Fête des Lumières : une nouvelle ère à bas-bruit

Hit the lights | Du 8 au 11 décembre, la Fête des Lumières version élus EÉLV ressemblera aux précédentes avec les mêmes sites éclairés. Mais elle renouvelle en revanche grandement les artistes conviés pour plus de proximité et s'adresse aux petits dans le parc Sergent Blandan.

Nadja Pobel | Lundi 29 novembre 2021

Photo : DR


Il se dit « tellement content de pouvoir enfin parler de la Fête des Lumières ». Après y avoir cru jusqu'au bout l'an dernier et avoir dû l'annuler pour cause de crise sanitaire, Grégory Doucet, le maire EELV de Lyon, présente enfin sa première Fête en tant qu'édile, le « premier grand événement culturel et festif gratuit et dans l’espace public de l'ère post-Covid », dit-il avec des pincettes sachant que les contaminations font encore des vagues. Si la Ville maintient son budget de 2, 2 millions d'euros, les mécènes de leur côté divisent par deux leurs contributions qui s'élèvent cette année à un total 800 000€.

Si les principaux sites de la Fête sont toujours les places des Terreaux, Bellecour, Pradel, Bourse, République, Sathonay, Célestins, la façade Saint-Jean, la colline de Fourvière et le parc de la Tête d'Or, une page tente de se tourner, doucement.

Pour les enfants

Les quais sont réinvestis et, les attentats de 2015 et 2016 s’éloignant, la Fête peut selon les vœux du candidat Doucet revenir vers les quartiers périphériques. On est toutefois loin de ce qui se déployait dans les années 2000. Tous les arrondissements ne sont pas concernés, mais le 7e, au Parc Sergent Blandan, accueille la grande nouveauté de cette édition : un espace dédié aux familles dans la partie supérieure du parc. Une dizaine de jeux tels que Puissance 4, la marelle ou Snake seront proposés en grand format et en lumière. Là-bas, les horaires sont adaptés aux petits : de 18h à 22h durant les quatre jours (contre de 19h à 23h le mercredi 8 et jeudi 9 et de 20h à minuit les vendredi et samedi sur les autres sites).

Autre (demi) nouveauté : le parc de la Tête d'Or sera ouvert en trois endroits pour trois installations et non plus une seule : une créature de 70 mètres de long sur la pelouse face à l'entrée des enfants du Rhône (par Nicolas Paolozzi), une déambulation "Vegetal'lum" sur 200 mètres du multi-programmé Erik Barray pour mener aux Ricochets de Jérôme Donna.

Parmi les innovations : une prolongation de la durée d'exposition de certaines installations — comme la lune reproduite au plus près de ce qu'elle est sous la verrière des Subs, visible jusqu'à début janvier, ou encore l'installation de l'allée transversale d'un hôpital Saint-Luc-Saint-Joseph retrouvé, par Sylvain Levrouw, commissionné par la galerie Roger Tator. Une autre galerie, la BF15, sera dans le jeu avec Caty Olive qui dispose, dans les arbres du quai Romain Roland (façon de ne pas encombrer les rues du Vieux-Lyon entre Saint-Jean et Saint-Paul) des perches lumineuses.

En tout, 18 nouveaux créateurs sur 31 propositions participent à une Fête qui avait ses habitués. Les expérimentations étudiantes se dérouleront place Sathonay et ses alentours avec 22 dispositifs (!) — les propositions de 2020 s’additionnant à celles de 2021.

Les grands classiques toujours là

La Fête des Lumières oscille toujours entre projets découvertes et grandes propositions. Parmi elles, la place Bellecour va voir déferler une Vague de 350 voiles sur 80 m de long et 20 m de haut, conçue par Sébastien Lefèvre. Aux Terreaux, place à une équipe mexicaine (Renato Gonzalez-Gutierrez et Sarah Matry-Guerre) avec projection de vidéos sur deux façades avec de très vives couleurs, celles du conte du Quetzalcoatl, Le Lapin et la Lune. Sur la cathédrale Saint-Jean, regard porté sur l'Iris. La rosace sera le cœur de ce travail de mapping du collectif de musiciens et ingénieur Av extended et irriguera toute la façade en sept tableaux.

La colline de Fourvière reprend forme humaine et semble cristalliser les enjeux de cette première édition de la Fête post-Collomb. Benjamin Nesme et Marc Sicard rompent le cycle de boucles projetées et prisent une approche plus contemplative. Plus que l'ensemble de la colline, c'est le chevet de la cathédrale et le palais de Justice qui sont travaillés avec Visions, des sculptures de 15 cm d’épaisseur et 70 m de haut, loin des dernières installations tape-à-l’œil qui étaient ici installées.

Enfin, la Fête se déploie aussi dans la rue de la République avec des Planetoïdes, petites sphères saturées de lumières led proposées par les fidèles Pitaya (les moucharabiehs du Gourguillon, les lampes d’architectes de la rue de la Ré, les bouquets de fleurs place Carnot...). L’opération des Lumignons du Cœur est renouvelée, non pas au profit d’une association de lutte contre une maladie ou un organisme caritatif, mais en faveur... des étudiants ! Belle initiative qui dit à quel point cette population a été touchée par la crise sanitaire devenue économique.

Fête des Lumières du 8 au 11 décembre à Lyon

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Le festival Peinture Fraîche prolongé d'une semaine

Lyon | Le festival de street art Peinture Fraîche, co-organisé par Le Petit Bulletin et l'association Troi3, est prolongé d'une semaine : l'exposition de la Halle Debourg, dans le 7e arrondissement de Lyon, sera ainsi visible jusqu'au dimanche 7 novembre inclus.

La rédaction | Lundi 25 octobre 2021

Le festival Peinture Fraîche prolongé d'une semaine

Sous la direction artistique de Cart'1, ce festival est une prise de température du street art aujourd'hui et à l'international. Une cinquantaine d'artistes sont réunis durant un mois dans un spot, confirmant l'implantation de Lyon sur la carte mondiale de la discipline. Parmi les artistes les plus impactants de cette troisième édition, on notera Lady Bug (photo ci-dessus). Toutes les infos ici !

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William Forsythe, le Ballet réanimé

Danse | Retour sur le plateau pour le Ballet de l’Opéra de Lyon qui reprend deux classiques (de Mats Ek et Keersmaeker) et fait entrer à son répertoire le déroutant et silencieux N.N.N.N. de William Forsythe.

Nadja Pobel | Mardi 21 septembre 2021

William Forsythe, le Ballet réanimé

L’Américano-allemand et maître du néo-classique William Forsythe renoue avec le quatuor qu’il avait porté à la perfection dans l’une de ses premières pièces, Steptext, en 1985. Dans N.N.N.N., créée en 2002, plus de Bach mais un silence absolu. Exit aussi la seule danseuse et place à quatre corps masculins pour un travail savant sur les bras qui se confondent, tournoient. Souvent ils sont ballants voire récalcitrants. Les interprètes tentent des figures proches de celles des arts martiaux mais ils paraissent désemparés avec ces deux membres qu’ils s’efforcent d’animer, comme s’ils attendaient qu’un marionnettiste les manient. C’est ensemble qu’ils existent vraiment et parviennent à les apprivoiser, jusqu’à la disparition en un clin d’œil de tout leur corps, comme une nuée d’oiseaux dont l’impact est renforcé par cette absence de musique. Seuls le souffle et les déplacements se font entendre. Le ballet de l’opéra de Lyon se pare ensuite d’œuvres qui lui sont très familières, à commencer par le Solo for two de Mats Ek sur la partition au piano extrêmement épurée d’Arvo Pärt. Caelyn Knight et Leoannis Pupo-Guillen l’ont parfaitement intégré et re

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"Summerspace & Exchange" : danse décentrée par Merce Cunningham et le Ballet de l'Opéra de Lyon

Danse | Mardi 28 et mercredi 29 mai à la MC2, ce sera tout simplement grandiose.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 mai 2019

Il y a quelque chose de fascinant chez Merce Cunningham (1919-2009) qui découle d'un apparent paradoxe. Chantre du hasard et de la liberté, le chorégraphe états-unien était aussi d'une exigence inouïe, voire draconienne, quant à la précision des mouvements. Chez lui, il était possible à la fois de décider des séquences et des mouvements à coups de dés, et de défier les capacités techniques et virtuoses des danseurs ! C'est le cas par exemple avec sa pièce emblématique pour six interprètes, Summerspace, créée en 1958, où l'ordre des mouvements fut tiré au sort, et où la chorégraphie de Cunningham, le décor et les costumes du célèbre plasticien Robert Rauschenberg, ainsi que la musique de Morton Feldman ont été conçus indépendamment. Le tout est une ode au déplacement et à la traversée, qui refuse aussi toute centralité de l'action. Chaque danseur est un "centre" potentiel de la pièce. « L'univers est une sphère i

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"Mangées, une histoire des mères lyonnaises" : à table avec Catherine Simon

Littérature / rencontre | L'auteure lyonnaise sera vendredi 16 mars à la librairie le Square pour présenter son enquête-roman sur la gastronomie de sa ville.

Sébastien Broquet | Mardi 13 mars 2018

Un récit qui s'aventure derrière la légende de la gastronomie lyonnaise tout autant qu'un roman qui explore l'envers du décor d'un reportage journalistique : Catherine Simon, sans surprise lyonnaise et journaliste, vient de publier Mangées, une histoire des mères lyonnaises aux éditions Sabine Wespieser. Où l'on suit les pas d'un reporter à l'ancienne côtoyant une jeune photographe du journal local pas toujours sur le même tempo que son aîné même si leur chemin se doit de tracer le même sillon : la réalisation d'une série de portraits de ces femmes qui ont bâti les fondations de la renommée gastronomique de la ville. C'est un siècle d'histoire qui se déroule au fil des pages contant ces patronnes émancipées, toutes échappées de milieux très modestes et accessoirement non lyonnaises à l'origine, pour se façonner un présent plus enviable à la force de leur caractère. Des pionnières qui ont appris leur métier dans les maisons bourgeoises avant d'ouvrir leurs échoppes aujourd'hui célébrées. C'est passionnant car nourri des nombreuses interviews réalisées par Catherine Simon avec certaines mères elles-mêmes (presque toutes décédées aujourd'hui), avec d'an

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Les Percussions Claviers de Lyon sous les mers

MUSIQUES | Le pari de transposer "Vingt mille lieues sous les mers" sur un plateau de théâtre était osé. Si la partie musicale, assurée par les Percussions Claviers de Lyon, est impeccable, le reste manque de chair et de mouvement.

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Les Percussions Claviers de Lyon sous les mers

L'épopée maritime Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne se déployant à l'échelle de toutes les mers, la circonscrire à une scène n'était pas gagné d'avance. Cette difficulté, la metteuse en scène Emmanuelle Prager a choisi de la scinder en deux : une imagerie d'un côté, et le récit fidèle du texte de l'autre, confié à trois comédiens filmés face caméra sur un fond uni. Un parti pris qui manque de chair et de mouvement. Conséquemment, c'est en musique, et seulement en musique, que le rythme effréné de l'œuvre se traduit, de toute évidence la vraie raison d'être de cette adaptation scénique. Les cinq membres des Percussions Claviers de Lyon occupent en effet à eux seuls l'espace. Gérard Lecointe, directeur de cet ensemble dont l'harmonie n'est plus à prouver, a adapté des partitions de compositeurs contemporains de Jules Verne, à savoir Claude Debussy, Albert Roussel, Paul Dukas et Camille Saint-Saëns. Un choix judicieux qui donne du souffle à ce voyage retraçant les péripéties du scientifique Pierre Aronnax, missionné pour tenter de neutraliser une créature qui sème la terreur dans les eaux du globe... Un voyage à faire jeudi 28 janvier à la

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Sympa et symphonique

MUSIQUES | Pour la rentrée classique, le Petit Bulletin vous propose un premier tour d'horizon sélectif des grandes formations programmées dans vos salles d'octobre à décembre. Régis le Ruyet

Aurélien Martinez | Jeudi 5 septembre 2013

Sympa et symphonique

C'est sur les berges du Rhin, le jeudi 10 octobre, qu'Emmanuel Krivine et La Chambre Philharmonique entameront la saison classique de la MC2. Un florilège lyrique pioché parmi les seize heures de la tétralogie de Richard Wagner et accordé aux voix parfaites d'Alexandra Lubchansky, de Cécile Perrin, de la mezzo Nora Gubisch et du baryton Oliver Zwarg. Plus tard, le mercredi 6 novembre, toujours à la MC2, honneur à la musique fine et finnoise par l'Orchestre national de Lyon sous la direction d'Hannu Lintu, le futur chef de l'Orchestre de la Radio de Finlande. Il invitera le public à une immersion en terres scandinaves et baltiques à travers les musiques de Jean Sibelius, Kaija Saariaho et un Concerto pour piano de Sergueï Prokofiev parfaitement calibré au sens musical de Nikolaï Lugansky. De retour à la MC2 mais cette fois à la tête du Philharmonique du Luxembourg, Emmanuel Krivine déclinera le jeudi 14 décembre un menu varié fait d'une viennoiserie de Strauss fils et de deux œuvres concertantes, tout d'abord une architecture de Béla Bartók qui fait appel à toute la virtuosité des pupitres et le Concerto pour piano en

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Le Ballet de l'Opéra de Lyon : « Une compagnie de formation classique au répertoire néoclassique et contemporain »

Danse | Le Ballet de l’Opéra de Lyon est l’une des compagnies françaises les plus réputées dans le monde de la danse contemporaine. À l’occasion de sa venue à la MC2 avec deux œuvres de William Forsythe, rencontre avec Yorgos Loukos, directeur du Ballet, qui nous en explique le fonctionnement, du choix des chorégraphes invités au recrutement des danseurs.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2012

Le Ballet de l'Opéra de Lyon : « Une compagnie de formation classique au répertoire néoclassique et contemporain »

Comment présenter le Ballet de l’Opéra de Lyon ? Yorgos Loukos : C’est une compagnie de formation classique, mais qui a un répertoire néoclassique et contemporain. On a donc des danseurs classiques qui, habituellement, dansent les grandes œuvres du répertoire – Le Lac des cygnes, Giselle, La Belle au bois dormant... – comme le faisaient les grandes compagnies classiques à l’époque. Mais suite à un choix artistique, pris il y a 28 ans – ça fait autant d’années que je suis directeur de la compagnie –, nous optons pour des créations de chorégraphes contemporains. Contemporain au sens de notre époque : ils sont parfois de style néoclassique, parfois de style moderne. Le Ballet est donc une compagnie particulière : d’autres compagnies de cette taille, avec une trentaine de danseurs, sont souvent dirigées par des chorégraphes, dont le travail principal est de faire leurs propres chorégraphies. Ce qui n’est pas mon cas. Comment construisez-vous le répertoire d’une compagnie comme le Ballet ? Nous avons des relations privilégiées avec des grands chorégraphes, qui sont g

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Des noces en or

SCENES | La dernière fois que l’on avait pu découvrir une œuvre de William Forsythe à Grenoble, c’était en juin 2010 à la MC2 : le Ballet Royal de Flandres reprenait (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Des noces en or

La dernière fois que l’on avait pu découvrir une œuvre de William Forsythe à Grenoble, c’était en juin 2010 à la MC2 : le Ballet Royal de Flandres reprenait Impressing the Czar, l’une des pièces phare de la danse moderne créée en 1988. Une relecture qui illustrait parfaitement tout l’art de ce chorégraphe qui s’attache depuis une trentaine d’années à repousser les limites du ballet et de ses conventions (retrouvez sur notre site internet le portrait que nous lui avions consacré à l’époque). Cette fois-ci, c’est le Ballet de l’Opéra de Lyon qui s’est emparé de deux productions de l’Américain. Et là aussi, le rendu vaut le détour, grâce au mariage réussi entre les approches de Forsythe et de cette compagnie passionnante qui s’évertue à proposer une vision exigeante de la danse moderne et contemporaine (à son répertoire, on retrouve des noms comme Trisha Brown, Anne Teresa De Keersmaeker, Mats Ek, Jérôme Bel…).

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Les Lyonnais

ECRANS | D’Olivier Marchal (Fr, 1h40) avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval…

François Cau | Jeudi 17 novembre 2011

Les Lyonnais

Critique / À l’origine, Olivier Marchal voulait retracer l’histoire du gang des Lyonnais, célèbres braqueurs des années 70, sur deux époques, à travers une fresque cinématographique dont le premier montage dépassait les deux heures quarante. Que s’est-il passé pour qu’à l’arrivée il accouche d’un fantôme de film centré sur la part la moins pertinente de son récit, celle, contemporaine, où Edmond Vidal reprend du service pour sortir de taule son ancien complice Serge Sutel ? Le rythme de ces Lyonnais pose assez vite question : tout est expédié, les enjeux sont flous, les personnages mal dessinés, les séquences (à l’exception d’une évasion assez spectaculaire) réduites à des clips esthétisants (la musique, éternel péché du cinéma de Marchal, insupporte par son omniprésence). N’assumant rien, ni la mélancolie de ces truands vieillissants (on est loin de Touchez pas au Grisbi), ni la fougue rock’n’roll de leurs alter-ego juvéniles, Marchal commet de plus une erreur fatale : privilégier à la sobre prestation de Karyo celle, grandiloquente de virilité constipée, d’un Lanvin en phase de «delonisation» (plus un film où il ne dit pas à un moment qu’il a «des couilles»). Plus ennuyeux qu’

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