À deux doigts de l'enfer

| Mercredi 28 mars 2007

théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de Jean-Paul Sartre, on en oublierait presque que la fameuse réplique «l'enfer c'est les autres» a été ressassée et mangée à toutes les sauces, jusqu'à l'écœurement. La presse salue alors unanimement cette vision résolument moderne, ce Huis Clos “grunge”. Un homme, deux femmes, une statue de Jésus, témoin impassible de la scène qui va se jouer et quatre canapés. L'enfer est ici une chambre sans porte ni fenêtre où l'on entre par une trappe, guidé par un cerbère clownesque et hystérique qui semble se délecter d'avance des drames à venir. Dans une chaleur étouffante, les trois personnages vont alors pouvoir se mettre à nu, au sens figuré comme au sens propre, chacun étalant ses petites horreurs, devenant le bourreau des deux autres, cherchant son pardon ou la protection d'un corps. Que reste-il de cette mise en scène en 2007 ? La même humanité, la même volonté de ne pas juger ces monstres ordinaires mus par le désir violent, l'envie d'être aimés au-delà de la vie. Et une comédienne, Marief Guittier, campant une Inès rock'n'roll, cheveux rasés à blancs et lunettes noires, crachant les vérités amères comme la fumée de ses cigarillos. En un mot, époustouflante. Seule ombre au tableau : si l'on reste frappé par la modernité de l'adaptation de Raskine, on regrette que la tension palpable chez Sartre peine à prendre racine dans cette mise en scène. En campant résolument ses personnages dans la vraie vie, le metteur en scène ne nous permet pas de prendre la hauteur à laquelle l'auteur nous invitait pourtant. dorotée aznarHuis Clos Les 27 et 28 mars à 20h30, au Centre Culturel Jean-Jacques Rousseau (Seyssinet-Pariset)

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