« Lautréamont chie sur le monde contemporain »

SCENES | Avec "Dieu comme patient", Matthias Langhoff porte sur scène les mots emplis de révolte du conte de Lautréamont, jeune poète du milieu du XIXe siècle. Rencontre avec le comédien André Wilms pour en savoir plus sur cette pièce quitte ou double. Aurélien Martinez

François Cau | Mardi 28 octobre 2008

Petit Bulletin : Le projet est né de votre rencontre avec le metteur en scène Matthias Langhoff…
André Wilms : Au début, on voulait travailler sur Kafka, mais on a vite renoncé car Les Chants de Maldoror de Lautréamont nous paraissaient plus adaptés au moment, plus inadmissibles ; ils chient véritablement sur le monde contemporain. En plus, c'est un texte très athée, et comme en ce moment Dieu revient en force, qu'on essaie de nous le placer de tous les côtés, on a jugé utile de s'atteler à Lautréamont, un Rimbaud en plus lyrique. Il y a une belle phrase dans le texte : « Ma poésie ne consistera qu'à attaquer, par tous les moyens, l'homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n'aurait pas dû engendrer une pareille vermine. » D'où le titre qui dit, tout simplement, qu'il faut soigner Dieu.

Le texte de Lautréamont est très long. Comment Langhoff l'a-t-il abordé ?
C'est sûr, tu ne peux pas le monter en entier, il y a 6 chants ; il faut garder un petit peu de tendresse envers le public, qui est déjà submergé pendant 1h45. Matthias a donc fait un montage, il a retenu tout le passage sur le requin, sur l'océan… Pour la mise en scène, il a mis un tulle, sur lequel sont diffusées des projections. On est trois sur scène, deux femmes et un homme, parce que c'est toujours comme ça que ça se passe ! Une des femmes est un ange, même si elle va se révéler pas si angélique que ça…

Vous venez de montrer la pièce pour la première fois à Caen. Comment a-t-elle été reçue ?
Assez mal par le public en vérité, et assez bien par les jeunes gens de 16-17 ans qui crachent sur le monde. C'est un spectacle qui résonne assez fort chez les ados, ça m'a surpris. Comme quoi, il y a encore quelques jeunes désespérés joyeux de nos jours, et c'est plutôt bien ! Ca devrait être un spectacle de révolte, mais c'est toujours difficile car le théâtre n'est pas là pour se révolter à la place des gens, il peut juste crier dans le désert. Mais attention, on n'est pas dans le registre de la plainte, mais plus dans celui du défensif, ce qui donne un chant de révolte joyeux. Certes, il n'y a pas beaucoup d'espoir mais au moins, on mourra avec le sourire !

DIEU COMME PATIENT
Du 4 au 8 novembre, à la MC2

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

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"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

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Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

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Le Havre

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François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

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François Cau | Vendredi 12 septembre 2008

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Chaque projet de Matthias Langhoff est attendu comme le messie par ses disciples. Novembre sera donc le plus beau mois de l’année pour ceux-là : le metteur en scène d’origine allemande sera présent à la MC2 avec Dieu comme patient, d’après Les chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. De son vrai nom Isidore Ducasse, Lautréamont est un poète uruguayen du XIXe siècle mort en France à l’age de 24 ans. Texte puissant, sauvage, sadique, considéré comme un prémice au mouvement surréaliste, ses Chants de Maldoror content la révolte bouillonnante du personnage éponyme contre sa “méchante” nature ; révolte méprisée par Lautréamont lui-même. Il se plaît ainsi, au fil des pages, «à peindre les délices de la cruauté», avec sa poésie qui ne consisterait «qu’à attaquer, par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n’aurait pas dû engendrer une pareille vermine». Lautréamont violente ainsi le lecteur, lui retourne l’estomac avec ses descriptions ultra réalistes (voir celle où Maldoror, aux ongles longs de quinze jours, les enfonce dans la poitrine molle d’un enfant, «de façon qu’il ne meure pas ; car, s’

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