Louis Winsberg : « Michael Brecker était un saxophoniste comme il n'y en a pas deux par siècle »

Festival | Jeudi 18 octobre à la salle Edmond Vigne, dans le cadre de la 14e édition du Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival, le trio Charlier/Sourisse/Winsberg rendra hommage au saxophoniste américain Michael Brecker, pillier du jazz dans les années 1980. Le guitariste Louis Winsberg, aussi connu pour ses groupes Sixun et Jaleo, nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 9 octobre 2018

André Charlier et Benoît Sourisse formaient un duo avant que vous les rejoigniez. Comment est né ce trio ?

Louis Winsberg : Je connais André Charlier, batteur et percussionniste, et Benoît Sourisse, organiste et pianiste, depuis 30 ans, mais notre rencontre musicale ne date que d'une dizaine d'années, suite à une idée d'un des programmateurs du Festival de Chamonix. Nous avons d'abord joué un mix de compos et de standards. Et au vu du plaisir évident qu'on a eu ensemble, nous nous sommes assis autour d'une table pour réfléchir à un projet qui ait du sens, quelque chose de fort. On a alors décidé de rendre hommage à Michael Brecker, ce saxophoniste américain décédé en 2007 et véritable pilier du jazz.

Dans votre trio, il n'y a pourtant pas de saxophoniste à l'horizon…

Oui, et c'était un vrai challenge à relever ! On est un trio orgue, guitare, batterie et on fait une musique jouée à l'origine par cinq-six personnes qui ont plus d'instruments. L'idée était avant tout de rendre hommage à ce musicien qui nous a inspirés dans le vocabulaire jazzistique de base.

C'était un saxophoniste et un improvisateur comme il n'y en a pas deux par siècle, l'un des plus réputés et des plus reconnus parmi ceux de sa génération. D'ailleurs, son influence était telle auprès des saxophonistes qu'elle en était presque omniprésente à une époque dans le monde du jazz ! Et puis, en plus d'être un soliste de taille, il était aussi compositeur, il sculptait les rythmes, les sons et l'harmonie.

Vous qui êtes dans le jazz depuis plus de 30 ans, comment définiriez-vous ce courant musical protéiforme ? Et comment l'avez-vous vu évoluer au fil du temps ?

Comme le disent les musiciens indiens, peu importe la sagesse que l'on a, il y a trois axes au niveau de la musique : répertoire, création et transmission. C'est un peu mon leitmotiv pour le jazz ! Sinon, je dirais que c'est un mouvement difficile à définir parce qu'il y a énormément de genres.

Ces dernières années, il y eu de fortes avancées au niveau du rythme, des avancées parfois trop complexes pour moi ! Dans les années 1970, le jazz était hermétique, cassé, harmonique, avec des mélodies. Le saxophoniste américain Steve Coleman a amené une recherche rythmique en profondeur et en a développé une vraie complexité de langage. À partir de lui, ça a été contagieux et le cahier des charges des jeunes musiciens à changé.

Et où en est le jazz en France ?

En France, il se produit un phénomène intéressant. Tandis qu'en Espagne, par exemple, il existe une entité comme le flamenco, nous, nous n'avons pas de style musical national. Il existait la musette, ou encore d'autres styles régionaux, mais ça a été galvaudé. Et donc le fait d'être orphelins de traditions nous pousse à nous tourner vers les autres, ce qui créé des métissages jazzistiques intéressants.

Charlier-Sourisse-Winsberg Trio
À la salle Edmond Vigne jeudi 18 octobre à 20h

Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival
Dans divers lieux de l'agglo jusqu'au samedi 20 octobre


Demandez le programme !

Neuf salles dans six villes : le Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival porte de mieux en mieux son nom. Avec l'idée de continuer à défendre une musique on ne peut plus variée mais que beaucoup connaissent peu ou mal (pas mal de préjugés lui collent à la peau, alors que « c'est une musique créatrice qui puise son inspiration dans la tradition mais aussi dans tous les courants musicaux » assurait le directeur du festival Salvatore Origlio lors de la conférence de presse) en allant sur de nombreux terrains musicaux, du groupe Electro Deluxe qui nourrit son jazz à de nombreuses autres sources musicales pour une véritable explosion scénique (à voir mercredi 10 octobre au Théâtre municipal de Grenoble) au swing du fameux Umlaut Big Band (le jeudi 11 à la Rampe) en passant par le jazz oriental du oudiste franco-algérien Fayçal Salhi (dimanche 14 à l'Auditorium du Musée de Grenoble) ou encore le métissage annoncé entre le clarinettiste italien Gabriele Mirabassi et le guitariste brésilien, né au Honduras, Roberto Taufic (mardi 16 octobre au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas). De quoi, jusqu'au samedi 20 octobre, plonger au cœur d'un jazz protéiforme défendu par un Jazz Club de Grenoble petit par sa taille mais immense par ses ambitions. AM


Charlier, Sourisse, Winsberg Trio

Morceaux en hommage au saxophoniste Michael Brecker
Salle Edmond Vigne 23 rue des Alpes Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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