier. Et l’animation, qui préfère un mouvement saccadé à une trop grande fluidité, fait bien écho au style tourmenté, expressionniste, de Josep. On saluera enfin un joli travail sur le magma des souvenirs, qui fait survenir la présence fluctuante de Frida Kahlo.

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"Tenet" : au temps pour lui

ECRANS | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce Mission : Impossible surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après Tenet. Encore que…

Vincent Raymond | Mercredi 26 août 2020

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comporte de désespoir. Si les problématiques sont excitantes — irradier des objets ou des personnes pour qu’ils aillent à

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"Midnight Runner" : la course à l’abîme

Cinéma | De Hannes Baumgartner (Sui., 1h32) avec Max Hubacher, Annina Euling, Sylvie Rohrer…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Champion de course, Jonas s’entraîne avec une ombre au-dessus de la tête : celle de son frère mort, qui jadis le soutenait. Déséquilibré par son absence, il se met à agresser des femmes nuitamment. Le jour, il donne le change : personne ne réalise vraiment la gravité de son état… Froid, clinique, sec… Tel semble Jonas, tel paraît être le film. Voudrait-on appuyer sur des clichés que l’on incriminerait en sus la rugosité du dialecte suisse-allemand, l’ambiance hivernale des entraînements dans les forêts boueuses ou sur le pavé bernois et l’image bleuâtre ! Nul besoin d'ajouter que Baumgartner s’est inspiré d’un fait divers pour charger la barque de ce douloureux long métrage peu bavard, et cependant fascinant dans sa limpidité : le mal-être de Jonas évident, dévorant, obsédant et antérieur à la disparition de son frère – on découvrira qu’ils ont tous deux été placés dans une famille d’accueil – n’est plus apaisé par la pratique hypnotique du fond. Il a trouvé un dérivatif plus puissant dans la transgression d’un interdit ; une décharge d’adrénaline supérieure aux endorphines. Une pulsion contre la raison.

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Rémi Perrier : « Aujourd'hui, je ne peux pas dire si Musilac est annulé ou ne l’est pas »

Festival | Du samedi 11 au mardi 14 juillet devrait se tenir à Aix-les-Bains (Savoie) le festival Musilac, avec des têtes d’affiche françaises et internationales comme PNL, Iggy Pop, Lenny Kravitz, Angèle, -M-, Metronomy, Lomepal, Niska… Sauf que Rémi Perrier, le producteur de spectacle basé à Grenoble qui gère l’événement, ne sait pas si cette dix-neuvième édition pourra avoir lieu. On lui a passé un coup de fil pour en savoir plus.

Aurélien Martinez | Vendredi 10 avril 2020

Rémi Perrier : « Aujourd'hui, je ne peux pas dire si Musilac est annulé ou ne l’est pas »

Pouvez-vous nous dire aujourd’hui si la dix-neuvième édition du festival Musilac aura bien lieu mi-juillet ? Rémi Perrier : Non, car on a plusieurs problèmes. Le premier est que ça va commencer à péter du côté des artistes avant même que le gouvernement français et les préfectures ne se prononcent sur des décisions territoriales. Il y a des Américains, des Anglais, des Africains qui nous disent qu’ils ne seront sans doute pas en Europe cet été, ne sachant pas s’ils seront autorisés à bouger ou, si jamais c’est possible, s’il y aura des avions pour les transporter. Des problèmes concrets pour un organisateur de festival ! Un autre problème, c’est la billetterie : en ce moment, on ne vend quasiment plus de place pour Musilac, ce qui est aisément compréhensible. Mais ce qu’on ne vend pas maintenant, on sait que ce sera irrattrapable pour la suite. Si suite il y a… Vous semblez donc vous préparer à une annulation… À mesure que des festivals s’annulent autour de la France – Glastonbury, Bayreuth, Roskilde… –, je ne vois pas comment un préfet ou un gouvernement autoriseraient des rassemblements

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Made In Taïwan

Cycle | La Palme de l'originalité à la Cinémathèque de Grenoble : jeudi 12 et vendredi 13 mars, l'établissement programme une série de films taïwanais. De quoi surprendre... agréablement !

Damien Grimbert | Mardi 10 mars 2020

Made In Taïwan

C’était le genre d’événement à vous faire regretter de ne pas vivre à Paris : en avril dernier, la Cinémathèque française consacrait une impressionnante rétrospective au "cinéma de (mauvais) genre taïwanais" des années 60 à 80, composée de treize films rares et à peu près invisibles en toute autre circonstance. C’est donc peu dire que l’on est ravi du choix de la Cinémathèque de Grenoble de reprendre à son tour une partie de ce cycle jeudi 12 et vendredi 13 mars au cinéma Juliet-Berto, avec une sélection allant du film d’auteur contestataire (The Mountain, The End of the Track) au film de sabre en langue taïwanaise (The Vengeance of the Phoenix Sisters), en passant par la comédie sociale transgressive (The Elegant Mr Hu). Comme l’explique Wafa Ghermani, curatrice de la rétrospective, « le titre de la rétrospective joue sur la polysémie de l'expression mauvais genre. Il s'agit de mettre en avant des films qui tentaient de s'échapper de la chape du discours dominant imposé par le gouvernement nationaliste chinois en place. Les films officiels mettaient en scène une société idéale sous l'autorité du gouvernement. Les films

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"Wet Season" : cours particuliers

ECRANS | D'Anthony Chen (Sing.-Taïw., 1h43) avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee, Koh Jia Ler…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Singapour. Ling enseigne le chinois à des élèves de terminale à qui cette matière importe peu et peine à avoir un enfant. Épouse dévouée, elle s’occupe du père paralytique de son mari fuyant. L’un de ses élèves se rapproche alors d’elle, alors qu’au-dehors, la mousson s’abat sur le pays… Le hasard fait se succéder sur les écrans français à quelques semaines d’intervalle La Beauté des choses (1995), l’inédit de Bo Widerberg, et ce nouveau film d'Anthony Chen qui se répondent de façon stupéfiante. Bien que le contexte historique (la Seconde Guerre mondiale en Suède chez Widerberg, Singapour aujourd’hui chez Chen) et le point de vue (l’adolescent pour l’un, l’enseignante pour l’autre) soient opposés, la trame est identique : un lycéen un peu à part noue une relation "inappropriée" avec une enseignante mariée et délaissée par son époux, alors que gronde une menace extérieure (ici, climatique). Un argument de fantasme à deux sous (à dessous ?) qu’Anthony Chen habille de nombreuses ramifications signifiantes en composant l’entourage de Ling. Celle-ci apparaît en effet comme totalement marginalisée : à son foyer, elle s’occupe de son beau-p

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"Elle pas princesse, lui pas héros" : uniques en leur genre

Théâtre | Avec "Elle pas princesse, lui pas héros", le metteur en scène Johanny Bert a conçu un spectacle tout public qui déconstruit habilement les questions de genre – en gros, qu’est-ce qu’être un garçon et qu’est-ce qu’être une fille ? On l’a interviewé avant son passage par une école de La Tronche.

Aurélien Martinez | Mardi 18 février 2020

« Sur l’impulsion du Centre dramatique national de Sartrouville, j’ai demandé à Magali Mougel, autrice que j’aime beaucoup, d’écrire deux monologues – un pour un comédien et un pour une comédienne – sur l’idée de l’identité garçon-fille vue sous l’angle de l’enfance. De là est né Elle pas princesse, lui pas héros. » Depuis 2016, ce spectacle tout public connaît un immense succès en France (déjà quelque 400 représentations) et même au-delà – il a été adapté à New York, où il tourne toujours. À sa tête, le metteur en scène Johanny Bert, que l’on a interviewé après avoir été plus qu’enthousiaste à la découverte de sa création. « Magali a écrit un texte fort qui pose les clichés que les enfants ont, mais aussi que les adultes peuvent, inconsciemment ou non, véhiculer – un garçon doit être comme ça, une fille doit se comporter comme ça… » Où l’on suit pendant une heure l’histoire de deux gamins qui, a priori, ne respectent pas les codes de leur genre – « Leili était petite, elle aimait les jeux d’aventure et rêvait d’aller chasser des oiseaux dans la forêt ; Nils, quant à lui, était un garçon plutôt fr

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"La Cravate" : auto-psy d’un frontiste

ECRANS | De l’espoir à la désillusion, le parcours d’un jeune militant FN lors de la campagne pour l’élection présidentielle 2017. Un portrait documentaire mâtiné d’auto-analyse, reposant sur dispositif ingénieux signé par les auteurs du remarqué "La Sociologue et l’Ourson".

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

2017, dans le Nord de la France. Bastien, vingt ans à peine, est déjà un militant chevronné du FN. Auprès de son délégué départemental, guère plus âgé que lui, il prépare la campagne de Marine Le Pen et rêve d’intégrer les hautes sphères du parti. Une caméra le suit durant quelques mois… Déjà auteurs d’un très réussi documentaire conjuguant un dispositif original et une thématique sociétale on ne peut plus clivante (La Sociologue et l’Ourson, consacré au projet de loi du Mariage pour tous), Mathias Théry et Étienne Chaillou n’ont pas choisi la facilité avec ce sujet qu’on devine à mille lieues de leurs affinités politiques. Mais c’est sans ironie ni dédain, avec la sincère curiosité de sociologues, pour ne pas dire d’anthropologues, qu’ils s’attachent aux pas de leur "personnage", histoire de comprendre la logique son embrigadement, la dialectique du parti qu’il a rejoint et ses aspirations personnelles. Le terme de "personnage", renvoyant ordinairement à un corpus de fiction, n’a ici rien d’usurpé puisque La Cravate

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The Blues Brothers

Reprise | Voilà, il fallait bien que cela arrive : les Blues Brothers ont désormais 40 ans — enfin, le premier film consacré à cette formation. Au départ blague potache (...)

Vincent Raymond | Vendredi 24 janvier 2020

The Blues Brothers

Voilà, il fallait bien que cela arrive : les Blues Brothers ont désormais 40 ans — enfin, le premier film consacré à cette formation. Au départ blague potache et musicale née dans le Saturday Night Live, le groupe dirigé par Dan Ackroyd et John Belushi a accouché d’un film devenu rapidement légendaire pour sa folie douce et surtout sa B.O. Pas bête pour deux soul, les frères avaient eu l’idée de convier à l’écran (et sur microsillon, du coup) la crème des vinyles de l’époque : Ray Charles, Cab Calloway, Aretha Franklin, James Brown etc. Résultat : un film qui se regarde aussi avec les oreilles. Malin. Au Cinéma Juliet-Berto mercredi 29 janvier, à 20h.

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DJ Marcelle, aux antipodes du consensuel

Soirée | DJ Marcelle : sous ce drôle de nom (le vrai !) se cache une DJ aux univers musicaux disparates, mais étonnamment complémentaires. Et qui passe très bientôt à Grenoble.

Damien Grimbert | Mardi 21 janvier 2020

DJ Marcelle, aux antipodes du consensuel

Il y a quelque chose de radicalement punk dans l’approche du deejaying de la Hollandaise Marcelle Van Hoof, alias DJ Marcelle. Son désintérêt total pour les conventions du genre et ce à quoi un DJ-set "du moment" est censé ressembler n’a d’égal que sa formidable capacité à créer, à l’aide de ses trois platines vinyles, des collages sonores absolument uniques en leur genre. Agglomérats virtuoses et curieusement dansants d’univers musicaux disparates mais néanmoins complémentaires, les mixes de DJ Marcelle ressemblent à un vaste chaudron dans lequel on plongerait techno, bass music, avant-garde, post-punk, gazouillis d’oiseaux, dub, free jazz, folk, jungle, musiques orientales et afro-caribéennes pour les voir en ressortir transformés. Si cette démarche peu commune l’a longtemps laissée confinée dans l’underground, il semblerait que ces dernières années, les dancefloors des clubs et festivals du monde entier soient enfin assez ouverts pour accueillir DJ Marcelle. De Barcelone à Amsterdam en passant par l’Ouganda (en photo), elle ne cesse ainsi d’enchaîner les dates, convertissant à chaque fois un public sans cesse croissant à son univers freaky et libéré de toute contrainte foncti

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"Scandale" : télégénie du mâle

ECRANS | De Jay Roach (É.-U., 1h48) avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Patron de la très conservatrice chaîne d’infos Fox News, Roger Ailes impose à ses collaboratrices ses exigences et privautés, ainsi qu’une impitoyable loi du silence. Jusqu’à 2016, où la journaliste Gretchen Carlson, mise sur la touche, révèle ses pratiques. Peu à peu, les langues vont se délier… L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Roach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste – qui ne peut cacher ses sympathies démocrates – monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gag

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"La Vérité" : tout sur sa mère

ECRANS | De Hirokazu Kore-eda (Fr.-Jap., 1h47) avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Margot Clavel…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrés La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille, Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies… « On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le "mentir vrai" d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait, par le bénéfice de l’âge, que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose, forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une v

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Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Reprises | Le grand cinéaste américain est à l'honneur du Ciné-Club et de la Cinémathèque de Grenoble, qui projettent deux de ses films parmi les plus emblématiques les 18 et 20 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Heureux cinéphiles grenoblois qui, en moins d’une semaine, vont se régaler les yeux avec deux classiques de Frank Capra ! On pourrait parler de hasard de programmation entre le Ciné-Club et la Cinémathèque, mais y a-t-il vraiment un hasard à l’approche de Noël lorsque l’un des deux films projetés se trouve être La Vie est belle (photo, 1946) ? Depuis sa sortie, ce long métrage est aux États-Unis indissociable des fêtes de fin d’année, tant il incarne l’esprit (et le miracle) de Noël. On y suit George, un brave type (le prototype de l’altruiste capresque, incarné par Jimmy "homme-de-la-rue" Stewart) sur le point de se supprimer, sauvé grâce à l’intervention providentielle d’un apprenti ange lui révélant à quel point le monde serait un enfer pour les autres s’il n’existait pas. Malgré les années, l’histoire demeure très moderne, si l’on y réfléchit : l’ange a recours à une vérité alternative pour étayer ses propos, et fait œuvre de coach en développement personnel pour convaincre George de sa valeur intrinsèque. Soooo 2019 ! Autre monument, mais au rayon comédie dramatique, New York-Miami (1934) avec Claudette Colbert e

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Trois soirées à ne pas rater

Sorties | On a repéré pour vous trois immanquables pour la semaine, à partir du 4 décembre. Au programme : rap et techno en divers lieux grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 3 décembre 2019

Trois soirées à ne pas rater

04.12.19 > EVE Lean Chihiro Déjà trois années qu’on entend parler de Lean Chihiro, jeune rappeuse parisienne d’à peine 20 ans définie par un univers à la fois très singulier… et très dans l’air du temps : références à la pop-culture japonaise tous azimuts, stylisme irréprochable, flow ultra mélodique explorant les frontières entre chant et rap, affection particulière pour les infrabasses saturées au point de faire trembler les murs… Précisons qu’elle rappe essentiellement en Anglais, ce qui lui fait au moins un point commun avec les groupes ASM et Mû, avec lesquels elle partagera l’affiche de ce concert organisé par Retour de Scène. 06.12.19 > Ampérage DE_dust II Ça fait longtemps qu’on défend dans ces pages le DJ et producteur français Panteros 666, son approche très ouverte et décloisonnée des styles musicaux, sa passion sincère pour la grosse techno des années 90, la cyberculture et les nouvelles technologies… On est donc ravi de le voir venir présenter son nouveau projet en collaboration avec Romain Casa, DE_dust II, un live techno / acid / warehouse inspiré par le jeu vidéo Counter Strike

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Palms Trax, retour vers le futur et concert samedi 30 novembre

Concert | L'artiste est attendu à la Belle électrique, pour une soirée en compagnie de Max Abysmal et Bernadette. Un concert événement aux influences nombreuses.

Damien Grimbert | Mercredi 27 novembre 2019

Palms Trax, retour vers le futur et concert samedi 30 novembre

S’il n’est pas forcément le premier artiste électronique des années 2010 à avoir amorcé le grand retour vers les sonorités analogiques brutes et futuristes de la scène house de Chicago de la fin des années 80 et du début des années 90, force est de reconnaître que le Britannique Palms Trax, Jay Donaldson de son vrai nom, n’en a pas moins largement anticipé le mouvement. En témoigne son fabuleux EP inaugural sorti en 2013 Equation, première sortie d’un label, Lobster Theremin, devenu peu ou prou l’un des plus influents de la décennie dans le domaine de la house et de la techno. Pour autant, ce qui fait aussi la force du jeune DJ/producteur, aujourd’hui signé sur un autre label majeur, Dekmantel, c’est sa capacité à ne pas s’être laissé enfermer dans ce registre, aussi passionnant soit-il, pour mieux explorer, en particulier dans ses foisonnants DJ-sets, les innombrables influences lui ayant donné naissance. On trouve ainsi absolument de tout dans les mixes actuels de Palms Trax : disco vintage, house, soul, électro, techno, tribal, italo… C’est donc une très bonne idée de l’avoir invité à partager les platines avec l’Australien installé à Amsterdam Max Abysmal, résident

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"Héritiers" : famille d’écueils par Nasser Djemaï

Théâtre | Nasser Djemaï est un artiste multicasquettes (auteur, metteur en scène et comédien) passionnant que l’on prend plaisir à suivre depuis le début de sa carrière (...)

Aurélien Martinez | Mardi 19 novembre 2019

Nasser Djemaï est un artiste multicasquettes (auteur, metteur en scène et comédien) passionnant que l’on prend plaisir à suivre depuis le début de sa carrière entamée à Grenoble il y a une quinzaine d’années. Au fil de ses propres créations, il propose un théâtre ancré dans le réel, au plus proche de notre monde contemporain et de ses enjeux – il met par exemple souvent en scène des personnages immigrés ou issus de l’immigration, interrogeant ainsi finement la notion de construction identitaire. Pour sa sixième pièce tout juste créée à la MC2, il a quelque peu déplacé son regard en s’intéressant à une jeune trentenaire empêtrée dans des questions d’héritage ; d’où le titre Héritiers et cet astucieux décor d’immense maison bourgeoise. Mais a malheureusement perdu en pertinence. Car malgré une note d’intention (distribuée en salle) plus qu’explicite (« L’idée est qu’après notre propre mort vient celle de nos traces »), les tenants et aboutissants du texte deviennent confus au fil de la représentation, Nasser Djemaï ayant fortement chargé la barque de son récit comme s’il devait impérativement produire un discours exhaus

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"L’Art et la Matière, galerie de sculptures à toucher" : tripote-moi si tu veux !

Musées | Cette exposition itinérante s'installe au musée de la Révolution française et propose aux visiteurs, petits et grands, d'appréhender l'oeuvre sculptée par la vue... et le toucher !

Benjamin Bardinet | Mardi 19 novembre 2019

« Surtout ne touchez pas aux œuvres ! » Voilà généralement la première chose qu’entendent les enfants dès qu’ils mettent les pieds dans un musée. Bien qu’évidente pour des raisons de conservation, cette règle est un poil frustrante pour les marmots. Avec l’exposition L’Art et la Matière, le Musée de la Révolution propose de remédier à cette frustration et invite ses (jeunes) visiteurs à une expérience amusante qui consiste à appréhender les sculptures par le toucher. Le parcours proposé met progressivement en condition grâce à différentes expériences tactiles permettant d’affiner son toucher et son vocabulaire. Ensuite, une série de sculptures sur des socles rotatifs, permet de tripoter de véritables œuvres d’art et de se rendre compte à quel point notre sens du toucher est tout de même un peu atrophié… Une dernière section consacrée au modelage, à la taille et à la fonte, nous rappelle comment le toucher est un outil de travail pour les sculpteurs tandis que l'ouïe et l'odorat sont stimulés dans la découverte de ces techniques. Cerise sur le gâteau, l’exposition propose une œuvre géniale de Sophie Calle où des text

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"La Reine des Neiges II" : deux à la Neige

Cinema | De Jennifer Lee, Chris Buck (É.-U., 1h42) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

En paix avec sa sœur Anna et ses pouvoirs, Elsa règne désormais sur le royaume laissé par leurs parents. Mais un étrange appel qu’elle seule entend la pousse à aller vers une forêt enchantée réputée maudite. Là se trouvent les réponses aux questions qu’elle se pose depuis toujours… Peut-être aviez-vous entendu parler du premier opus, qui avait connu son petit succès – en particulier dans les cours de récréation et les karaokés. Taillée dans le même bloc narratif, cette suite à l’avenant est servie avec un supplément de sucre glace : Anna et Elsa étant réconciliées, l’enjeu dramatique majeur n’est plus leur opposition sororicide, mais le risque que l’une soit séparée de l’autre par des antagonistes qui, à une exception près, ne s’avèrent pas bien redoutables. Pour le reste, l’animation et la qualité des textures (en particulier celles de l’eau) demeurent d’une virtuosité stupéfiante, chaque plan semblant se présenter comme un manifeste technologique. Et naturellement, la bande-son se trouve saturée de chansons. Combien y en a-t-il ? Assurément trop et interchangeables pour Elsa et Anna racontant peu ou prou toujours des promesses de

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Les Rita, c'était comme ça

Concert | 40 ans, c'est l'anniversaire qu'auraient dû fêter les Rita Mitsouko, n'était la disparition de Fred Chichin en 2007. La célébration est pourtant de mise avec Catherine Ringer sur scène (mercredi 13 novembre à la Belle électrique, à guichets fermés) et la parution d'une luxueuse intégrale.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 novembre 2019

Les Rita, c'était comme ça

C'est l'histoire d'une drôle de carpe et d'un lapin nonchalant, paire d'apparence mal branlée aux moitiés asymétriques et extravagantes. Elle, Ringer Catherine, fille de déporté, a fait la danseuse, du théâtre et même des films de sexe – son "service militaire" –, parce qu'il faut bien bouffer, ma bonne dame ; lui, Chichin Frédéric, échalas d'ascendance communiste, guitariste, a tâté du théâtre et de la tôle, parce qu'il faut bien payer ses erreurs, mon bon monsieur. Un couple dépareillé et fusionnel, un duo étincelant qui, depuis sa cuisine, mitonne des rythmes barrés en guise de petits plats, se batipse Rita Mitsouko : Rita comme la danseuse Rita Renoir ou comme Rita Hayworth, c'est selon, Mitsouko comme le sent-bon signé Guerlain que les dames bien nées s'arrachent quand eux s'attifent en (sacs) Félix Potin. La grâce et la crasse, la gloire et le caniveau comme réconciliés, rafistolés – pourquoi choisir ? – en une entité bien décidée à mettre un coup de tronche (et quelle tronche !) au paysage rock'n'roll hexagonal. Ces mariages arrangés devenus arrangeants infusent jusque dans la musique d'appétence glam, d'orientation orientale, de fun funky, d'aspiration afro, de

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Jean Yanne, le subversif

ECRANS | En novembre, le Ciné-Club de Grenoble organise une mini-rétrospective des films de Jean Yanne. L'occasion de se frotter à trois longs-métrages abrasifs.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Jean Yanne, le subversif

C’est peu dire que nous manque son regard d’épagneul breton authentique ; cet air d’éternel râleur abattu donnant plus de férocité encore à ses répliques pince-sans-rire et rendant sa gouaille parfois inquiétante. Jean Yanne (1933-2003) aura été à partir des années 1960 une sorte d’incarnation de l’esprit français – de son mauvais esprit plus souvent qu’à son tour. Son solide sens de la subversion allié à un goût pour le canular (reposant sur sa culture encyclopédique) fit le bonheur de la scène, de la radio et de la télévision (où il officia avec son alter ego Jacques Martin) avant de prendre toute sa mesure au cinéma. Premier à avoir dézingué les médias à la dérive dans le savoureux Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972) qu’il réalisa et interpréta à partir de souvenirs choisis, Jean Yanne fut aussi l’un des comédiens les plus utiles pour les rôles redoutables de l’époque pompidolienne : une sorte d’Erich von Stroheim qu’on adorait détester. Le Ciné-Club célèbre ce Yanne ambigu à travers trois films ; trois perles noires défiant le temps autant que la morale.

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Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Concert / Portrait | À bientôt 25 ans, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence lyonnaise Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche le rock et l'entrepreneuriat. Alors qu’est sorti en septembre dernier "The Big Picture", deuxième album de son groupe, et qu’il sera jeudi 7 novembre sur la scène de la Belle électrique, on lui a taillé le portrait.

Stéphane Duchêne | Dimanche 3 novembre 2019

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier qui illustre The Big Picture, chanson-titre d’un deuxième album sorti en septembre, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit surtout le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compterait dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas, c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à Lyon

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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IAM sera à la Belle électrique en mars

Annonce | Alors qu’ils sortent d’une grosse tournée anniversaire pour les 20 ans de leur cultissime L’École du micro d’argent, les Marseillais du groupe IAM sont (...)

La rédaction | Vendredi 11 octobre 2019

IAM sera à la Belle électrique en mars

Alors qu’ils sortent d’une grosse tournée anniversaire pour les 20 ans de leur cultissime L’École du micro d’argent, les Marseillais du groupe IAM sont de retour sur le devant de la scène avec un nouvel album (le dixième) prévu pour le 22 novembre et intitulé Yasuke. « IAM résiste. IAM respire. IAM est là ! » annonce le communiqué de presse. On verra ça à l’écoute. Et, surtout, sur scène, là où ils sont toujours excellents. Bonne nouvelle : la Belle électrique les accueillera vendredi 6 mars pour un concert qui risque de très vite afficher complet. Mise en vente des billets vendredi 18 octobre à 10h.

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"Homeless songs" : Stephan Eicher sans toit ni loi

Concert | Le chanteur suisse est enfin de retour sur disque. Et quel retour, comme il le prouvera jeudi 17 octobre sur la scène du Grand Angle de Voiron.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

C'est un art que de savoir cultiver l'absence. Ces sept dernières années sans disque, Stephan Eicher les a comblées en faisant offrande de sa personne en une sorte de geste contre-voulzyenne. Rendu à l'impossibilité de donner un successeur à L'Envolée (2012), par quelque imbroglio avec sa maison de disques virant à la dispute d'apothicaires, le Suisse a occupé le terrain de l'absence en surinvestissant la scène. Jusqu'à en épuiser les possibilités : ici une formule à automates, là un orchestre balkanique et une beatboxeuse (expérience qui verra quand même naître un album d'auto-reprises fanfare-onnes baptisé Hüh). Rangé des querelles contractuelles, voici enfin que reparaît sans avoir jamais disparu le barde bernois. Discographiquement s'entend. Le single Si tu veux (que je chante), caressé de cordes sensibles, nous avait mis sur la voix de ces Homeless songs qui enfin trouvent un abri. S'étirent en plusie

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Quand musique et vin ne font qu’un grâce au Millésime

Festival | Le « festival oenologique et musical de Grenoble » revient du 5 au 20 octobre dans toute la métropole pour l'édition "quart de siècle". On vous en dit un peu plus.

Nathalie Gresset | Mardi 1 octobre 2019

Quand musique et vin ne font qu’un grâce au Millésime

« C’est une longue histoire, vieille de 25 ans. » Cette année, le festival œnologique et musical Le Millésime, qui émoustille les papilles et charme les oreilles de douces mélodies, est de retour pour célébrer son quart de siècle. Avec à l’honneur de ce cru 2019, Schubert et les vins de Savoie. « Il y a 25 ans, j’ai participé à l’organisation d’une manifestation pour laquelle une vingtaine de viticulteurs et leur œnologue étaient présents, explique Alain Gatheron, directeur du Millésime. J’ai appris mille choses pendant ce week-end de dégustation et j’ai réalisé à quel point ce monde-là était passionnant. C’est un peu comme ça qu’est née l’idée de faire un festival donnant aux gens des connaissances sur le vin qui leur permettraient de renouveler leurs conditions de dégustation. » Pour le directeur, musique et vin se marient bien car ces deux domaines « font appel à nos sens et à notre intelligence de manière indissociable ». Chaque année, six compositeurs de musique baroque, classique, romantique, moderne et jazz sont retenus en fon

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Yugen Blakrok, rap et afro-futurisme

Concert | La formule de la MC sud-africaine existe depuis les débuts du hip-hop, mais quand elle est bien maîtrisée, elle reste imparable : des instrumentaux deep, sombres et envoûtants, une voix rauque et profonde et un flow assuré, technique et habité, du genre à réveiller les morts. À découvrir vendredi 27 septembre à la Bobine.

Damien Grimbert | Mardi 24 septembre 2019

Yugen Blakrok, rap et afro-futurisme

On ne va pas se mentir : oui, la prestation impressionnante de Yugen Blakrok aux côtés de Vince Staples sur le titre Opps, issu de la BO du film Black Panther, a amplement contribué à braquer les projecteurs sur elle. Pour autant, il serait injuste de réduire la carrière de la MC sud-africaine, déjà longue d’une petite dizaine d’années, à ce seul coup d’éclat. Si cette dernière a su attirer l’attention du Californien Kendrick Lamar, en charge de la bande-son précitée, c’est avant tout parce qu’elle n’a cessé de développer un style bien à elle à la fois sombre, méditatif et inspiré. De son premier album (Return of the Astro-Goth, en 2013) à son dernier (Anima Mysterium, sorti en début d’année), la rappeuse du Cap décline ainsi sans fin un univers aussi cohérent qu’envoûtant aux résonances 90’s assumées, mais jamais écrasantes, dans lequel s’entrecroisent atmosphères de science-fiction vaporeuses, beats lourds, flow tranchant et assuré et propos engagés. Un peu comme si la scène hip-hop indépendante new-yorkaise de la fin des années 1990 s’était téléportée ving

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Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, voire tout ça à la fois. Et à Grenoble comme dans l'agglo bien sûr.

La rédaction | Mercredi 18 septembre 2019

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Shake Shake Go C'est entre le live et l'infiltration d'internet que le groupe franco-gallois mené par Poppy Jones et Marc Le Goff s’est révélé, à force de tournées aux côtés de pointures comme James Blunt et Rodrigo y Gabriela et par la grâce d'un tube qui fit exploser leur notoriété à travers le monde – la ballade England Skies (2015), tête des charts digitaux, synchro en séries et dans la pub. Quelques mois plus tard sort l'album All in Time auquel succède l'an dernier Homesick mené par un autre single, beaucoup plus rock, Dinosaur. Le formatage est là et bien là mais la formule (on pense à des Lumineers avec une voix féminine) tape toujours dans le mille, mettant d’accord, en plus du public, une partie de la presse, des Inrocks au Figaro – qui sont pourtant rarement d'accord. À la Source jeudi 26 septembre Xavier Machault & Martin Debisschop Jamais à cours de projets, Xavier Machault s'

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"Portrait de la jeune fille en feu" : consumée d’amour

ECRANS | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel, qui a récolté le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes, des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une ide

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« Dans toute famille, ça arrange tout le monde qu’il y ait une "folle" »

ECRANS | Dans "Fête de famille", film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elles n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

« Dans toute famille, ça arrange tout le monde qu’il y ait une

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. Mais à vrai dire, on n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage. Peu importe. De toute façon, il ne sait pas ce que j’ai dans tête quand je joue et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle dans sa vie, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres ou les maîtresses ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les "mères" que sont Claire Darling dans

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"Fête de famille" : pièce rapportée par Cédric Kahn

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large – cul, inceste, maladie, décès… – constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille où vivent sa mère mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne, à l’exception du cadet, n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre de décision : une lâcheté dilatoire et muette rè

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Les sept merveilles de la saison prochaine

Saison 2019/2020 | Chaque année en septembre, nous sortons notre panorama de rentrée culturelle nourri en conseils culturels de tous ordres. Mais comme nous n’avons pas envie de vous laisser dépourvu l’été venu, voici un avant-goût centré sur les spectacles à d’ores et déjà réserver dans les salles de l’agglo pour ne pas se trouver bête lorsque la billetterie affichera complet.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Les sept merveilles de la saison prochaine

Ash Le chorégraphe Aurélien Bory réalise souvent des portraits dansés de femme. Après Stéphanie Fuster et Kaori Ito, il a travaillé avec l’interprète indienne Shantala Shivalingappa. Le résultat est un solo envoûtant construit avec de nombreuses images évocatrices, notamment grâce à de la cendre au sol ou encore à une immense feuille de papier en fond de scène qui sert de percussions. Et à la présence magnétique de la danseuse, entre tradition et modernité. À l’Hexagone (Meylan) mardi 26 et mercredi 27 novembre L’Homme à tête de chou Créée en 2009 d’après l’album de Serge Gainsbourg repris par Alain Bashung (que l’on entend sur la bande-son mais que l’on n’a jamais vu sur scène, son état de santé à l’époque puis, factuellement, sa mort ne lui ayant pas permis d’être face au public), cette chorégraphie de Jean-Claude Gallotta est une pure merveille chargée en émotions qui n’est pas écrasée par ce double hommage (ce que l’on aurait pu craindre), mais au contraire aérée par la grammaire "gallottienne" ici à

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"Ombres et Lumières" : souffle et soupirs

ECRANS | de Olivier Nolin (Fr., 1h21) avec Maïalen Eyherabi de, Laurent Muzy, Diane Prost…

Vincent Raymond | Mardi 16 juillet 2019

Trois contes mêlant l’amour et la passion ; trois histoires à la lisière entre le rêve et la folie où la beauté des corps est cause bien des égarements… L’alléchante promesse de musiques signées Pontecorvo, Morricone, Prodominès ou Armand Amar peut légitimement susciter le désir du spectateur de découvrir ce film à sketches, dont l’affiche (outre les noms précités) assène de nouveaux arguments. Jouant sur l’esthétique érotique d’une femme nonchalamment étendue sur sa couche, à peine vêtue d’une chemise, elle incite à la curiosité l’amateur… d’estampes, disons. Il sera déçu, et pas seulement par la composante plastique de la chose, peuplée de nymphes hésitant entre la pose d’atelier et celle pour salle de bains. Quand le son n’est pas défaillant (un souffle carabiné parasite le premier segment, qui a dû se passer de sondier, de mixage ou des deux), ce sont des effets appuyés et un jeu outré qui confèrent au film un amateurisme grandiloquent. On peut ne pas le voir.

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