La Bobine sort les platines

Damien Grimbert | Lundi 5 juillet 2021

Photo : DR


C'est un joli programme qu'a concocté la Bobine pour le retour de ses apéro-mixes estivaux en terrasse. Aux côtés d'un certain nombre de valeurs sûres et d'habitués des lieux, on pourra ainsi découvrir le 6 juillet Erevan DJ, fondateur de l'excellent label lyonnais orienté « sophrologie auditive, réminiscences 90's, atmosphères psychédéliques et breaks exotiques » Bamboo Shows, accompagné de Jean-Mi, fer de lance du label Comic Sans Records. Le 20 juillet, place au Grenoblois Vague Imaginaires, créateur d'ambiances équatoriales oniriques quelque part entre ambient, downtempo, tribal, new age et field recording organique. Le 10 août, on entendra cette fois Danse Musique Rhône-Alpes (en photo), « hommage nostalgique à la dance commerciale des années 90 mais également aux formes les plus brutes et radicales de la musique électronique » et Bravo Tounky, venu défendre sa k7 audio Flash Détente fraichement sortie sur AB Records. Le 31 août enfin, ce sont les éclectiques résidentes du projet Sister Act Ciao Cesco, Taka, Cass, Yagi Ud, et Gioza qui se relaieront aux platines. On a déjà hâte d'y être !

Apéro-mixes. À la Bobine tout au long de l'été. www.labobine.net

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Sister Act, un programme pour plus de filles aux platines

Initiative | Initié conjointement par les collectifs Résonance et Move Ur Gambettes, le programme Sister Act propose une formation de long terme au mix entièrement gratuite et ouverte à toutes. Candidatures acceptées jusqu’au 31 octobre !

Damien Grimbert | Mardi 20 octobre 2020

Sister Act, un programme pour plus de filles aux platines

Si quelques modestes pas dans la bonne direction ont été effectués ces dernières années (avec, entre autres, la présence d’un nombre accru d’artistes féminines au line-up des soirées, ou plus symboliquement la tardive mise au placard de l’horrible et ô combien méprisant terme "DJette"), il reste néanmoins toujours beaucoup plus difficile pour une femme qu’un homme de se lancer derrière les platines et de devenir DJ. Et ce tout particulièrement à l’échelle locale, en dépit du parcours de quelques pionnières grenobloises emblématiques (Kittin, Rescue…) et d’une poignée d’initiatives méritantes comme le Grenoble Mixing Girls Club. C’est contre ce désolant état de fait qu’entend bien lutter le programme Sister Act. Son objectif : fournir un accompagnement artistique aussi bien qu’administratif entièrement gratuit d’une durée de 6 mois à un an à un certain nombre de candidates sélectionnées sur dossier, afin de leur permettre de se former au mix (que ce soit pour apprendre ou bien s’améliorer) mais éga

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Vague imaginaires, au pays des merveilles

Ambient techno | Présentation d'albums (3/3) : Le Petit Bulletin vous propose une mini-sélection de disques à conseiller à vos oreilles. On est heureux d'y dinstinguer le (double) travail de Vague imaginaires.

Damien Grimbert | Mardi 9 juin 2020

Vague imaginaires, au pays des merveilles

S’il est surtout connu du public grenoblois pour ses DJ-sets aussi dansants qu’aventureux (sous l’alias Youpidou) et ses multiples émissions musicales au long cours sur Radio Campus (Play On, Trafic 908, Là-Haut Dans l’Océan…), c’est avant tout son travail de producteur/compositeur qui a permis à Denis Morin de se faire un nom au-delà des frontières de la ville. Après plusieurs sorties sur Stochastic Releases ou son propre label Là-Haut Dans l’Océan, il vient ainsi de sortir coup sur coup sous son nouvel alias Vague imaginaires un album sur l’emblématique label californien Not Not Fun (L'île D'or), ainsi qu’un EP sur le très en vue label de Glasgow 12th Isle (L'Île Sous l'Eau). Une sorte de diptyque insulaire à la fois onirique, relaxant et hautement évocateur, qui plonge immédiatement l’auditeur dans une atmosphère équatoriale enchanteresse d’une richesse et d’une délicatesse infinies. Peuplée de chants d’oiseaux, de sonorités océaniques, de percussions tribales, de nappes synthétiques planantes et chaleureuses et d’ambiances mystiques et psychédéliques, cette exploration quasi rituelle aux confins de l’ambient techno, du field recording et de la musique minim

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Les 3 soirées de la semaine

Soirées | Trois prometteuses soirées clubbing s'annoncent à la Bobine, au Papa Club et à la Belle Électrique vendredi 13 et samedi 14 mars. On vous donne quelques détails.

Damien Grimbert | Mardi 10 mars 2020

Les 3 soirées de la semaine

13.03.20> Bobine Calling Marian / Sierra / Rescue C’est une double bonne nouvelle : après plusieurs années d’absence, l’excellent festival Les Femmes s’en mêlent, dédié à mettre en lumière la scène musicale féminine indépendante, fait de nouveau escale à Grenoble. Et pour fêter cela comme il se doit, la Bobine inaugure sa première soirée tardive, avec une fermeture des portes à 3h, s’il vous plait. Au programme, électro, acid techno, EBM, darksynth et club music aventureuse avec la Lyonnaise Calling Marian, la Parisienne Sierra et bien sûr Rescue, l’inoubliable créatrice des soirées Go Bang ! 13.03.20> Papa Club Boombass (Cassius) Pendant pas loin d’une trentaine d’années, Hubert Blanc-Francard alias Boombass (photo) composait aux côtés de Philippe Zdar l’entité Cassius, l’un des duos les plus emblématiques et respectés de la scène électronique française. Après la disparition brutale de ce dernier en juin 2019, il a progressivement remis le pied à l’étrier pour se consacrer de nouveau à ce qu’il maîtrise le mieux : faire danser les gens. Plus énergique, plus techno (sans renier son ADN house pour

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"Marche avec les loups" : à la trace

ECRANS | Après La Vallée des loups, Jean-Michel Bertrand poursuit son approche fascinée du canis lupus. Il entreprend ici de suivre le parcours d’un individu (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Après La Vallée des loups, Jean-Michel Bertrand poursuit son approche fascinée du canis lupus. Il entreprend ici de suivre le parcours d’un individu subadulte, forcé de quitter sa meute d’origine pour fonder la sienne. Son voyage de plusieurs mois le mènera du sud des Alpes jusqu’au Jura… Carnet de notes d’un naturaliste opiniâtre à la voix râpeuse, cette longue et patiente marche est construite comme une aventure en solitaire, un éloge de la nature autant que des loups. Jean-Michel Bertrand les suivant à distance, ceux-ci en sont un sujet "éloigné" ; un prétexte pour les évoquer avec le renfort de belles images au drone et d’une B.O. signée par l’incontournable Armand Amar. À mille lieues toutefois du regard romantico-anthropomorphique que Nicolas Vannier porte sur le monde animal : le didactique cinéaste-randonneur préfère expliquer les interdépendances animales garantissant l’équilibre d’un écosystème ou déplorer la mauvaise réputation dont le loup a hérité depuis le Moyen Âge. Dommage qu’il ne donne pas assez d’éléments tangibles permettant de répondre aux éleveurs se plaignant des attaques (et qui constituent le

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"Hors Normes" : leurs jours heureux

ECRANS | D'Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Lundi 21 octobre 2019

Au sein de leurs associations respectives, Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb) accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno… Ceux qui connaissent un peu Nakache et Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux puis Intouchables puisaient ainsi, à des degrés divers, dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes n’exploite pas un filon en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film

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"Picasso, au cœur des ténèbres" : éclats de guerre au Musée de Grenoble

Exposition | Avec cette exposition, l'institution grenobloise, en collaboration avec le Musée Picasso de Paris, nous invite à découvrir une période peu connue de ce monstre sacré de l’art du XXe siècle que fut Picasso. Un passionnant parcours au cœur de six années de création intense qui rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir le nez sur les événements pour parler de la guerre.

Benjamin Bardinet | Mardi 8 octobre 2019

Pablo Picasso considérait souvent son œuvre comme une sorte de journal intime de sa vie. C’est effectivement ce que le visiteur ressent lorsqu’il découvre Picasso, au cœur des ténèbres (1939 – 1945), proposition pour laquelle le Musée de Grenoble a fait le choix, assez logique, d’un accrochage chronologique. Au fil du parcours, on est invité à progresser dans ces années de guerre que Picasso a passé en France (majoritairement à Paris), interdit d’exposition mais toujours extrêmement productif. Des entrées thématiques ponctuent la visite et permettent de saisir les caractéristiques esthétiques propres à cette période : "La Vie précaire", "La Mort omniprésente", "Créer pour résister"… Ce qui est particulièrement intéressant, et qu’excelle à nous faire découvrir l’exposition, est le fait que Picasso ne propose jamais d'évocation de la guerre de manière explicite, mais il imprègne son œuvre de l’atmosphère singulière de ces sombres années – une atmosphère étouffante, âpre et inquiétante, faisant écho à l’état d’esprit du peintre espagnol et, bien sûr, à la monstruosité de l’époque. Ambiance car

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Les six expositions à ne pas louper cet automne à Grenoble (avec, forcément, Picasso)

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Suivez-nous au Musée de Grenoble, au Centre du graphisme ou encore dans divers musées départementaux.

La rédaction | Mardi 24 septembre 2019

Les six expositions à ne pas louper cet automne à Grenoble (avec, forcément, Picasso)

Picasso, au cœur des ténèbres (1939-1945) Blockbuster en perspective ! Mais attention, si le Musée de Grenoble consacre une exposition à ce monstre sacré de la création du XXe siècle qu’est Picasso, c’est pour se pencher sur une période peu connue et peut-être pas toujours facile à aborder : celle des années de guerre. Pas d’œuvres archi-connues à l’horizon, ni aucune représentation directe de la guerre, mais plutôt une sorte de journal intime et pictural de ces années sombres que le maître espagnol choisit, a contrario de bon nombre d’artistes, de passer à Paris, sous occupation allemande… Au Musée de Grenoble du 5 octobre au 5 janvier Alain Le Quernec, du dernier cri Alain Le Quernec a la particularité d’avoir toujours mené conjointement sa carrière de graphiste à celle de professeur d’arts plastiques. Un goût pour la pédagogie qu’il tient peut-être de sa formation avec un affichiste polonais dont il a suivi la formation et auquel le centre du graphisme a rendu ho

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"Mes voisins les Yamada" d'Isao Takahata est à (re)voir mardi au Méliès

ECRANS | Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des (...)

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des lucioles (1988), n’a pourtant rien à envier à son confrère japonais. Comme le prouvera le Méliès en projetant mardi 4 juin à 18h15 Mes voisins les Yamada (1999), film entièrement réalisé par ordinateur : un avant-gardisme pour l’époque qui coûtera cher et se soldera par un échec commercial. Cette chronique sociale ne manque pourtant pas de charme avec son style crayonné et son caractère hybride. Elle prend ainsi la forme de plusieurs courts-métrages elliptiques entrecoupés d’haïkus où Nonoko Yamada, petite-fille au franc-parler, nous présente les membres, gentiment caricaturaux, de sa famille. Après avoir trinqué avec les Yamada, vous risquez de trouver la prochaine fête des voisins bien fade…

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Revue rock moderne avec le Petrol Chips Fest

Concert | Histoire sans doute de fêter sa troisième année d'activité (pour ne pas dire d'activisme), le label Petrol Chips mené par Ray Bornéo (qui, on vous l'a dit tout (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 avril 2019

Revue rock moderne avec le Petrol Chips Fest

Histoire sans doute de fêter sa troisième année d'activité (pour ne pas dire d'activisme), le label Petrol Chips mené par Ray Bornéo (qui, on vous l'a dit tout récemment, vient de co-produire le dernier disque de notre cher Gontard) s'offre un festival itinérant pas piqué des hannetons, opportunément baptisé Petrol Chips Fest. Après Valence et Lyon, Grenoble donc, vendredi 3 mai à la Bobine. Petrol Chips s'y livrera à une revue d'effectif quasi complète puisque outre Gontard, on retrouvera le totem grenoblois Olivier Depardon, l'hydre Bleu Russe, la formation Lomostatic qui réunit les trois précités en sus de Jull et Ginger Bread, les expérimentations de Nuage Fou, Vestale Vestale & Ray Bornéo lui-même, La Horde et ce bon J

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House fusionnelle avec Cassius et DJ Gregory

Soirée | Samedi 20 avril à la Belle électrique, il y aura du lourd, avec notamment un duo phare de la French Touch.

Damien Grimbert | Mardi 9 avril 2019

House fusionnelle avec Cassius et DJ Gregory

1999. Après dix années de collaborations diverses en studio (sur les premiers albums de MC Solaar, ou leur fameux projet downtempo La Funk Mob), les producteurs français Philippe "Zdar" Cerboneschi et Hubert "Boom Bass" Blanc-Francard sortent 1999, le très attendu premier album de leur duo house Cassius. Porté par un single au succès planétaire (Feeling For You), ce dernier se transforme rapidement en totem de la French Touch et pose la première pierre d’un édifice musical qui se prolongera sur trois autres albums : Au Rêve en 2002, 15 Again en 2006 et Ibifornia en 2016. Marquée par des tubes de grande ampleur (Toop Toop en 2006, I <3 U So en 2010) et de nombreuses collaborations prestigieuses (avec Pharrell Williams,

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"Requiem pour L" : de la musique, jusqu’à ce que mort s’ensuive

Spectacle musical | Du mercredi 6 au vendredi 8 mars à la MC2, on pourra découvrir une troublante création signée notamment par l'immense Alain Platel.

Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

C’est une proposition difficilement classable, que l’on doit au metteur en scène et chorégraphe (des fameux Ballets C de la B) Alain Platel et au compositeur Fabrizio Cassol. Une aventure quelque part entre le concert (« quatorze musiciens de plusieurs continents se rencontrent autour du Requiem de Mozart qu’ils reconstruisent en fusionnant leurs influences musicales personnelles avec du jazz, de l’opéra et de la musique africaine populaire ») et le spectacle classique (nous sommes assis comme au théâtre, et aucune interaction n’a lieu avec le public). Mais une aventure qui emporte celles et ceux qui en acceptent les codes, et surtout le propos. Car en fond de plateau de ce Requiem pour L, derrière une scénographie forte qui évoque le Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe situé à Berlin, passe la vidéo d’une femme alitée (Lucie, d’où le "L" du titre) vivant ses derniers instants. Le cadre est serré sur le visage de celle qui a accepté que les images soient utilisées par Alain Platel – dont elle était une spectatrice fidèle. La mort nous est ainsi montrée en face, avec franchise mais égalemen

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"L'Empereur de Paris" : Vidocq, retour gagnant

ECRANS | De Jean-François Richet (Fr, 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq (Vincent Cassel) veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un "bon" voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour le réalisateur Jean-François Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu (2001), et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et le

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"Voyage à Yoshino" : graine de mystère

ECRANS | de Naomi Kawase (Jap.-Fr., 1h49) avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Vingt ans après une mystérieuse épreuve intime, Jeanne est de retour dans la forêt de Yoshino en quête d’une plante médicinale très rare aux vertus universelles. Hébergée par Tomo, un forestier taciturne, elle apprend à lire les signes annoncés par une vieille aveugle un peu mage… La cinéaste Naomi Kawase aime le vent, les forêts, la nature, les cérémonials prandiaux, les mourants et les morts. Un joyeux programme qu’elle recombine à l’envi et avec une frénésie enviable, et des succès inégaux. Ce Voyage… fait penser à Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou à Sils Maria d’Olivier Assayas : des prétextes à filmer Juliette Binoche – qui le mérite et parvient à elle seule, par la grâce de sa personne, à justifier ou à porter un film à l’intrigue ténue. Cette quête semi-és

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Des filles, du pétrole et des chips

Concert | Les groupes Jean-Michel Jarret et Vestale Vestale seront vendredi 16 novembre au Bauhaus à l'invitation du label rhônalpin Petrol Chips.

Damien Grimbert | Mardi 13 novembre 2018

Des filles, du pétrole et des chips

Repéré au printemps dernier par le biais d’une impressionnante salve d’albums d’artistes grenoblois sortis à quelques jours d’intervalle (Missives d’amour de Bleu Russe, Art Autoroutier de Nuage Fou et Avec du noir avec du blanc d’Olivier Depardon), le label rhônalpin Petrol Chips n’a visiblement pas fini de faire parler de lui. Comme en témoigne le concert de ce vendredi 16 novembre à 20h au Bauhaus, qui met à l’honneur deux autres formations du cru qui risquent de provoquer une véritable déflagration en live. Auteur il y a peu d’un album au titre sans équivoque (We Are Not Merchandise), Jean-Michel Jarret (en photo) est un trio féminin qui ressuscite les heures de gloire du mouvement "riot grrrl" au sein d’un écrin synth-punk lo-fi d’une efficacité redoutable. Soutenue par les compositions synthétiques 80’s à la fois dépouillées et puissantes de Ray Bornéo (le fondateur du label), Vestale Vestale dévoile quant à elle sur Pour Adultes et Adolescents une succession irréprochable d’hymnes pop vénéneux au possible,

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"Fleuve noir" : fascinant concerto noir orchestré par Erick Zonca

ECRANS | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête sur la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir, Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à habiter de

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Le Col des 1000 : « On ne peut plus rivaliser sur les têtes d'affiche »

Festival | Alors que le Col des 1000 fêtait l'an dernier ses 20 ans, l'annonce de l'annulation de l'édition 2018 a été officialisée en début d'année. En cause, une situation financière critique pour l'association Anamounto qui porte l’événement. Alors que la saison des festivals va bientôt commencer, on a posé quelques questions au vice-président d’Anamounto.

Sandy Plas | Mardi 15 mai 2018

Le Col des 1000 : « On ne peut plus rivaliser sur les têtes d'affiche »

Le festival du Col des 1000, qui se tenait chaque année au Col des mille martyrs de Miribel-les-Échelles, dans le Pays voironnais, ne soufflera pas ses 21 bougies. Du moins pour le moment. Les dettes accumulées ces dernières années ont eu raison de la prochaine édition du festival. « On a environ 60 000 euros de dettes, à cause de la dernière édition où on a senti une nette baisse de la fréquentation. Il nous a manqué environ 1000 personnes pour qu'on arrive à l'autofinancement » explique Victor Cassan, vice-président de l'association Anamounto. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la baisse de la fréquentation selon lui : « La météo joue forcément pour un évenement comme le nôtre et a peut-être refroidi certains festivaliers [une des deux soirées de l'édition 2016 avait été annulée à cause des intempéries – NDLR]. Tout comme la concurrence d'autres festivals, qui ont des budgets bien supérieurs. » En ligne de mire de Victor Cassan, le tout récent Vercors Music Festival, dont la troisième édition l’an passé a été organisée aux mêmes dates

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"Le Tombeau des lucioles" : chef-d'œuvre signé Isao Takahata

ECRANS | Vendredi 11 mai, le cinéma le Méliès va rendre hommage au géant de l'animation japonaise récemment disparu en diffusant deux de ses films dans le cadre d'une soirée spéciale.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Les distinctions honorent surtout ceux qui s’enorgueillissent de les remettre, davantage que ceux poussant la vanité à les arborer. Il en existe toutefois une au Japon dont le prestige rejaillit sur son récipiendaire comme sur son art à parts égales : le titre de "Trésor national vivant", attribué aux seuls monuments de la scène, de la musique ou de la danse traditionnelle. Du fait de sa considérable carrière, un cinéaste tel qu’Isao Takahata aurait mérité d’en bénéficier. Sa mort à l’âge de 82 ans le 5 avril dernier clôt hélas tout débat. Avec lui disparaît au moins la moitié de l’âme des Studios Ghibli qu’il a co-fondés en 1985 avec Hayao Miyazaki, et surtout un créateur d’une insolite diversité. S’il a depuis été éclipsé par son alter ego plus consensuel (et plus répétitif), c’est bien Takahata qui a signé le long-métrage manifeste de l’anime moderne, Horus, prince du soleil (1968). C’est son amour pour la nature qui l’a conduit à réaliser Panda Petit Panda (1972) et surtout Po

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À PoiL

Rock | On ne présente plus aux amateurs de rock déglingué et expérimental les hurluberlus de PoiL, ensemble tripartite rock noise punk dont les abords drus cachent mal une liberté de mouvement totale. Ils seront jeudi 14 décembre à la Source pour ceux qui voudraient les rencontrer.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 décembre 2017

À PoiL

Lorsqu'il s'agit de formation à trois têtes portée sur la diffusion de bruits en tout genre, on a généralement tendance à convoquer le terme "power trio" – on ne parle ainsi jamais de "power quatuor". Voilà qui est particulièrement adapté dans le cas des trois PoiL (Antoine Arnera, Boris Cassone et Guilhem Meier) tant cette « production filiforme incarnée » à triple racine semble à chacune de ses manifestations prendre le pouvoir : sur la musique comme sur l'auditoire, tous deux placés sous l'éteignoir d'une abstraction punk qui peut convoquer tant les onomatopées et les claviers fous sous rythmiques débraillées que la revisitation non consentie d'une forme de musique de chambre (mais avec le baldaquin en quinconce et mon cul sur la commode). Et ce, toujours sous couvert d'une expérimentation tous azimuts dans laquelle il ne faudra pas trop chercher la mélodie (encore qu'en explorant bien les sous-couches de ce fatras...), mais une certaine idée du bonheur, ça oui. Car si tout cela est d'une certaine manière très sérieux (on ne pratique pas ce genre de musique sans une démarche artistique réfléchie), la chose n'en est pas moins joueuse, sous l'égide d'une gros

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Yann Frisch : « La magie est un langage à part entière »

Nouveau cirque | Sacré champion du monde de magie avec un numéro qui a fait le tour du web et des télés, le prodigieux Yann Frisch, 27 ans, truste désormais les théâtres avec "Le Syndrome de Cassandre", seul-en-scène métaphysique troublant de noirceur alliant clown et magie. Interview et critique avant le passage du spectacle par l’Hexagone de Meylan.

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Yann Frisch : « La magie est un langage à part entière »

Vous êtes un artiste atypique adepte du grand écart, puisque vous vous produisez aussi bien dans des scènes nationales comme l’Hexagone de Meylan que sur France 2 dans Le Plus grand cabaret du monde… Yann Frisch : Oui, car en réalité, je viens de là aussi. J’aime bien le beau music-hall, les beaux numéros de clowns. Par exemple, une de mes petites fiertés avec Baltass [le numéro qui lui a valu ses titres, vu plus d’un million de fois sur Youtube – NDLR] est qu’au moment où il a commencé à buzzer sur Internet, dans la même semaine j’avais des propositions de scènes nationales et du Crazy Horse. Cette forme-là de magie séduit des réseaux et des milieux très différents. C’est quand même une petite réussite, d’autant que ce n’était pas une intention de départ. Peut-être est-ce parce que la magie est l'un des derniers arts populaires qui s'adresse à tout le monde... Maintenant, beaucoup d’artistes commencent à poser un regard d’auteur sur la magie. Elle devient alors un langage à part entière. Mais il

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"Le Syndrome de Cassandre" : la magie noire selon le clown Yann Frisch

Nouveau cirque | Critique plus qu'enthousiaste du spectacle qui sera à l'Hexagone de Meylan du mardi 17 au jeudi 19 novembre.

Benjamin Mialot | Mardi 10 octobre 2017

Si le spectacle est vivant, c'est parce qu'un public est là pour le lui rappeler : une affirmation qui prend tout son sens dans le cas des clowns. Car sans l'approbation convulsive de spectateurs, leurs gags ne seraient que d'embarrassantes maladresses. De cette dépendance quasi mythologique et du paradoxal lien de méfiance qui la sous-tend (de par sa fonction, un clown ne peut être pris au sérieux), Yann Frisch a tiré un seul-en-scène pour le moins atypique, sorte de huis clos mental où, le teint charbonneux et la voix renfrognée, il tente de combler le vide existentiel qui sépare l'amuseur de son auditoire. Pour qui a connu ce jeune magicien multi-titré sur les plateaux des nababs du divertissement télévisuel, la métamorphose a de quoi surprendre. Baltass, l'incroyable numéro d'escamotage et de multiplication de balles en mousse qu'il rodait alors, en portait pourtant les prémices : le poil fourni et animé de tics, il y racontait en silence la lutte désespérée d'un homme contre des objets semblant n'en faire qu'à leur tête. Le Syndrome de Cassandre le voit pousser plus loin cette interaction et la gestuell

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L’Anamounto : « L’activité de l’association est menacée »

ACTUS | Cet été, l’association voironnaise a célébré les 20 ans de son festival Le Col des 1000. Sauf que sa santé financière actuelle met en péril ses activités, au point que le gros événement d’anniversaire prévu samedi 7 octobre au Grand Angle de Voiron prend des allures de soirée de soutien.

Aurélien Martinez | Samedi 30 septembre 2017

L’Anamounto : « L’activité de l’association est menacée »

« On a fêté les 20 ans du festival cet été, anniversaire que l’on poursuit cette semaine, pour marquer le coup, au Grand Angle – et non à la salle des fêtes où l’on a l’habitude de faire nos soirées. » Samedi 7 octobre, L’Anamounto, association qui organise chaque été Le Col des 1000 (festival très reggae, ska, électro, chanson & co qui se déroule en plein air, à Miribel-les-Échelles), festoyera comme nous l’explique Victor Cassan, vice-président de l’association voironnaise. « La programmation de la soirée n’a pas de lien spécifique avec nos 20 ans, si ce n’est que ça fait très longtemps que l’on cherchait à avoir Massilia Sound System au Col des 1000, mais qu’on n’a jamais pu pour des questions de budget ou de disponibilités. Mais bien sûr, ces groupes [Massilia Sound System, Davodka et Disk'R] sont en lien avec notre esthétique de programmation. » « Le d

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Vibrations souterraines avec Nursery, Fumo Nero et BenNasr AlGhandour

MUSIQUES | Réunis ce vendredi à la Casse à l’initiative de la méritante association Les Evadées, déjà à l’origine de quelques très beaux plateaux sur Lyon et Grenoble la saison précédente, Nursery, Fumo Nero et BenNasr AlGhandour n’en officient pas moins chacun dans des registres radicalement différents. Alors présentons-les !

Damien Grimbert | Mardi 19 septembre 2017

Vibrations souterraines avec Nursery, Fumo Nero et BenNasr AlGhandour

Trio basse/guitare/batterie/chant formé à Nantes en 2014, Nursery (en photo) est ainsi l’auteur d’une pop épique, bruyante et volontiers dissonante, portée par un amour commun des mélodies toxiques et des brusques déflagrations sonores. Et si le spectre des Pixies première période plane de manière assez présente sur les compositions explosives de leur premier album éponyme sorti en 2016, le groupe n’hésite pas pour autant à s’en détacher à l’occasion pour explorer des chemins de traverse moins arpentés mais tout aussi exaltants. &amp;lt;a data-cke-saved-href="http://nurserysound.bandcamp.com/album/nursery" href="http://nurserysound.bandcamp.com/album/nursery"&amp;gt;NURSERY by NURSERY&amp;lt;/a&amp;gt; Explosif duo disco punk parisien option synthé, guitare et boîte à rythmes, Fumo Nero fait quant à lui preuve d’une énergie des plus communicative dans sa recherche effrénée du chainon manquant entre italo-disco synthétique, new wave lo

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Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base d'acrobaties mais aussi de western, de clown ou encore d'humour.

La rédaction | Jeudi 14 septembre 2017

Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Le syndrome de Cassandre Champion du monde de magie avec Baltass, un numéro de balles vu près d'un million de fois sur Youtube, Yann Frisch a poussé plus loin son talent et a même déconstruit son savoir-faire dans cette pièce qui tourne partout et émeut. Il est un clown qui tombe le masque ; plutôt que de faire rire de ses maladresses, il voudrait faire croire ce qu'il raconte. Alors il se fait sombre, sort sa mère en tissu d'un cercueil, escamote des tours et touche au cœur. À l’Hexagone du 17 au 19 octobre Halka Le Groupe Acrobatique de Tanger est une compagnie de cirque impressionnante, qui maîtrise l’art du spectaculaire (ils seront quatorze acrobates sur scène) et de la pyramide humaine. Si nous n’avons pas encore vu leur nouvelle création, on en attend beaucoup. À la Rampe (Échirolles) les 12 et 13 décembre Minuit

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Sébastien Valignat, maître de (la) conférence

Théâtre | Le comédien et metteur en scène adapte (librement) sur scène le fameux "Petit traité de toutes vérités sur l'existence" de Fred Vargas, et c'est une réussite. Le résultat est à découvrir mardi 7 mars à l'Ilyade de Seyssinet-Pariset.

Nadja Pobel | Mardi 28 février 2017

Sébastien Valignat, maître de (la) conférence

Au premier abord, on imagine une récréation. Après s'être attaqué à la finance mondiale via T.I.N.A. puis aux prémices de la Grande Guerre avec Quatorze, Sébastien Valignat (compagnie Cassandre) adapte une drôlerie de l'auteure française Fred Vargas. Un Petit traité de toutes vérités sur l'existence, devenu « conférence » entre ses mains, dispensé à l'ère où il faudrait aussi bien savoir de quoi est composé chimiquement le hachis parmentier de la cantine que la fibre textile du pyjama des enfants. Secondé sur scène par un graphique alambiqué que son acolyte dessine à coups de mots et d'images aimantés au tableau, Sébastien Valignat digresse. Il commence par son village en Normandie et les vers de terre qui « bouffent les morts », fait un détour par l'amour (« mais comment le garder ? »), passe par le mystère du blouson à capuche – et de la pluie qui s'arrête dès lors que l'on s

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Joyeux anniversaire l’Orchestre régional du Dauphiné !

Musique classique | Le fameux orchestre amateur fêtera ses trente ans jeudi 15 décembre à l'Hexagone de Meylan (avec une reprise le lendemain à la Vence scène de Saint-Égrève). On remonte le fil de l'histoire.

Régis Le Ruyet | Lundi 12 décembre 2016

Joyeux anniversaire l’Orchestre régional du Dauphiné !

1986. Trois clarinettistes, élèves du Conservatoire de Grenoble, trépignent d’envie devant la partition de La Flûte enchantée de Mozart qu’un d’eux vient d’apporter. Convaincus, à raison, que leurs seuls instruments ne pourront suffire, les musiciens se font rabatteurs et parviennent à rallier autour de leur idée un violon, un alto, un violoncelle, une flûte, un hautbois et trois chanteurs. Dès lors, placée sous la baguette de leur professeur, la toute jeune société baptisée Le concert des amateurs se prépare à donner, dans le cadre de la Fête de la musique, son premier concert dans le patio du Centre musical de Meylan… Trente ans plus tard, toujours avec autant de « plaisir » comme nous le confirme son président-bassoniste Jean-Michel Bouvard, l’orchestre est toujours là, sous le nom d’Orchestre régional du Dauphiné. Soutenu par le Conseil général de l’Isère, la Ville de Meylan et quelques mécènes, l’ensemble réunit aujourd’hui près de cinquante musiciens amateurs de tous âges pour environ huit concerts par an, et pas mal d’interventions en milieu hospitalier, dans des Ehpad… Pour célébrer

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Balladur, bien dans son temps

MUSIQUES | Mercredi 7 décembre, on a rendez-vous au Bauhaus Bar avec un groupe de rock "underground" au drôle de nom. Mais à l'écoute de sa musique, on ne lui demande pas de s'arrêter, bien au contraire.

Damien Grimbert | Lundi 5 décembre 2016

Balladur, bien dans son temps

Si l’on devait décrire à quoi ressemble un (bon) groupe de rock "underground" dans la France des années 2010, Balladur constituerait, à n’en pas douter, un parfait résumé. Un nom un peu déconneur (et absolument pas carriériste), une vraie présence scénique, du genre qu’on acquiert à force de sueur et de tournées sans fin et sans glamour, et surtout des influences musicales aussi vastes que finement canalisées. Lyrisme cold-wave incandescent, virulence post-punk entretenue aux synthés et à la boîte à rythmes, aspirations pop assumées, bidouillages électroniques lo-fi, riffs noisy tranchants, et même embardées tropicales et cowbells sur certains morceaux... On trouve tout ça chez Balladur, mais toujours au bon endroit, au bon moment, et de la bonne manière (jamais démonstrative), loin du fourre-tout indigeste qu’une telle énumération pourrait a priori laisser envisager. Après une première cassette chez AB Records, et deux albums sur le très recommandable label Le Turc Mécanique (le deuxième, Super Bravo, vient tout juste de sortir, et il est excellent), les Balladur reviennent donc jouer à Grenoble, et si vous en avez

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Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d’animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l’animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants. Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l’originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l’attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d’insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu’aux mimiques exagérées du grand pa

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Les Ogres

ECRANS | Léa Fehner tend le barnum de son deuxième long métrage au-dessus du charivari d’une histoire familiale où les rires se mêlent aux larmes, les sentiments fardés aux passions absolues… Qu’importe, le spectacle continue ! Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Les Ogres

Surprenant de voracité, le titre ne ment pas : Les Ogres est bien un film-monstre. Car pour évoquer de manière lucide le quotidien d’une troupe tirant le diable par la queue, confondant la scène et la vraie vie, l’enfant de la balle (voire, enfant de troupe) Léa Fehner n’aurait pu faire moins que cette chronique extravagante, profuse, débordante de vie. D’une durée excessive (2h25) et cependant nécessaire, cette œuvre vrac et foutraque rend compte du miracle sans cesse renouvelé d’un spectacle né d’un effarant chaos en coulisses, produit par la fusion d’une somme d’individus rivaux soumis à leurs démons, leurs passions et jalousies. Quel cirque ! Ogres, ces saltimbanques le sont tous à des degrés divers, se nourrissant réciproquement et sans vergogne de leur énergie vitale – à commencer par le propre père de la cinéaste. Chef de bande tout à la fois charismatique et pathétique, odieux et investi dans le fonctionnement de la compagnie qu’il dirige en pote-despote, il tiendrait même de Cronos, dévorant ses enfants comme le Titan mythologique. Si Léa Fehner a su dépeindre les relations complexes se nouant au sein de ce groupe d’artistes cabossés, se q

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Tale of tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Tale of tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue (les contes et l’héroïc fantasy) via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la traîne de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit (l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme un boulet

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Guy Tosatto : « Un musée existe par sa collection »

ARTS | Rencontre avec Guy Tosatto, directeur du musée, pour en savoir plus sur l’objectif d'une collection à l'occasion de l'exposition "De Picasso à Warhol - Une décennie d'acquisitions".

Charline Corubolo | Mardi 12 mai 2015

Guy Tosatto : « Un musée existe par sa collection »

À quoi sert une collection ? Elle sert à donner des repères, c’est constitutif d'un musée. C’est-à-dire qu’un musée n’existe que par sa collection. D’ailleurs, à l’origine, ils ont été créés pour abriter des ensembles d’œuvres à la suite de la Révolution française. On a eu cette chance à Grenoble d'avoir un conservateur au début du XXe siècle qui a ouvert la collection à l’art moderne, ça a été le premier en France : Andry-Farcy. Tous ses successeurs ont emboîté le pas en partant de l’existant. C’est cette matière qui va vous guider. Par ailleurs, une collection, c’est aussi ce qui reste après une exposition temporaire, c’est l’élément stable. C'est à partir de cette collection qu’on peut faire un vrai travail dans le temps auprès de nos publics pour les initier aux formes artistiques, que ça soit l’art ancien ou moderne parce que les œuvres sont là et qu’ils peuvent les retrouver. Une collection ne doit donc pas s'arrêter... Effectivement, une collection doit être en mouvement, il faut qu’elle s’enrichisse en permanence d’où la nécessité des acquisitions, d’essayer d'avoir des dons, de continuer à l’élargir la part

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Le Musée de Grenoble à la conquête de l'art

ARTS | Ce n'est pas vraiment une exposition qui va de Picasso à Warhol, ni même qui présente dix ans d'acquisitions. Pourtant, "De Picasso à Warhol, une décennie d'acquisitions" illustre toute l'ambition du Musée de Grenoble qui dévoile ainsi les œuvres rentrées dans ses collections depuis 12 ans, de l'art ancien au contemporain, pour un parcours qui raconte un bout de l'histoire artistique. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Vendredi 3 juillet 2015

Le Musée de Grenoble à la conquête de l'art

Il y a un côté racoleur dans le titre de la nouvelle exposition du Musée de Grenoble, mais c'est à bon escient. De Picasso à Warhol retrace une dizaine d'années d'acquisitions de l'établissement couvrant une période vaste allant de l'art ancien au XXIe siècle avec pas moins de 150 œuvres. Mais l'intitulé illustre surtout, à travers la figure du cubisme incarnée par Picasso et celle du pop art par Warhol, l'ambition du musée : constituer des collections riches et variées de qualité, au service de l'histoire de l'art. L'exposition, suivant un parcours chronologique dans l'espace temporaire, débute en réalité dans les salles permanentes avec des toiles d'art ancien, dont la pertinence se renforce au contact des autres artistes de l'époque. De Francesco Guarino à Gioacchino Assereto (peintres italiens du XVIIe siècle) en passant par le Français Ary Scheffer pour une ouverture sur le XIXe siècle, une dizaine de pièces environ s'expose pour écrire l'ADN de la peinture. À la fois ludique et pertinente, la déambulation raconte les divers sujets de prédilection alors en vogue à l'époque : vision biblique, scène de genre, témoin du siècle des Lumières. De toil

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Partisan

ECRANS | Sur le thème de la communauté repliée hors du monde, Ariel Kleiman fait beaucoup moins bien que Shyamalan et Lanthimos. Pire, son premier film, dépourvu de tension dramatique et incapable de déborder son programme scénaristique, est carrément rasoir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Partisan

Partisan est le genre de premier film qui a tout pour être aimé : un sujet fort (comment un homme énigmatique, mi-hipster, mi-gourou, décide de créer une communauté de femmes et d’enfants vivant selon ses propres règles hors de la civilisation), un environnement qui ne demande qu’à être exploré (une sorte de rétro-futurisme mais qui pourrait aussi être la conjonction déboussolante d’un présent industriel et d’une application pratique des théories de la décroissance) et même un Vincent Cassel troublant en patriarche imposant à tout prix le bonheur à sa "famille". L’Australien Ariel Kleiman s’inscrit dans la lignée de son compatriote David Michôd qui, l’an dernier, avait tenté lui aussi avec son étrange The Rover de donner une dimension politique à un cinéma marqué par les codes du genre. Mais la comparaison s’arrête là et les éloges attendront : Partisan souffre très vite de sa faiblesse dramaturgique et d’un scénario programmatique que la mise en scène, malgré d’authentiques tentatives pour instaurer un climat trouble et dérangeant, ne parvient jamais à so

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Spartacus et Cassandra

ECRANS | Deux enfants roms tiraillés entre leur famille naturelle et la possibilité d’une vie en France sous l’aile protectrice d’une jeune acrobate de cirque : un documentaire exceptionnel de Ioanis Nuguet, aussi fort dans son propos qu’ambitieux dans sa forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Spartacus et Cassandra

Jusqu’au 7 janvier, les Roms étaient le sujet polémique numéro un, cristallisant l’opinion, entraînant déclarations politiques enflammées, expéditives et démagogiques. Aujourd’hui, la doxa médiatique et populaire s’est trouvé une nouvelle cible et les Roms sont retournés dans l’anonymat de la misère. Heureusement, le cinéma est là pour œuvrer à contre-courant et maintenir vives des questions contemporaines, sans oublier évidemment de tordre le cou aux idées reçues. Rien de tel pour cela que de sortir des généralités et de braquer sa caméra sur des individus qui, au départ, ne représentent qu’eux-mêmes. Spartacus et Cassandra sont donc deux enfants roms arrivés de Roumanie avec leurs parents, traînant de camps en camps avant d’atterrir dans un squat chapiteau où ils sont pris en charge par Camille, acrobate qui, même du haut de son trapèze, garde les pieds sur terre. Comprenant que les deux enfants ont un potentiel et une envie de trouver leur place dans la France d’aujourd’hui, elle rentre donc dans un combat avec le père, alcoolique et totalement irresponsable (il reproche à la France de ne l’avoir jamais aidé et pense que l’Espagne va lui offrir une maison) pour leur t

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Rendez-vous à Atlit

ECRANS | De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla, Yaël Abecassis…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Rendez-vous à Atlit

Trois sœurs se retrouvent dans leur grande demeure familiale en Israël après le décès de leurs parents. Vendra ? Vendra pas ? Le caractère des filles, tout comme leur mode de vie (l’une vit une existence bourgeoise à Paris, l’autre est du genre bohème, la troisième est restée sur le sol israélien) fait tanguer la réponse entre grandes embrassades et gros coups de gueule. Plus Rendez-vous à Atlit avance, plus on a la sensation d’assister à une version franco-israëlienne des horribles Petits mouchoirs : même construction dramatique lâche où le conflit de départ est sans cesse renversé dans un sens ou dans l’autre, même petite musique sentimentale où les personnages n’existent que par des émotions dont le spectateur doit attester la véracité à l’écran… Flirtant constamment avec l’insignifiance, le film de Shirel Amitaï finit même par y tomber quand les parents reviennent hanter la maison autour d’un compteur d’électricité cassé ou d’une petite tasse de thé. Ramener le fantastique à la hauteur réaliste d’un téléfilm allemand, c’est une fo

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Sous X

ECRANS | De et avec Jean-Michel Correia (Fr, 1h39) avec Karim Leklou…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Sous X

Le crash involontairement hilarant de Sous X sonne comme un grand malentendu hélas prévisible tant il se situe au carrefour des mœurs actuelles de la production française. Un récit visiblement autobiographique (Jean-Michel Correia est non seulement l’acteur principal avec sa tête de Vin Diesel hybridé avec un Shar-pei, mais aussi le scénariste et le réalisateur) donc marqué par le réalisme, mais croisé avec les situations et les personnages d’un banlieue film burné où l’on flingue avant de réfléchir. Résultat : après une demi-heure de retrouvailles entre Correia et ses potes à sa sortie de prison (toujours la même scène, sans la queue d’un conflit dramatique), Sous X tente de développer conjointement un simili scénario de rédemption contrariée façon L’Impasse de Brian De Palma et une quête des origines, le personnage étant, comme le titre l’indique, né de parents inconnus. Filmé caméra à l’épaule sans réelle direction artistique mais avec des dialogues genre « comment ça va, ma gueule ? », le film a la tronche d’un machin aut

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Le Conte de la Princesse Kaguya

ECRANS | On le sait, les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses. Grâce au dernier film d’Isao Takahata, on apprend que les princesses, elles, (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Le Conte de la Princesse Kaguya

On le sait, les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses. Grâce au dernier film d’Isao Takahata, on apprend que les princesses, elles, naissent dans des bambous les soirs de pleine lune. Idée aussi fantastique qu’évidente à l’écran, que le réalisateur a tirée d’un récit fondateur de la littérature japonaise et qu’il a développée pour en faire un conte universel sur la condition féminine, sinon la condition humaine. Car cette princesse, qui grandit de manière surnaturelle, va être prise entre deux feux : ses aspirations et son destin. Ainsi, lors d’une des premières séquences, elle doit décider si elle suivra des enfants qui l’appellent « pousse de bambou » ou si elle rejoindra son père d’adoption qui l’a baptisée « Princesse » ; l’amitié du peuple et le désir de liberté d’un côté, l’ambition d’une vie d’exception que l’on projette sur sa progéniture de l’autre. C’est la deuxième option qui l’emporte, mais le dilemme est sans cesse redoublé sous de nouvelles formes dans le film, notamment lors de la valse des prétendants que la p

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Isao Takahata : Prince et Princesse

ECRANS | Avec "Le Conte de la Princesse Kaguya", Isao Takahata, l’autre génie du Studio Ghibli, sort d’un long silence créatif pour signer ce qui est sans doute son œuvre la plus ambitieuse et la plus accomplie. Rencontre avec un cinéaste d’animation d’exception.

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Isao Takahata : Prince et Princesse

Pour avoir eu la chance de découvrir un après-midi à la fin des années 1980 dans une salle annécienne maintenant défunte Le Tombeau des Lucioles, on sait ce que l’on doit à Isao Takahata : cette révélation, assez évidente aujourd’hui, beaucoup moins pour un adolescent à l’époque, que le cinéma d’animation pouvait atteindre une profondeur humaine et existentielle égale sinon supérieure à celle du cinéma en prises de vue réelles. Cette œuvre adulte mais racontée du point de vue de l’enfance, évoquant les fantômes mélancoliques de la Seconde Guerre mondiale au Japon, sortait alors de nulle part ; son auteur, tout comme le studio qui le produisait (Ghibli), n’étaient connus que d’une poignée de cinéphiles très spécialisés et le film lui-même attendra huit ans avant d’être distribué en France. Takahata a déjà cinquante-trois ans au moment de sa réalisation et une carrière riche partagée entre longs-métrages pour le cinéma et séries animées pour la télévision. Aujourd’hui, il en a soixante-dix-huit, et ce même festival d’Annecy vient de l’honorer d’un Cristal d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, en parallèle de la présentation de

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Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique – que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref – pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme – ce n’est pas Nous York, donc – mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas. Sur

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Femme lisant – Pablo Picasso

À la découverte des collections du Musée de Grenoble | [10/ 16] Nos coups de cœur issus des collections permanentes du Musée de Grenoble

Laetitia Giry | Mercredi 17 juillet 2013

Femme lisant – Pablo Picasso

Nom de l’artiste : Pablo Picasso (1881-1973) Titre de l’œuvre : Femme lisant Date de création : 1920 Médium : peinture Mouvement auquel l’intégrer : Cubisme, surréalisme Analyse : Le Musée de Grenoble possède des œuvres représentatives de différentes périodes de la recherche artistique du géant qu’était Picasso. Donné par l’artiste lui-même en 1921, cette Femme lisant est un exemple édifiant de la révolution formelle moderne dont Picasso est l’un des principaux acteurs. L’apport de l’art occidental classique se décèle dans l’apparence de statue grecque donnée à cette femme impassible, muette ; cette base est restructurée à la manière cubiste, avec aplats et cernes découpant les habits du personnage. Volontiers disgracieux, dans ses contours grossiers comme dans ses couleurs ternes, sales, peu aimables, le tableau s’impose comme une pierre de plus apportée à l’édifice de l’art.

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland à ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, surtout, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent

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Voir (et revoir) ensemble

CONNAITRE | Début ce mercredi du festival Voir ensemble consacré au cinéma jeune public, avec une programmation témoignant d’un bel éclectisme et d’une ouverture maximale sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Voir (et revoir) ensemble

Pour ceux qui pensent que le cinéma jeune public se résume à des grosses productions animées mais sans âme venues des studios hollywoodiens ou à des recueils de courts-métrages inégaux regroupés selon l’âge des enfants auxquels ils se destinent, le festival Voir ensemble remet les pendules à l’heure. Oui, les plus jeunes spectateurs ont aussi droit de succomber à la beauté filmique d’un Ozu, à l’humour slapstick de Jerry Lewis, au réalisme sentimental d’un Comencini et aux documentaires délicats de Nicolas Philibert. C’est tout le pari de Voir ensemble, festival qui prolonge l’action menée tout au long de l’année par le Méliès dans son programme d’éducation à l’image. Pas d’ornières donc dans la programmation, mais au contraire une ouverture maximale sur tous les âges du cinéma, pour tous les âges des spectateurs. Visions nipponnes Niveau contemporain, on ne peut que conseiller à nouveau quelques œuvres marquantes de ces derniers mois, Ernest et Célestine et

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L'esthétique du collage

ARTS | Jusqu'au 17 février, le Musée de Grenoble présente dans la Tour de l'Isle, Verre, un papier collé de Picasso datant de 1914. Classé comme œuvre patrimoniale (...)

Régis Le Ruyet | Lundi 17 décembre 2012

L'esthétique du collage

Jusqu'au 17 février, le Musée de Grenoble présente dans la Tour de l'Isle, Verre, un papier collé de Picasso datant de 1914. Classé comme œuvre patrimoniale d'importance majeure, il aura fallu près de deux ans de tractations entre le directeur Guy Tosatto et une galerie parisienne pour que ce tableau vienne enrichir le fonds du Musée de Grenoble. Un petit format de 27 sur 25 cm à 750 000 euros, dont l'achat aura été rendu possible grâce à la participation financière, pour les deux tiers, du Club des mécènes du Musée. Exposé dans le contexte de l'ensemble des œuvres cubistes du Musée de Grenoble, ce collage unique témoigne d'une technique où la peinture intègre un élément du réel pour renforcer dans un univers, plane l'impression d'une troisième dimension. Dans la composition bistre et blanchâtre, Picasso trace au fusain sur un papier vergé un ensemble de lignes et d'estompes, sur lequel il rapporte et colle un deuxième papier enduit de gouache blanche, esquissant ainsi la forme du verre. La présence physique d'une épingle utilisée pour fixer la pièce rapportée anticipe quant à elle les futurs ready made de Duchamp. Enfin, par cette acquisition singulière, le Musée de Gr

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Un homme (toujours) neuf

ECRANS | Avant, les génies du classicisme hollywoodien : Cary Grant, James Stewart, Gary Cooper… Après, les jeux loups du Nouvel Hollywood : Nicholson, De Niro, (...)

Christophe Chabert | Lundi 3 décembre 2012

Un homme (toujours) neuf

Avant, les génies du classicisme hollywoodien : Cary Grant, James Stewart, Gary Cooper… Après, les jeux loups du Nouvel Hollywood : Nicholson, De Niro, Pacino, Hoffman… Au milieu, une génération d’acteurs, ni mentors, ni héritiers : Brando, Redford et Paul Newman. C’est à ce dernier, disparu il y a deux ans, que le Centre Culturel Cinématographique rend hommage avec trois films illustrant les décennies flamboyantes de l’acteur : en 1958, il explose dans La Chatte sur un toit brûlant (mercredi 12 décembre) comme un Brando alternatif, qu’il va d’ailleurs défier sur son territoire favori, à savoir l’adaptation cinématographique d’une pièce de Tennessee Williams. S’il n’a pas comme allié derrière la caméra un génie aussi puissant qu’Elia Kazan, il bénéficie de la mise en scène solide de Richard Brooks, cinéaste éclectique mais ayant, comme Newman, eu suffisamment de pragmatisme pour traverser les époques. Dix ans plus tard, c’est avec un artisan inspiré du même ordre, George Roy Hill, qu’il tourne ce western culte qu’est Butch Cassidy et le kid (mercredi 5 décembre). Tout en charme et décontraction, Newman, en tande

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L’étrange Noël de Mister Bouba

SCENES | Le chorégraphe estampillé hip-hop Bouba Landrille Tchouda débarque avec sa version du ballet "Casse-noisette", qu’il a tout simplement intitulée "Un Casse-noisette". Un spectacle élancé et coloré qui surprend autant qu’il séduit. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 30 novembre 2012

L’étrange Noël de Mister Bouba

À Grenoble, on connaît bien Bouba Landrille Tchouda, toutes ses créations ayant été présentées dans l’agglo (notamment à la Rampe d’Échirolles, où il fut en résidence pendant huit ans). Aujourd’hui, plus de quinze ans après ses débuts à Saint-Martin-d’Hères, le chorégraphe à la tête de la compagnie Malka monte Casse-noisette, l’un des incontournables de l’histoire de la danse : une surprise, tant ses précédentes chorégraphies semblent loin de l’univers du ballet-féerie de Tchaïkovski datant de 1892. « Je suis arrivé à un moment de mon parcours où j’ai éprouvé le besoin de me confronter à ces œuvres qui traversent les temps sans jamais être écorchées. Et il y a eu tellement de versions que je me suis senti assez libre et tranquille d’en proposer une nouvelle. » Un projet qui murissait en lui depuis dix ans, et qu’il se sent capable d’assumer, aujourd’hui. « C’est une pièce très différente dans mon parcours, c’est presque un ovni. Toutes mes précédentes pièces sont issues de mon imagina

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Du côté de Bouba

SCENES | Le secteur de la danse repose sur une économie fragile. Des chiffres mis en avant par la NACRe (Nouvelle agence culturelle régionale) montrent que la durée (...)

Aurélien Martinez | Lundi 19 novembre 2012

Du côté de Bouba

Le secteur de la danse repose sur une économie fragile. Des chiffres mis en avant par la NACRe (Nouvelle agence culturelle régionale) montrent que la durée de vie d’une création en Rhône-Alpes est d’environ deux représentations, quand on monte à sept pour le théâtre. Un constat lapidaire datant déjà de cinq ans, qui masque pourtant une réalité plus disparate : ce n’est pas parce qu’un spectacle tourne que tout roule. Ainsi, qu’en est-il des artistes qui, aujourd’hui, semblent avoir une renommée suffisante pour pouvoir créer librement ? Eh bien ils doivent aussi se battre, comme nous l’explique Carlos Orube-Caldevilla, administrateur de la compagnie Malka de Bouba Landrille Tchouda. Ce dernier est un artiste isérois qui fut notamment en résidence à la Rampe d’Échirolles, qui participa à la première édition de [re]connaissance en 2009, et qui vient de créer Un Casse-Noisette, sa version du ballet convoquant cette fois-ci l’esthétique hip-hop. Sur le plateau, douze danseurs : un choix que tous les chorégraphes ne peuvent pas se permettre. « Monter une pièce avec douze interprètes, c’est un projet important pour une compagnie indépendante assure C

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Monsieur Propre

MUSIQUES | Légende précoce de la basse jazz-funk, producteur et compositeur pour Miles Davis avant la trentaine et king du slapping infernal, Marcus Miller est également auteur d'une œuvre solo fouineuse et groovy. À l'image de son dernier disque "Renaissance". Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 octobre 2012

Monsieur Propre

D'aucuns auraient tendance à penser que le slapping, cette méthode consistant à frapper les cordes d'une basse, qui envahit un temps la variété et le soft-rock, souvent pour le pire – on en a même vu chez François Feldman période Joue pas –, est une technique quelque peu ringarde. Il suffit pour se défaire de cet a priori tenace de se plonger dans l'oeuvre de Marcus Miller, mètre-étalon de la base jazz-funk contemporaine. On s'apercevra au passage que les albums de bassiste peuvent aussi dépasser le simple cadre du culte de cet instrument rythmique, vaguement ornementé de quelques fioritures censées le mettre en valeur (trompette, saxo, piano, plus rarement appeau à canards). Peut-être parce qu'il a touché à plusieurs disciplines (chez Aretha Franklin, Elton John, Jean-Michel Jarre, Claude Nougaro) et aussi à d'autres engins (la clarinette et la clarinette basse notamment), Miller, musicien de studio reconnu on l'aura compris, n'est pas de ces ayatollahs-là, et n'oublie pas de composer des morceaux sur lesquels la basse est certes partie prenante mais partie seulement. Sans doute parce qu'à la vingtaine, dans les années 80, le bassiste a beaucoup côtoyé

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Like someone in love

ECRANS | D’Abbas Kiarostami (Fr-Jap, 1h49) avec Rin Takanashi, Tadashi Okuno…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Like someone in love

Comme s’il faisait le tour du monde aux frais de son producteur selon le deal un pays = un film, Kiarostami débarque au Japon après avoir visité la Toscane et en tire une œuvre déroutante. Adieu les dispositifs conceptuels et les dialogues chiants comme la mort de Copie conforme ; Like someone in love marque un retour confortable à la figure kiarostamienne par excellence, à savoir la promenade en voiture. D’abord en taxi avec une étudiante call girl, puis dans le 4X4 d’un vieux professeur pas très libidineux, qui doit se dépatouiller avec le petit ami jaloux de ladite call girl. Constitué de grands blocs en temps réel parfois paresseux (l’écoute en continu des dix messages sur la boîte vocale), parfois inspirés (le premier dialogue entre le prof et le boyfriend nerveux), le film se repose entièrement sur sa petite musique narrative et ne cherche jamais à développer de sous-texte ou de théorie. Tant mieux car à ce petit jeu, Kiarostami s’en tire plutôt bien, avec un dialogue élégant et des comédiens toujours justes. Reste la queue-de-poisson finale : le cinéaste a-t-il sciemment coupé la résolution de son film ou montre-t-il ici à quel

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Un été sous influence

ECRANS | L’été, c’est la saison des reprises sur grand écran, avec une belle rétro Cassavetes au Club, la copie neuve de "Lola" de Jacques Demy au Méliès, et des films en plein air au parc Paul-Mistral. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Un été sous influence

C’est en France que le culte autour de John Cassavetes a pris sa source. Quelques années après sa mort, cinq de ses films ressortent en salles en copies neuves et marquent durablement l’esprit des cinéphiles mais aussi des cinéastes, qui iront s’inspirer de la méthode Cassavetes avec plus ou moins de bonheur. Ces cinq films, les revoici cet été au Club dans des copies numériques. Avec Shadows (1959), il tourne en même temps que la Nouvelle Vague française un film aux méthodes assez proches : décors et lumières naturelles, acteurs non professionnels, sujet pioché dans la réalité (un frère et une sœur, tous deux noirs mais lui plus noir de peau qu’elle, confrontés au racisme ordinaire) et quête de la spontanéité et de la vérité par le jeu comme par la caméra. Le cinéaste, parti sur l’idée d’improvisation, finit par y renoncer et retourne le film intégralement, avec un vrai dialogue qu’il passe du temps à répéter avec ses comédiens. La méthode Cassavetes est née, et elle explose en 1968 avec Faces, où se développe son goût pour les situations d’embarras et de crise. Elle atteint son sommet grâce au superbe Une femme sous influence (photo), avec l’éblouiss

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Atomes en peinture

ARTS | La Casemate est le seul musée grenoblois à avoir pour mission de faire le lien entre arts et sciences. Abritant en ce moment même le Fablab (laboratoire (...)

Laetitia Giry | Vendredi 22 juin 2012

Atomes en peinture

La Casemate est le seul musée grenoblois à avoir pour mission de faire le lien entre arts et sciences. Abritant en ce moment même le Fablab (laboratoire d’expérimentation de hautes technologies et ouvert à l’utilisation du public, voir article sur notre site), le lieu accueille également jusqu’au 22 juillet une installation témoignant de la vitalité des collaborations entre les arts et la science. Ainsi, on découvre une colonne qui, sur chacun de ses côtés, expose le projet d’un des artistes ayant profité du projet ISWA (Immersion dans le monde de la science à travers les arts) et d’une résidence au Synchrotron de Grenoble en juillet dernier. Si les œuvres nées de ce projet ne frappent pas spécialement et ne sont pas vraiment honorées par le mode d’exposition choisi, force est d’admettre qu’elles intriguent par leur manière de conception (et sa complexité) : une peinture inspirée d’images tridimensionnelles de fossiles, ou encore une sculpture lumineuse inspirée du concept des molécules. Picasso rencontre Einstein (le nom de l'expo), peut-être, mais déçoit donc

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