Le soleil et la lune

SCENES | Le trio Olivier Cadiot (au texte), Ludovic Lagarde (à la mise en scène) et Laurent Poitrenaux (au jeu) débarque à Grenoble pour présenter deux spectacles très différents, mais animés par la même foi en un théâtre contemporain ouvertement tourné vers le verbe. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 23 février 2012

Photo : Pascal Gely


Laurent Poitrenaux est un comédien magnétique : Ludovic Lagarde l'utilise à merveille, convoquant selon les projets les diverses facettes de cet artiste kaléidoscopique. En ce début mars, le metteur en scène dévoile à Grenoble deux créations où rayonne son acteur fétiche : Un nid pour quoi faire d'abord, à la MC2, puis Un mage en été, à l'Amphithéâtre. Deux pièces nées d'une autre relation savamment entretenue par Ludovic Lagarde : celle avec l'auteur Olivier Cadiot, dont il adapte ici deux textes originaux, pour deux résultats diamétralement opposés dans la forme, même s'ils se rejoignent sur le fond, nourris par cette envie de porter sur la plateau une langue riche et poétique. Le bavard Un nid pour quoi faire évoque ainsi une cour fantasque exilée à la montagne, et dirigée par un roi haut en couleur. Dans le rôle du souverain capricieux qui essaie tant bien que mal de donner le change, Laurent Poitrenaux excelle. Le spectacle rassemble alors plusieurs genres théâtraux, pour un imbroglio pop agréable à savourer (la scénographie tout en bois en met plein la vue ; les passages comiques le sont effectivement…), qui néanmoins peine à véritablement décoller, laissant un léger goût d'inachevé. Précisions tout de même que nous avons découvert ce Nid au festival d'Avignon 2010 (où Olivier Cadiot était artiste associé), et qu'il a pu se densifier depuis.

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Un mage en été est l'autre proposition du trio. Changement de registre ici, avec plus qu'un seul interprète sur scène. Laurent Poitrenaux campe comme toujours Robinson, personnage récurent chez Cadiot – dans Un Nid pour quoi faire, Robinson est un jeune étranger qui va être propulsé dans le nid royal. Un Robinson cette fois-ci à la logorrhée hypnotique (hypnotisme renforcé par le travail sonore impressionnant de l'Ircam, et la scénographie minimaliste mais évocatrice), qui aborde ses métamorphoses et ses voyages intérieurs. Quand dans Un nid pour quoi faire le fil narratif, quoi qu'emmêlé, s'imposait facilement, ici, c'est tout le contraire. Le spectateur est invité à se laisser emporter par ce poète solaire, ce mage malgré lui qui ferme les yeux pour voir les choses. Quitte à se perde en route, mais qu'importe : le principal, ce n'est pas la destination, mais le voyage.

 

Un nid pour quoi faire, du mercredi 29 février au samedi 3 mars, à la MC2.
Un mage en été, du mardi 6 au jeudi 8 mars, à l'Amphithéâtre (Pont-de-Claix).

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"Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" : (petite) nuit de folie

ECRANS | de Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Jamais remis d’avoir publié un roman encensé voilà vingt ans, Bruno traîne sa dépression, vivant en peignoir dans une colocation, lutinant sa voisine à l’occasion. Quand un jour débarquent à l’improviste famille, ami et une demoiselle, il n’imagine pas qu’on veut l’interner… Pour son bien. Inégale dans son rythme et dans sa forme (peut-être pour restituer le tempérament bipolaire de son héros), cette comédie a des allures de film court s’étant doté d’un prologue pour devenir un (tout juste) long-métrage. Ici chez lui comme sur scène (on le voit souvent au théâtre), Laurent Poitrenaux s’y dénude volontiers pour meubler l’espace en soliloquant, se montrant tour à tour fragile, extraverti et inquiétant face à cet envahissement inquisitorial orchestré par une mère juive assez gratinée. On sombrerait dans l’anecdotique simple si le réalisateur Ilan Klipper n’avait l’idée avant le dénouement de dynamiter la structure de son récit en disséminant des flashes proleptiques, rappelant les éclats pulsatiles des étoiles de son titre. Il s’agit là d’un bien modeste tribut pour ce film laissant au bilan l’impression d’une promesse pas tout

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Avare des temps modernes avec Lagarde et Poitrenaux

SCENES | Sous la perruque blanche ou le cheveu coloré, de tout temps l'homme a voué un culte destructeur à l'argent. En transposant "L'Avare" de Molière dans notre époque, Ludovic Lagarde révèle l'universalité de la cupidité humaine et la vision moderne de l'auteur, à l'aube du capitalisme. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Jeudi 19 novembre 2015

Avare des temps modernes avec Lagarde et Poitrenaux

De l'interprétation au décor, tout est contemporain dans cette nouvelle adaptation de L'Avare (1668) écrit par Molière – adaptation que l'on attendait avec impatience. Pour autant, le metteur en scène Ludovic Lagarde n'en perd pas la juteuse prose d'origine pour livrer une pièce entre XVIIe siècle et XXIe siècle tout à fait cohérente. Alors que les perruques blanches et les costumes sont remplacés par des jeans, les comédiens donnent corps au texte de l'auteur avec véhémence. Une troupe qui se croise et s'entrechoque dans l'entrepôt de la maison bourgeoise remplie de containers ; maison qui se vide peu à peu quand la paranoïa d'Harpagon ne fait que grandir concernant le vol de sa cassette. Interprété par un Laurent Poitrenaux exalté, cet avare-là devient la métaphore d'un capitalisme grandissant, image d'un petit chef d'entreprise despote. À ses côtés, les autres personnages tentent de tirer leur épingle du jeu malgré la tyrannie instaurée par cet Harpagon sans scrupule, n'hésitant pas à échanger sa prétend

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« Mes textes ne sont pas des objets sacrés »

SCENES | Olivier Cadiot a été artiste associé du Festival d'Avignon 2010, où deux de ses romans – Un Nid pour quoi faire et Un Mage en été – furent mis en scène par Ludovic Lagarde. Les deux spectacles seront en mars à Grenoble (le premier à la MC2, le second à l’Amphithéâtre) : l’occasion de partir à la rencontre de cet écrivain français atypique. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Aurélien Martinez | Jeudi 22 décembre 2011

« Mes textes ne sont pas des objets sacrés »

Vous travaillez depuis longtemps avec le metteur en scène Ludovic Lagarde. Pouvez-vous évoquer votre rencontre ? Olivier Cadiot : On peut dire que c'est Ludovic qui m’a amené au théâtre. Avant, je faisais de la poésie, des performances, mais le théâtre était pour moi un continent inconnu. J'ai découvert une petite pièce de Beckett qu’il avait mise en scène et j'ai beaucoup aimé cette manière de faire du théâtre. Comment se passe le travail d'adaptation de vos romans ? C'est Ludovic Lagarde qui prend en charge l'adaptation, il se saisit de l'objet-livre et le tourne vers la scène. Je laisse à Ludovic la vision d'ensemble et j'interviens pour les détails. Moi, je n'écris pas directement pour le théâtre. C'est d'ailleurs cela que je trouve fabuleux dans l'adaptation ; cette manière de faire ressentir les mêmes choses que l'écrivain, mais avec d'autres moyens. L'absence de "fidélité" à vos écrits ne vous dérange pas ? C'est bien au-delà de la notion de fidélité. Pour moi, ces adaptations sont un cadeau extraordinaire qui m'aide à voir des choses, et même parfois des choses que j'av

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Retour précaire de Robinson

CONNAITRE | “Un nid pour quoi faire”, la forme la plus romanesque écrite à ce jour par l'auteur très stimulant et inventif Olivier Cadiot, déroule un parcours initiatique hivernal d'un Robinson perdu entre nature et culture. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 31 janvier 2007

Retour précaire de Robinson

Road movie aux mouvements montants, descendants à travers des paysages de montagne, de campagnes, et finissant sur une île. Roman familial et Histoires d'une famille royale exilée dans un chalet Suisse. Le narrateur, un héros dérouté, le récurrent Robinson (le personnage mythique qu'affectionne Cadiot ), se cherche. Cherche une place. Où exister. Où s'enraciner. Avant de devenir conseiller en image d'un Roi en quête d'idées nouvelles, Robinson, vivait une non-vie. Solitude. Dépression. Décrochage social. Son frère débarque. Deux frères très différents : «on est un peu comme deux jumeaux séparés à la naissance, l'un des deux confié à une tribu d'Amazonie, pour prouver que la culture a quand même de l'importance par rapport à la nature, c'est moi, et l'autre, resté une cuillère d'argent dans la bouche, devenu le comble de son monde d'origine, un pur fêtard accepté dans un club de gentlemen (...)». Une sœur, Pauline, paumée et évanescente, à laquelle le narrateur voue un amour contre nature (?), s'invite flanquée d'une ribambelles de créatures fétardes dont Cadiot à le secret de la description. La famille le pousse à partir. À recommencer à zéro. Embarquement dans une voit

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