Rendez-vous sous terre inconnue

Visite | Aux cuves de Sassenage, on trouve comme dans presque toutes les grottes des légendes, de l’eau, des chiroptères, d’étonnantes formations géologiques mais on y entend aussi des anecdotes un peu inquiétantes, comme des groupes de touristes ou d’élèves coincés par une brusque montée des eaux. Visite avec Hervé Sérafin, régisseur et guide du site depuis 34 ans !

Jérémy Tronc | Mardi 14 décembre 2021

Photo : Sébastien Roy


Le parcours pour visiter la grotte commence… en plein air, par une marche d’approche de 20 minutes le long des eaux limpides du Germe, affluant du Furon tout proche et exsurgence du gouffre Berger. Issues des plateaux de Saint-Nizier et de Sornin, les eaux de la rivière souterraine ont fait leur œuvre il y a 1, 5 million d’années pour façonner l’une des sept merveilles du Dauphiné. « Les premières visites officielles ont commencé en 1865 », explique Hervé Sérafin, « mais les visiteurs ne parcouraient pas plus de 20 mètres dans la grotte. » Passé le monumental porche naturel d’où sourd un Germe déchaîné, notre guide nous ouvre les grilles donnant accès à une étroite galerie où l’on peut observer deux cuves remplies d’eau. Ces cuves, qui donnent son nom à la grotte, sont liées à une croyance populaire qui promettait des récoltes en abondance si elles étaient pleines à l’Épiphanie. « Il y a deux jours, il y avait au moins 80 centimètres d’eau dans cette galerie », indique notre guide qui enchaîne sur une anecdote guère plus rassurante : l’histoire d’un groupe de 22 collégiens et de leurs trois accompagnateurs coincés dans la cavité durant 9 heures suite à une brusque montée des eaux. « C’était en 2002. J’ai donné l’alerte, les secours sont arrivés mais les enfants ont pu sortir vers minuit quand l’eau a commencé à baisser. »

La visite se poursuit par d’étroites galeries peu équipées qui lui donnent une touche singulière et sportive. Le passage dans la galerie des enfers, partie encore active de la grotte où coulent les eaux du Germe, fait forte impression. « Ici l’eau atteint le plafond dix à quinze fois par an. » Le contraste est saisissant avec la partie fossilisée, si proche mais étonnamment silencieuse et vaste. Un peu plus loin, entre la salle des Éboulis et la grande salle finale Saint-Bruno, le guide attire notre attention sur les nombreux silex figés dans le calcaire sénonien. « C’est rare d’en trouver autant dans les grottes. C’est l’une des particularités des cuves. » Si proche d’une grande agglomération, ce parcours souterrain de 500 mètres réserve de belles surprises et incite à l'exploration des 14 autres kilomètres découverts par les différentes générations de spéléologues.

Grottes des cuves de Sassenage Visites spéciales Noël du 18 au 24 décembre, avec décoration thématisée. www.grottelescuvesdesassenage.fr

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les malades imaginaires

SCENES | Théâtre / Le Centre Dramatique National des Alpes s’empare de l’ultime pièce de Copi, Une Visite Inopportune. Laurent Pelly jubile tandis que le public découvre un texte mordant et horriblement mélancolique. FC

| Mercredi 7 février 2007

Les malades imaginaires

Une Visite Inopportune est une farce superbement grotesque, où les pires mesquineries se hurlent avec une drôle de méchanceté au rythme des claquements de portes. Le dernier projet théâtral de son auteur, qui abordait ici la mort en face avec cynisme avant de l’accueillir à contrecœur. Sur scène, l’espace se fond dans une chambre d’hôpital surdimensionnée, aux murs fatalement mouvants. Sur le lit, Cyrille, acteur de théâtre mourant du sida, jouissant en permanence de son caractère imbuvable sur ses infortunés visiteurs, interprété par le paroxystique Jean-Claude Durand. Cyrille fait son dernier tour de piste, pour les spectateurs les plus improbables qui soit (un très vieux garçon énamouré, un journaliste silencieux, une infirmière opiomane-friendly, une cantatrice en plein «veuvage nerveux», et enfin un professeur affamé traumatisé par les tricycles). Il en fait des tonnes dans l’abject, dans le jeu de l’attraction / répulsion avec orgueil et passion. Pour camper le pivot de cette comédie macabre, le comédien adopte un jeu volontiers outrancier, sur la corde raide du “ça passe ou ça casse“, qui se délite néanmoins au fil des tableaux, et du rapprochement de l’

Continuer à lire