« J'adore jouer »

SCENES | Dans le cadre des Rencontres-i, Antoine Defoort, plasticien de formation, présente Cheval, un spectacle fantasque basé autour d’un dispositif surprenant. On a rarement vu ça ! Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 9 octobre 2009

Comment définiriez vous ce spectacle presque indéfinissable ?
Antoine Defoort : En fait – et je précède une question que vous allez forcément me poser et qui sera : pourquoi Cheval ? –, notre spectacle est véritablement une sorte de cheval. Avec Julien [qui partage la scène avec Antoine, NDLR], on aime bien pouvoir en parler à la troisième personne, comme d'un animal sauvage, de rodéo… Et nous, il faut vraiment qu'on arrive à le dompter : c'est donc techniquement assez compliqué, ne serait-ce qu'au niveau de la fabrication qui nous a donné pas mal de fil à retordre. De plus, lors des représentations, il faut avoir plein de choses en tête tout le temps, et du coup comme un cheval, il faut qu'on monte dessus et qu'on le garde.

Peut-on dire que Cheval parle de métaphysique et d'art ?
On pourrait dire que ça parle de ça… même si ça ne parle pas explicitement de quelque chose ! Je ne pense pas que Cheval évoque véritablement la science. Disons que ça transpire, comme je suis légèrement “ scientophile ”. Et je suis aussi “ artophile ”, d'où votre réflexion sur l'art. Mais pour moi, ça aurait plutôt tendance à être un spectacle musical qui tourne autour du sport, et du football en particulier – thème dont on avait décrété qu'il serait tabou, mais que tous les programmateurs ont brisé allégrement avec leurs textes de présentation… Donc normalement, on n'a pas le droit de le dire, mais maintenant, c'est totalement foiré !

Vous travaillez avec des musiques populaires, dont un titre de Michael Jackson à la flûte à bec !
C'est malheureux, parce qu'on dirait qu'on lui rend une sorte d'hommage [le spectacle a été créé avant la mort du chanteur, NDLR]. Du coup, je vais peut-être devoir changer pour faire une reprise de Prince avant qu'il ne meure lui aussi !

Sur la flûte à bec justement, pourquoi un instrument si désuet ? Pour trancher avec la complexité du dispositif scénique ?
En fait oui, carrément ! Ce truc tout simple qu'est la flûte à bec, de trivialité absolue – un pipeau quoi ! –, je trouvais que ça claquait pas mal. Flûte à bec + ballon de foot = ahaha !

Finalement, c'est vous qui en reparlez du foot ! Alors pourquoi ce thème ? Parce que vous êtes un garçon ?
A la base, c'est plus dérivé du jeu car je suis “ ludopathe ” aussi ! J'adore jouer, y compris avec des ballons. Après, j'ai une histoire un peu particulière avec le foot : j'ai grandi dans une famille complètement timbrée avec ça, alors que moi pas du tout. Du coup, c'est assez amusant de le faire apparaître d'une manière détournée, en faisant des chansons en jouant au foot par exemple.

CHEVAL
Mardi 20 octobre à 20h30, à l'Espace culturel Odysée (Eybens).
Rencontre-débat avec Antoine Defoort à l'issue du spectacle

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