Therapie Taxi : génération X

Concert | On a ausculté le phénomène pop français avant son passage jeudi 22 novembre sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Lundi 19 novembre 2018

Photo : Romain Rigal


On ne sait s'il durera plus longtemps qu'un feu de Bengale (pour le feu de paille, il est déjà trop tard) mais force est de constater que le trio Therapie Taxi (Adé, Raph, Renaud), apparu pour la première fois sur les radars il y a deux ans avec un titre perforant, Salop(e), jalonné de lyrics très "explicit" comme on dit dans l'industrie du disque en guise d'avertisseur, est en train de gagner ses galons de phénomène pop.

Alors que vient de sortir Hit Sale Xtra Cheese, réédition cossue (10 titres inédits toujours aussi effrontés, à l'image de BB la nuit et Avec ta zouz) de ce premier album qui, en février 2018, les a lancés comme une balle, le groupe a étendu au printemps, pour 13 dates dont deux Olympia, une tournée qui affiche complète pratiquement chaque soir. Preuve que le vœu pieux du groupe (que « la magie du love opère » sur Chula) s'est réalisé. En concert, le public est hystérique, reprenant en chœur les « va te faire enculer, va bien te faire enculer salope » et « Tu continues à danser sur des hits sales, si t'étais tout à moi tu serais mon casse-dalle » devenus des hymnes pour millenials en quête de catharsis.

C'est que Therapie Taxi guérit les cœurs sans faux-semblants en s'adressant au corps dans sa plus extrême trivialité, là où le désir de vie et la pulsion de (petite) mort font passion commune, là où la joie et le désespoir se confondent sur l'autel du sexe et de la jalousie (Salop(e), Avec ta zouz, PVP), de la fête et de la déchéance (Crystal Memphis, Coma Idyllique), de la sensibilité et de la brutalité (Cri des loups), et cherche dans l'« ici et maintenant » (concept cher au psychanalyste Irvin Yalom dont le chanteur est un adepte ) un remède à une forme d'ultra-nostalgie (cette « nostalgie du passé immédiat » développée par le romancier Douglas Coupland) appliquée à cette génération très X.

S'« envoyer en l'air, goûter l'atmosphère » (Coma Idyllique) sans penser à la descente que l'on pressent redoutable, telle est la devise d'une jeunesse pas dupe de ce qui l'attend et qui préfère dans l'intervalle vivre mille vies et mille morts en prolongeant l'âge de déraison. Si phénomène il y a c'est qu'il s'adresse à une génération d'"angry young people" qui préfère vibrer à la chronique crue(lle) de la vie qu'aux mièvreries diabétiques de bons sentiments et d'utopies amoureuses pourtant désirées (Speed, Priki, Zarba).

Sur Chula, Adé et Raph chantent, sans s'exclure du lot lorsqu'ils se laissent aller à la mélancolie : « tous les refrains à la radio, s'ils parlent du cœur, c'est des mensonges pour les idiots ». Manière de se faire une raison dans l'égarement volontaire.


Thérapie Taxi + Corps


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
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Therapie Taxi sera en avril au Summum de Grenoble

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La rédaction | Mardi 21 mai 2019

Therapie Taxi sera en avril au Summum de Grenoble

En novembre dernier, le groupe Therapie Taxi, phénomène générationnel du moment chez les millennials multipliant les concerts sold-out, enflammait la Belle électrique le temps d’une soirée mémorable. Bonne nouvelle : Adé, Raph, leurs musiciens et tous leurs tubes (Hit sale, Salop(e), Avez ta zouz…) seront de retour à Grenoble l’an prochain, dans une salle encore plus grande : le Summum. Alors bloquez votre samedi 4 avril si vous êtes fan de ceux qui nous expliquaient dernièrement qu’être cru « est un exercice qui nous plaît, assez grisant ». La billetterie est déjà ouverte.

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Therapie Taxi : « Être cru est un exercice qui nous plaît, assez grisant »

Concert | Phénomène générationnel du moment chez les millennials multipliant les concerts sold-out, les Français de Therapie Taxi font mouche aux commandes d'une pop frondeuse et tubesque dont les textes explicites et cathartiques cachent une forme de romantisme décadent. Explication de textes avec la chanteuse du groupe, Adé, à l'occasion de la réédition augmentée de leur album "Hit Sale" et d'un concert (sold-out, forcément) à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Lundi 19 novembre 2018

Therapie Taxi : « Être cru est un exercice qui nous plaît, assez grisant »

Therapie Taxi c'est d'abord le contraste entre une forme très tubesque et un fond assez noir et violent. Mais surtout des textes très crus et un sujet récurrent, le sexe, abordé très frontalement. Comment avez-vous défini cette approche, assez nouvelle hors du rap ? Adélaïde Chabannes de Balsac, dite Adé : On ne l'a pas vraiment définie. C'est un peu arrivé comme ça. Le premier parti pris a été de chanter en français. C'est un choix qu'on a fait très tôt, avant même de s'appeler Therapie Taxi. On avait commencé à chanter en anglais, comme tout le monde, mais on a vite vu que c'était assez pourri (rires). Et puis, ça nous a amené une certaine liberté par rapport aux textes, davantage dans l'intimité de ce qu'on raconte. Il y a d'abord eu Salop(e) que Raph [le chanteur du groupe – NDLR] avait écrite comme ça, avec un de ses potes, parce qu'ils s'étaient fait larguer (rires). Finalement, on a bien vu que ça plaisait beaucoup et qu'il y avait un truc à faire. La question était de savoir si on voulait chanter ce genre de choses a

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