The Limiñanas : dans la brume électro

Psychélectrorock | En 2018, on consacrait la Une du Petit Bulletin aux Catalans de The Limiñanas avant leur venue à la Belle Electrique (déjà) ; pour notre plus grand plaisir, le groupe est de retour, avec un pari risqué mais réussi : un album en collaboration avec le DJ Laurent Garnier.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 novembre 2021

Photo : (c) Marcel Tessier Caune


Il y a chez The Limiñanas un tropisme collaboratif qui confine à la gourmandise, à une insatiable envie de se mélanger, d'hybrider, de copuler joyeusement. Emulez, émulez, il en restera toujours quelque chose, aurait pu dire le poète. C'est cette stratégie du mouvement perpétuel et du crash-test sans cesse réitéré qui semble maintenir la flamme des Perpignanais. Récemment il y eut les partages avec Anton Newcombe et Emmanuelle Seigner sur leur projet commun L'Epée, les invitations faites à Peter Hook et Bertrand Belin sur le précédent album estampillé Limiñanas et des embardées avec Etienne Daho, Kirk Lake ou Golden Bug.

Et voilà De Pellicula qui convie le pape techno Laurent Garnier à un pas de deux. On n'ira pas jusqu'à dire qu'on aurait pu s'attendre à ce mariage de la carpe et du lapin mais connaissant les deux parties, on est finalement guère étonné. Après tout, il ne s'agit que de l'union entre deux formes de psychédélisme – rock d'un côté, électro de l'autre.

Un mariage – qui compte quelques invités dont le fidèle Belin – plus harmonieux qu'ont eut pu l'imaginer puisque Garnier se fond corps et biens dans l'univers des Limiñanas, loin d'une simple friction rock vs électro avec bandage de muscles et surenchère de big beat. Le résultat, aussi tellurique que subtil – ce qui n'est pas le moindre des exploits –, et voisin de la transe, se rapprocherait davantage d'une mixture kraut rock qui viendrait croiser le fer avec cette geste rock dansante entrevue plusieurs fois chez les hybrides Primal Scream.

Mais c'est aussi un album concept, un road movie musical, une balade sauvage – celle d'un jeune provincial en rupture et de sa Juliette – qui emprunte à celle de Terrence Malick comme à Sailor & Lula et qui donc finit mal. Seul coup de canif dans le contrat, en l'absence de Garnier, excusé pour cause d'emploi du temps, le groupe sera seul à défendre la chose en live.

The Limiñanas vendredi 3 décembre à la Belle électrique


The Limiñanas

Garage pop psychédélique.
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Laurent Garnier, taille patron

Soirée | Figure incontournable et défenseur infatigable des musiques électroniques en France, le fameux DJ sera samedi 19 janvier à la Belle électrique. À guichets fermés, forcément.

Damien Grimbert | Mardi 15 janvier 2019

Laurent Garnier, taille patron

Complet en l’espace de 24 heures. Si la Belle électrique n’est pas étrangère aux soirées à guichets fermés, aucune n’avait, jusqu’à présent, réussit à susciter autant d’enthousiasme sur un laps de temps aussi court. Mais qu’est-ce qui fait de Laurent Garnier, à cinquante ans passés et plus de trente années de carrière au compteur, un artiste aussi incontournable ? La réponse est tellement simple qu’elle en est presque décevante : c’est un excellent DJ, porté par une passion et un goût du partage sans commune mesure. Capable de satisfaire son public sans hésiter à le sortir de sa zone de confort. De jouer les grands classiques des décennies passées sans jamais sombrer dans la nostalgie, et les tubes de demain sans être prisonnier des modes et des tendances du moment. De prendre parti quand le besoin s’en fait sentir (en jouant l’hymne anti-FN Porcherie du groupe Bérurier Noir entre les deux tours de la dernière présidentielle, ou le discours emblématique de Martin Luther King I Have a Dream dans un club de New York peu après l’élection de Trump) sans donner de leçons

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Voici les 12 soirées qui, à Grenoble, marqueront les premiers mois de 2019

Soirées | Et, bien sûr, guettez chaque semaine le PB pour être au courant de celles qui n'ont pas encore été annoncées.

La rédaction | Mercredi 9 janvier 2019

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Marc Rebillet C’est un peu la sensation virale du moment : un jeune gringalet extraverti originaire de Dallas qui compose, à l’aide de quelques machines et d’un micro, d’irrésistibles tubes house minimalistes et bruts de décoffrage, aussi énergiques que délirants. Et qui ramène un peu de fraîcheur et de second degré bienvenus à une scène électronique qui a parfois tendance à se prendre un brin trop au sérieux. Invité par le crew The Dare Night pour délivrer un des lives délurés dont il a le secret, Marc Rebillet se produira à guichets fermés : si vous n’avez pas déjà votre place, il faudra donc se contenter de ses (innombrables) vidéos sur internet. À l'Ampérage jeudi 17 janvier Paul Nazca + Scan X Pour sa première soirée Deep Inside de l’année, l’équipe de Carton-Pâte Records a vu les choses en grand, en invitant pour l’occasion deux piliers de la scène techno française : en DJ-set, la valeur sûre du label Skryptom Paul Nazca ; et au format live, le vétéran chevronné Scan X, découvert dès le dé

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"Shadow People" : The Limiñanas, Catalans indépendants

Concert | Critique enthousiaste du dernier album du groupe français de rock garage avant son passage par la Belle électrique vendredi 14 décembre.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

C'est tout l'art des Limiñanas que de convoquer sur un album des invités aussi disparates que Pascal Comelade au piano, Peter Hook et sa basse mélodique, Emmanuelle Seigner à la voix – trois habitués – ou encore Bertrand Belin et Anton Newcombe sans s'éparpiller façon puzzle. Peut-être parce que le duo (enrichi) de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, a, sous ses oripeaux garage, toujours navigué sur pas mal de fronts esthétiques. On peut d’ailleurs en avoir un aperçu sur la toute récente compilation I've Got Trouble in Mind Vol. 2 qui recense des raretés, notamment quelques belles reprises – Polnareff (Time will tell), les Kinks (Two Sisters avec Anton Newcombe), The Lords of the New Church (Russian Roulette) ou... le chant de Noël Silent Night en version mariachi. Peut-être aussi parce que la force du concept, jamais ramenard, toujours en toile de fond, suffit à donner du liant à l'ensemble comme une musique de fil

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The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Concert | Avec un "Shadow People" détonnant sorti en janvier dernier, le meilleur groupe de garage catalan du monde, The Limiñanas (soit Marie et Lionel Limiñana), a livré son album le plus abouti, le plus libre, et peut-être le plus personnel. Et a frappé un gros coup dont les secousses se propagent à très grande vitesse dans le paysage rock français. Entretien avec M. Limiñana avant leur passage vendredi 14 décembre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Qu'est-ce que désigne Shadow People, le nom de votre dernier album ? Lionel Limiñana : Dans la mythologie anglo-saxonne, c'est cette espèce de présence que l'on sent derrière soi et qui disparaît quand on tourne la tête. On ne sait pas trop si c'est un fantôme ou une entité d'une autre dimension. Il y a pas mal de films fantastiques autour de ça, mais c'est quelque chose qu'on ne connaît pas vraiment en France. L'idée, c'est que tous ces gens qui étaient là avec nous, tous ces dogmes qu'on a respectés à l'époque, tout l'apprentissage de la musique, tout ça ne nous a jamais réellement quittés. C'était une manière de donner un nom à ce phénomène-là. On peut penser aussi que c'est une manière d'évoquer les multiples influences qui hantent le groupe – musique de films, pop underground des années 1960, psychédélisme, yé-yé, krautrock –, si nombreuses qu'on se demande si The Limiñanas, c'est encore du garage... Je

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The Limiñanas : « On n'a pas cherché à signer aux USA »

MUSIQUES | Avec des textes à la Gainsbourg et un rock alliant yéyé et psychédélisme, les Limiñanas sont les nouveaux chouchous de la scène française. Pourtant, avant de conquérir l'Hexagone, Lionel et Marie ont d'abord séduit les États-Unis. En concert à la Belle électrique, ils présenteront leur – déjà – cinquième album, "Malamore". Interview.

Gabriel Cnudde | Mardi 18 octobre 2016

The Limiñanas : « On n'a pas cherché à signer aux USA »

Quand on écoute votre discographie, on a le sentiment non seulement de voyager à travers les différents genres musicaux mais aussi et surtout à travers le temps. On retrouve le psychédélisme des années 1960-1970, le son rock indie du début du millénaire, les éléments d'une pop sixties... Est-ce une volonté de ne pas se cantonner à une époque, à un son particulier ? Lionel Limiñana : Ce qui est certain, c’est qu’on ne voulait pas être un groupe de "revival". Encore moins un "tribute band". Ça ne m'intéresse pas du tout. On a très longtemps respecté les dogmes liés au garage punk, sur la façon d’enregistrer, produire, tourner, le business... Et on s’est éloignés de ça petit à petit. Marie et moi, on a écouté des tas de choses différentes depuis qu'on est gamins. La base de notre collection de disques est le garage punk des années 1960, les Back from the Grave, les Pebbles [des compilations consacrées à ce genre musical – NDLR]. Mais au milieu et sur les côtés, il y a des disques de Joy Division, Burt Bacharach, Sam Cooke, Motörhead, Slade, Ennio Morricone... Notre musique est un amalgame de tout cela.

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Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Saison 2016 / 2017 | On fait quoi jusqu'à la fin de l'année ? On va écouter qui ? Voici une sélection extraite de notre panorama de rentrée culturelle sorti le 14 septembre. Mais allez fouiller aussi sur notre site, dans le coin "les choix de la rédaction" ; vous verrez : on attend de nombreux autres concerts !

La rédaction | Jeudi 15 septembre 2016

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Ben Harper À en croire la chanson titre de son album Call it what it is, et en tout cas sur ce morceau au moins, Ben Harper continue, après un album avec maman, de revenir aux sources et aux tripes du blues, quelque part du côté de chez Taj Mahal, mais sans se départir de ses accents politiques. Ici, il est question de la vague de bavures meurtrières de la police américaine à l'endroit de nombre de jeunes noirs. C'est donc un Ben Harper habité, comme il l'est aussi en mode Stevie Wonder sur Shine, que l'on retrouvera sur la scène du Summum pour la deuxième en deux ans. Au Summum mardi 4 octobre __________ Stranded Horse Génial esprit transversal, le dénommé Yann Tambour n'en finit plus de tirer le fil que constituent les cordes d'une kora, produisant un mariage de folk, de pop et bien sûr de musique traditionnelle mandingue qui est allé un jour jusqu'à s'échouer magnifiquement sur les terres grises de Joy Division (ah, cette reprise de

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Abd Al Malik : changement dans la continuité

MUSIQUES | Loin de son image de rappeur bien sous tous rapports, Abd Al Malik revient avec "Scarifications", nouvel album teinté d'électronique, et un rap d'une surprenante intensité.

Damien Grimbert | Mardi 22 mars 2016

Abd Al Malik : changement dans la continuité

En dépit de ses 25 années d’existence, le rap français reste encore souvent réduit aux même stéréotypes : d’un côté les « méchants » rappeurs, braillards, immatures, violents, vulgaires et misogynes ; de l’autre les « gentils » rappeurs, sages, conscients, poétiques, bienveillants et bien éduqués. Si cette dernière catégorie peut sembler a priori plus flatteuse, elle n’en reste pas moins un carcan, une sorte de prison dorée étouffante de laquelle il semble difficile de s’échapper. C’est pourtant bien ce qu’a réussi à faire Abd Al Malik avec Scarifications, cinquième album intégralement coproduit avec Laurent Garnier qui le voit s’extirper enfin de son statut de premier de la classe / gendre idéal pour voguer vers de nouveaux horizons. En choisissant comme écrin une bande-son électronique futuriste tout droit sortie d’un film de science-fiction dystopique, le rappeur semble ainsi clairement trouver un nouveau souffle. Rude, sombre, saccadé, rapide et intransigeant, son rap renoue avec une intensité et un sens de l’innovation insoupçonnés, sans trahir pour autant sa marque de fabrique : une écriture fine, ambitieuse et subtile, qui gagnerait juste à se débarrass

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