Petits formats mais grandes envies

SCENES | DANSE. Trois jours durant, le Centre chorégraphique national de Grenoble présente sept pièces courtes d’artistes originaux. Sylvaine Van den Esch, programmatrice de ces Soirées, nous explique pourquoi il faut en être. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Jeudi 28 mai 2009

Petit bulletin : Avec ces trois Soirées, il s'agit de présenter plusieurs pièces courtes dans leur intégralité, et non de simples extraits…
Sylvaine Van den Esch : Par principe, je n'aime pas les extraits, puisque l'artiste est souvent frustré. C'est très bien pour les professionnels, mais pour du tout public, je préfère vraiment les pièces courtes : certains artistes y sont d'ailleurs plus à l'aise, comme la nouvelle et le roman en littérature.

Et ainsi faire découvrir des univers artistiques différents aux spectateurs au cours de trois soirées…
Le but est de faire une proposition très variée, d'être sur des franges de catégories artistiques : aujourd'hui, qui est danseur, chorégraphe, plasticien, architecte de l'espace ? Je ne pose pas la question. La pièce Ali par exemple revient trois fois, c'est le cœur des Soirées. Les deux artistes sont des circassiens, mais une fois qu'on a dit ça on n'a pas dit grand-chose, à part qu'ils ont une relation au corps particulière, une virtuosité énorme. Mais cette pièce est très chorégraphique aussi : alors où est la limite entre le cirque et la danse ? De toute façon, si un artiste vient me voir en me disant "je suis chorégraphe", je le crois d'office.

Quelle est la ligne directrice de ces Soirées ?
Il n'y a pas vraiment de thématique, mais plutôt des mots-clés. Là, on est sur des petits formats avec l'idée d'accentuer beaucoup sur la poésie dans le rapport au corps, même si dans certaines pièces il y a une forme de tension. Cela permet de montrer l'extrême qualité de tous les interprètes.

A l'avenir, le festival va-t-il être amené à évoluer ?
L'idée est née il y a sept ou huit ans, lorsque le Centre chorégraphique national de Grenoble était hors les murs, sans espace spécifique. C'est important de le comprendre : la Maison de la culture a rouvert depuis quelques années, et on est donc dans une édition 2009 transitoire, au bon sens du terme : une édition qui amorce un autre chemin, comme si installés dans cette grosse maison, on était tombés dans un rythme de croisière…

Et quel sera ce nouveau chemin ?
Cette année, on pose les bases d'envies avec l'idée – pas encore confirmée – de s'associer plus étroitement à la MC2, d'en faire un partenaire très actif, et ainsi occuper beaucoup plus de lieux à l'intérieur de la maison. Et évidemment d'avoir une programmation encore plus étoffée.

LES SOIRÉES
Du 4 au 6 juin à 19h30, au Petit Théâtre de la MC2

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La Nuit de château

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Nadja Pobel | Mardi 24 juin 2014

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Monter une vraie compagnie, loin de Paris et de l’urbanité, mêler professionnels et amateurs, création et animation. Voici le double vœu, hérité des hommes de théâtre Jacques Copeau et Léon Chancerel, qu’Olivier Fenoy a transformé en réalité à Chasselay, dans les Monts d’Or, aux portes de Lyon. Cet été, deux spectacles y seront donnés à la tombée de la nuit : Don Quixote dans un esprit commedia dell’arte et Les Fâcheux, d’après Victor Hugo et sur un mode baroque. Le metteur en scène Jean-Denis Monory y creuse la veine d’un théâtre simple, à la bougie, qui depuis quelques temps rafle de prestigieux prix grâce, notamment, au travail de Benjamin Lazar et surtout à celui du sidérant comédien qu’est Olivier Martin-Salvan, formé justement dans une académie internationale de théâtre pour enfants animée par les comédiens de Machy. À entendre aussi dans le jardin du château, des textes de poètes passés par les tranchées comme Apollinaire, mais aussi de Poilus, tel le Lyonnais Paul Ducurtyl, qui a laissé des lettres positives du front et un journal personnel beaucoup plus sombre. Il sera la trame de ce récital mis en musique et en peinture par la troupe d

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Le goût du risque

SCENES | Zoom sur le festival Les Soirées plurielles

Aurélien Martinez | Lundi 4 juin 2012

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Avec ce festival de trois jours encore assez confidentiel, la MC2 et le Centre chorégraphique national de Grenoble (dirigé par Jean-Claude Gallotta) s’offrent un espace de liberté salutaire. Car si la programmation à l’année d’une scène nationale comme la MC2 demande une habileté certaine et un sens du dosage précis, une manifestation comme Les Soirées plurielles permet de prendre plus de risques, en osant les formes difficiles et les artistes moins connus. C’est ainsi lors d’éditions précédentes du festival (qui a souvent changé de nom, passant des Soirées d’Émile aux Soirées (tout court) et maintenant aux Soirées plurielles) que nous avons découvert des créations originales et passionnantes, souvent largement saluées par le public et les professionnels : Le Cri de Nacera Belaza, Ali de Mathurin Bolze et Hedi Thabet, ou encore Indigence = élégance d’Antoine D

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Ces soirées-là

SCENES | Le festival Les Soirées est un véritable laboratoire d’expérimentation pour la MC2, qui s’offre ainsi liberté de ton et prises de risque louables (ce qui (...)

François Cau | Lundi 16 mai 2011

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Le festival Les Soirées est un véritable laboratoire d’expérimentation pour la MC2, qui s’offre ainsi liberté de ton et prises de risque louables (ce qui n’est pas toujours le cas à l’année, avec une programmation danse quelque peu balisée). Ainsi, le premier soir, à la suite du Indigence = Élégance d’Antoine Defoort, sera proposé le tout aussi surprenant Je suis venue, du comédien et plasticien Gaspard Delanoë et de la danseuse libanaise Yalda Younès. Le premier prend pour point de départ une hypothétique résolution du conflit au Proche-Orient par le biais de la signature d’un traité prévoyant la création d’un nouvel État. Un discours est donc prononcé sur scène, en arabe (traduit au fur et à mesure en français), instaurant certaines clauses… très originales : avec l’hébreu et l’arabe, le wallon sera la troisième langue officielle du pays ; le mur de la honte sera rebaptisé mur de la fierté en présence de Bono ; Yann Arthus-Bertrand assurera le survol photographique des territoires inoccupés… Le décalage, rappelant l’actualité, est criant, le trait volontairement grossi : c’est savoureux. Puis, dans un second temps, Yalda Younès livre un contrechamp dansé, flirtant entre l’iron

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Programmateurs/trices de danse, excitez-nous !

SCENES | La danse est un champ artistique riche, varié, protéiforme, enthousiasmant, innovant… Les salles grenobloises arrivent-elles à transmettre au public ces différents élans créatifs ? Tentative de réponse en compagnie de quelques pontes locaux.

Aurélien Martinez | Lundi 10 janvier 2011

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Plus d’une vingtaine de plateaux dans l’agglo : le bassin grenoblois est d’une extrême richesse niveau spectacle vivant. Surtout en théâtre. De ce point de vue, le maillage de salles n’a pas à rougir des comparaisons (notamment avec ses voisins, comme Lyon), bien au contraire. Ensemble, en tenant compte de leurs spécificités et de leurs moyens, les lieux de diffusion offrent un très large éventail de la création théâtrale contemporaine. Mais niveau danse, l’euphorie est moindre. Grosso modo, seulement deux salles (la MC2 et la Rampe) offrent une réelle programmation pour les amateurs de ce genre artistique, les propositions des autres étant plus sporadiques. Suffisant ? Pas forcément… Surtout qu’il n’est pas sûr qu’à elles seules, la Rampe et la MC2 arrivent à satisfaire l’appétit du public grenoblois (réputé extrêmement curieux et demandeur). « Bien sûr, mon grand souhait serait que l’on puisse faire plus. Mais on a déjà une belle visibilité, parce que l’on peut jouer entre ces trois plateaux [le grand théâtre, le petit et la salle de création – NDLR], et c’est extrêmement rare en France » nous explique Sylvaine Van den Esch

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Hautes tensions

SCENES | La nouvelle édition des Soirées, toujours coorganisées par la MC2 et le Centre chorégraphique national de Grenoble (dirigé par l’indéboulonnable Gallotta), est sous-titrée cette année "Sous tension". Un thème pas forcément fun qui nous offre néanmoins quelques propositions fortes. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 28 mai 2010

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Au fil des ans, les Soirées (ex-Soirées d’Émile, du nom de l’imaginaire Émile Dubois inventé par Jean-Claude Gallotta il y a de ça trente ans) gardent le même principe : à savoir, faire émerger le travail de nouveaux chorégraphes (néanmoins déjà confirmés, les Presk’îles d’Émile étant quant à elles destinées aux "novices"), et leur donner les moyens de le dévoiler dans des conditions professionnelles, devant un public. Cette année, la programmation se veut pointue, entièrement construite autour de l’idée de tension, avec notamment des corps jetés en pâture dans un monde jugé trop violent. Un thème qui place donc ce mini festival sous des auspices graves. Parmi les six créations dévoilées au cours des trois soirs de représentation, nous en retiendrons trois. Des formes courtes qui, si elles ne nous ont pas forcément toutes entièrement convaincus, ont le mérite de sortir des sentiers battus. Influx controls : I wanna be, wanna be L’influx control était une loi en vigueur en Afrique du sud restreignant la liberté de mouvement des personnes noires, pour les empêcher de se rendre dans les zones riches. Le chorégraphe Boyzie Cekwana a ainsi décidé de

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