Bertrand Belin : des hommes qui tombent

Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2020

Photo : © Benni Valsson


Énigmatique, cryptique, sec comme un coup de bec, de plus en plus le verbe belinien semble évoluer vers l'abstraction, un far west d'épure et de chanson à l'os qui affronte la réalité comme le pic vert attaque l'arbre, à coups répétés et millimétrés.

Persona, où Bertrand Belin démontre à quel point son "parler fou" est le langage de la lucidité, se nourrit ainsi d'une logique implacable pour déciller les aveugles.

Le terme Persona est multiple : Bergman et ce film où une femme parle pour une autre ; masques des acteurs des tragédies antiques et aujourd'hui, ô cynisme, typologie marketing d'acheteurs fantasmés, que le marché tient dans son viseur.

Belin se glisse ainsi dans la peau de persona, pour mieux boire leurs déboires et en recracher la glossolalie navrée et ironique. Hommes qui vacillent (Sur le cul, De corps et d'esprit), travailleurs pauvres aux reflets jaunes (Camarade), personnages au bord de la rupture ou en chute très libre (sublime Glissé redressé).

Mais dans ce petit théâtre de la désolation où s'annonce « un été de canadair, de ciel embrasé », l'ubiquiste Belin quitte parfois la subjectivité alter pour surplomber son monde tel un oiseau de proie à l'œil rapace, à l'ouïe infaillible (« Je vois tout, j'entends tout ») et au hululement obsessionnel, pointant « la vérité nue », et « au premier rang, le président », roi tout aussi nu. « Petit à petit l'oiseau fait son bec », constate Belin, et, dans une forme qui élague, fait remonter le fond à la surface.

Bertrand Belin
A la MC2 mardi 4 février, à 20h30


Bertrand Belin


Le Toboggan 14 avenue Jean Macé Décines
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Vercors Music Festival : nos quatre coups de cœur

Festival | En dépit de sa jeunesse (c'est sa 5e édition), le Vercors Music Festival sait déjà attirer les grands noms autour d'une ligne qui mêle le populaire et la découverte, l'exploration de la chanson française et l'expression multiculturelle et multigenre. En marge des Zaz, Grand Corps Malade, Sanseverino, Gauvain Sers et Ibrahim Maalouf, petite sélection de (nos) choix à découvrir entre le 4 et le 7 juillet à Autrans.

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 juin 2019

Vercors Music Festival : nos quatre coups de cœur

Djazia Satour C'est devenu une tarte à la crème que d'accommoder la ou les musiques des origines à la sauce pop. Tout autant que de faire l'inverse. Le fait est que cela donne souvent un résultat absolument envoûtant. D'où vient que cela est particulièrement vrai avec la musique traditionnelle algérienne (de Rachid Taha à Imarhan) ? On ne sait guère... Mais c'est cette alchimie gracile que la Grenobloise Djazia Satour obtient sur ses disques, à commencer (pour ainsi dire) par le dernier, Aswât, où le blues se mêle au chaâbi, le banjo à l'oud, et l'esprit de conquête western à la mélancolie orientale. Où l'on a parfois l'impression que le Mississippi se jette dans la Méditerranée. Vendredi 5 juillet à 20h The Blue Butter Pot "Dis petit

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Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Littérature | C’est parti pour la nouvelle édition du fameux Printemps du Livre qui, du mercredi 5 au dimanche 9 avril, investira plusieurs lieux de Grenoble et de l’agglo (dont, trois jours durant, le Musée de Grenoble et ses nombreux espaces) pour des rencontres avec des romanciers, des conférences, des spectacles, des expositions… Afin de profiter au mieux de cette émulation littéraire, on a sélectionné huit auteurs à découvrir. Suivez-nous.

La rédaction | Mardi 4 avril 2017

Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Jonathan Coe S'il fallait définir la quintessence de l'écrivain anglais – anglais et non britannique –, celle-ci tiendrait en deux mots : « Jonathan Coe ». Dieu sait s'il y a de la concurrence dans l'Angleterre des lettres, de Julian Barnes à Nick Hornby en passant par Martin Amis et Will Self, mais Coe c'est autre chose. À vrai dire, il partage avec chacun d'eux des traits communs, mais il est le seul à les réunir tous. Lui seul parvient, de Testament à l'Anglaise jusqu'à aujourd'hui sa presque suite Numéro 11 (un roman à sketches auscultant la période Blair-Cameron), à rendre universelles les problématiques et caractéristiques de son pays. Portant ainsi à un tel degré sur l'Angleterre un regard acéré tout en étant doux, amer mais empreint d'un humour so british plein d'autodérision et de charme. SD À la bibliothèque Aragon (Pont-de-Claix) vendredi à 19h (rencontre) Au Musée de Grenoble samedi à 15h30 (rencontre) et dimanche à 11h (lecture) ________ Céline Minard L’auteure française Céline Minard clive, entre admirateurs de son monde radical et lect

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"Personal Shopper" : Assayas invente le film fantastique-lol

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr., 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au "film fantastique-lol", truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns lui ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes, dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers pour Baccalauréat. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette sa manifestation post mortem… Prolongation morne et inutile du ticket Kristen Stewart-Olivier Assayas, après l’inégal

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Langue de voix au festival Uriage en Voix

MUSIQUES | Une cure de chanson française pas comme les autres (ou pas comme l'autre) ; une cure de langue donc, c'est ce que propose ce week-end Uriage-les-bains et son festival gratuit Uriage en Voix en programmant notamment les drôles de zozos chantants que sont Bertrand Belin, Zaza Fournier et la Grande Sophie.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 août 2016

Langue de voix au festival Uriage en Voix

Depuis quelques années, de Parcs (album), en Requin (roman), en Cap Waller (album) où il maintenait le sien (de cap), celui d'un post-yéyé aliénant et addictif qui, il le dit lui même, « parle en fou », Bertrand Belin est sorti de la prodigieuse Hypernuit d'une chanson dont le langage marche à côté de la voie et de la voix. Depuis donc, l'ancien guitariste de métier (et cela, ça se sent) au phrasé bashungien est devenu une bête à concours festivaliers – un peu aussi parce que l'animal est une bête de scène aussi indéchiffrable que ses chansons sont « insolubles » (le mot est de lui). Pas une kermesse musicale, des plus modestes aux plus grandioses, qui n'invoque la présence du classieux crooner de l'impossible. Belin y fait toujours tache et cette tache est d'huile : elle se répand dans les esprits qu'elle contamine positivement mais se mélange mal à celles des collègues programmés de concert, qu'ils soient indie-rock ou variété française. Une chanson à côté de la voix donc. Bucco-lingual

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Rentrée cinéma 2016 : comme un (faux) air de déjà-vu

ECRANS | Un "Harry Potter", un "Star Wars", un Marvel, un Loach Palme d’or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie, mais bel et bien face à la rentrée cinéma 2016. Une rentrée qui nous promet tout de même quelques belles surprises, plus ou moins tapies dans l'ombre. Tour d'horizon.

Vincent Raymond | Jeudi 25 août 2016

Rentrée cinéma 2016 : comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur – exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Dans cette catégorie, les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter, et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Mystère... Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange – un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire à des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un sou

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Play it again, une réunion de classiques

ECRANS | Première édition pour Play it again, festival national consacré au cinéma de patrimoine, relayé à Grenoble par le cinéma le Club.

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Play it again, une réunion de classiques

Est-ce l’influence grandissante du festival Lumière à Lyon ? Toujours est-il que pour la première fois, une opération nationale aura lieu cette semaine autour du cinéma de patrimoine, à l’initiative de l’ADFP (Association des distributeurs de films de patrimoine), permettant de redécouvrir dans une centaine de salles françaises des classiques restaurés, certains fort populaires, d’autres beaucoup plus méconnus. À Grenoble, c’est Le Club qui se fera le relais local de l’opération, baptisée "Play it again" en référence à une réplique (fictive) de Casablanca, en proposant une sélection éclectique et réjouissante de huit films. Pas d’immenses raretés, cependant ; plutôt des classiques qu’il est bon d’avoir vu (si ce n’est pas encore le cas) ou de revoir (car ça ne fait pas de mal non plus). Comment résister en effet à la copie restaurée du mythique Le Bon, la brute et le truand, dernier western de la trilogie signée Sergio Leone autour de l’homme sans nom incarné par Clint Eastwood ? Ou à l’errance sublime d’Harry Dean Stanton dans le désert de Paris, Texas – à comparer avec celle de James Franco dans les neiges sentimentales d’Ever

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Après Belin

MUSIQUES | Il semble que, cette fois, ça y est, la tournée Parcs de Bertrand Belin touche à sa fin. Et c'est à Grenoble que ça se passe. Et donc, conséquemment, qu'on l'ait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Après Belin

Il semble que, cette fois, ça y est, la tournée Parcs de Bertrand Belin touche à sa fin. Et c'est à Grenoble que ça se passe. Et donc, conséquemment, qu'on l'ait déjà vu ou pas, ce serait dommage de louper ça. Parce qu'au-delà du fait que Belin soit un drôle d'animal scénique spasmodique, Parcs, on l'a déjà dit ici en long, en large (et même en travers) est un album majestueux et absurde. Un nouveau sommet atteint dans l'œuvre du Quiberonnais qui nous fit penser que Belin, c'est Bashung couchant avec Bill Callahan (Smog). Auteur de premier ordre, au style inimitable, BB a choisi de passer, pour un temps, à autre chose, avec la sortie de son premier roman Requin (qui était déjà le titre d'une des chansons de Parcs), publié chez P.O.L., une maison qui va comme un gant à ce joueur de mots. Ce au moment même où on peut se délecter de Il était cinq heures dix, documentaire que lui a consacré Pauline Jardel. Un film souvent hilarant, comme dans cette sublime scène du choix du titre de Parcs qui a failli porter le nom d'un poisson parasite sonnant « comme un condiment » ou d'une photo – « cette petit

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