Varda et Cheval, des liens étroits

ESCAPADES | A 1 heure de Grenoble, l'exposition "Architextures et perspectives" explore les liens entre Agnès Varda et le Facteur Cheval, dans son Palais idéal.

Jérémy Tronc | Mardi 19 octobre 2021

Photo : © Succession Varda


Le Palais Idéal du facteur Cheval vous donne rendez-vous jusqu'au 3 avril pour explorer un nouvel aspect de la personnalité d'Agnès Varda, dans une exposition auscultant ses relations avec l'architecture et son intérêt pour les cabanes. Baptisée Architextures et perspectives, elle constitue le deuxième volet d'une trilogie consacrée à la pionnière de la Nouvelle Vague, très attachée, on le découvre, au célèbre Palais. Le premier hommage mettait à jour son goût pour les relations épistolaires, la place privilégiée faite aux facteurs-postiers dans son œuvre, et sa collection de cartes postales. Un thème évident vu la genèse du site drômois.

La nouvelle exposition – réunissant des photographies inédites, un montage d'extraits de films et quatre maquettes des Cabanes d'Agnès Varda – explore les liens tissés par la célèbre réalisatrice avec l'architecture et les met en perspective avec l'œuvre du Facteur Cheval. La relation entre les deux ? Dès le début de leur projet, l'architecture s'est imposée comme un thème majeur. Et quand le facteur Cheval construit son Palais idéal dans son potager, Agnès Varda construit ses cabanes, « maisons favorites du monde imaginaire », à partir de bobines de film 8 mm. Non habitables chez les deux créateurs, ces bâtisses constituent cependant une ode à la puissance de l'imaginaire, un geste artistique fort à partager avec le monde. Avec nous.

Architextures et perspectives jusqu'au 3 avril 2022 à Hauterives (Drôme). www.facteurcheval.com / 04 75 68 81 19

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Mercredi, le Ciné-Club projettera "Les Glaneurs et la Glaneuse" d'Agnès Varda

ECRANS | Dans Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), documentaire célébrant la libre cueillette des tubercules oubliés lors du ramassage par les cultivateurs, le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 7 novembre 2018

Mercredi, le Ciné-Club projettera

Dans Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), documentaire célébrant la libre cueillette des tubercules oubliés lors du ramassage par les cultivateurs, le cinéaste Agnès Varda collecte également, ici ou là, dans le passé ou le présent, des matériaux ou des souvenirs, brindilles cocasses ou petit bois d’émotion dont elle fait son feu cinématographique. Un collage intime et ludique où celle qui se définit volontiers comme la "grand-mère" de la Nouvelle Vague pratique son sport favori : aller à la rencontre des gens, avec une petite caméra, comme Alain Cavalier. Il faut beaucoup de talent pour évoquer la misère sociale sans pathos mais avec tact, et d’humilité pour parler de soi sans jamais se la jouer, mais en se jouant de soi. Un petit bijou à (re) découvrir mercredi 14 novembre à 20h grâce au Ciné-Club de Grenoble.

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Le Palais idéal du Facteur Cheval : le rêve d'une vie gravé dans la roche

Plus loin | Dans un petit village de la Drôme que rien ne prédestinait à la renommée, Ferdinand Cheval, modeste facteur, a érigé pierre après pierre un palais devenu symbole précurseur de l’art brut. Chaque année, près de cent mille visiteurs viennent admirer l’œuvre d’une vie.

Corentin Fraisse | Mardi 4 juillet 2017

Le Palais idéal du Facteur Cheval : le rêve d'une vie gravé dans la roche

Le Palais idéal du facteur Cheval, c’est le récit d’un prolétaire qui devient précurseur involontaire de l’art brut du XXe siècle. Tout commence un jour d’avril 1879 quand Ferdinand Cheval, la quarantaine, trébuche sur une pierre lors d’une de ses tournées, comme il le raconte dans une lettre de 1897 écrite à l’archiviste André Lacroix. La pierre attire l’œil du le facteur d’Hauterives (Drôme) qui, jour après jour, va ramener chez lui des petits cailloux aux formes particulières et étonnantes. Il les empile d’abord dans son potager puis va construire un immense palais jailli de son imagination : 12 mètres de haut, 26 mètres de large, des milliers de pierres ramassées et quatre façades sculptées. Le fruit d’un travail de trente ans. Il n’a alors que peu de connaissances artistiques et surtout, aucune notion d’architecture. « Je n'étais pas maçon, je n'avais jamais touché une truelle ; sculpteur, je ne connaissais pas le ciseau ; pour de l'architecture, je n'en parle pas : je ne l'ai jamais étudiée. » Pour la partie visuelle, il s’inspire des cartes postales et des calendriers qu’il distribue. Cet édifice devient le r

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Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Interview | On a rencontré Agnès Varda et JR, qui reviennent sur l’aventure inédite de leur tandem (« approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs ») baptisé "Visages, Villages".

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Votre film parle des autres, mais aussi de vous puisque vous dialoguez énormément à l’écran… Agnès Varda : On a l’impression d’avoir travaillé modestement pour un projet qu’on avait en commun : approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs pour vous les faire connaître. C’est un documentaire sur les gens qu’on a rencontrés, même si on fait un petit peu les fous dedans. Notre présence dans le film a construit une relation. Mais au départ, je n’ai jamais pensé que ça deviendrait en fait le regard de JR sur moi ! JR : C’est l’un des rôles de l’artiste d’apprendre à re-regarder. Avec Agnès, on s’est rencontrés pour la première fois de notre vie un lundi à son atelier, elle est venue le mardi dans le mien et le mercredi, on a commencé à travailler ensemble. Elle n’avait jamais coréalisé, moi non plus, et on a passé les deux dernières années ensemble. Quand on se voyait pas,

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"Visages, Villages" : Agnès Varda et JR à la colle

ECRANS | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels (la cinéaste Agnès Varda) et une nouvelle tête du street art (JR) partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes de la première, ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour "grand-mère de la Nouvelle Vague", s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet (elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film), Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la "machinerie" JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires. Bienveillante sage-femme, Varda obtient des fragments de vécu dont le récit surpasse par sa sincérité toute forme de construction plastiqu

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Varda, sables émouvants

ECRANS | Cinéma / Dans son dernier film, Les Plages d’Agnès, Agnès Varda raconte «à reculons» l’histoire de sa vie, qu’elle transforme en leçon magnifique sur le plaisir de fabriquer du cinéma avec la réalité. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 10 décembre 2008

Varda, sables émouvants

Tout commence par un miroir posé sur une plage. Puis d’autres miroirs, encore. Les vagues viennent les caresser, à moins qu’elles ne caressent le reflet que l’on voit à l’intérieur. Au commencement de la vie d’Agnès Varda était une plage, celle de son enfance. Et au commencement de sa vie d’artiste était le cadre, celui des photos qu’elle prenait en arrivant à Paris, s’arrachant à sa famille mais aussi au souvenir de la Guerre et de ses blessures. Et puis il y eut d’autres cadres, ceux des films qu’elle a tournés dès 1954, cinq ans avant la Nouvelle Vague. Le miroir sur la plage dit tout cela, une vie de femme et une vie de cinéaste, réunies par cet œil qui isole et rend visible le réel, le passe par un prisme personnel nourri par les événements intimes et historiques, puis le sublime par la qualité du regard de l’artiste. L’Histoire dans une vie Les Plages d’Agnès, c’est donc la vie d’Agnès Varda, mais ce n’est pas seulement une autobiographie ; c’est aussi du très grand cinéma moderne, une ode au plaisir de filmer et de monter, ainsi qu’une ode aux gens qui rentrent un temps dans le cadre, ceux qu’on n’oublie jamais et dont on passe une exist

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