SCH : veni, vidi, vici

Concert | En quelques années, le Marseillais SCH s’est rapidement imposé parmi les nouveaux poids lourds du rap français avec un univers assez unique. Il sera vendredi 1er février sur la scène de la Belle électrique.

Damien Grimbert | Mardi 29 janvier 2019

Photo : Koria


Novembre 2015. À peine remis de la déferlante PNL, le grand public découvrait progressivement que le renouveau de la scène rap française n'allait pas se limiter, loin s'en faut, au formidable succès du duo de la cité des Tarterêts. Avec la sortie de sa mixtape A7, le Marseillais SCH s'imposait en effet à son tour comme l'un des nouveaux ténors du genre, armé d'un univers bien à lui, quelque part entre cloud rap planant, égotrip âpre, spleen méditerranéen et ambiances cinématographiques évoquant les grandes sagas mafieuses.

À cette première incursion discographique, rapidement certifiée triple platine, allaient succéder deux albums sortis en majors en 2016 (Anarchie) et 2017 (Deo Favente), affinant la marque de fabrique établie par le rappeur mais sans jamais la transcender pour autant. Pour cela, il allait falloir attendre la parution de JVLIVS à l'automne 2018, troisième opus en forme de concept-album sur lequel SCH livre, enfin, la pleine mesure de son potentiel. Produit quasi-intégralement par le trio de producteurs Katrina Squad, avec lequel le rappeur avait fait ses premiers pas sur A7, ce nouveau disque bénéficie par ce biais d'une cohérence et d'une force inédite, laissant ainsi présager du meilleur pour son premier passage scénique à Grenoble.

SCH + KPoint
À la Belle électrique vendredi 1er février à 20h


SCH + KPoint


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
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Ballaké Sissoko et Lorenzo Bianchi-Hoesch en résidence à Grenoble

ACTUS | Le grand maître malien de la kora et le musicien électronique italien travaillent sur leur projet Radicants : une rencontre entre deux univers sonores très différents.

Hugo Verit | Samedi 18 décembre 2021

Ballaké Sissoko et Lorenzo Bianchi-Hoesch en résidence à Grenoble

Avant la création de leur projet Radicants le 7 avril prochain à la MC2, Ballaké Sissoko et Lorenzo Bianchi-Hoesch étaient en résidence pour une semaine (du 13 au 17 décembre) au théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas de Grenoble. Ce qui constitue la deuxième séquence de travail et de recherche pour le grand maître malien de la kora et le spécialiste ès électronique italien, après une première session à l’abbaye de Royaumont (bien loin de chez nous). À travers cette collaboration, les artistes souhaitent établir un dialogue inédit entre deux instruments, ou plutôt deux univers sonores a priori très différents, en se complétant l’un l’autre dans une harmonie parfaite. Une rencontre « très stimulante, très intéressante », selon les mots de Lorenzo. On a eu la chance de pouvoir découvrir une trentaine de minutes de ce projet à l’issue de cette résidence et le résultat est très prometteur. En effet,

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"La Fracture" : corps social à l’hôpital

Le film de la quinzaine | En un quasi temps réel, Catherine Corsini passe aux rayons X et à 360° le "moment" social des Gilets Jaunes, dans un lieu essentiel où se joue une comédie humaine si réaliste qu’elle en devient fatalement tragique. Mieux qu’un épisode inédit d’"Urgences" : une réussite.

Vincent Raymond | Mardi 19 octobre 2021

Certes, il a récupéré une Queer Palm sur la Croisette parce que Marina Foïs et Valeria Bruni Tedeschi y interprètent un couple de lesbiennes en pleine rupture — intrigue très secondaire du film. N’empêche… On se demande bien ce que les festivaliers ou jurés étrangers ont pu saisir et apprécier de La Fracture avec ses références si franco-françaises, dont la conférence de presse à Cannes fut de surcroît cannibalisée par la sur-interprétation d’une déclaration enflammée de Pio Marmaï à l'encontre du Président Macron. Scandale éphémère qui allumait un contre-feu médiatique là où La Fracture porte plutôt la caméra dans la plaie. Ce que le cinéma de Catherine Corsini fait de plus en plus, avec à chaque fois davantage

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Apparat, épopée pop

Electro | Auteur d’une pop ciselée et élégante teintée de subtiles textures électroniques, le prodige allemand Apparat sera de passage mercredi 22 septembre à la Belle Electrique le temps d’un live qui s’annonce prometteur.

Damien Grimbert | Mardi 7 septembre 2021

Apparat, épopée pop

Figure emblématique de la scène électronique allemande depuis maintenant plus de deux décennies, Sascha Ring alias Apparat aura consacré une bonne partie de sa carrière à apprivoiser et faire sien un format auquel il était à l’origine totalement étranger : celui de la pop music. Après quelques années à écumer les clubs en tant que DJ techno, il sort ainsi en 2001 sur le label Shitkatapult qu’il dirige avec Marco Haas son premier album Multifunktionsebene, qui propose une IDM minimaliste peuplée de rythmiques brutes et de mélodies mélancoliques. Puis, au fil des années et des sorties d’albums, ses compositions vont s’étoffer progressivement d’instruments acoustiques, de chants et de collaborations avec d’autres musiciens comme Ellen Allien, au côté de laquelle il signe en 2006 un remarqué Orchestra of Bubbles sur Bpitch Control, le label de cette dernière. Un cap est passé, qui va encore s’affiner dans les années qui suivent au point qu’à la sortie de son album The Devil’s Walk sur Mute en 2011, les orchestrations pop, l’ambient et les inspirations shoegaze jouent déjà amplement à part égal

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La Bobine à ciel ouvert

ACTUS | C’est ce qu’on appelle ne pas faire les choses à moitié : pour fêter le retour des beaux jours, des sorties et de la vie culturelle, La Bobine organise (...)

Damien Grimbert | Vendredi 25 juin 2021

La Bobine à ciel ouvert

C’est ce qu’on appelle ne pas faire les choses à moitié : pour fêter le retour des beaux jours, des sorties et de la vie culturelle, La Bobine organise du 23 au 26 juin un festival de quatre jours sur la scène de l’Anneau de Vitesse du Parc Paul Mistral, qui mêlera à la fois musique et arts vivants. Côté concerts, le programme s'annonce varié, parfois suprenant et résolument alléchant. Les hostilités commenceront dès le mercredi à 18h avec la pop tropicale et psychédélique du quatuor Phat Dat, dont on avait déjà pu découvrir le groove dansant et les sonorités cosmiques 70’s il y a quelques années de ça au Bauhaus. Le même jour, mais à 21h cette fois, place à la performance spectaculaire du collectif masqué de Kinshasa Fulu Miziki (en photo), et son orchestre d’instruments percussifs DIY bricolés à base d’objets récupérés dans des poubelles. Tout un programme ! Jeudi, changement de registre avec le rock free, nerveux, inventif et dissonant des Rouennais de Unschooling, dont le

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Matthias Schoenaerts : “Sons of Philadelphia, c’est plus un film social qu’un film de genre”

ECRANS | Le comédien belge désormais international accompagne l’auteur et scénariste de polars Jérémie Guez dans sa première aventure outre-Atlantique, le très réussi Sons of Philadelphia, où il compose un mafieux pris en étau entre vengeance familiale et morale…

Vincent Raymond | Mercredi 26 mai 2021

Matthias Schoenaerts : “Sons of Philadelphia, c’est plus un film social qu’un film de genre”

Dans Sons of Philadelphia, le personnage de Peter que vous interprétez présente une sorte de cousinage avec celui de Jacky dans Bullhead, qui vous a révélé. Sa fin est toutefois plus heureuse... Matthias Schoenaerts : Ces similitudes me fascinent. En fait, ces deux personnages sont écartelés. D’un côté, il y a leur “public persona“ en accord avec l’univers dans lequel ils vivent ; de l’autre, leur vraie personne qu’ils n’ont jamais réussi à développer, et c’est une tragédie profonde. Si je regarde autour de moi, et sans porter quelque jugement que ce soit, beaucoup de gens vivent une vie qui n’est pas en accord avec qui ils sont vraiment. Ils prennent des décisions qui ne sont pas vraiment les leurs, ils vivent une vie qui n’est pas vraiment la leur mais qui au bout d’un moment, devient la leur même si ce n’est pas celle qu’ils devaient avoir. Pour moi, c’est une tragédie humaine et ce film, c’est bien plus qu’un film de gangsters, c’est vraiment une tragédie humaine pour cette personne qui ne sera jamais qui elle est. En cela, il y a effectivement une sim

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Soleil vert

Reprise | On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Soleil vert

On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète des Singes : on frissonnait pour rire sans y croire vraiment. Légèrement dépassé dix ans plus tard, Soleil vert revient comme un boomerang aujourd’hui, en particulier grâce sa visionnaire séquence d’ouverture résumant la course à l’abîme créée par la révolution industrielle. Pollution, désertification, famines, inégalités sur-creusées, ciel ocre et humains légalement asservis (coucou Uber). Ne manque qu’un élément faisant tout le sel de ce film se déroulant en 2022, c’est-à-dire demain, que le Pays Voironnais vous propose de découvrir gratuitement mercredi 14 octobre à 20h30 au Cap de Voreppe, dans le cadre du mois de la transition alimentaire. Bon appétit !

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"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

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« Une bonne métaphore de la société entière »

Rencontre - Morgan Navarro | C'est à l’occasion de la sortie de "Stop Work", sa première collaboration avec l’écrivain Jacky Schwartzmann, que l'on a rencontré l’auteur de bande dessinée grenoblois Morgan Navarro pour en savoir plus sur le processus qui avait donné naissance au projet.

Damien Grimbert | Mardi 7 juillet 2020

« Une bonne métaphore de la société entière »

Déjà riche d’une longue carrière et auteur d’un nombre de bandes dessinées pour le moins important (Flipper le flippé, Skateboard et vahinés, Cow-boy Moustache, Malcolm Foot, Teddy Beat, L’Endormeur, ou plus récemment les deux tomes de Ma vie de réac, pour ne citer que les principales), Morgan Navarro n’avait en revanche jamais travaillé avec un scénariste jusqu’à présent. C’est l’édition 2017 du Printemps du Livre de Grenoble qui va jouer le rôle de déclencheur en le réunissant à l’occasion d’une rencontre en public avec François Bégaudeau et… Jacky Schwartzmann : « En fait, j’ai lu son bouquin Mauvais coûts avant la rencontre, lui avait lu ma BD Ma vie de réac, et quand on s’est rencontrés, on s’est entendus instantanément parce qu’on avait le même humour un peu corrosif, à contrepied par rapport à l’époque… Après ça, on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on fasse une bande dessinée ensemble, et je crois qu’environ un an après, on a attaqué le scénario. » Rapidement, le duo nouvellement formé décide de prendre pour base de départ l’univers de Mauvais coûts : «J’aimais

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"Benni" : l'enfance de l'art

Cinéma | Le confinement a failli réduire la période d’exploitation de ce film allemand à quelques jours seulement. Ouf ! Notre coup de cœur du moment, dans la lignée du premier des Truffaut, est à nouveau à l’affiche.

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. Ayant déjà usé toutes les patiences et solutions des services sociaux, elle trouve en Micha, son assistant de vie scolaire, un possible espoir… Des hurlements à déchirer cœur et tympans, une rage indicible ancrée au plus profond des tripes ; des poings, des pieds prêts à voltiger en tout sens si par malheur quelqu’un d’autre que sa mère lui touche le visage et de trop brèves accalmies… L’existence de Benni, criarde jusque dans ses vêtements, ressemble à un sismogramme bondissant sans cesse de crête en crête, où chaque crise est suivie d’un black out cotonneux hanté de flashes roses, souvenirs-refuges, limbes de la vie d’avant de cette gamine affamée d’une mère dépassée. Souvent éprouvant parce qu’il montre une succession d’impasses éducatives et affectives, parce qu’il présente des faux-espoirs ou des situations de danger pour Benni ou pour son entourage, parce qu’il rend visible l’absence de solutions de prise en charge

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Obsolescence déprogrammée

Accrochage | La galerie Tracanelli renoue avec ses habitudes en proposant pour le mois de juin un accrochage d’un duo d’artistes dont le dialogue reste en grande (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 9 juin 2020

Obsolescence déprogrammée

La galerie Tracanelli renoue avec ses habitudes en proposant pour le mois de juin un accrochage d’un duo d’artistes dont le dialogue reste en grande partie soumis aux interprétations du visiteur. Mathieu Arfouillaud livre une série de paysages obscurs baignés d’une lumière lugubre et confirme son goût pour une nature aseptisée, domptée par l’homme ; une nature simili-sauvage grandement inspirée par la place qu’on lui accorde dans les aménagements urbanistiques contemporains. En guise de "signature", Arfouillaud intervient toujours sur une portion conséquente de toile en appliquant un aplat monochrome qui rompt avec la nature illusionniste de la représentation. De son côté, Lucas Schiesser, fraîchement sortie de l’École supérieure d’art et design de Grenoble, développe une pratique qui joue également des représentations… en trois dimensions cette fois. Il procède au moulage d’objets ayant incarné, il n’y a pas si longtemps, une sorte de modernité technologique. Des téléphones Nokia 3310 et un Mac pas si vieux que ça, semblent ainsi surgir d’un autre temps, comme fossilisés. Une manière de pétrifier l'état "naturel" d'obsolescence programmée de ces objets et de questionner l'accél

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"La Fille au bracelet" : maillons à partir avec la justice

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr., 1h36) avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents… Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentour ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la "règle du jeu" au public : « Voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience. » Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en s’invitant dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, b

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Les Vétos : Seules les bêtes ?

ECRANS | De Julie Manoukian (Fr., 1h32) avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Lilou Fogli…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Les Vétos : Seules les bêtes ?

Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement à la retraite, Michel fait venir à sa place sa nièce, chercheuse et entêtée mais qui n’a jamais pratiqué. Au contact de Nico, du village et des animaux, elle changera… Évidemment sympathique, terriblement dans l’air du temps, malheureusement téléphonée, l’intrigue des Vétos est au moins aussi lourde que cette phrase surchargée en adverbes. On s’étonne même de voir sur grand écran cette collection de clichés sur la ruralité hexagonale (hostile et obtuse à l’étrangère, mais révélant un cœur "gros comme ça" à la fin), d’habitude réservée au public captif de la télévision. Tout y passe : du paysan bourru au maire hobereau habillé façon militant LR à la Baule, de l’orpheline-cachant-un-lourd-secret au véto dévoré par son apostolat… Si aucun personnage n’échappe à sa caricature, le film aborde malgré tout un vrai sujet : celui de la désaffection rurale, de son abandon par l’État (raréfaction des services publics, mitage du maillage territorial…) au profit des zones plus urbanisées, créant de fait des insulari

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"Seules Les Bêtes" : col de la Croix mourant

Cinema | De Dominik Moll (Fr.-All., 1h57) avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Une petite communauté montagnarde gelée par l’hiver. La disparition d’une femme provoque des réactions contrastées : indifférence du rude Michel, suspicion de son épouse Alice qui pense que son amant, le solitaire Joseph, n’est pas étranger à l’affaire. Elle n’a pas forcément tort… Retour gagnant pour l’efficace Dominik Moll, toujours à l’aise dans les ambiances psychologiquement glaçantes : le polar de Colin Niel semblait écrit pour qu’il s’empare de ses personnages tourmentés, emmitouflés sous plusieurs couches de peaux et de vêtements, et qu’il compose autour de chacun d’entre eux un chapitre (autant dire un fragment) de l’histoire globale, en variant les points de vue. Comme dans Rashōmon de Kurosawa, chaque protagoniste fabrique sa vérité à partir de faits objectifs, de conjectures et de sa propre part de ténèbres. Une situation donnée pour suspecte dans une séquence se révèlera ainsi totalement anodine dans l’autre… mais l’inverse se vérifiera encore plus souvent. Portrait d’une région rurale d’altitude standard (en proie à ses difficultés économiques ordinaires, à la saisonnalité touristique, à

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Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Concert / Portrait | À bientôt 25 ans, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence lyonnaise Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche le rock et l'entrepreneuriat. Alors qu’est sorti en septembre dernier "The Big Picture", deuxième album de son groupe, et qu’il sera jeudi 7 novembre sur la scène de la Belle électrique, on lui a taillé le portrait.

Stéphane Duchêne | Dimanche 3 novembre 2019

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier qui illustre The Big Picture, chanson-titre d’un deuxième album sorti en septembre, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit surtout le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compterait dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas, c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à Lyon

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"Braquer Poitiers" : fond de caisse

ECRANS | De Claude Schmitz (Fr., 1h25) avec Francis Soetens, Hélène Bressiant, Wilfrid Ameuille…

Vincent Raymond | Mardi 22 octobre 2019

Une bande de pieds nickelés belges se fait refiler un tuyau en or : séquestrer Wilfrid, propriétaire d’un carwash, pendant un mois d’été et récupérer la caisse à sa place. Étonnamment, la victime (un excentrique célibataire) est consentante et les accueille à bras ouverts dans son château… Au départ était un court-métrage dont on devine l’intention : permettre au réalisateur Claude Schmitz de tirer parti de la personnalité authentiquement décalée d’une poignée de copains comédiens dans un format "lelouchien". En clair, de capter leur naturel gentiment bancal dans une suite de séquences vaguement liées par un argument "policier". Le contraste entre le pittoresque Francis Soetens aux faux airs de métalleux et Wilfrid Ameuille le châtelain fin de race peut divertir quelques minutes. Au-delà, on tombe dans un systématisme qui n’a plus grand-chose à voir avec la fraîcheur du naturel ni de l’impro. Les meilleures plaisanteries étant les plus courtes, Schmitz a donc eu tout faux en prolongeant d’une apostille artificielle son court histoire d’en faire un long. Mise en abyme bancale racontant, une saison plus tard, c

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"Camille" : la femme à la caméra

ECRANS | De Boris Lojkine (Fr.-Centr.-, avec avert., 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini…

Vincent Raymond | Lundi 14 octobre 2019

Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre… C’est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D’abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d’une journaliste investie par la nécessité d’éveiller les consciences occidentales à l’imminence du drame centrafricain, mais aussi d’une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu’elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche. Ce qui conduit à l’insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu’il témoigne d’une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens se conduisant en expats hautains

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"Les Petits Maîtres du Grand hôtel" : comme sur un plateau

ECRANS | De Jacques Deschamps (Fr., 1h20) documentaire-comédie musicale…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

À l’Hôtel Lesdiguières de Grenoble, le personnel est composé d’élèves en formation. De poste en poste, ces jeunes employés découvrent la rigueur et les exigences des métiers du service et de l’hôtellerie. Parfois en déchantant… Après avoir résidé au Lesdiguières, Jacques Deschamps a eu envie de connaître les chevilles ouvrières de cet établissement d’application et de les filmer dans ce processus particulier qu’est l’apprentissage. Cette démarche exploratoire des coulisses d’une institution rappelle le cinéma de Wiseman ou de Philibert, où la caméra sait se faire oublier pour capter la parole de chacun. Le voyage se révèle immersif, complice, édifiant et captivant puisqu’on en apprend autant sur les étudiants (leurs aspirations, leurs désillusions) que leur cursus. Drôle d’idée, tout de même, d’ajouter des intermèdes musicaux chantés et surtout de les confier à ces apprentis déjà bien embarrassés par leurs missions quotidiennes. Non qu’ils déméritent : ils font ce qu’ils peuvent en braves amateurs. On comprend bien l’idée de filer la métaphore en illustrant un monde de rites et de chorégraphies par une mise en scène ad hoc et de montrer qu’en

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"Les Petits Maîtres du Grand hôtel" en avant-première vendredi au Club

ECRANS | Des rencontres fortuites naissent parfois des histoires au cinéma. Ou de cinéma. Parce que le réalisateur Jacques Deschamps s’est retrouvé à l’Hôtel (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Des rencontres fortuites naissent parfois des histoires au cinéma. Ou de cinéma. Parce que le réalisateur Jacques Deschamps s’est retrouvé à l’Hôtel d’application Lesdiguières (Grenoble), où sont formés les personnels hôteliers de demain, il a eu l’idée de tourner un documentaire sur leurs apprentissages. Mais également l’envie de parsemer le tout de séquences chantées et dansées ! Le résultat, baptisé Les Petits Maîtres du Grand hôtel, est à savourer en présence du réalisateur, de retour aux sources grenobloises de son film, vendredi 20 septembre à 20h15 au Club, avant une sortie nationale le 25 septembre.

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Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

ECRANS | Renouant avec deux des comédiens de "Ce qui nous lie", Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers alors que sort en salle son "Deux moi".

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

D’où vient cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a 6 ou 7 ans, elle redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des "deux moi" : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des "romantic comedy". Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartie

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"Deux moi" : seuls two par Cédric Klapisch

ECRANS | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un : voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de ce duo s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du "coitus interruptus" entre deux personnages se frôlant à peine – chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu d’ailleurs dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

ECRANS | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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"Roads" : en (bonne) route !

ECRANS | De Sebastian Schipper (All-Fr, 1h40) avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak, Moritz Bleibtreu…

Vincent Raymond | Mardi 16 juillet 2019

Après une friction familiale, Gyllen, tout juste 18 ans, "emprunte" en guise de représailles le camping-car de son beau-père et décide de rallier la France depuis le Maroc. Il embarque William, jeune Congolais en quête de son frère exilé. Leur route épique les mènera à Calais… D’un extrême à l’autre pour Sebastian Schipper qui, après le plan-séquence berlinois de Victoria (2015), se lance ici dans un road movie de 3000 km. Le défi kilométrique remplace le concentré temporel, mais le principe demeure, au fond, le même : raconter un "moment" tellement décisif pour ses jeunes protagonistes qu’il est susceptible d’en conditionner l’existence entière. Transposition du roman de voyage initiatique, le road movie permet de télescoper paysages et visages, récit picaresque et drames saisissants ; bref d’offrir un concentré de vie qui "rode" le jeune adulte : un hippie allemand bipolaire, des sans-papiers africains en détresse, une savonnette de haschisch, un père peu amène, des Français racistes ou encore les assauts des forces de l’ordre sur

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"Nevada" : remise en selle

ECRANS | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr-ÉU, 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Détenu asocial et mutique, enfermé dans sa colère et sa douleur, Roman arrive dans une prison du Nevada où sa juge le convainc de participer à un programme visant à dresser des mustangs. À leur contact, l’indomptable Roman renoue avec lui-même. Et les autres. Premier long-métrage d’une remarquable maîtrise, Nevada se révèle économe en mots, mais en dit long sur nombre de sujets connexes : d’une part, la situation carcérale, l’aménagement des longues peines, le travail de réinsertion des détenus ; de l’autre, la condition sociale et familiale de ceux qui ont été condamnés. Ces gens au col plus bleu que blanc payent parfois toute leur existence le prix d’une micro-seconde d’égarement – inutile d’insister sur la responsabilité du deuxième amendement garantissant le droit de porter une arme aux États-Unis, où se déroule le film. Si Nevada limite le dialogue, la réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre préserve cependant de l’espace et du temps afin que les spectateurs assistent à un groupe de parole de prisonniers durant lequel chacun explique pourquoi, et depuis quand, il est là. Non pour les ju

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Les trois soirées de la mi-juin

Soirées | Suivez-nous au Vieux Manoir, à l'Ampérage et à la Bobine.

Damien Grimbert | Lundi 10 juin 2019

Les trois soirées de la mi-juin

14 & 15.06.19 > Vieux Manoir Manoir Solidaire C’est le genre d’initiative qu’on ne peut que cautionner : vendredi 14 et samedi 15 juin au club le Vieux Manoir, l’entrée sera délivrée gratuitement en échange d’une denrée alimentaire non périssable (riz, pâtes, conserves…) qui sera reversée aux Restos du cœur. L’occasion rêvée de découvrir aux platines un line-up composé de quelques-unes des principales forces vives de la scène électronique locale, avec Tauceti (photo), Jissbass et Endrik Schroeder le vendredi, et Easy Tiger, Vouiz, Polaar et Sinnermen le samedi. 15.06.19 > Ampérage Subversion #7 Lancées à l’automne dernier, les soirées Subversion du collectif The Dare Night auront vu en l’espace de six éditions défiler la crème de la nouvelle scène techno, indus et EBM européenne, dans une ambiance exaltée. Pour ce septième et ultime volet en forme de bouquet final, c’est le Berlinois Inhalt der Nacht qui tiendra le haut du pavé avec un DJ-set de 3h. Également au line-up, deux lives haute intensité, l'un signé par le duo toulousain Imperial Black Unit et l'autre par

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"Papiers" : paroles de réfugiés par Violaine Schwartz

Littérature / rencontre | L'autrice française présentera, jeudi 23 mai à la librairie grenobloise le Square, son dernier livre, assemblage de récits « d’anciens et d’actuels demandeurs d’asile ». Très fort.

Aurélien Martinez | Lundi 20 mai 2019

« En Afghanistan, tout le monde connaît le parc de la gare de l’Est. C’est plus célèbre que la tour Eiffel. » C’est une rencontre qui s’annonce passionnante qu’organise la librairie le Square en compagnie de Violaine Schwartz, autrice du tout récent Papiers. Passionnante puisqu’il sera forcément question du cœur de son ouvrage, ces paroles « d’anciens et d’actuels demandeurs d’asile » qu’elle a recueillies et qu’elle donne à lire de manière brute. En quelque 200 pages, les récits se succèdent, chacun avec leurs singularités, mais tous font état des nombreuses difficultés que ces hommes et femmes ont dû affronter pour arriver jusqu’en France. Et pourquoi ils ont fait ce choix de migration qui aurait pu les conduire jusqu’à la mort – un passage sur la traversée de la Méditerranée est glaçant. Un travail de collecte de paroles pour simplement exposer une situation que beaucoup ne veulent pas voir – notamment sur le fait que la France n’est pas à la hauteur de son titre autoproclamé de « patrie des droits de l’Homme ». Même si certains et certaines se battent pour que les choses changent : Violaine Schwartz les m

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"The Dead Don't Die" : comme un petit goût de reviens-y-pas pour Jim Jarmusch

ECRANS | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il a effectué en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux (Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Selena Gomez, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Danny Glover...) n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jim Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de Geor

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Retour à Sarajevo avec le NSK Rendez-vous

Festival | Troisième édition déjà pour ce festival dédié au passionnant collectif d’art politique slovène Neue Slowenische Kunst. L’occasion d’explorer cette fois son intervention en 1995 à Sarajevo, en plein cœur d’une ville exsangue car assiégée depuis trois ans.

Damien Grimbert | Lundi 13 mai 2019

Retour à Sarajevo avec le NSK Rendez-vous

Un peu de contexte pour commencer. En 1984, quatre ans après la mort de Tito, dans la partie slovène de ce qui est encore la Yougoslavie, naît le NSK, collectif pluridisciplinaire d’avant-garde dédié à l’exploration des liens explosifs entre art, politique et propagande. En son sein, on retrouve le fameux groupe de musique industrielle Laibach et les artistes plasticiens d’IRWIN, auxquels se joindront par la suite différents "départements" explorant des domaines contingents – théâtre, graphisme, art vidéo, philosophie, architecture… Sept années plus tard, en 1991, la Slovénie devient indépendante, au seuil d’une guerre de dix jours qui va amorcer le démantèlement progressif de l’État yougoslave. Le NSK se métamorphose alors en NSK State In Time, micronation utopique et transnationale définie par des frontières non pas géographiques mais temporelles. C’est à cette période clé que s’attache en grande partie cette troisième édition grenobloise du NSK Rendez-vous. Culture et obus Outre une exposition de l’artiste Bojan Stojčić à la galerie Showcas

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Les trois soirées de la fin avril

MUSIQUES | Direction le Drak-Art, le Black Lilith et la Bobine.

Damien Grimbert | Mardi 23 avril 2019

Les trois soirées de la fin avril

26.04.19 > Drak-Art Bassodrome Outlook Festival Launch Party C’est un rituel désormais bien établi : en amont de sa nouvelle édition, l’Outlook Festival, rendez-vous incontournable de tous les amateurs de bass music organisé chaque mois de septembre en Croatie, fait étape à Grenoble le temps d’une soirée de lancement en collaboration avec l’équipe du Bassodrome. L’occasion d’une grosse fiesta des familles sur fond de UK garage, bassline, jungle et drum’n’bass, où s’entrecroisent au line-up figures de proue (Monty, DJ Blazin’) comme artistes locaux (Seoul 76, Clapsky, Jagerbang). 26.04.19 > Black Lilith Motel Midnight Figures tout juste émergentes de la scène parisienne, OG D. et Basei, jeunes DJs et producteurs originaires respectivement de Montreuil et du sud de la France, font partie de cette nouvelle génération d’artistes qui a décidé de ne pas choisir entre trap d’Atlanta, baile funk du Brésil et afro-house d’Angola. Un cocktail d’influences détonnant et farouchement dansant que les deux artistes viendront présenter à l’occasion de leur soirée Motel Midnight, après

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"Le Vent de la liberté" : héros aérostatiers vs Stasi

ECRANS | De Michael Bully Herbig (All, 2h06) avec Friedrich Mücke, Karoline Schuch, David Kross…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

1979, Allemagne de l’Est. Les membres des familles Strelzyk et Wetzel décident de passer à l’Ouest par la voie des airs grâce à un aérostat artisanal. Leur première tentative ayant échoué, les autorités sont en alerte ; ils doivent donc redoubler de prudence et de vitesse… Il faudrait imaginer Dany Boon réalisant un film sérieux sur l’Armée des ombres pour comprendre en quoi la signature posée sur ce drame historique constitue une surprise. Jusqu’à présent en effet, Michael Bully Herbig régnait sur le box-office allemand grâce à des comédies parodiques germaniques, un genre aussi peu exportable que le surströmming suédois. En traitant cette histoire vraie (déjà adaptée à l’écran en 1982 par Delbert Mann) comme un thriller, en faisant de l’ado Strelzyk le héros et surtout en adoptant les bons vieux codes du classicisme à l’américaine, le comédien-réalisateur est sûr de gagner son billet pour l’international et, pourquoi pas, Hollywood. Or, si la situation des Republikfüchtige et des Est-Allemands en général a longtemps indifféré les spectateurs, peu sensibles aux tonalités gris-beige d’outre Mur, une forme d’ostalgie l’a depuis gagné ; Goo

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"Comme si de rien n'était" : stupeur et tremblements

ECRANS | De Eva Trobisch (All, 1h30) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un ex-prof, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes (car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées) à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film allemand sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de "sauver les apparences". Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’elles soient intimes ou pas, ce film est porté par la très belle composition de l

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Styx" : les eaux de l’enfer

ECRANS | De Wolfgang Fischer (All-Aut, 1h34) avec Susanne Wolff, Gedion Oduor Wekesa, Alexander Beyer…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Médecin urgentiste à Gibraltar, Rike s’embarque pour une croisière en solo vers Sainte-Hélène. Au lendemain d’une tempête, elle découvre une embarcation de réfugiés à la dérive. Ne pouvant intervenir seule, elle prévient les secours, qui lui défendent d’intervenir. Sans agir eux-mêmes… Huis clos maritime doublé d’une tempête sous un crâne, ce drame d’une brûlante actualité oppose deux injonctions contradictoires : d’un côté l’obligation humaine et morale pour un marin (médecin de surcroît) de porter assistance à des naufragés, de l’autre la nécessité d’obéir aux commandements émanant d’une autorité officielle. Mais y a-t-il ici un choix, une réelle alternative ? Le réalisateur autrichien Wolfgang Fischer fait en sorte que son héroïne se retrouve confrontée à un enfant à son bord : le serment d’Hippocrate l’oblige à la protection. Et, peut-être également, une forme d’instinct maternel. Difficile de ne pas être estomaqué par Susanne Wolff, impressionnante dans ce rôle ultra-physique de Rike : la comédienne porte quasiment sans un mot l’essentiel du film. Quant à son visage, il reflète les moindres inflexions de ce cas conscienc

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"La Section Anderson" : anciens combattants

ECRANS | De Pierre Schoendoerffer (Fr, 1h07) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

1966. Ancien de Dien Bien Phu, le cinéaste Pierre Schoendoerffer retourne au Vietnam pour tourner un reportage en immersion pendant six semaines parmi une section de l’armée américaine. Sa particularité ? Elle est dirigée par un officier noir, Joseph B. Anderson. Cette ressortie est comme un fragment du passé revenant en boomerang, révélant la clairvoyance du réalisateur de La 317e section. Commandé pour l’émission Cinq colonnes à la Une, le reportage en noir en blanc (à l’image médiocre et dont la forme a, accordons-nous sur ce point, monstrueusement vieilli) est longuement introduit par Pierre Desgraupes en studio qui détaille le contexte et les motivations de la mission journalistique. S’ensuit le document en tant que tel, galerie de portraits de boys échoués à des milliers de kilomètres de leur "homeland", engagés dans une guerre dont ils ne comprennent aucun des absurdes (et inutiles) enjeux, et dont on apprend qu’ils vont, pour certains, périr ou être gravement blessés dans des assauts à venir. Aux manœuvres et à la tactique militaires hasardeuses s’ajoutent des séquences tournées durant les permissions se

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Les 4 soirées du premier week-end de mars

MUSIQUES | Rendez-vous à l'Ampérage, au Black Lilth et/ou à la Belle électrique.

Damien Grimbert | Mardi 26 février 2019

Les 4 soirées du premier week-end de mars

01.03.19 > Ampérage Subversion #5 avec Schwefelgelb Nouvelle édition pour les soirées mensuelles techno, indus et EBM du collectif The Dare Night, qui invite pour l’occasion en tête d’affiche Schwefelgelb (photo), surefficace duo "techno body music" de Berlin. En activité depuis le milieu des années 2000, et auteur ces dernières années de plusieurs EPs très remarqués pour le label de référence aufnahme + wiedergabe, Schwefelgelb est particulièrement réputé pour ses performances live d’une intensité sans égale, noyées sous une pluie de stroboscopes. 01.03.19 > Black Lilith Un an du Black Lilith Pour fêter comme il se doit son premier anniversaire, le Black Lilith a ouvert ses portes au collectif électronique Carton-Pâte Records, qui dévoilera pour l’occasion sa premi

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"Les Estivants" : congés rayés pour la grande Valeria Bruni Tedeschi

ECRANS | de & avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr-It, 2h08) avec également Pierre Arditi, Valeria Golino, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Son compagnon venant de la quitter, Anna (Valeria Bruni Tedeschi) se trouve fragilisée. Pas les meilleures dispositions pour écrire son nouveau film, ni pour passer des vacances dans la villa de sa richissime famille, entre souvenirs, fantômes et vieux différends. Et si du chaos naissait pourtant un nouvel ordre ? Sur le papier, ce film cumule les handicaps : quel intérêt pourrait-on éprouver à suivre, après Il est plus facile pour un chameau... et Un château en Italie, une énième variation sur les désarrois intimes et les relations compliquées de la cinéaste avec sa fameuse sœur et le non moins célèbre époux de celle-ci, de surcroît dans leur lieu de villégiature ? Ne nous permettrait-elle pas là de satisfaire un trivial goût pour l’indiscrétion, comme si l’on feuilletait une version respectable (et autorisée) d’un magazine people ? Pourtant, on est vite gagnés par cet effet de dédoublement et de distance qu’elle s’impose. Par l’emboitement des mises en abyme et des échos rebondissant de film en film, également, d’une grande complexité théorique : les trois œuvres, indépendantes, forment un ensemble discont

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Clapton s'invite à la Belle électrique ce jeudi soir

CONNAITRE | Sort cette semaine en salle un documentaire intitulé Eric Clapton: Life in 12 Bars. Les mauvaises langues diront que l’élément liquide dont les bars (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Clapton s'invite à la Belle électrique ce jeudi soir

Sort cette semaine en salle un documentaire intitulé Eric Clapton: Life in 12 Bars. Les mauvaises langues diront que l’élément liquide dont les bars font commerce n’est pas la substance favorite de l’interprète de Cocaine, mais baste ! L’essentiel n’est-il pas qu’un film raconte le parcours de Clapton, l’homme aux mille groupes, visages et vies ? Le Club proposera une séance spéciale autour du documentaire jeudi 24 janvier à 19h45 dans un lieu adapté au bonhomme : une salle de concert (la Belle électrique), en présence d’un fin connaisseur de la musique rock (le journaliste Michka Assayas) qui en profitera pour faire un propos liminaire sur le bonhomme et signer ses livres.

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26 concerts pour parfaitement commencer 2019 (et tenir jusqu'à l'été)

Panorama de rentrée | Avec de la pop, du jazz, du rap, de l'électro, de la chanson... Suivez-nous !

La rédaction | Mardi 8 janvier 2019

26 concerts pour parfaitement commencer 2019 (et tenir jusqu'à l'été)

Flavien Berger Entre chanson javellisée, bidouillages électroniques et influences exponentielles, Flavien Berger s'est imposé comme l'une des figures de cette scène française qui se moque tellement des étiquettes qu'elle s'en colle partout – hip-hop, électro chanson, R'n'B et plus car affinités. Avec son récent album Contre-temps, successeur du déjà encensé Léviathan (qui lui avait valu d'être adoubé par Étienne Daho en personne), Berger a frappé très fort. Avec une sorte d'œuvre à contre-courant qui souffle l'air du temps. À la Belle électrique samedi 26 janvier Indianizer + L'Éclair Serait-ce l’influence des DJs et collectionneurs de disques rares des années 1960 et 1970 qui se ferait sentir ? Toujours est-il que depuis quelques années, un nombre croissant de jeunes formations européennes se plaît à orchestrer en live une fusion exaltante et inédite entre musiques tropicales, krautrock, grooves funk & disco, pop psychédélique, exotica, library music et autres vestiges musicaux méc

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"Diamantino" : comme un air de Cristiano Ronaldo

ECRANS | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un "hommage" à Cristiano Ronaldo. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vrai membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques à la

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"Kursk" : sous l'eau, personne ne vous entendra crier...

ECRANS | de Thomas Vinterberg (Bel-Lux, 1h57) avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Août 2000. Victime d’une avarie grave, le sous-marin nucléaire russe Kursk gît par le fond en mer de Barents avec quelques survivants en sursis. Les tentatives de sauvetage par la flotte nationale ayant échoué, la Royal Navy britannique propose son aide. Mais Moscou, vexé, fait la sourde oreille… On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017), récit fourmillant de personnages centré sur une maison agrégeant une famille très élargie. Le réalisateur danois persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec cette tragédie héroïque en usant à bon escient des "armes" que le langage cinématographique lui octroie. Sobrement efficace (l’excès en la matière eût été obscène), cette superproduction internationale (Matthias Schoenaerts, Colin Firth, Léa Seydoux...) travaille avec une enviable finesse les formats d’image pour modifier le rapport hauteur/largeur et ainsi renforcer l’impression d’enfermement, comme elle dilate le temps ou le son dans les instants

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

ECRANS | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le "roman autobiographique" (on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique) de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui, si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose où le comportement déviant du héros est "expliqué", marque surtout la

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"Heureux comme Lazzaro" : l’esprit simple

ECRANS | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher le Prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Alice Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Mais elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort – son prénom l’y prédestinait. Rousseau, es-tu là ? A

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"Ervart" en pleine confusion

Théâtre | En adaptant "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche", texte abracadabrantesque de l’auteur contemporain Hervé Blutsch, le metteur en scène Laurent Fréchuret livre un spectacle poussif dans lequel la soi-disant loufoquerie vire à la caricature malgré des comédiens de haut-vol, Vincent Dedienne et Jean-Claude Bolle-Reddat en tête.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Tout commence pourtant bien. Nous sommes, nous annoncent des projections de texte, à la fois à Turin entre 1888 et 1889 avec Nietzsche et à Paris en 2001, post 11-Septembre. Deux pôles, deux récits auxquels se cognent des comédiens anglophones de la deuxième situation comprenant vite qu'ils se sont trompés de pièce. Ce décalage immédiat avec l'objet théâtral est non seulement comique mais aussi jubilatoire : bienvenue dans les arcanes de la fabrication du spectacle ! Rideau de velours rouge, portes mobiles sur roulettes, humour noir sur des enfants traités comme des bêtes... Et, surtout, délire d'Ervart, le personnage principal qui, fou de jalousie, mitraille à tout-va. Il attaque un peuple dont l'absence physique sur scène est remarquée par une comédienne qui cherche du travail. Labiche et ses vaudevilles sont à peine entrevus que, déjà, la pièce les dépasse et fait la jonction avec notre époque – les attentats ne sont pas loin. Prometteur. Ervart ou la finesse au placard Problème : le rythme de cette création, née début octobre à la Comédie de Saint-Étienne et bientôt en place au Rond-Point à Paris, s'essouffle très rapidement dans des scènes su

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Aurélie Dos Santos : « Le NSK détourne pour mieux questionner »

Festival | Conférences, expositions, projections, rencontres… Après une première édition remarquée en 2016, le NSK Rendez-vous prend de nouveau ses quartiers dans divers lieux grenoblois du jeudi 11 au dimanche 14 octobre. Mais c’est quoi le NSK exactement ? Aurélie Dos Santos, déléguée du festival, nous explique les tenants et aboutissants de ce mouvement artistique subversif d’une puissance peu commune.

Damien Grimbert | Mardi 9 octobre 2018

Aurélie Dos Santos : « Le NSK détourne pour mieux questionner »

Comment présenteriez-vous le NSK ? Aurélie Dos Santos : Le NSK, ou "Neue Slowenische Kunst", est un collectif d’art politique né sur les bases du punk, qui questionne les notions d’art, de propagande, d’identité et d’idéologie. Il est apparu au début des années 1980 en Slovénie, après la mort de Tito et avant la dislocation de la Yougoslavie. C’est un mouvement marqué à la fois par la culture industrielle très forte de Trbovlje, la ville de mineurs qui l’a vu naître, et par les grandes avant-gardes historiques et révolutionnaires – dadaïsme, surréalisme, constructivisme… – qui l’ont précédé. Son objectif était de faire réfléchir la jeunesse yougoslave aux rapports entre l’art et la politique, très ancrés dans les pays d’Europe de l’Est de l’époque. Les artistes du NSK sont donc arrivés avec une démarche très punk : faire du graphisme, de la musique, de la peinture, du théâtre, en détournant les images de propagande des grandes idéologies communistes et nazies, et par la suite capitalistes. Et de fait, ils ont rapidement été interdits en Slovénie, parce qu’ils mélangeaient dans une même affiche, par exemple, des symboles commu

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"Frères ennemis" : (impeccables) affaires de familles

ECRANS | de David Oelhoffen (Fr-Bel, 1h51) avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani...

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Capitaine des stups, Driss (Reda Kateb) a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane (Adel Bencherif), qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci se fait descendre, et que tout accuse Manuel (Matthias Schoenaerts), Driss tente de renouer avec cet ancien pote dont la tête semble mise à prix… S’il ne l’avait déjà choisi en 2007 pour un excellent thiller, David Oelhoffen aurait pu titrer Nos retrouvailles ce polar nerveux et immersif, dont le mouvement général tranche avec celui communément observé dans ce genre auquel il se rattache. Bien souvent en effet, les films traitant de la criminalité et des bandes organisées dans les cités de banlieue s’inscrivent dans un schéma de réussite fanstamée et d’extraction du milieu originel : le banditisme semblant la seule voie pour s’en sortir vite et gagner de l’argent, ainsi que les territoires respectables de la ville. Dans Frères ennemis, ce n’est pas la sortie qui est prohibée, mais l’entrée : les personnages ne peuvent rarement pénétrer normalement dans une logis (y compris le

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"Nos batailles" : soudain, Romain Duris

ECRANS | de Guillaume Senez (Fr-Bel, 1h38) avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Chef d’équipe dans un entrepôt 2.0, Olivier affronte chaque jour une direction tyrannique, avant de retrouver la paix des siens. Un jour, sa femme le quitte sans prévenir, le laissant seul avec ses deux enfants. C’est un autre combat qui s’engage alors : faire sans, avec l’angoisse en plus… Enfin un rôle consistant pour Romain Duris, ce qui nous rappelle que, s’il dilapide parfois ses qualités à la demande de certains cinéastes le poussant à cabotiner, le comédien sait aussi mettre son naturel et sa sauvagerie au service d’emplois du quotidien dans des films à fleur d’âme tels que Nos batailles. Tout est, ici, d’une justesse infinie, sans la moindre fausse note : l’injustice qui sourd, la descriptions du "lean management" cynique dans sa désincarnation ultime, le dialogue et les situations, jusqu’au sourire mouillé de sanglots d’une femme cherchant à ne pas perdre la face après une réplique maladroite de l’homme dont elle s’est éprise – Laure Calamy, parfaite dans la réserve, comme tous les personnages secondaires. Par son dédain du pathos et son sens aigu du détail signifiant, le réalisateur

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"Un peuple et son roi" : astre déchu

ECRANS | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circons

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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Une Mens affaire

Festival | Du mardi 7 au samedi 11 août aura lieu la quinzième édition du festival Mens Alors ! Avec, comme toujours, une sacrée programmation.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 juin 2018

Une Mens affaire

On peut s'afficher dans une petite commune de l'Isère, sur le plateau du Trièves (c'est-à-dire, disons-le, en pleine ruralité) ; souffrir, comme tout le monde mais sans doute un peu plus que la grosse concurrence, de la fonte des subventions (et donc s'adosser à un budget en peau de chagrin) ; reposer uniquement sur une équipe de bénévoles ; offrir des spectacles gratuits... Et ne rien renier de la qualité de ses services. C'est bien ce que démontre depuis de longues années le bien nommé festival Mens Alors ! Au point d'avoir gagné une résonance nationale que beaucoup de festivals dits modestes lui envieraient. Sans doute aussi parce que son leitmotiv réside dans la rencontre, la création, l'échange, à base d'ateliers, d'animations, de concerts... Parmi ces derniers, on retiendra notamment une relecture du mythique album L'Incendie (1974) de Brigitte Fontaine & Areski par deux régionaux de l'étape (Xavier Machault et Martin Debisschop

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"3 jours à Quiberon" : ceci n'est pas un biopic sur Romy Schneider (et tant mieux)

ECRANS | La réalisatrice Emily Atef et la comédienne Marie Bäumer ressuscitent la mythique Romy Schneider au cours d’un bref épisode de sa vie. Mais davantage qu’un "biopic à performance", ce film tient de l’essai cinématographique, du huis clos théâtral et du portrait de femme, d’actrice, de mère.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

1981. En plein doute sentimental et professionnel, Romy Schneider part en cure de repos sur la presqu'île de Quiberon, en Bretagne. Bien qu’en froid depuis des lustres avec la presse allemande, elle accepte, au nom de son amitié avec le photographe Robert Lebeck, une interview pour le Stern. L’occasion de faire le point… Cénotaphe froidement révérencieux, hagiographie méthodique, recueil d’images dorées autorisées… Le biopic est sans nul doute le genre cinématographique le plus prévisible et le moins passionnant. Si l’on y songe, il procède d’ailleurs trop souvent d’un dialogue d’initiés entre un fétichiste – le cinéaste – et une foule de fans autour de l’objet de leur fascination commune ; fascination quasi-morbide puisque l’idole en question a la plupart du temps trépassé. Alors que le cinéma est un art (collectif) de la fabrication, de la reconstitution, rares sont les films osant s’affranchir du cadre illusoire de l’histoire officielle pour construire une évocation : ils préfèrent s’engager dans l’impossible réplique du modèle… S’employer à le cerner plutôt que de le contrefaçon permet de se débarrasser du leurre du m

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