Angèle : « La notoriété se fait de plus en plus hystérique »

MUSIQUES | Avant son passage par la Belle électrique ce mercredi 12 décembre (à guichets fermés) puis par le Summum jeudi 23 mai, la Belge Angèle, phénomène pop du moment révélé par plusieurs petits tubes ("La Loi de Murphy", "Je veux tes yeux", "La Thune"…), nous a parlé de la folie de son succès, des travers de sa génération, et bien sûr de son album "Brol" sorti en octobre dernier. Magnéto.

Alice Colmart | Lundi 10 décembre 2018

Vous êtes considérée comme la nouvelle égérie pop francophone avec Brol, premier album certifié disque de platine en seulement deux mois ! Une ascension fulgurante que vous évoquez d'ailleurs dans le titre Flou : « Tout le monde te trouve génial alors que tu n'as rien fait ». Comment gérez-vous ça ?

Angèle : Là où le succès aurait pu prendre des années à arriver, il n'a en effet pris que quelques mois et a engendré un changement de vie total. Normalement, je suis quelqu'un d'angoissée, mais là, j'ai dû lâcher les pédales parce que je ne pouvais plus tout contrôler. D'un seul coup, j'ai eu beaucoup de boulot, au fur et à mesure on faisait de plus en plus de grosses promos, de plus en plus de concerts dans des grandes salles [elle passera en mai au Summum comme le concert de la Belle électrique a très vite affiché complet – NDLR]

Et même si c'est la plus belle chose qui me soit arrivée, ça comporte aussi son lot de difficultés. La notoriété se fait de plus en plus intense et donc de plus en plus hystérique. Plus je touche de gens, plus j'ai de chance de tomber sur des personnes mal intentionnées. Et en ça, me sentir dépossédée de moi-même, ça me fait peur.

Ce succès soudain n'est-il pas plus facile à vivre lorsqu'on a un frère rappeur (Roméo Elvis), un père chanteur (Marka) et une mère comédienne (Laurence Bibot) ?

Le fait d'avoir grandi avec des parents connus, bien qu'à une toute autre échelle, m'a permis d'avoir très vite un avis sur la célébrité. J'ai toujours trouvé bizarre que des gens apprécient mes parents alors que moi, je les connaissais avec leurs défauts et je ne trouvais pas qu'ils en avaient moins que les autres. Je pensais que c'était une idéalisation de notre vie alors qu'ils étaient des humains comme tout le monde, travaillaient, avaient des angoisses, des moments difficiles…

Toujours est-il que le fait d'avoir été confrontée à tout ça m'a protégée ; ça m'a permis de moins me prendre mon propre succès en pleine gueule. J'ai réussi à vivre cette situation avec recul. Peut-être un peu trop parfois. Parce que si j'aime que les gens viennent me voir en concert, je n'aime pas qu'ils viennent m'interpeller dans la rue. Pour certains, c'est difficile à comprendre. On m'a d'ailleurs souvent dit : t'aurais dû faire un autre métier si tu ne voulais pas qu'on t'arrête dans la rue. Euh… ben non en fait.

Vous avez une formation classique, êtes fan de jazz, mais ce qui définit votre style, c'est surtout un subtil mélange entre pop et rap. Où se situe la frontière entre les deux selon vous ?

Même si j'en écoutais beaucoup grâce à mon frère, j'étais à l'origine assez distante vis-à-vis du rap. Et puis j'ai bossé avec Damso. Et là, j'ai réalisé qu'une artiste qui vient du classique et un rappeur, ça peut faire quelque chose de très cohérent. C'était aussi l'occasion de découvrir un univers très intéressant avec sa culture, un univers qui dépasse les préjugés et qui s'intéresse plus au féminisme qu'on ne le pense.

Il y a quelques semaines, dans le cadre de sa tournée, Damso m'a d'ailleurs invitée aux côtés d'Orelsan, Vald, Kalash... Ça m'a touchée car mine de rien, le public était très réceptif à ce que je faisais !

Dans vos chansons, vous jouez sur la dérision, on le voit d'ailleurs dans des clips comme La Loi de Murphy ou La Thune. Le fait d'y avoir recours, est-ce une manière de faire passer des messages ?

Exactement. Les mots sont une arme. On peut parler d'énormément de thèmes subtilement grâce à l'humour. C'est ce que je fais par exemple sur le sujet de la rupture douloureuse. C'est tout de suite moins frontal d'en parler de manière enfantine !

Vous avez commencé à être connue grâce à Instagram, un réseau sur lequel vous êtes d'ailleurs très présente. Pourtant, dans vos chansons, on n'a pas vraiment l'impression que vous portez les réseaux sociaux dans votre cœur…

Ça fait partie de ma vie. Je trouve ça terriblement inquiétant mais j'en suis la première victime. Je pense qu'on n'est pas encore tout à fait conscients de ce que ça représente. Et à la fois, ça a plein de bons côtés.

Pour moi qui suis féministe, c'est par exemple très enthousiasmant de découvrir le nombre de comptes et de combats qui existent sur Instagram ! Mais à l'inverse, il doit aussi exister plein de comptes racistes et homophobes….

Puisque vous parlez de féminisme, le sexisme en prend pour son grade dans votre album, comme dans le morceau Balance ton quoi où l'on vous entend dire les remarques que vous avez subies du genre « pour une fille drôle t'es pas si laide ». Est-ce récurrent ?

Oui, j'entends des choses terribles. Et ça m'attriste parce que je vois, notamment par les réseaux, que ma génération donne beaucoup plus d'importance à un physique qu'à un texte. Or, quand on bosse comme une ouf, on a envie d'être récompensé pour ce qu'on fait.

Il y a tout juste un an vous donniez votre premier concert. Quel meilleur souvenir gardez-vous de cette année de folie ?

J'ai souvent tendance à être trop dans un rapport professionnel lors des concerts, ce qui fait que j'en oublie de vivre le moment de manière pure. Parfois, je réalise l'intensité du truc. Et là, je me mets à pleurer. Ce sont les meilleurs moments. Ils prouvent qu'il existe encore de vraies émotions dans ma tête.

Angèle
À la Belle électrique mercredi 12 décembre à 20h
Au Summum jeudi 23 mai à 20h


Angèle


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Angèle


Summum Rue Henri Barbusse Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Chabrol voyage au bout de L’Enfer

Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial qu’atypique dans le cinéma français comme dans celui de son réalisateur Claude Chabrol. Récupérant le scénario d’un film de Clouzot, inachevé pour cause de mégalomanie galopante, d’intempéries diverses et de crises cardiaques de son acteur principal, il en garde assez fidèlement l’argument, mais en propose une toute autre approche visuelle. Là où Clouzot cherchait, à travers cette histoire de jalousie maladive et destructrice, à expérimenter sur l’image, c’est plutôt le temps sur lequel Chabrol travaille. Les premières scènes racontent à coups d’ellipses géantes comment Nelly (Emmanuelle Béart, iconisée en bombe sexuelle) et Paul (François Cluzet, monstrueux à tous les sens du terme) se rencontrent, se marient, font des gosses et mènent une vie tranquille dans leur hôtel provincial. Sauf que Paul sombre peu à peu dans un délire parano, persuadé que sa femme le trompe avec le bellâtre du coin (Marc Lavoine), puis avec à peu près tout ce qui bouge. La folie s

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Lundi 4 novembre, 20h30 :

Paul, hôtelier au bord d’un lac touristique, se marie avec la belle Nelly. Après quelques années de bonheur, le doute s’insinue en lui et une jalousie maladive s’installe, le conduisant aux portes de la folie. Claude Chabrol adapte ici le scénario d’un film inachevé d’Henri-Georges Clouzot et signe une de ses œuvres les plus dérangeantes et abouties. La névrose de Paul, incarné par un François Cluzet hallucinant, se traduit par un travail très sophistiqué sur le temps, qui se contracte au fil de la narration jusqu’à devenir une pure durée mentale. S’en dégage une tension constante, proche du fantastique, qui permet aussi à Chabrol de s’interroger, à la manière de son maître Hitchcock, sur la vérité des images cinématographiques : si Paul devient fou, c’est aussi parce qu’il se fait des films, qu’il comble les blancs de son histoire avec des scénarios paranoïaques dont il finit par se convaincre de la véracité.

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Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

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Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2013

Appelez-le Snake

Pour lancer sa nouvelle édition (dont on reparlera longuement la semaine prochaine), le festival des Maudits films s’offre une soirée d’ouverture grande classe avec le diptyque de John Carpenter consacré à son héros le plus légendaire, Snake Plissken. Après deux succès retentissants qui renouvelaient le genre du cinéma d’horreur (Halloween et Fog), Carpenter tourne en 1981 une pure série B d’anticipation, New York 1997. L’Amérique, qui voit son taux de criminalité exploser, réagit de manière radicale en transformant la Grosse Pomme en ville-prison ultra sécurisée dans laquelle sont déportés tous les délinquants (au sens très large du terme) de manière définitive. Pas de bol, le Président des États-Unis est victime d’un crash à bord d’Air force one, et se retrouve livré à la horde des prisonniers. En échange d’une grâce, Snake Plissken (Kurt Russell), hors-la-loi hors du temps, a vingt-quatre heures pour aller le récupérer. Amateur de western, Carpenter en retrouve l’esprit et les codes par la seule force de ce personnage badass et viril, individualiste et iconisé. Adepte du grand «fuck off» final renvoyant tout le monde (politiciens e

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François Cau | Jeudi 20 janvier 2011

Angèle et Tony

Où l’on fait la connaissance d’Angèle sous un porche, faisant l’amour avec un inconnu pour récupérer un Big Jim en plastique ; plus tard, c’est elle qui rencontrera Tony, vieux garçon bourru vivant chez sa mère et travaillant comme pêcheur sur le port. Une passe de plus ? Non, Tony préfère offrir l’hospitalité à cette fille perdue, sortie de taule et cherchant à retrouver la garde de son enfant. Les prénoms des personnages évoquent une double influence marseillaise (Pagnol et Renoir), mais c’est une Normandie moins truculente que filme Alix Delaporte dans ce premier film en «demi-teintes». C’est sur ce point que se joue le petit charme et la limite d’Angèle et Tony : la justesse des relations entre les personnages tient à cette sobriété de la mise en scène, à son désir de ne pas brusquer les événements qui se déroulent sur l’écran, laissant le temps aux êtres et aux corps de se découvrir et de se rapprocher. Mais c’est le minimum syndical pour ce cinéma réaliste à la française qui, comme souvent, ne fournit pas un projet très excitant pour le spectateur contemporain. La vraie bonne surprise, c’est la prestation de Grégory Gadebois : face à une Clotilde Hesme qui fait beaucoup d’eff

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