«Des histoires en images, et en spectacle»

SCENES | Fondateur de la compagnie La Cordonnerie, Samuel Hercule propose des spectacle étonnants, à mi-chemin entre le cinéma et le spectacle vivant, qui s’adressent aux enfants et aux adultes. Rencontre avec un homme qui pèse avec talent le poids des mots. Propos recueillis par Dorotée Aznar

François Cau | Lundi 29 novembre 2010

Petit Bulletin : Qui êtes-vous Samuel Hercule ?
Samuel Hercule : Je suis comédien et réalisateur. En 1997, j'ai créé la compagnie La Cordonnerie et, depuis quatorze ans, nous fabriquons des cinés-concerts. Nous avons commencé avec le cinéma muet, pour évoluer vers des formes de cinéma plus «modernes». Au début, notre travail avait sans doute quelque chose d'un peu caricatural, cela s'est affiné. L'arrivée de Métilde, il y a sept ans (Métilde Weyergans, réalisatrice et scénariste, NdlR), nous a amenés à nous tourner davantage vers le texte. Désormais, nous écrivons les scenarii tous les deux et Métilde assure la narration sur scène, en direct. Nous racontons des histoires en images, et en spectacle.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur le mythe de Frankenstein alors que les enfants d'aujourd'hui ne le connaissent pas ?
Pour les enfants, Frankenstein, c'est lié à Halloween, c'est juste un masque effrayant. D'ailleurs, même dans l'esprit des adultes, cela n'est pas très clair et on a souvent confondu le Docteur Frankenstein avec sa créature… Si ce mythe nous intéressait, c'est notamment parce qu'il a été peu traité. Au cinéma, à part les premiers films sur Frankenstein, nous n'avons rien trouvé de très intéressant. Or, c'est une histoire qui permet de poser des questions au jeune public : sur la différence, l'identité, l'humanité…

Vous avez travaillé sur Barbe bleue, sur Frankenstein… Votre objectif est-il de terrifier les enfants ?
Les contes sont généralement terrifiants, d'une violence absolue. Avoir peur, cela fait aussi partie de l'éducation au spectacle, à la fiction. D'ailleurs, les enfants adorent avoir peur !

En parlant d'éducation à l'image, on est troublé par les questions des enfants pendant les rencontres qui suivent les projections. Certains ne semblent faire aucune distinction entre la fiction et la réalité…
C'est très étonnant et un peu effrayant ! Beaucoup d'enfants passent des heures chaque semaine devant la télévision. Pourtant, des élèves de classes de CE2 pensent que les acteurs qui meurent dans le film meurent réellement… Le travail sur le recul nécessaire en face d'une image est essentiel.

Quelle est votre définition d'un spectacle tout public ?
Pour avoir accompagné des enfants à des spectacles, je sais ce que nous ne voulons pas faire : des spectacles pour enfants devant lesquels les adultes s'emmerdent. Nous essayons donc de proposer deux niveaux de lecture. Dans «Ali Baba et les 40 voleurs» par exemple, les enfants sont terrifiés quand ils voient arriver les voleurs en moto alors que les adultes rient devant cette référence «Easy Rider» cheap….

Revenons à vos spectacles. Vos films sont accompagnés en direct et les bruitages réalisés avec des objets du quotidien. Pourquoi avoir choisi cette «technique» ?
Notre objectif est de travailler sur le décalage. Quand il se passe des choses intenses à l'écran, les sons et ce qui se passe sur scène peuvent adoucir la situation. Par exemple, dans Frankenstein, pendant le vol d'un corps au cimetière, nous choisissons d'accompagner le départ de la voiture par un bruit de voiture pour enfant ; cela permet de dédramatiser.

Votre travail semble millimétré et n'autoriser aucune approximation, aucune improvisation.
Certes, il y a zéro place pour l'improvisation, mais nous proposons du spectacle vivant. Nous faisons évoluer les bruitages d'un spectacle à l'autre. Cependant, rien n'est enregistré, tous les bruits que l'on entend pendant le spectacle sont produits en live, sur scène.

Vers quel type de cinéma vous dirigez-vous ?
Nous voulons faire du cinéma où l'on parle très peu mais qui ressemble à du cinéma contemporain. Nous ne faisons pas du cinéma muet, nous ne jouons pas sur les codes de ce type de cinéma. Dans mon travail, je suis également amené à réaliser des clips, des courts et des moyens métrages et je m'inspire de cela pour mes créations avec la compagnie. Notre prochain spectacle sera peut-être un peu plus «parlant» que les précédents, mais tout de même épuré au maximum. Je pense que dans les films, beaucoup de dialogues sont purement informatifs et, en disant avec des mots, on élimine la possibilité de dire avec l'image. Attention, je ne suis pas anti-dialogues, je pense simplement que ne pas trop parler peut vous obliger à avoir des idées !

L'Éternelle fiancée du Docteur Frankenstein
À La Rampe (Échirolles)
Mardi 7 décembre à 14h30 (scolaire) et à 20h (tout public).

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Une Blanche-Neige détricotée et malaxée par la Cordonnerie

SCENES | Extraite du conte, Blanche-Neige se cogne au réel. Et comme toujours avec le talent de la compagnie la Cordonnerie, cela fait du bruit ; ou plutôt des bruitages, magnifiquement pensés et réalisés. Cette semaine au Grand Angle (Voiron) et en novembre à la Rampe (Échirolles).

Nadja Pobel | Mardi 4 octobre 2016

Une Blanche-Neige détricotée et malaxée par la Cordonnerie

Bienvenue au royaume ainsi nommé « par des architectes qui n'avaient pas peur du ridicule » car, très loin de l'univers parfois inquiétant mais toujours enchanté de Disney, celui-ci est fait de béton. Gris. Depuis qu'il a monté la Cordonnerie en 1997, Samuel Hercule – avec Métilde Weyergans qui l'a rejoint en 2003 – détricote les hits des enfants. Ali Baba, Barbe Bleue ou encore Hansel et Gretel passent à la centrifugeuse de ces deux artistes pour être transformés en objet vidéo et sonore. Le duo s'attaque cette fois-ci à Blanche-Neige. Un film projeté en fond de scène montre cette gamine « qui n'est pas blanche comme neige » en lutte avec sa mère, 42 ans, hôtesse de l'air, élevant bon an mal an une ado gothique mâchant du chewing-gum, casque vissé sur les oreilles, préfèrant fuguer dans la forêt que rester dans sa cité. Quel bruit font les feuilles mortes sous les pas de Blanche ? Celui des bandes ma

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Tout public

SCENES | La Cordonnerie de Métilde Weyergand et Samuel Hercule est l’une des compagnies actuelles les plus intéressantes, livrant des créations ouvertes à tous (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 septembre 2013

Tout public

La Cordonnerie de Métilde Weyergand et Samuel Hercule est l’une des compagnies actuelles les plus intéressantes, livrant des créations ouvertes à tous (l’essence même du jeune public), toujours originales et savamment conçues. « Des ciné-concerts théâtralisés pensés de A à Z, de la réalisation du film à sa transposition musicale sur scène, pour un travail qui s’est affiné avec le temps, les dernières propositions conservant paradoxalement cet esprit artisanal des débuts tout en étant réalisées avec un souci de précision incroyable » comme on l’écrivait en mars 2012 lors de leur passage à la Rampe avec (super) Hamlet – mais on a aussi pu découvrir dans l’agglo d’autres de leurs spectacles, comme La Barbe bleue en 2004, Ali Baba et les 40 voleurs en 2006, ou encore L’Éternelle fiancée

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La méthode La Cordonnerie

SCENES | Un huis clos maritime et nordique qui raconte le passage à l’âge adulte d’un jeune prince : voilà comment La Cordonnerie présente son ciné-concert théâtralisé "(super) Hamlet". Un spectacle coup de cœur imaginé par une compagnie à l’univers passionnant et intelligent. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 23 mars 2012

La méthode La Cordonnerie

Depuis 1996, la Cordonnerie de Samuel Hercule s’illustre dans la confection de spectacles originaux à destination du tout public. Des ciné-concerts théâtralisés pensés de A à Z, de la réalisation du film à sa transposition musicale sur scène, pour un travail qui s’est affiné avec le temps, les dernières propositions conservant paradoxalement cet esprit artisanal des débuts tout en étant réalisées avec un souci de précision incroyable. Les images sont ainsi tournées en amont par l’équipe, suivant un schéma bien précis. Un prémontage est alors établi, servant de base pour les répétitions. Là, les musiciens-acteurs affinent la narration, précisent le découpage des scènes, calent les différentes parties. Pour un résultat habile où ce qu’il se passe sur le plateau ne sert pas simplement de faire-valoir à l’écran : la narratrice Métilde Weyergans, arrivée plus tard dans l’aventure, parvient ainsi à retenir l’attention des spectateurs, et à guider adroitement leurs regards vers ses camarades de jeu, leurs instruments et leurs nombreux objets produisant des sons en tout genre. Depuis la création de la compagnie, on a pu découvrir plusieurs de leur travaux à l’Hexagone de Meylan ou à la

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Hamlet sur grand écran

SCENES | L’année dernière, on les avait carrément consacrés en "une", pour leur génial ciné-spectacle L’Éternelle fiancée du docteur Frankenstein. Les Lyonnais de La (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Hamlet sur grand écran

L’année dernière, on les avait carrément consacrés en "une", pour leur génial ciné-spectacle L’Éternelle fiancée du docteur Frankenstein. Les Lyonnais de La Cordonnerie reviendront à la Rampe, avec toujours le même principe (un film muet et une bande-son jouée en direct). Et ce sera avec (super) Hamlet. On en attend beaucoup.

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Retours vers le futur

SCENES | Petit panorama des ciné-spectacles de la Cordonnerie. FC

François Cau | Lundi 29 novembre 2010

Retours vers le futur

Hippolyte ou avis musical sur pas grand-chose (1997) : le spectacle se repose sur 6 courts-métrages tournés par Samuel Hercule, Timothée Jolly et Frédérique Mille, dans une esthétique empruntant fortement au cinéma burlesque muet. Pour les fans de Kaamelott, on ne pourra manquer de signaler la présence de Nicolas Gabion (Bohort dans la série d’Alexandre Astier) au casting. Demain (probablement) la jeune fille et la mer (2004) : dans une veine toujours aussi comique et inventive, basé sur un moyen-métrage au superbe sépia, le spectacle assoit l’assise poétique de la Cordonnerie, ose s’adonner à l’émotion avec un récit quasi abstrait. Un père et son fils préparent leur départ d’une usine fabricant des cœurs anti-stress, où une jeune ouvrière s’évade par la pensée. Truffé de trouvailles savoureuses, le film s’éloigne peu à peu de ses références cinématographiques pour se forger une réelle et belle identité. Le DVD peut se commander sur le site de la compagnie, avec en bonus le court-métrage Le Principe du canapé (voir encadré ci-dessous). La Barbe Bleue (2005 - photo) : la première collaboration de Métilde Weyergans

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Amour monstre

SCENES | Un film muet et une bande-son en direct, c’est la signature de la compagnie La Cordonnerie. Cette fois, Samuel Hercule et sa fine équipe s’attaquent au (...)

François Cau | Mercredi 24 novembre 2010

Amour monstre

Un film muet et une bande-son en direct, c’est la signature de la compagnie La Cordonnerie. Cette fois, Samuel Hercule et sa fine équipe s’attaquent au mythe de Frankenstein avec L’Éternelle fiancée du Docteur Frankenstein, une création librement inspirée du roman de Mary Shelley et du film de James Whale. Sur scène, cinq acteurs, bruiteurs, musiciens et chanteurs assurent la bande-son, jonglant avec les instruments et un joyeux bric-à-brac. Sur l’écran, on retrouve le fameux docteur, vivant seul avec son fidèle assistant. Son temps est tout entier occupé par un projet fou : redonner la vie à des créatures qui l’ont perdue. Après un premier succès sur une grenouille, Frankenstein décide de donner une ampleur nouvelle à ses travaux en s’emparant de la dépouille encore tiède d’une jeune chanteuse de variété à succès, Anna Doray. La «nouvelle» Anna sera donc la créature du docteur, elle devra réapprendre à manger, à parler, à se déplacer, à chanter et surtout accepter son visage, marqué par une large cicatrice. La créature parviendra-t-elle à devenir humaine ? Et ceux qui ont pleuré la disparition de la chanteuse seront-ils prêts à accepter de la voir revenir ? Pas de "con

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Frankenstein in love

SCENES | Quand le docteur Frankenstein tombe amoureux, c’est d’une chanteuse de variété à qui il va tenter de redonner vie. Avec L'Éternelle fiancée du docteur (...)

François Cau | Jeudi 16 septembre 2010

Frankenstein in love

Quand le docteur Frankenstein tombe amoureux, c’est d’une chanteuse de variété à qui il va tenter de redonner vie. Avec L'Éternelle fiancée du docteur Frankenstein, une création librement inspirée du roman de Mary Shelley et du film de James Whale, la compagnie lyonnaise La Cordonnerie propose un fabuleux ciné-concert tout en musiques et bruitages en direct, à voir à la Rampe début décembre. Ce spectacle est accessible aux enfants à partir de huit ans : en les invitant à réfléchir sur la mort ou l’acceptation de la différence, Samuel Hercule et sa troupe n’oublient pas de teinter le rendu d’humour et prouvent, une fois encore, qu’une proposition pour enfant peut être intelligente, drôle et décalée.

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Il était une fois

SCENES | Depuis près d’une dizaine d’années, la compagnie lyonnaise La Cordonnerie nous émerveille avec ses cinés-concerts originaux, jubilatoires et émouvants. Entretien avec l’homme-orchestre Samuel Hercule, à l’occasion de la représentation à l’Hexagone d’un Ali Baba revisité à la sauce western. Propos recueillis par FC

Christophe Chabert | Mardi 9 janvier 2007

Il était une fois

Une question anodine pour commencer, pourquoi avoir changé le titre original (Ali B. in the West) ?Samuel Hercule : Déjà, Ali B. ça fait un peu Agnès B., ça m’effrayait… Il me semble qu’en annonçant la couleur clairement, en reprenant le titre Ali Baba et les 40 voleurs, c’est sans doute plus fort, on ne ment pas sur la marchandise même si on ne précise pas qu’il s’agit d’une adaptation. Le décalage est du coup plus évident. Quel est le postulat qui régit les créations de la Cordonnerie, l’envie de faire du ciné-concert ou d’en détourner les codes en tournant les films vous-même ?Quand on a démarré avec la compagnie, on avait une vingtaine d’années, on n’a pas vraiment eu de grandes réflexions sur ce qu’on voulait faire. On a commencé avec Hippolyte, des sketchs dans l’esprit du cinéma muet. Il y avait déjà cette idée de la création autour du ciné-concert, mais dans les mimiques, les gimmicks visuels, c’était totalement empreint de cinéma muet. Ça a évolué au fur et à mesure, on a grandi, j’ai rencontré Métilde Weyergans, et quand on s’est mis à travailler ensemble, ça a introduit une écriture plus contempora

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