«Le changement est plutôt sain»

SCENES | La chorégraphe Maguy Marin, directrice du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape, quittera ses fonctions à l’été 2011. L’occasion de l’interroger sur ses motivations avant son passage en novembre prochain à la MC2, avec ses deux dernières créations. Propos recueillis par Dorotée Aznar

François Cau | Mercredi 8 septembre 2010

Photo : Michel Cavalca


Petit Bulletin : Pourquoi quittez-vous la direction du CCN ?
Maguy Marin : Je suis à Rillieux [une ville à la périphérie de Lyon – NDLR] depuis douze ans. Avant, je dirigeais le CCN de Créteil... Aujourd'hui, j'ai envie de créer en dehors de mes fonctions de directeur d'un CCN. Ensuite, je pense que le CCN de Rillieux existera réellement en tant que structure quand il ne sera plus attaché à un seul nom. Et, si j'ai eu beaucoup de plaisir à être à Rillieux, cela m'a demandé également une présence très suivie. J'ai envie de retrouver un autre temps de travail.

On a pu lire que vous souhaitez « reprendre votre liberté », est-ce bien de cela dont il s'agit ?
La liberté, c'est un bien grand mot. S'engager à la tête d'une structure comme le CCN, c'est un peu comme avoir un enfant : quand on l'a, on ne peut plus sortir tous les soirs. Cela demande beaucoup d'attention, beaucoup de présence. Ce n'est pas que je n'ai pas été libre pendant douze ans, mais je n'avais pas la possibilité de partir en résidence dans une autre ville, de m'absenter trop longtemps. Je reprends ma mobilité plus que ma liberté. Je vais limiter mon activité à une activité artistique. Je ressens le besoin de repartir dans une nouvelle aventure de compagnie indépendante. Une aventure que j'ai déjà connue, il y a longtemps. Je pars sans regret.

Où allez-vous installer votre compagnie ?
J'espère à Lyon. Je voudrais un lieu de travail qui me permette de continuer à diffuser mes créations.

Le changement régulier à la tête des institutions culturelles est-il nécessaire selon vous ?
Tout dépend de ce qui se fait dans cette structure. Mais il est vrai que je ne vois pas d'obligation à ce qu'une personne nommée à la tête d'une institution culturelle y reste vingt ans. Je pense que le changement est plutôt sain, mais il faut tout de même être prudent car il faut du temps pour s'inscrire dans un territoire. L'idéal est de prendre le temps de s'implanter et au moment venu, de savoir accueillir des nouvelles forces.

Vous étiez artiste et directrice d'une structure. Pensez-vous que les structures culturelles doivent être dirigées par des artistes ?
Pour moi, cela ne fait aucun doute : il faut des artistes à la tête d'une institution culturelle. Ces artistes doivent être accompagnés par de bons administrateurs, mais les artistes doivent être maîtres de la politique qu'ils mènent. Je suis également pour la collégialité, la direction artistique multiple comme elle se pratique en Hollande par exemple…. Mais je pense qu'un artiste qui prendrait à bras le corps un CCN pour y laisser une griffe, une marque, cela peut être positif.

DESCRIPTION D'UN COMBAT
Mercredi 3 novembre, à la MC2

SALVES
Vendredi 5 et samedi 6 novembre, à la MC2

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"Maguy Marin : l'urgence d'agir" : salut la compagnie !

ECRANS | de David Mambouch (Fr, 1h48) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 4 mars 2019

Prenant l’emblématique pièce May B (1981) comme fil rouge, le documentariste David Mambouch retrace le parcours de la chorégraphe Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques (comme l’introduction de la parole et le glissement vers la "non-danse") rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune des créations de l'artiste. Portrait collectif d’une femme de troupe ind

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"Deux mille dix sept" : vivement la Maguy Marin de 2018

Danse | La papesse de la danse-théâtre en France sera mercredi 16 et jeudi 17 mai à la MC2 avec sa dernière création. Qui, malgré la force de son propos, nous a laissés de marbre.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2018

Le capitalisme c’est pas bien, et ça a fait beaucoup de mal : voilà, résumé de façon lapidaire, le propos de la dernière création de la chorégraphe Maguy Marin baptisée Deux mille dix sept – elle a cherché un titre longtemps, avant de choisir celui-ci, on ne peut plus factuel (la pièce a été créée l'an passé). Un propos largement documenté en amont qu’elle illustre, comme à l'accoutumée, avec force d'images soignées plus théâtralisées que chorégraphiées. Pourquoi pas (surtout que son analyse est pertinente), mais dans ce cas précis, tout est beaucoup trop appuyé, désincarné et long pour toucher le spectateur. Et semble même par moments daté de chez daté. « L'état social actuel est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre… Cette situation n'arrête pas de cogner » nous avait-elle répondu il y a quelques semaines lorsque, dans le cadre d'une interview à l'occasion de la reprise à la MC2 de son spectacle culte

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Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Danse | Immense danseuse et chorégraphe multiprimée, Maguy Marin, enfant d’exilés du franquisme, n'a de cesse, depuis 40 ans, de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Ce qu’elle démontre une nouvelle fois avec sa dernière création "Deux mille dix sept" et la transmission d'une de ses œuvres phares ("May B") à de jeunes danseurs brésiliens ; deux pièces à découvrir à la MC2. Rencontre en amont.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Vous êtes une chorégraphe bien installée dans le paysage de la danse contemporaine française, avec pas mal de "tubes" à votre actif – May B (1981), Cendrillon (1985), Description d'un combat (2009), Bit (2014)… À côté de ce travail de création, la transmission est aussi un de vos engagements, comme l’on peut s’en rendre compte avec le spectacle De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité… Maguy Marin : May B a traversé 35 ans, plus de 90 danseurs l'ont dansé dont des jeunes, moins jeunes, expérimentés ou non. Il y a eu un brassage de différents parcours. C’est un vrai établi de travail qui offre des outils à de jeunes danseurs : c'est ce rapport générationn

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"May B" : danse-la comme Beckett

Danse | La création culte de Maguy Marin sera reprise à la MC2 du mercredi 25 au vendredi 27 avril par la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues sous le nom de "De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité". Immanquable.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Avec De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité, c'est une page de l'histoire de la danse que nous verrons à la MC2. Cette pièce n'a jamais cessé d'être présentée depuis sa création en 1981, à l'exception de pauses de deux ou trois ans : dingue ! La danseuse Lia Rodrigues (dont les travaux chorégraphiques récents ont été vus à Grenoble – Pindorama, Pororoca, Incarnat…) faisait alors partie de la distribution. Trente-cinq ans plus tard, elle l’a transmise aux élèves en formation continue de l'École de danse libre qu'elle a montée à la Maré, une des favelas les plus âpres de Rio de Janeiro. Le résultat est remarquable. Inspirée par l’œuvre du dramaturge Samuel Beckett (d’où le côté très danse-théâtre du résultat), May B posait déjà à l’époque tant d'éléments de ce qui fera la force du travail chorégraphique de Maguy Marin : une conscience politique aigüe des dominants et dominés mêlée à un souffle de vie qui affleure des décombres. Semblables à des zombies ayant passé des heures sous les gravas sans doute dus à un séisme ou des bomba

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"Trois Grandes Fugues" : un quatuor pour trois chorégraphes

Danse | Superbe affiche de rentrée à la MC2 pour le fameux Ballet de l'Opéra de Lyon qui reprend les "Grandes Fugues" magistrales de Maguy Marin et d’Anne Teresa de Keersmaeker. Et s’approprie celle de Lucinda Childs, venue spécialement à Lyon cet été pour la créer. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

La rédaction | Vendredi 23 décembre 2016

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... Que de succès féminins pour Ludwig van Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales composée entre 1824 et 1825. Ces trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de l’Allemand. Car Beethoven y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un tel monstre sacré. Sa Grande Fugue, créée en 1992 et transmise au Ballet de l'Opéra de Lyon en 2006, dessine, avec huit interprètes

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"Bit" de Maguy Marin : la vie, une farandole

SCENES | Dans sa dernière pièce baptisée "BiT", la chorégraphe Maguy Marin tisse une frêle farandole sur le fumier de l'histoire et dans un univers sonore techno. Une ronde de nuit, aussi brève et poignante que la vie d'un groupe et celle d'un individu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mai 2016

Sur une scène plongée dans la pénombre, des bourdons martèlent leurs masses électroniques en fusion sur le tambour de nos tympans. Un véritable enfer techno au beau milieu duquel, incongrus, six danseurs entament une farandole sur six plans inclinés. Un pas sur le côté, deux pas en avant, main dans la main, ils filent ensemble leur petite joie de vivre collective alors qu'autour d'eux, les rasoirs d'acier de la musique découpent l’espace et le temps en lamelles acérées. Il y a "bit" et "bit" semble vouloir dire Maguy Marin à travers ce contraste ; rythme et rythme. Si important pour la chorégraphe, ce n'est pas le tempo ou la cadence répétitive du mouvement, mais le cœur rythmique de chaque individu, comme de chaque collectif. La musique qui bat entre nous Maguy Marin entremêle ainsi les cadences infernales de la techno avec les rythmes d'une farandole, petite frise humaine se découpant sur le plateau, s'égayant en gestes presque enfantins, montant et descendant les pentes de la vie et du monde... « La seule question qui vaille au fond, déclare la chorégraphe, c'est : comment produire de la musicalité entre nous ? Comment les rythmes

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Cendrillon au pays des jouets

SCENES | Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 11 décembre 2013

Cendrillon au pays des jouets

Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit dans leurs habits boursouflés... Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage pas ses interprètes ni les fondements de la danse classique. « Je ne renie pas cette pièce même si elle est très loin de moi ; à présent, je ne suis plus trop dans cet esprit. Mais ça fait partie d'un processus. C'est un exercice intéressant de se confronter à une partition et un livret déjà écrits, ça permet de traverser des choses singulières et de passer entre elles pour exprimer autre chose, justement. » La pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime, où le féerique et la naïveté s'y disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a inclus tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige par

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Éloges de la lenteur

SCENES | Danse / Deux très grands rendez-vous chorégraphiques cette semaine : Turba de Maguy Marin et Kinkan Shonen de la Cie Sankai Juku. Deux pièces qui, chacune dans son style, dilatent le temps et remontent aux origines du monde... Jean-Emmanuel Denave

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Éloges de la lenteur

Depuis plusieurs années, Maguy Marin ralentit et intensifie le geste chorégraphique : elle a fait marcher de manière répétitive ses interprètes au milieu de grands miroirs dans Umwelt, les a assis devant des pupitres dans Ah ! Ah !, et les compose en différents tableaux quasi picturaux dans Turba. Cette pièce, créée en 2008, est pourtant un hymne au désordre, au chaos fertile en nouvelles formes de vie... Il s'agit en l'occurrence d'une adaptation du De Natura Rerum de Lucrèce, poème philosophique épicurien, où tout n'est que mouvement et transformation ! Mais si la turbulence ne se traduit pas ou plus à travers la mise en mouvement des corps, elle se concrétise d'une autre et géniale façon en faisant circuler les intensités de leurs présences sur scène, les images qu'ils cristallisent un instant, en éclatant aussi le texte de Lucrèce dit par les danseurs en différentes langues. Ce théâtre-danse du fragment et de l'éclat est très proche du théâtre composite et polyphonique de François Tanguy. Pièce chorale, Turba fait danser les émotions, les mots, les masques, les "cadrages", les chants, les costumes, les tableaux (avec des références évidentes à Velasquez par exemple)...

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