Toute rage dedans

SCENES | Rencontre avec Aïda Boudrigua, nouvelle artiste résidente associée à la salle la Rampe, attachée à la poursuite des actions de sensibilisation menées par son prédécesseur et collaborateur Bouba Landrille Tchouda. Propos recueillis par FC

François Cau | Dimanche 11 septembre 2011

Photo : Fabrice Hernandez


Petit Bulletin : Pouvez-vous nous présenter votre parcours chorégraphique ?
Aïda Boudrigua : J'ai commencé la danse avec la rencontre de la chorégraphe contemporaine Josette Baïz, lorsqu'elle a décidé de mener un travail sur les métissages et les différentes techniques de danse. Je suis devenue semi-professionnelle à l'âge de dix ans. J'ai continué ce travail avec elle, je suis rentré dans la compagnie, pour devenir assistante de la chorégraphe. Ce parcours s'est poursuivi jusqu'en 2007, lorsque j'ai eu envie de partir et de travailler avec d'autres personnes. C'est là que j'ai rencontré Bouba Landrille Tchouda, et depuis je travaille avec lui en tant qu'interprète et assistante chorégraphe. Comment compareriez-vous vos expériences avec Josette Baïz et Bouba ?
Elles sont à la fois différentes et complémentaires. Avec Bouba, à travers nos parcours respectifs, on partage des similitudes dans notre vision de la danse, quelque chose qui n'est pas fermé, qui n'est pas dans un rapport où les codes priment mais bien dans du langage corporel. Le corps parle, on agit par rapport à son sens. Je suis très intéressée par sa manière d'aborder la musicalité du corps et de la danse, ça amène une vraie complémentarité dans mon parcours. Vous aimez aussi mêler amateurs et professionnels ?
Oui, ce que j'aime dans ce travail, c'est de se dire qu'il n'y a pas de différence. Un amateur est un corps dansant avant tout, ce n'est pas la hiérarchie ou le niveau technique qui donnent leur importance aux danseurs. Pour moi qui viens des quartiers nord de Marseille, qui ai découvert la danse grâce à une belle opportunité, il n'y a pas de cadre spécifique pour apprendre. Les amateurs peuvent et ont le droit de vivre cette expérience même s'ils n'ont a priori pas le niveau ou la formation pour. Dans ce genre de travail, on rencontre des gens différents, de tous les milieux ; ils font partie de ce public qui vient nous voir danser. En fait, je me reconnais en eux, c'est pour ça que je fais ce travail-là.Ce sera l'un des principaux enjeux de votre résidence, à travers la médiation culturelle ?
Oui, en plus, je travaille parallèlement avec la structure échirolloise Dcap sur un projet depuis l'année dernière avec des amateurs et des professionnels, qui a donné le spectacle Manif et stations chorégraphiques, sur l'utopie du quotidien. J'avais collaboré avec Bouba quand il faisait ce travail dans le cadre de sa résidence à Echirolles, et j'ai pris le relais. C'est un travail sur l'individu, pas seulement dans un propos artistique. On cherche à solliciter et à fortifier un large public, ce n'est pas évident d'aller à sa rencontre. Il y a des réticences, des interrogations, d'où l'intérêt de se poser la question de comment toucher ce public qui ne connaît pas la danse, qui a besoin d'être reconnu de parce qu'il est et de par ce qu'il fait, plutôt que d'être simplement intégré dans un projet. Je pense qu'il faut partir des danseurs, de ce qu'ils ont envie de dire, savoir dans quel cadre faire ressortir leurs espoirs, leurs rêves, leur désespoir, leur mal-être, tout ça est important. À la rencontre de l'autre, ça va à l'essence même du rapport humain. Vous allez également jouer cette saison votre premier solo, Poisson d'avril…
Je porte ce projet depuis quelques années. C'est parti du décès de mon père, un 1er avril. Quand c'est arrivé, j'ai traversé toute une période de déconstruction puis de reconstruction. Pendant des années, j'ai différencié ma démarche artistique de ce que je vivais à côté, et à un moment, j'ai eu besoin de remettre du lien dans tout ce que j'étais. Et aujourd'hui, ce solo, j'ai besoin de le mettre sur scène parce que la danse est pour moi un état, une émotion ; ça m'a fait grandir, énormément. Poisson d'avril est une rétrospective de ce qui a été, avec la vision que j'en ai aujourd'hui. Ce n'est pas chronologique ni biographique, ce sont des choses que j'ai comprises dans le désordre. C'est la fin d'une boucle. Ça rejoint ce que vous disiez sur les amateurs, pour vous, la danse relève avant tout d'un besoin de s'exprimer…
Bien sûr, mais surtout il faut savoir comment ça dépasse cette envie de s'exprimer. On sublime, on passe au-dessus, on se sert de ça pour aller ailleurs. Il faut trouver l'équilibre entre deux oppositions. Je suis faite de plein de contradictions, et c'est ce qui construit mon discours. Je ne tiens pas qu'à un fil, tous mes fils font mon équilibre, et doivent apparaître sur scène.

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"Krafff" : vertige d’une rencontre

Danse | Quand un danseur se confronte à une marionnette en papier kraft, ça donne "Krafff", « avec trois F, comme le bruit du papier que l’on froisse ». Interview avec le chorégraphe et interprète Yan Raballand, l’un des deux concepteurs de ce spectacle coup de cœur.

Aurélien Martinez | Lundi 9 janvier 2012

Comment est né le spectacle Krafff ? Yan Raballand : Tout est parti d’une rencontre. Le metteur en scène Johanny Bert avait envie de croiser forme marionnettique et danse. Il avait déjà fait une commande d’écriture à divers auteurs, pour les spectacles Histoires Post-it et Parle-moi d’amour, deux créations d’une demi-heure. Il voulait en faire une troisième, avec une nouvelle forme de collaboration. On connaissait le travail de l’un et de l’autre, et du coup, il m’a proposé le projet. Avec comme point de départ un format court, et l’idée de mélanger danse et marionnette. Il avait d’abord pensé à une petite marionnette, puis il a décidé de prendre les deux comédiens d’Histoires Post-it et les deux comédiens de Parle-moi d’amour pour faire une manipulation à quatre. D’où cette grande marionnette… Krafff devient alors la rencontre surprenante entre deux corps très différents… Le spectacle joue sur la limite des deux corps.

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