Altin Gün, pari gagnant

Damien Grimbert | Mardi 21 septembre 2021

Photo : Sanja Marusic


Si, le succès aidant, l'histoire d'Altin Gün est désormais bien connue (de jeunes musiciens hollandais tombent en adoration en découvrant la fabuleuse scène folk-rock psychédélique anatolienne des années 60 et 70, et décident de fonder un groupe en son hommage accompagnés de musiciens et vocalistes d'origine turque), cela ne signifie pas qu'elle s'arrête là pour autant. Avec son troisième album Yol, sorti en début d'année, la formation opère ainsi un surprenant virage, en intégrant à sa musique des influences synth-pop et new age tout droit venues des années 80. Un pari potentiellement risqué mais finalement payant, le groupe réussissant à se renouveler sans jamais perdre en cours de route le charme inné de ses origines. Démonstration ce jeudi 23 septembre à 20h à la Belle Électrique.


Altin Gün

Pop inspirée de la musique folklorique anatolienne et turque.
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Des étudiants à l’écoute

Solidarité | Ils n’ont pas voulu rester les bras croisés face au mal-être de certains de leurs camarades : des étudiants de l’Université Grenoble-Alpes ont lancé Alpaline, une ligne téléphonique d’écoute. Avec l’ambition qu’elle demeure active au-delà même du terme de la crise sanitaire. Explications.

Martin de Kerimel | Vendredi 19 février 2021

Des étudiants à l’écoute

Flashback : à la fin du mois d’octobre dernier, plusieurs associations présentes sur le campus grenoblois se réunissent et discutent du mal-être étudiant. Leur constat : les conséquences de la pandémie de coronavirus viennent accroître ce phénomène, déjà vivace du fait de la précarité sociale, de l’isolement physique, de la situation familiale ou de la rupture numérique subie par certains de leurs camarades. « Après avoir réfléchi à divers supports possibles, nous avons l’idée d’une ligne d’écoute », indique Alexis Fayolle, président d’Interasso Grenoble Alpes et trésorier d’Alpaline, l’association qui gère ce nouvel outil d’entraide. Comment fonctionne-t-il ? Très simplement : les vendredis, samedis, dimanches et lundis, de 20h à 23h, tout étudiant(e) peut appeler le 04 65 84 44 24 pour être accueilli par un(e) autre, avec bienveillance : « Nous ne souhaitons stigmatiser, ni juger personne. Notre but est que celui ou celle qui appelle puisse parler sans tabou, avec quelqu’un qui peut comprendre ses galères et répondre à ses questions. Cet accompagnement est gratuit. Il

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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Rencontres autour du film ethnographique : voyage au bout de la nuit

Festival | Pour leur 23e édition, les Rencontres autour du film ethnographique se focalisent sur le thème alléchant de la nuit. Et proposent, du vendredi 8 au lundi 18 novembre, une programmation d’une époustouflante diversité dans son contenu mais également sa forme.

Damien Grimbert | Mardi 5 novembre 2019

Rencontres autour du film ethnographique : voyage au bout de la nuit

On ne va pas se mentir. Pour le néophyte, un festival dédié au film ethnographique peut a priori sembler une proposition un peu pointue, voire intimidante. Ce dont a parfaitement conscience Jacopo Rasmi, coordinateur du festival aux côtés de Nina Moro : « On est très attentifs à cette notion d’accessibilité : on essaie de construire une programmation très variée, pour permettre au public d’entrer dans le festival avec des films immédiatement abordables pour ensuite transiter vers d’autres formes de cinéma plus exigeantes ou expérimentales. Il y a vraiment l’idée d’accompagner chaque spectateur, à la fois par le biais d’intervenants, qui vont pouvoir créer une forme d’échange entre le film et le public, et par la création de moments de convivialité où l’on peut boire un verre, manger, discuter de manière informelle… ». À ce titre, l’espace du Train Fantôme de la compagnie Ici Même, à côté de l’Estacade, se transformera le temps du festival en une sorte de quartier général permanent pour accueillir le spectateur. Errances nocturnes

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"M" : maudite communauté ultra-orthodoxe

ECRANS | De Yolande Zauberman (Fr, 1h46) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Israël. Ancien enfant-chanteur, Menahem a été abusé sexuellement par plusieurs membres de sa yeshiva. L’homme qu’il est devenu s’est éloigné de la religion et de sa famille. Quinze ans plus tard, il revient dans le quartier orthodoxe de Bnei Brak pour faire la lumière sur ce passé occulté... Comme en écho au Grâce à Dieu de François Ozon, la documentariste Yolande Zauberman met ici en accusation le silence coupable d’une communauté qui, par omission ou au nom d'une solidarité aveugle revendiquée par de supposées traditions, a laissé commettre non pas un mais plusieurs crimes pédophiles. Son immersion documentaire dans Bnei Brak accompagne Menahem entre élégie et résilience sur le difficile chemin de la révélation et de ses réconciliations. Dans le même temps, elle révèle une invraisemblable quantité de tabous comme l’obscurantisme régnant autour des questions intimes chez les ultra-orthodoxes – la méconnaissance du sexe opposé n’en constituant que la surface. Heureusement, il semble qu’une nouvelle gé

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"Rebelles" : le crime conserve

ECRANS | de Allan Mauduit (Fr, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Une ex-reine de beauté passée de la pole danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile – il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtout comparé à des productions a

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"I Feel Good" : faible fable

ECRANS | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques (Jean Dujardin) est convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique (Yolande Moreau), à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous-exploité), mais Delépine

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"L'Homme dauphin, sur les traces de Jacques Mayol" : né pour l’apnée

ECRANS | de Lefteris Charitos (F.-Gr-Can-Jap, 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Voici l’eau-dyssée de Jacques Mayol, petit Français si fasciné par le monde du silence et l’espèce des dauphins qu’il tenta à sa façon d’en devenir un en se lançant, avec succès, dans la plongée en apnée, discipline dont il fut l’un des précurseurs et surtout le charismatique ambassadeur… Aller plus profond. Tel était le leitmotiv de cet aventurier à l’ancienne, ayant tout du play-boy international sans attaches, oubliant qu’il avait une famille pour vivre son rêve d’absolu ; sa quête ô combien paradoxale de lumière menée en s’enfonçant toujours plus loin dans l’impénétrable obscurité des abysses… À sa façon, le réalisateur Lefteris Charitos va lui aussi sous la surface, derrière l’image lisse rendue par la fiction inspirée de sa vie dans Le Grand Bleu (1988) de Luc Besson. En explorant les moindres images d’archives, en faisant parler les ultimes témoins, les proches de l’apnéiste, ses disciples comme son maître bouddhiste, le documentariste tente de plonger dans le secret d’un homme dépressif – et qui fut vaincu par la maladie. Sobre et apaisé, son portrait révèle, sans pathos aucun, un May

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Le Mois de la photo : voisins du monde

ARTS | Zoom sur la nouvelle édition de l'événement organisé chaque année par la Maison de l'image de Grenoble à l'Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 7 novembre 2017

Le Mois de la photo : voisins du monde

De la Chine aux Philippines, du Canada au Liban, de l’Angleterre à l’Arménie, le Mois de la photo dessine les Quartiers du monde, thème de cette cinquième édition, via l’objectif de 9 photographes. Portée par la Maison de l’Image de Grenoble, la manifestation met à l’honneur cette année le photojournaliste Peter Bauza avec sa série Copacabana Palace. À ses côtés dans l’enceinte de l’Ancien musée de peinture, 7 autres photographes dévoilent leur propre réflexion sur ce qui fait un quartier et s’ouvrent sur le monde pour des narrations visuelles matricielles variées. De la Chine brumeuse cinématographique de Yann Bigant au Beyrouth désenchanté de Vincent Lecomte en passant par les populations philippines vivant sur l’île poubelle de Manille mises en images par Jean-Félix Fayolle, la photographie infiltre le journalisme pour une cartographie riche de nos voisinages. Le regard es

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"Rara" : la défaite des mères

ECRANS | de Pepa San Martín (Arg.-Chil., 1h28) avec Mariana Loyola, Agustina Muñoz, Julia Lübbert…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Le Chili, de nos jours. Sara, dite Rara, et sa sœur Cata vivent sous le toit de leur mère partageant son existence avec une femme. Rien de bien extraordinaire pour les fillettes, qui pourtant doivent se montrer discrètes sur le sujet : leur père et le contexte ambiant ne sont guère progressistes… Plus jamais seul, La Visita, aujourd’hui Rara et très bientôt La Région Sauvage… Ces derniers mois, le cinéma sud-américain traite avec insistance des questions LGBT. De sa diabolisation principalement et de la honte (ou de la crainte) pour les familles à dire que l’un.e des leurs est homosexuel·le, comme si une vague de moralisme rétrograde avait englouti le continent. En réaction, on risque de voir fleurir beaucoup de films-dossiers inspirés d’histoires vraies, tels que celui-ci montrant comment une juge s’est vue dessaisie de la garde de ses filles du fait de son orientation sexuelle. Si Rara se bornait à cela, il serait tout juste illustratif ; mais il joue e

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"De toutes mes forces" : encore un grand film sur l’univers social

ECRANS | de Chad Chenouga (Fr., 1h38) avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Lycéen dans un quartier bourgeois, Nassim vit seul avec sa mère dépressive. Lorsqu’elle meurt subitement, l’adolescent est placé dans un foyer mais le cache à son entourage. Refusant la main tendue du monde éducatif et d’être assimilé aux "cas sociaux", il perd ses repères, puis pied… Quinze ans après 17 rue Bleue, première tentative autobiographique bancale, le réalisateur et acteur Chad Chenouga réussit un admirable portrait d’une jeunesse en souffrance, allant bien au-delà de son expérience personnelle : il réactualise ici les faits afin qu’ils collent à la situation contemporaine. On suit tous les degrés du malaise existentiel du fier Nassim, nourri de culpabilité et de révolte ; son humeur erratique le poussant à rejeter ceux qui l’aident, qui l’aiment. Chenouga montre ce caméléon écartelé, abandonnant de sa morgue pour être accepté par ses commensaux du foyer mais conservant les richesses inaliénables qui lui permettront de rebondir : les mots qu’il possède (c’est-à-dire ses viatique et sésame pour une vie meilleure) et les souvenirs de sa mère (photo, vêtements, messages), rappel à l’ordre d’un passé malgré tout plus heureux.

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

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Voyage en Chine

ECRANS | De Zoltán Mayer (Fr, 1h36) avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Voyage en Chine

Pas de cris, mais beaucoup de chuchotements ; le couple formé par Liliane et Richard est saisi au début de Voyage en Chine dans une torpeur dépressive que l’on imagine liée à l’usure du temps. En fait, ils viennent d’apprendre la mort de leur fils Christophe et la distance entre les deux époux se creuse de plans en plans, tous rigoureusement composés. Liliane, fatiguée des démarches administratives pour rapatrier le corps, décide d’aller le récupérer seule sur les lieux de l’accident, en Chine. Zoltán Mayer avance dans son mélodrame ténu au rythme de son héroïne et de son actrice, Yolande Moreau, formidable et dans un registre nouveau – une femme simple, mais cultivée et capable d’introspection, ce qu’elle exprime en tenant un journal où elle déverse ses regrets et sa fierté pour son enfant. Il y a là un vrai regard de cinéaste, qui met à distance toute tentation de l’exotisme et du folklore pour se concentrer sur les interactions émotionnelles entre les personnages et leur environnement. Si le contexte est celui de la Chine du Sichuan, il y a quelque chose de japonais dans la mise en scène, comme du Ozu en plus stylisé, la beauté des cadres, des déc

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives (Mauvaise foi et Omar m’a tuer) assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produisent d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez pa

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Henri

ECRANS | De Yolande Moreau (Fr-Belg, 1h47) avec Pippo Delbono, Miss Ming…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Henri

À la mort de sa femme, Henri, taciturne tenancier de café, engage un « papillon blanc », Rosette, jeune femme souffrant d’un léger handicap, pour l’aider dans son travail. Une amitié va naître entre ses deux outcasts, comme on dit aux États-Unis, suscitant incompréhension et malentendus de leur entourage, puis fuite du tandem vers les côtes belges. Désormais seule à la mise en scène, Yolande Moreau démontre, après Quand la mer monte, que ce coup d’essai n’avait rien d’un coup de bol : la mise en scène est remarquable, chaque plan y est magnifiquement composé et Moreau sait y saisir, à travers les silences et les distances, toute la solitude de ces êtres en mal d’amour – en cela, Henri est comme la rencontre féconde entre Jacques Tati et Bruno Dumont. Le corps lourd et le visage triste de Pippo Delbono, bouleversant et impénétrable, sont pour elle une source inépuisable de fascination. Dommage toutefois que le film, une fois lancé dans son échappée belle, semble ne plus avoir autre chose à raconter que ce mélange de poésie et de désespoir, attendant avec nonchalance son dénouement et surtout sa dernière image, inoubliable.

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Rêve et silence

ECRANS | Avec ce beau film intime et douloureux, Jaime Rosales réussit à conserver la radicalité formelle de son cinéma tout en y faisant entrer une émotion pudique, donnant sa définition très personnelle du mélodrame. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Rêve et silence

Une figure de style recoupe les plus beaux films de la rentrée, comme un inconscient collectif qui réunirait les cinéastes ayant encore de l’ambition pour leur art. De Quelques heures de printemps à Reality en passant par ce Rêve et silence et en attendant Au-delà des collines et Amour, le plan-séquence fait un retour en force sur les écrans, comme une réaction au surdécoupage qui standardise le cinéma mainstream et réduit la mise en scène à une pure et simple réalisation du scénario. Jaime Rosales est sans doute celui qui va le plus loin dans cette logique : Rêve et silence n’est fait que de longs plans-séquences, issus de prises uniques où les acteurs improvisent leur texte, et qui parfois s’achèvent en pleine action lorsque le magasin est vide — car Rosales a tourné son film «à l’ancienne», avec une pellicule 35 mm à gros grains. Dans La Soledad et plus encore avec Un tir dans la têt

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Où va la nuit

ECRANS | De Martin Provost (Fr-Belg, 1h45) avec Yolande Moreau, Pierre Moure…

François Cau | Vendredi 29 avril 2011

Où va la nuit

Les fans de Séraphine vont tomber de haut en découvrant Où va la nuit. Certes, il faut reconnaître à Martin Provost un certain courage pour aller dans une direction radicalement différente (en l’occurrence, un polar social) de celle de son précédent succès. Mais cela ne sauve pas ce film aux maladresses criantes. Le premier plan est fort, l’introduction assez sèche, mais dès que Yolande Moreau se débarrasse de son mari et se réfugie à Bruxelles chez son fils homo, Où va la nuit ne sait plus sur quel pied danser. Un exemple : la sortie en boîte est censée montrer le décalage entre Moreau et la faune branchée bruxelloise ; un ressort de comédie que Provost filme avec le plus grand sérieux, puisqu’il s’agit d’en faire un moment clé de son intrigue policière. Résultat : tout paraît artificiel, la situation, la tension ou le jeu des acteurs. Ça ne s’arrange pas quand le film vire au psychodrame œdipien, et encore moins dans la conclusion grossièrement repiquée à Thelma et Louise. Alors, où va la nuit ? Pas bien loin ! CC

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