Juliette sans Roméo

Aurélien Martinez | Lundi 19 mars 2012

Théâtre / Pour sa nouvelle création, Natacha Dubois, que l'on avait découverte en 2009 avec un efficace Pour en finir avec le jugement de Dieu sur Antonin Artaud, développe toujours une esthétique très rock (la présence sur scène à chaque fois de musiciens), et une approche du théâtre réfléchie et intéressante. À savoir porter sur le plateau non pas une simple pièce, mais un véritable propos. La metteuse en scène a ainsi composé un spectacle autour de la figure de Juliette R, femme tondue après la Seconde Guerre mondiale pour un amour jugé immoral avec un Allemand. Pour cela, elle a demandé à l'auteure Flora Donars d'écrire un texte autour de cette histoire, en la mêlant à celle de Roméo et Juliette, de Shakespeare. Partir d'un fait et tirer le fil pour évoquer le destin de cette femme (qui a véritablement existé) et la période extrêmement tendue et violente de l'après-guerre : le pari était audacieux. Et visuellement, la scénographie, avec cet astucieux mur fait de plusieurs boîtes comme autant de coffres à trésors et souvenirs, illustre parfaitement la vie décousue de Juliette R, et le silence qui a dû être le sien sur une partie de sa vie. Pourtant, à une semaine de la première, le résultat, volontairement fragmentaire et chargé en images, n'arrivait pas encore à rassembler tous les morceaux du puzzle pour faire sens. Laissons-lui donc le temps de se solidifier, car paradoxalement, tous les ingrédients semblent réunis pour une chouette aventure théâtrale. AM

Critique, deuxième! / Nous avons finalement revu le spectacle le jeudi 29 mars, soit quinze jours après la première tentative à laquelle nous avions été conviés. Un nouvel essai qui a infirmé nos réticences et amplement validé nos supputations lâchées en fin d'article : oui, Juliette R est une chouette aventure théâtrale. Les morceaux du puzzle ont été rassemblés, les nombreuses images (dont certaines puissantes, comme lorsqu'une danseuse campant Juliette R marche sur les pointes entre les cris de la foule) font maintenant sens, s'articulant habilement à l'intérieur de ce récit nourri de zooms sur les différentes parties de la vie de la protagoniste – son premier voyage en Italie après ses années de prison, son ressenti devant les images de la chute du mur… Une proposition atypique et – surtout – audacieuse, traitant avec finesse (par le biais de l'intime donc) d'un sujet on ne peut plus délicat.

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Les Théâtrales du Vercors : troupe de montagne

Festival | Troisième édition pour Les Théâtrales du Vercors organisées par le Centre culturel et sportif le Cairn de Lans-en-Vercors et la compagnie La Bande à Mandrin. Juliette Rizoud, directrice artistique du festival et de la compagnie, revient avec nous sur l’esprit de l’événement qui, comme son nom l’indique, se déploiera dans différentes communes du Vercors du jeudi 20 au dimanche 23 septembre.

Alice Colmart | Mardi 18 septembre 2018

Les Théâtrales du Vercors : troupe de montagne

« Au départ, je voulais créer un festival sur Grenoble, mais les choses n’ont pas abouti » explique Juliette Rizoud, directrice artistique des Théâtrales du Vercors que l’on a également connue comme membre permanente du TNP – le fameux Théâtre national populaire de Villeurbanne, près de Lyon. En 2015, la comédienne réussit ainsi, par le biais d’un ami, à associer sa compagnie (La Bande à Mandrin) au Centre culturel et sportif le Cairn qui ouvre ses portes à Lans-en-Vercors. « On a joué le premier spectacle de la salle, Le Songe d'une nuit d'été. Ce fut une grande réussite et c'est ce qui nous a donné l'envie de créer un événement sur plusieurs jours. » Dès 2016, un festival est alors lancé. Et, en plus de proposer une programmation basée au Cairn, il s’agit « d’apporter le théâtre au plus près des habitants » en s’ouvrant à différentes communes du Vercors. « En 2016, il n y avait que Villard-de-Lans et Lans-en-Vercors ; en 2017 s'est ajoutée Méaudre et pour 2018, Autrans. » Voilà qui commence à faire

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Buffet froid

SCENES | Ruy Blas de Victor Hugo : un texte, comme tous les grands, d’une actualité jamais démentie, quelles que soient les époques. Le pouvoir est au cœur de cette (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 14 novembre 2012

Buffet froid

Ruy Blas de Victor Hugo : un texte, comme tous les grands, d’une actualité jamais démentie, quelles que soient les époques. Le pouvoir est au cœur de cette tragédie dans laquelle Don Salluste, le roi d’Espagne, tombe pour affaire de mœurs (toute ressemblance avec un fait existant ne serait que pure coïncidence) et monte un stratagème pour se venger de sa femme qui l’a condamné à l’exil. Il la propulse dans les bras de son valet Ruy Blas déguisé en son cousin, le vaurien Don César de Bazan ; un mensonge qui conduira au carnage. À nouveau, Christian Schiaretti, patron du TNP de Villeurbanne, traite du Siècle d’or espagnol (tout se passe dans l’imposant Escurial madrilène) auquel il avait consacré une enthousiasmante trilogie il y a deux ans (trilogie inédite à Grenoble). À nouveau, il signe une fresque avec une vingtaine de comédiens en scène qu’il chorégraphie habilement. Mais malgré un décor sobre et splendide à la fois (surtout dans la première partie, des costumes impeccables, des comédiens obéissants – Robin Renucci en Don Salluste et l’incroyable Juliette Rizou, bouleversante dans

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"La Jeanne de Delteil" : la cape et l'épée

SCENES | Le metteur en scène Christian Schiaretti, directeur du TNP de Villeurbanne, offre une Jeanne d’Arc forte en bouche par l’intermédiaire du texte de l’auteur Joseph Delteil. Un véritable petit bijou.

Aurélien Martinez | Mercredi 9 mars 2011

La Jeanne de Delteil, c’est Jeanne d’Arc, figure emblématique de l’Histoire de France, surnommée très gracieusement la Pucelle d’Orléans. Mais c’est, comme le nom du spectacle l’indique, Jeanne d’Arc vue par l’écrivain et poète français Joseph Delteil. Un homme de lettre iconoclaste qui arriva à créer un joli petit scandale à la sortie de son ouvrage Jeanne d’Arc en 1925 : les puristes de l’Histoire crièrent rapidement à la trahison (notamment certains catholiques), quand les surréalistes (dont Breton) vilipendèrent le style même de Delteil en des termes très durs. Mais d’autres, à l’instar de Claudel qui sentit dans ce texte « l’étoffe d'un grand écrivain », défendirent l’homme et son œuvre. Une œuvre qui, le temps des passions et des crispations terminé, dans une époque où les dogmes religieux se sont déplacés, apparaît d’une étonnante modernité : la pucelle est vivante, drôle, et s’exprime dans une langue imagée et charnue que Christian Schiaretti offre au spectateur par l’intermédiaire d’un acte théâtral simple et efficace. Le théâtre n’est pas mort ! Le metteur en scène avait déjà monté ce texte de

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Pour en finir avec le jugement de Dieu

SCENES | Fin janvier, devant un Théâtre de Création blindé, Natacha Dubois portait avec conviction les mots d'Artaud, simplement accompagnée de trois musiciens. Une (...)

François Cau | Lundi 23 mars 2009

Pour en finir avec le jugement de Dieu

Fin janvier, devant un Théâtre de Création blindé, Natacha Dubois portait avec conviction les mots d'Artaud, simplement accompagnée de trois musiciens. Une belle réussite qui se rejoue cette semaine au Théâtre Prémol, dans une nouvelle forme. Le principe du théâtre musical est certes conservé, mais cette fois-ci, Natacha a imaginé une mise en scène très noire pour illustrer Pour en finir avec le jugement de Dieu, un texte vieux de soixante ans où Artaud s'emporte contre notre monde de fous (sa tirade sur l'Amérique est à écouter avec attention !). Le rendu est saisissant et déroutant. L'harmonie entre la comédienne et les musiciens est totale, les quatre étant encore plus imbriqués que la dernière fois. On ressort du spectacle vidé et sonné, et c'est bien le but recherché semble-t-il.

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Les mots d’Artaud

SCENES | Antonin Artaud fascine. La parole de cet artiste hétéroclite et passionnant inspire. La compagnie Mais où l’as-tu ? a décidé de donner à entendre Pour en (...)

François Cau | Lundi 26 janvier 2009

Les mots d’Artaud

Antonin Artaud fascine. La parole de cet artiste hétéroclite et passionnant inspire. La compagnie Mais où l’as-tu ? a décidé de donner à entendre Pour en finir avec le jugement de Dieu, un texte vieux de soixante ans, enregistré pour la radio mais censuré juste avant sa diffusion (le public ne le découvrit qu’en 1973). Artaud hurle sa colère sur un monde qu’il ne saisit plus. Tout y passe, de l’ordre moral d’une certaine Amérique à « la recherche de la fécalité », en passant évidemment par la religion. Natacha Dubois, qui porte les mots d’Artaud sur scène, respecte la verve de l’auteur, sa façon si particulière d’éructer ses idées, l’émotion qu’il y met. Son corps vibre avec les mots, son jeu est démonstratif, habité, pour ne pas tomber dans la leçon de morale. Elle s’entoure de trois musiciens, qui offrent une clé de lecture assez intéressante. Jamais la musique n’étouffe les mots, bien au contraire. Elle soutient le texte, permet des respirations dans ce flot continu de paroles qui peut sembler incohérent mais qui, à bien des égards, est toujours très actuel. Cet « apéro sur le plateau » au Théâtre de Création marquera la fin d’une étape de travail d’un mois

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