« Une démarche politique »

SCENES | Sur une place publique, quatre personnes sont pendues. Elles profitent de leurs derniers instants pour régler leurs comptes avec cette société qui les a abandonnées. "Les Pendus" est ainsi un spectacle engagé, proposé par la compagnie Kumulus. À l’occasion de sa venue à Échirolles, rencontre avec Barthélemy Bompard, son fondateur et directeur artistique. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 20 avril 2012

Photo : Vincent Muteau


Depuis 1986, vous proposez des spectacles de rue…
Barthélemy Bompard :
 Quand j'ai commencé il y a vingt-cinq ans, l'idée était que la culture soit disponible pour tout le monde. Qu'il n'y ait pas de barrières d'argent, barrières de salle, barrières de timidité. Donc l'idée a été d'aller travailler dans l'espace public, là où les gens vivent. C'est véritablement une démarche politique, pour que la culture sorte des salles guindées et ne soit plus réservée à une certaine élite.

Les thèmes que vous abordez sont volontairement forts et contemporains…
Le fait d'être dans la rue nous confère une grande liberté d'expression. On a vraiment fait le choix de travailler sur des thèmes liés à notre société actuelle, sur des choses qui nous énervent, qu'on trouve scandaleuses, avec lesquelles on n'est pas d'accord…

Comme sur ce spectacle Les Pendus, qui parle évidemment de la peine de mort, mais pas que…
Les Pendus, c'est un peu une métaphore de la société qui abandonne beaucoup de gens en route. C'est pour ça que les quatre personnages sont pendus : il y en a un qui représente la partie un peu plus syndicaliste, intellectuelle ; la comédienne incarne les artistes et la femme dans notre monde ; le troisième symbolise un peu les immigrés ; et le dernier, c'est la jeunesse, c'est toutes les catégories sociales que l'on met de côté.

Vous prenez le parti de confronter directement le spectateur à cette réalité, sans détours…
On travaille sur le réalisme de la situation, ne serait-ce qu'en se mettant sur une place publique. Les quatre personnes sont donc rapidement exécutées, et profitent alors du moment qu'il leur reste avant la mort pour continuer à dire tout ce qu'elles pensent. Mais ce réalisme sera atténué par la fin…

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Petite orgie entre amis avec la compagnie Kumulus

SCENES | Avec "Naufrage", Barthélémy Bompard a construit un spectacle choc sur une société qui court à sa perte. À découvrir à Échirolles (programmation hors les murs de la Rampe).

Aurélien Martinez | Mardi 22 septembre 2015

Petite orgie entre amis avec la compagnie Kumulus

Le monde va à vau-l’eau (ou est toujours allé à vau-l’eau), et on en a les preuves démoralisantes chaque jour. La compagnie Kumulus, très branchée espace public et théâtre visuel, a choisi de le démontrer avec son spectacle Naufrage, inspiré du tableau de Géricault Le Radeau de La Méduse. Mais un tableau complètement chamboulé, l’embarcation de fortune et les personnages l’occupant ayant bien changé. Aujourd’hui, tout est beaucoup plus flashy, criant, vulgaire. Devant nous, une haute société réunie pour un cocktail va finir par se désagréger. Tous sont bien apprêtés, trop même. Ils jouent les rôles qu’ils se sont créés ou que le monde leur a assignés – les femmes sont des poules. Naufrage est construit sur le principe du "rise and fall", avec une première partie efficace dans la montée. Choquante même, tant les comédiens vont au bout de leur orgie décadente – mais tout ceci reste du théâtre, n’en déplaisent à certains spectateurs qui ont quitté la salle le soir où nous y étions. Puis vient le naufrage, climax qui préfigurera la longue chute. Si cette deuxième partie manq

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