L'envol rock de Loizeau

Stéphane Duchêne | Mardi 19 octobre 2021

Photo : DR


Il fut un temps, il y a une quinzaine d'années, où Emily Loizeau émargeait au milieu d'Anglo-saxons sur un beau label parisien baptisé Fargo ayant pour raison sociale de mettre en valeur les talents d'un genre alors revenu en grâce dans le paysage indé : le folk. Un label qui eut le bon goût de faire découvrir à l'Hexagone des talents aussi purs qu'Andrew Bird, Alela Diane, Neal Casal, Shearwater, J. Tillman, Great Lake Swimmers, Chris Garneau, et une poignée de scandinaves aux racines poreuses à l'Americana (Christian Kjellvander, Hederos & Hellberg, Nicolaï Dunger). Emily Loizeau en était l'exception française, sise à mi-chemin entre chanson et folk donc. Enfin, française mais pas que, la jeune femme étant moitié anglaise, ceci expliquant sans doute une part de son tropisme.

La voilà qui aujourd'hui va encore plus loin en livrant avec Icare son premier album résolument estampillé rock – elle que l'on savait grande fan de Lou Reed. Certes on y retrouve ce piano nourrissant toujours un penchant pour la ballade, mais garni de guitares parfois furieuses et d'une voix qui cherche à s'arracher à son ordinaire chanson. Pour bien faire et bien sonner c'est le sorcier John Parish qui se colle à la production, fiévreuse. De folk, il est pourtant toujours un peu question puisque la chanteuse s'attaque à un classique de Bob Dylan, The Girl from the North Country, adapté en Celle qui vit vers le sud, en hommage (poignant et délicat) à une connaissance venue de Guinée pour échapper à un mariage forcé. La chose rappelle autant PJ Harvey (favorite de Parish), Kate Bush ou My Brightest Diamond que la Rennaise Laetitia Shériff avec laquelle le cousinage devient soudain presque évident. On est curieux de voir ce que cet écart nommé Icare donnera une fois transposé sur scène.

Emily Loizeau mercredi 20 octobre à la Source


Emily Loizeau

"Icare" est un disque écrit au cœur du confinement, enregistré en quarantaine en Angleterre avec le réalisateur et musicien John Parish (musicien et producteur de PJ Harvey).
La Source 38 avenue Lénine Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Icare touché par le virus

Envol | L’édition 2021 de la Coupe Icare a du plomb dans l’aile. En raison du contexte sanitaire, les organisateurs ont été contraints d’annuler ses temps (...)

Jérémy Tronc | Mardi 7 septembre 2021

Icare touché par le virus

L’édition 2021 de la Coupe Icare a du plomb dans l’aile. En raison du contexte sanitaire, les organisateurs ont été contraints d’annuler ses temps forts emblématiques : l’Icarnaval (concours de vols déguisés), l’Icare Show (démonstrations aériennes), l’Icare Mômes ainsi que toutes les animations implantées sur le site de Lumbin. « Il n’est techniquement pas possible de vérifier le passe sanitaire de 60 000 personnes », expliquent-ils dans un communiqué où l’on trouve tout de même de bonnes nouvelles. Parmi elles, un budget doublé pour les Icare Folies, la programmation artistique déroulée dans les rues et places de Saint-Hilaire-du-Touvet. De nombreux concerts et spectacles de rue et sur scène sont proposés chaque jour, du matin au soir (planning sur le site de la manifestation). Autre bonne raison de grimper à Saint-Hilaire : les Icare du cinéma, festival international du film de vol libre et de sports aériens, avec des réalisations et des images de plus en plus spectaculaires, comme l'atteste le teaser de la compétition. Pour participer à la Coupe Icare, il est nécessaire de prendre un e-billet sur le site internet et de prévoir son passe sa

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Mona Loizeau

Chanson | L'auteure-compositrice-interprète franco-britannique Emily Loizeau sera vendredi 17 mars sur la scène de L'Heure bleue. Avec, dans ses cartons, un disque original en tous points. On vous explique pourquoi.

Stéphane Duchêne | Mercredi 15 mars 2017

Mona Loizeau

Au départ fut un spectacle, Mona, créé en janvier 2016 à l'initiative d'Emily Loizeau. L'histoire d'un bébé né à l'âge de 73 ans. Une histoire surréaliste et sombre où la mort et la maladie rôdent mais où la vie coule – d'autant plus que le personnage en question est atteint de potomanie, ce besoin de boire (de l'eau) de manière disproportionnée, de se noyer de l'intérieur. Une manière de retour à ses premières amours de théâtre pour la (géniale) chanteuse et auteur-compositrice mais aussi de coucher là, sous des allures de fables, des tourments personnels. Une autre manière d'écrire la musique aussi, davantage portée sur la narration. Le disque qui en est tiré en est ainsi la BO, le versant musical. Il s'écoute comme un complément à l'œuvre initiale mais aussi comme une œuvre à part entière, se suffisant à elle-même, d'une élégance et d'une poésie folle, à tous les sens du terme. C'est sans doute pourquoi Emily Loizeau a choisi de venir le présenter comme tel sur scène. Accompagnée de cinq musiciens, elle y mêlera aussi des chansons de ses autres albums, dont le précédent et très réussi

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Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Panorama rentrée 2017 | Les prochains mois, il y aura du bon, voire du très bon, à écouter dans les salles grenobloises et de l'agglo. On vous détaille nos coups de cœur.

La rédaction | Mardi 3 janvier 2017

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Yael Naim et le Quatuor Debussy À la faveur d'un concert exceptionnel à Lyon en 2015, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (on ne présente plus ni l'un, ni l'autre) sont tombés en amour. D'où l'idée de prolonger cette expérience de manière plus durable et plus travaillée. La chanteuse et le quatuor baroque ont donc lancé une tournée qui revisite avec douceur – et les arrangements du Debussy – le répertoire passé et présent de la franco-israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties. À la Rampe (Échirolles) Jeu 12/01 et ven 13/01 _______ Camera Les années 1970 inspirent plus que jamais les artistes d'aujourd'hui et ce ne sont pas les Berlinois de Camera qui diront le contraire. Figure de proue de la renaissance du krautrock, ce genre tombé aux oubliettes pendant de longues années, le trio guitare-clavier-batterie n'a rien de conventionnel. Il épr

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Loïc Arnaud au septième ciel

ARTS | Enfermé dans le labyrinthe, Icare n'avait pour seul paysage que le ciel. Loïc Arnaud, explorant ce mythe, en peint alors toutes les nuances. Mais il exprime également l'attente à travers un décompte mural immense, pour une exposition introspective pleine de symbolisme.

Charline Corubolo | Jeudi 28 janvier 2016

Loïc Arnaud au septième ciel

Il y a le ciel, la lumière, la divine chaleur, puis la chute, et probablement les ténèbres. Mais à y regarder de plus près, rien n'affirme qu'Icare s'est noyé dans la mer. C'est en tout cas le postulat de départ du peintre Loïc Arnaud présenté à l'Espace Vallès. L'intérêt de l'artiste pour ce mythe tient en premier lieu à sa fascination depuis l'enfance pour le vol, mais l'idée d'enclencher un processus de travail sur cette histoire a surtout été motivée par la sensation qu'il venait de vivre également une chute lui-même. Loïc Arnaud propose ainsi des œuvres personnelles, remplies de symbolisme, mais qui résonnent en chacun de nous grâce à l'universalité du mythe. Un mythe découpé par étape afin d'illustrer des tranches de vie : le temps de l'attente par exemple, ou celui de l'errance d'Icare dans le labyrinthe. De ciels peints en décompte mural, Loïc Arnaud met en exergue une idée de l’égarement spirituel qui répond avec amertume à l'ambiance actuelle, à notre société où chacun semble enfermé dans sa vie. Mais malgré ce discours quelque peu pessimiste, l'ensemble offre pourtant une porte de sortie, la touche romantique du peintre nous plongeant en plein voyage céleste

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Polars des deux côtés des Alpes

ECRANS | Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Polars des deux côtés des Alpes

Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à travers quatre soirées en double programme – la France d’abord, l’Italie ensuite. Qu’est-ce qui rapproche et qu’est-ce qui oppose ses deux traditions de cinéma populaire ? Niveau points communs : le polar de l’époque tente une radioscopie de la société et de ses errements politiques, dont Yves Boisset ici et Francesco Rosi là-bas sont les emblèmes. Ce sera d’ailleurs le thème de la première soirée (le vendredi 7 février), qui réunira Le Juge Fayard dit le Shériff et Cadavres exquis, thème décliné une semaine plus tard avec la mise en miroir d’I comme Icare de Verneuil (un peu daté sur la forme, comme tous les Verneuil de l’époque, mais pas du tout sur le fond) et La Ville accuse de Sergio Martino, qui passe le cinéma engagé de Rosi à la moulinette de la série B. Ce qui permet de tels rapprochements, ce sont aussi les transports d’acteurs d’un pays à l’autre, grâce notamment au bilinguisme d’un Ventura ou d’un Marcel Bozuffi. Pour les deux autres soirées, seront mis en

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Un Tygre dans la Mother

MUSIQUES | Dans "Mothers & Tygers", Emily Loizeau rassemble les morceaux de sa personnalité pour ce qui est sûrement son album le plus intime et de loin le plus réussi. Critique et interview, à l’occasion de son concert à l’Heure bleue. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 8 novembre 2012

Un Tygre dans la Mother

« Tyger, Tyger, burning bright ! / In the forests of the night / What immortal hand or eye / Could frame thy fearful symmetry ? » C'est sans doute l’un des plus beaux quatrains jamais écrits par un poète anglo-saxon, en l'occurrence William Blake (1757-1827), et surtout l’un des plus musicaux. Sur son dernier disque, Mothers & Tygers, Emily Loizeau en utilise les deux premiers vers. Il faut dire que Blake est sans doute le poète (et peintre) le plus cité dans la culture populaire : de Jim Jarmusch (Dead Man) à Marvel (Wolverine), d'Alan Moore (From Hell) à David Fincher (Seven), en passant par le Dragon Rouge de Thomas Harris. C'est donc avec Blake qu’Emily Loizeau est revenue via l’Ardèche, d’un Pays sauvage caricaturant par trop le néo-folk hipster américain. Bien lui en a pris, car Mothers & Tygers est un album en parfait équilibre sur plusieurs fils : anglais/français, Blake/Loizeau, folk (aux accents parfois médiévaux)/chanson. On y trouve même quelques perles comme on en entend chez peu de chanteuses françaises : Marry Gus and Celia, petit bijou d'écriture en duo avec Camille,

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Emily Loizeau

MUSIQUES | Métamorphosée (le cheveux court qui lui donne des airs de Sigourney Weaver un peu schlass), c'est en Ardèche qu'Emily Loizeau est allée enregistrer cet hiver (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 6 septembre 2012

Emily Loizeau

Métamorphosée (le cheveux court qui lui donne des airs de Sigourney Weaver un peu schlass), c'est en Ardèche qu'Emily Loizeau est allée enregistrer cet hiver son tout nouvel album Mothers & Tygers, avec un « y » comme chez William Blake, qu'elle cite dans le texte. Quelque part entre le premier L'Autre bout du monde, qui la fit connaître, et le suivant, trop artificiellement imprégné d'Americana opportuniste, Emily Loizeau semble s'être trouvée une troisième voie : celle d'une Murat au féminin dont on attend le retour avec impatience à L'Heure bleue de Saint-Martin-d'Hères le 17 novembre, et le 24 mai 2013 au Diapason de Saint-Marcellin (festival Barbara).

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Dessine-moi une fiction

SCENES | Avec "Les enfants d’Icare", la Fabrique des Petites Utopies poursuit inlassablement son exploration des cultures lointaines et incite tous les publics à la contemplation onirique. FC

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Dessine-moi une fiction

Les dernières pérégrinations de la compagnie l’ont porté jusqu’en Birmanie, nation sous la coupe d’un simulacre de gouvernement hostile, culturellement carnassier, et dans laquelle les artistes – c’est rien de le dire – ont plutôt du mal à s’exprimer. Perdurent cependant les traditions liées aux marionnettes, dont les mécanismes intemporels (et largement sacralisés dans le pays) continuent d’être animés par des passeurs vieillissants et une jeune scène à l’avenir pour le moins incertain. Bruno Thircuir, metteur en scène de la Fabrique, s’est donc mis en tête de créer un spectacle voulu comme un pont entre les sociétés birmane et française, pour lequel les membres de son équipe auraient créé des marionnettes de différents styles, afin de les incorporer à un récit pensé comme une exaltation de l’imaginaire. Un enfant d’argile y prendrait forme au gré d’aventures oniriques, contées par trois voix singulières. Il serait donc l’héritier du fils de Dédale, rêverait d’une île inatteignable, d’un roi obstiné, de machines aliénantes, d’un cosmonaute, d’un robot, et tomberait finalement amoureux. Chaos debout La scène du camion-théâtre de la compagnie es

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